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Soit nn un entier naturel non nul et AMn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

  1. Démontrer que la matrice AA peut s'écrire comme la somme de deux matrices diagonalisables de Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).
  2. On suppose dans cette question que AA est inversible. Montrer qu'il existe deux matrices diagonalisables D1D_1 et D2D_2 telles que A=D1D2A = D_1 D_2.

1.

Pour les deux questions, utiliser le fait que toute matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est trigonalisable.

2.

Une matrice triangulaire dont les coefficients diagonaux sont deux à deux distincts est diagonalisable (car son polynôme caractéristique est scindé à racines simples).

3.

Pour la question 1, décomposer une matrice triangulaire TT sous la forme (TD)+D(T-D) + D avec DD diagonale bien choisie.

4.

Pour la question 2, décomposer TT sous la forme (TD1)D(T D^{-1}) D.

Idées clés

Théorème de trigonalisation sur C\mathbb{C}.

Critère suffisant de diagonalisabilité : nn valeurs propres distinctes.

Construction itérative de coefficients pour éviter un ensemble fini de valeurs.

Résolution.

  1. Puisque le corps des complexes est algébriquement clos, le polynôme caractéristique de AA est scindé. Ainsi, AA est trigonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Il existe donc PGLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et T=(ti,j)Mn(C)T = (t_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) triangulaire supérieure telles que :
    A=PTP1A = P T P^{-1}

    L'idée est de décomposer TT en T=T1+T2T = T_1 + T_2T1T_1 et T2T_2 sont deux matrices triangulaires supérieures ayant des valeurs propres distinctes. Soit D=diag(d1,,dn)D = \text{diag}(d_1, \dots, d_n) une matrice diagonale. On écrit :

    T=(TD)+DT = (T - D) + D

    Pour que DD soit diagonalisable, il suffit que ses coefficients diagonaux soient distincts. Pour que TDT-D soit diagonalisable, il suffit que ses coefficients diagonaux, qui sont les ti,idit_{i,i} - d_i, soient distincts. Cherchons donc d1,,dnCd_1, \dots, d_n \in \mathbb{C} tels que :

    (i,j){1,,n}2,ij    didjetti,iditj,jdj\forall (i,j) \in \{1, \dots, n\}^2,   i \neq j \implies d_i \neq d_j   \text{et}   t_{i,i} - d_i \neq t_{j,j} - d_j

    On peut construire ces coefficients par récurrence. Supposons d1,,dk1d_1, \dots, d_{k-1} choisis. Pour choisir dkd_k, on doit éviter les valeurs :

    {djj<k}{tk,ktj,j+djj<k}\{d_j \mid j < k\} \cup \{t_{k,k} - t_{j,j} + d_j \mid j < k\}

    Cet ensemble est fini (au plus 2(k1)2(k-1) valeurs). Comme C\mathbb{C} est infini, un tel dkd_k existe toujours. En posant A2=PDP1A_2 = P D P^{-1} et A1=P(TD)P1A_1 = P (T-D) P^{-1}, on obtient :

    A=A1+A2\boxed{A = A_1 + A_2}
    A1A_1 et A2A_2 sont diagonalisables car semblables à des matrices ayant nn valeurs propres distinctes.

  2. Si AA est inversible, sa forme triangulaire TT l'est aussi, donc ses coefficients diagonaux ti,it_{i,i} sont tous non nuls. On cherche cette fois une décomposition T=T1DT = T_1 D avec D=diag(d1,,dn)D = \text{diag}(d_1, \dots, d_n). Si on choisit DD inversible (di0d_i \neq 0), alors T=(TD1)DT = (T D^{-1}) D. DD est diagonalisable si les did_i sont distincts. TD1T D^{-1} est une matrice triangulaire supérieure dont les coefficients diagonaux sont ti,idi\frac{t_{i,i}}{d_i}. Elle est diagonalisable si ces rapports sont distincts. On cherche donc d1,,dnCd_1, \dots, d_n \in \mathbb{C}^* tels que :
    ij,didjetti,iditj,jdj\forall i \neq j,   d_i \neq d_j   \text{et}   \frac{t_{i,i}}{d_i} \neq \frac{t_{j,j}}{d_j}

    La seconde condition équivaut à diti,itj,jdjd_i \neq \frac{t_{i,i}}{t_{j,j}} d_j (ce qui est licite car tj,j0t_{j,j} \neq 0). Pour chaque kk, le choix de dkd_k doit éviter :

    {0}{djj<k}{tk,ktj,jdjj<k}\{0\} \cup \{d_j \mid j < k\} \cup \left\{ \frac{t_{k,k}}{t_{j,j}} d_j \mid j < k \right\}

    Cet ensemble est fini, donc le choix est possible dans C\mathbb{C}. En posant D2=PDP1D_2 = P D P^{-1} et D1=P(TD1)P1D_1 = P (T D^{-1}) P^{-1}, on a :

    A=D1D2\boxed{A = D_1 D_2}
    D1D_1 et D2D_2 sont diagonalisables.

Attention à ne pas oublier que la diagonalisabilité d'une matrice triangulaire n'est pas automatique. Il faut impérativement assurer que les éléments diagonaux sont distincts (ou utiliser un polynôme annulateur à racines simples, ce qui revient au même ici).