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Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^*, A∈GLn(R)A \in GL_n(\mathbb{R}) et B∈Mn(R)B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

On considère l'application f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} définie pour tout t∈Rt \in \mathbb{R} par :

f(t)=det⁡(A+tB)f(t) = \det(A + tB)

Montrer que ff est une fonction constante si et seulement si la matrice A−1BA^{-1}B est nilpotente.

1.

Commencer par factoriser la matrice AA à l'intérieur du déterminant pour faire apparaître la matrice M=A−1BM = A^{-1}B.

2.

Remarquer que ff est un polynôme en tt. Que vaut f(0)f(0) ?

3.

Exprimer det⁡(In+tM)\det(I_n + tM) à l'aide des valeurs propres complexes de MM.

4.

Faire le lien entre la nullité de toutes les valeurs propres et la nilpotence.

Idées clés

•

Propriété multiplicative du déterminant : det⁡(UV)=det⁡(U)det⁡(V)\det(UV) = \det(U)\det(V).

•

Lien entre déterminant et spectre : le déterminant est le produit des valeurs propres (comptées avec multiplicité).

•

Caractérisation de la nilpotence : une matrice est nilpotente si et seulement si son spectre (sur C\mathbb{C}) est réduit à {0}\{0\}.

Résolution.

1. Réduction du problème.

Puisque AA est inversible, nous pouvons écrire pour tout t∈Rt \in \mathbb{R} :

A+tB=A(In+tA−1B)A + tB = A(I_n + tA^{-1}B)

En posant M=A−1BM = A^{-1}B, la propriété de multiplicité du déterminant donne :

f(t)=det⁡(A)det⁡(In+tM)f(t) = \det(A) \det(I_n + tM)

La fonction ff est constante si et seulement si l'application g:t↦det⁡(In+tM)g : t \mapsto \det(I_n + tM) est constante.

Comme g(0)=det⁡(In)=1g(0) = \det(I_n) = 1, la condition est équivalente à :

∀t∈R,det⁡(In+tM)=1\forall t \in \mathbb{R},   \det(I_n + tM) = 1

2. Utilisation du spectre de MM.

Soient λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n les nn valeurs propres de MM comptées avec multiplicité dans C\mathbb{C}. La matrice In+tMI_n + tM est trigonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et ses valeurs propres sont les complexes (1+tλi)1≤i≤n(1 + t\lambda_i)_{1 \le i \le n}.

Le déterminant étant le produit des valeurs propres, nous avons :

∀t∈R,g(t)=∏i=1n(1+tλi)\forall t \in \mathbb{R},   g(t) = \prod_{i=1}^n (1 + t\lambda_i)

3. Sens réciproque (⇐\Leftarrow).

Si MM est nilpotente, alors toutes ses valeurs propres sont nulles : λ1=⋯=λn=0\lambda_1 = \dots = \lambda_n = 0. Dans ce cas :

∀t∈R,g(t)=∏i=1n(1+0)=1\forall t \in \mathbb{R},   g(t) = \prod_{i=1}^n (1 + 0) = 1

L'application gg est constante, donc ff est constante.

4. Sens direct (⇒\Rightarrow).

Supposons que gg soit constante. Alors pour tout t∈Rt \in \mathbb{R}, g(t)=1g(t) = 1. Le polynôme P(t)=∏i=1n(1+tλi)−1P(t) = \prod_{i=1}^n (1 + t\lambda_i) - 1 possède une infinité de racines (tout R\mathbb{R}), il est donc le polynôme nul.

Si l'une des valeurs propres λi\lambda_i était non nulle, alors pour t=−1/λit = -1/\lambda_i, nous aurions :

g(−1/λi)=0g(-1/\lambda_i) = 0
Ce qui contredit g(t)=1g(t) = 1 pour tout tt.

Par conséquent, toutes les valeurs propres de MM sont nulles :

SpC(M)={0}\boxed{ \text{Sp}_{\mathbb{C}}(M) = \{0\} }

Conclusion.

Une matrice dont le spectre est réduit à {0}\{0\} est nilpotente (son polynôme caractéristique est XnX^n). Ainsi, M=A−1BM = A^{-1}B est nilpotente.

f est constante  ⟺  A−1B est nilpotente\boxed{ f \text{ est constante} \iff A^{-1}B \text{ est nilpotente} }

Attention à ne pas oublier que même si AA et BB sont réelles, l'analyse du spectre doit se faire sur C\mathbb{C} pour garantir l'existence des nn valeurs propres et la décomposition du polynôme.