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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et K\mathbb{K} un corps. On considère un sous-espace vectoriel VV de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

Montrer que si dim⁡V>n(n+1)2\dim V > \dfrac{n(n+1)}{2}, alors le sous-espace VV contient au moins une matrice nilpotente non nulle.

1.

Pensez à l'espace des matrices strictement triangulaires supérieures, noté Nn(K)\mathcal{N}_n(\mathbb{K}).

2.

Quelle est la dimension de Nn(K)\mathcal{N}_n(\mathbb{K}) ?

3.

Utilisez la formule de Grassmann pour justifier que l'intersection de VV avec ce sous-espace est non réduite à {0}\{0\}.

Idées clés

•

Utilisation de la formule de Grassmann pour les dimensions.

•

Lien entre structure triangulaire stricte et nilpotence.

•

Comparaison avec la dimension de l'espace total Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

Résolution.

Considérons l'ensemble Nn(K)\mathcal{N}_n(\mathbb{K}) des matrices strictement triangulaires supérieures de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

On sait que cet ensemble est un sous-espace vectoriel de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

Calculons sa dimension. Une matrice M=(mi,j)M = (m_{i,j}) appartient à Nn(K)\mathcal{N}_n(\mathbb{K}) si et seulement si mi,j=0m_{i,j} = 0 pour tout i≥ji \ge j.

Le nombre de coefficients au-dessus de la diagonale est donné par :

n2−n2=n(n−1)2\frac{n^2 - n}{2} = \frac{n(n-1)}{2}

On en déduit donc la dimension du sous-espace des matrices strictement triangulaires :

dim⁡Nn(K)=n(n−1)2\boxed{\dim \mathcal{N}_n(\mathbb{K}) = \frac{n(n-1)}{2}}

Appliquons maintenant la formule de Grassmann au sous-espace VV et au sous-espace Nn(K)\mathcal{N}_n(\mathbb{K}). Ces deux espaces sont des sous-espaces de E=Mn(K)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{K}), dont la dimension est n2n^2. On a l'inégalité suivante sur la dimension de la somme :

dim⁡(V+Nn(K))≤dim⁡Mn(K)=n2\dim(V + \mathcal{N}_n(\mathbb{K})) \le \dim \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) = n^2

D'après la formule de Grassmann, la dimension de l'intersection est :

dim⁡(V∩Nn(K))=dim⁡V+dim⁡Nn(K)−dim⁡(V+Nn(K))\dim(V \cap \mathcal{N}_n(\mathbb{K})) = \dim V + \dim \mathcal{N}_n(\mathbb{K}) - \dim(V + \mathcal{N}_n(\mathbb{K}))

En utilisant l'inégalité sur la somme, on obtient la minoration :

dim⁡(V∩Nn(K))≥dim⁡V+dim⁡Nn(K)−n2\dim(V \cap \mathcal{N}_n(\mathbb{K})) \ge \dim V + \dim \mathcal{N}_n(\mathbb{K}) - n^2

Injectons les valeurs et hypothèses de l'énoncé :

dim⁡(V∩Nn(K))>n(n+1)2+n(n−1)2−n2\dim(V \cap \mathcal{N}_n(\mathbb{K})) > \frac{n(n+1)}{2} + \frac{n(n-1)}{2} - n^2

Simplifions l'expression du membre de droite :

n2+n+n2−n2−n2=2n22−n2=0\frac{n^2 + n + n^2 - n}{2} - n^2 = \frac{2n^2}{2} - n^2 = 0

Nous avons donc établi que :

dim⁡(V∩Nn(K))>0\boxed{\dim(V \cap \mathcal{N}_n(\mathbb{K})) > 0}

Par conséquent, l'intersection V∩Nn(K)V \cap \mathcal{N}_n(\mathbb{K}) n'est pas réduite au vecteur nul. Il existe donc une matrice N∈VN \in V telle que N≠0N \neq 0 et N∈Nn(K)N \in \mathcal{N}_n(\mathbb{K}).

Or, toute matrice strictement triangulaire supérieure est nilpotente (son polynôme caractéristique est XnX^n).

Conclusion : VV contient bien une matrice nilpotente non nulle.

Une erreur classique consiste à penser que si dim⁡V>n(n−1)/2\dim V > n(n-1)/2 (la dimension de l'espace des nilpotents "standard"), le résultat est vrai. Or, le complémentaire de l'espace des nilpotents n'est pas un sous-espace. La borne n(n+1)/2n(n+1)/2 est bien plus restrictive et nécessaire, comme le montre le cas des matrices symétriques réelles.