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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie d1d \geq 1 sur le corps R\mathbb{R} et uu un endomorphisme de EE.

  1. Démontrer qu'il existe une base B\mathcal{B} de EE telle que la matrice de uu dans B\mathcal{B} soit triangulaire supérieure par blocs de la forme :
    MatB(u)=(λ10()λn0R1(0)00Rp)\operatorname{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \begin{pmatrix} \lambda_{1} & & & & & *
    0 & \ddots & & & (*) &
    \vdots & \ddots & \lambda_{n} & & &
    \vdots & & 0 & R_1 & & \vdots
    \vdots & (0) & & \ddots & \ddots &
    0 & \dots & \dots & \dots & 0 & R_{p} \end{pmatrix}
    où les coefficients λi\lambda_i sont des réels et chaque bloc RjR_j est une matrice de M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}) de la forme (ajbjbjaj)\begin{pmatrix} a_j & b_j
    -b_j & a_j \end{pmatrix}
    avec bj0b_j \neq 0.

  2. Traduire ce résultat sous forme matricielle en termes de classes de similitude dans Md(R)\mathcal{M}_d(\mathbb{R}).

1.

Procéder par récurrence sur la dimension de l'espace EE.

2.

Pour l'initialisation et l'hérédité, utiliser le fait que tout polynôme à coefficients réels possède au moins une racine dans C\mathbb{C}.

3.

Si uu possède une valeur propre réelle, il existe une droite stable.

4.

Si uu n'a pas de valeur propre réelle, montrer qu'il possède un plan stable PP sur lequel l'endomorphisme induit a la forme RjR_j souhaitée en considérant une racine complexe a+iba+ib de son polynôme caractéristique.

Idées clés

Récurrence sur la dimension d=dimEd = \dim E.

Existence d'un sous-espace stable de dimension 1 (valeur propre réelle) ou 2 (valeur propre complexe non réelle).

Utilisation de la structure des blocs 2×22 \times 2 associée aux racines complexes conjuguées.

Résolution.

  1. Procédons par récurrence sur d=dimEd = \dim E.

    Initialisation : Pour d=1d=1, la matrice est simplement (λ1)(\lambda_1), ce qui correspond à la forme voulue avec n=1n=1 et p=0p=0. Pour d=2d=2, soit uu a une valeur propre réelle (on trigonalise classiquement), soit il n'en a pas. Dans ce second cas, le polynôme caractéristique χu\chi_u est de degré 2 sans racine réelle, donc ses racines sont de la forme a±iba \pm ib avec b0b \neq 0. On verra dans l'étape suivante comment obtenir la forme RjR_j.

    Hérédité : Supposons la propriété vraie pour tout espace de dimension strictement inférieure à dd. Considérons le polynôme caractéristique χuR[X]\chi_u \in \mathbb{R}[X]. D'après le théorème fondamental de l'algèbre, il admet au moins une racine dans C\mathbb{C}.

    Premier cas : uu admet une racine réelle λR\lambda \in \mathbb{R.} Il existe alors un vecteur propre e10e_1 \neq 0 tel que u(e1)=λe1u(e_1) = \lambda e_1. Soit F=Vect(e1)F = \text{Vect}(e_1), qui est une droite stable par uu. On complète e1e_1 en une base (e1,,ed)(e_1, \dots, e_d) de EE. La matrice de uu dans cette base est :

    M=(λL0A)M = \begin{pmatrix} \lambda & L
    0 & A \end{pmatrix}
    LM1,d1(R)L \in \mathcal{M}_{1, d-1}(\mathbb{R}) et AMd1(R)A \in \mathcal{M}_{d-1}(\mathbb{R}). Par hypothèse de récurrence appliquée à l'endomorphisme de Rd1\mathbb{R}^{d-1} représenté par AA, il existe une base de ce sous-espace qui met AA sous la forme voulue. En recollant les bases, on obtient le résultat pour uu.

    Second cas : uu n'admet aucune racine réelle. Alors χu\chi_u admet une racine complexe z=a+ibz = a+ib avec b0b \neq 0. Le polynôme P(X)=(Xz)(Xzˉ)=(Xa)2+b2P(X) = (X-z)(X-\bar{z}) = (X-a)^2 + b^2 est à coefficients réels et divise χu\chi_u dans R[X]\mathbb{R}[X] (car si zz est racine, zˉ\bar{z} l'est aussi avec la même multiplicité). Puisque P(u)P(u) n'est pas inversible (son déterminant est nul dans C\mathbb{C}), il existe vE{0}v \in E \setminus \{0\} tel que P(u)(v)=0P(u)(v) = 0, c'est-à-dire :

    (uaId)2(v)+b2v=0(u-a \text{Id})^2(v) + b^2 v = 0
    Posons w=1b(uaId)(v)w = \frac{1}{b}(u-a \text{Id})(v). On a alors u(v)=av+bwu(v) = av + bw. Calculons u(w)u(w) :
    u(w)=1b(u2au)(v)=1b(u22au+a2+aua2)(v)u(w) = \frac{1}{b}(u^2-au)(v) = \frac{1}{b}\left( u^2 - 2au + a^2 + au - a^2 \right)(v)
    En utilisant (uaId)2(v)=b2v(u-a \text{Id})^2(v) = -b^2 v, on obtient :
    u(w)=1b(b2v+a(uaId)(v))=bv+awu(w) = \frac{1}{b}\left( -b^2 v + a(u-a \text{Id})(v) \right) = -bv + aw
    La famille (v,w)(v, w) est libre (sinon vv serait vecteur propre pour une valeur propre réelle, exclu ici). Le plan P=Vect(v,w)P = \text{Vect}(v, w) est stable par uu et la matrice de la restriction de uu à PP dans la base (v,w)(v, w) est :
    R=(abba)\boxed{ R = \begin{pmatrix} a & -b
    b & a \end{pmatrix} }
    Note : La forme demandée (abba)\begin{pmatrix} a & b
    -b & a \end{pmatrix}
    s'obtient de la même manière en échangeant les rôles ou en changeant de signe. On complète ensuite la base de PP en une base de EE. La matrice est de la forme :
    M=(RL0A)M = \begin{pmatrix} R & L
    0 & A \end{pmatrix}
    AMd2(R)A \in \mathcal{M}_{d-2}(\mathbb{R}). On conclut par l'hypothèse de récurrence sur AA.

  2. Interprétation matricielle : Le résultat précédent signifie que toute matrice MMd(R)M \in \mathcal{M}_d(\mathbb{R}) est semblable dans Md(R)\mathcal{M}_d(\mathbb{R}) à une matrice triangulaire par blocs dont les blocs diagonaux sont soit des scalaires (correspondant aux racines réelles de χM\chi_M), soit des matrices de rotation après homothétie de la forme (abba)\begin{pmatrix} a & b
    -b & a \end{pmatrix}
    (correspondant aux paires de racines complexes conjuguées non réelles).

    En d'autres termes, la classe de similitude de toute matrice réelle contient au moins une matrice de cette forme "quasi-triangulaire".

Attention à la liberté de la famille (v,w)(v, w) dans le cas complexe. Si w=λvw = \lambda v, alors u(v)=(a+λb)vu(v) = (a + \lambda b)v, ce qui donnerait une valeur propre réelle. L'hypothèse "pas de valeur propre réelle" est donc cruciale pour garantir que l'on a bien un plan stable et non une droite.