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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On note Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) l'algèbre des matrices carrées de taille nn.

  1. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Démontrer l'équivalence des propriétés suivantes :
    1. La matrice AA est nilpotente.
    2. La seule valeur propre de AA dans C\mathbb{C} est 00.
    3. La matrice AA est semblable à une matrice triangulaire supérieure stricte.
    4. An=0nA^n = 0_n.
    5. Pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, Tr⁡(Ak)=0\operatorname{Tr}(A^k) = 0.

  2. Soient A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telles que AB−BA=BAB - BA = B. Démontrer que la matrice BB est nilpotente.

  3. Soient A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On suppose qu'il existe (λ,μ)∈C2(\lambda, \mu) \in \mathbb{C}^2 tels que :
    AB−BA=λA+μBAB - BA = \lambda A + \mu B
    Montrer que AA et BB possèdent un vecteur propre commun.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que sur C\mathbb{C}, tout polynôme est scindé pour trigonaliser. Pour le lien avec la trace, utiliser les relations entre les coefficients du polynôme caractéristique et les sommes de puissances des racines (identités de Newton).

2.

Pour la question 2, établir par récurrence une relation entre ABkAB^k et BkAB^kA, puis passer à la trace.

3.

Pour la question 3, si AA et BB ne commutent pas, poser C=λA+μBC = \lambda A + \mu B. Montrer que CC est nilpotente et que son noyau est stable par AA et BB. Conclure par récurrence sur la dimension.

Idées clés

•

Trigonalisation des matrices complexes.

•

Lien entre spectre, trace et nilpotence.

•

Stabilité d'un sous-espace par un endomorphisme.

Résolution.

  1. Étude des équivalences de la nilpotence.

    (i)  ⟹  (ii)(i) \implies (ii) : Si AA est nilpotente, il existe p∈N∗p \in \mathbb{N}^* tel que Ap=0A^p = 0. Si λ\lambda est une valeur propre de AA, alors λp\lambda^p est valeur propre de Ap=0A^p = 0, donc λ=0\lambda = 0. (ii)  ⟹  (iii)(ii) \implies (iii) : AA est une matrice à coefficients complexes, elle est donc trigonalisable. Ses coefficients diagonaux sont ses valeurs propres. Si la seule valeur propre est 00, alors AA est semblable à une matrice triangulaire supérieure dont la diagonale est nulle. (iii)  ⟹  (iv)(iii) \implies (iv) : Soit TT une telle matrice. Un calcul par blocs ou une récurrence montre que Tn=0T^n = 0. Par similitude, on en déduit :

    An=0\boxed{A^n = 0}

    (iv)  ⟹  (i)(iv) \implies (i) : C'est la définition même de la nilpotence (le polynôme XnX^n est annulateur).

    (ii)  ⟺  (v)(ii) \iff (v) : Soient λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n les valeurs propres de AA comptées avec multiplicité. On sait que Tr⁡(Ak)=∑i=1nλik\operatorname{Tr}(A^k) = \sum_{i=1}^n \lambda_i^k. Si toutes les valeurs propres sont nulles, les traces sont évidemment nulles. Réciproquement, si Tr⁡(Ak)=0\operatorname{Tr}(A^k) = 0 pour k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, les identités de Newton assurent que les polynômes symétriques élémentaires des (λi)(\lambda_i) sont nuls. Ainsi, le polynôme caractéristique de AA est :

    χA(X)=Xn\boxed{\chi_A(X) = X^n}
    Ce qui implique que la seule valeur propre est 00.

  2. Application au commutateur [A,B]=B[A,B] = B.

    Montrons par récurrence sur k∈N∗k \in \mathbb{N}^* que ABk−BkA=kBkAB^k - B^k A = k B^k. L'initialisation est donnée par l'énoncé pour k=1k=1. Supposons la propriété vraie au rang kk. Alors :

    ABk+1−Bk+1A=(ABk−BkA)B+Bk(AB−BA)AB^{k+1} - B^{k+1}A = (AB^k - B^k A)B + B^k(AB - BA)
    D'après l'hypothèse de récurrence et l'énoncé :
    ABk+1−Bk+1A=(kBk)B+Bk(B)=(k+1)Bk+1AB^{k+1} - B^{k+1}A = (kB^k)B + B^k(B) = (k+1)B^{k+1}
    En prenant la trace de cette égalité, on obtient :
    Tr⁡((k+1)Bk+1)=Tr⁡(ABk+1−Bk+1A)=0\operatorname{Tr}((k+1)B^{k+1}) = \operatorname{Tr}(AB^{k+1} - B^{k+1}A) = 0
    Car la trace d'un commutateur est toujours nulle. Comme k+1≠0k+1 \neq 0, on en déduit que Tr⁡(Bk+1)=0\operatorname{Tr}(B^{k+1}) = 0 pour tout k≥0k \ge 0. D'après la question 1, on conclut :
    B est nilpotente\boxed{B \text{ est nilpotente}}

  3. Existence d'un vecteur propre commun.

    Si AA et BB commutent (λ=μ=0\lambda = \mu = 0), le résultat est un classique du cours (deux endomorphismes qui commutent sur un C\mathbb{C}-espace vectoriel ont un vecteur propre commun).

    Supposons (λ,μ)≠(0,0)(\lambda, \mu) \neq (0,0). Posons C=λA+μB=[A,B]C = \lambda A + \mu B = [A, B]. D'après la relation de l'énoncé :

    [A,C]=[A,λA+μB]=μ[A,B]=μC[A, C] = [A, \lambda A + \mu B] = \mu [A, B] = \mu C
    Si μ≠0\mu \neq 0, la question 2 appliquée à (A/μ,C)(A/\mu, C) montre que CC est nilpotente. Si μ=0\mu = 0, alors C=λAC = \lambda A, et [A,B]=λA[A, B] = \lambda A impose que AA est nilpotente (d'après la question 2 encore), donc CC est nilpotente.

    Dans tous les cas, CC est nilpotente et C≠0C \neq 0 (si C=0C=0, on retombe sur le cas commutant). Soit V=ker⁡CV = \ker C. Comme CC est nilpotente, V≠{0}V \neq \{0\}. Montrons que VV est stable par AA et BB. Soit x∈Vx \in V :

    C(Ax)=ACx−[A,C]x=0−μCx=0  ⟹  Ax∈VC(Ax) = ACx - [A, C]x = 0 - \mu Cx = 0 \implies Ax \in V
    C(Bx)=BCx−[B,C]x=0−(−λ)Cx=0  ⟹  Bx∈VC(Bx) = BCx - [B, C]x = 0 - (-\lambda) Cx = 0 \implies Bx \in V
    Les restrictions de AA et BB à VV commutent car [A,B]∣V=C∣V=0[A, B]_{|V} = C_{|V} = 0. A∣VA_{|V} et B∣VB_{|V} étant des endomorphismes d'un espace de dimension finie sur C\mathbb{C} qui commutent, ils possèdent un vecteur propre commun.
    Il existe x≠0 tel que Ax=αx et Bx=βx\boxed{\text{Il existe } x \neq 0 \text{ tel que } Ax = \alpha x \text{ et } Bx = \beta x}

Attention à la question 1(v) : l'implication "traces nulles   ⟹  \implies nilpotente" nécessite que les traces soient nulles jusqu'à l'ordre nn. Sur un corps de caractéristique finie, ce résultat est faux.