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Soit VV un espace vectoriel de dimension finie sur C\mathbb{C}. Pour un endomorphisme a∈L(V)a \in \mathcal{L}(V), on définit l'application φa:L(V)→L(V)\varphi_{a} : \mathcal{L}(V) \to \mathcal{L}(V) par φa(b)=ab−ba\varphi_{a}(b) = ab - ba.

  1. Exprimer φan(b)\varphi_{a}^{n}(b) pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} et b∈L(V)b \in \mathcal{L}(V) en fonction des puissances de aa.
  2. Établir l'identité suivante pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} :
    an+1b−ban+1=∑k=0nak(ab−ba)an−ka^{n+1} b - b a^{n+1} = \sum_{k=0}^{n} a^{k}(ab - ba) a^{n-k}
  3. On suppose que 00 est une valeur propre de aa. Démontrer que aa est nilpotent si et seulement si φa\varphi_{a} est nilpotent.
  4. On suppose désormais que aa n'a qu'une seule valeur propre.
    1. Montrer que φa\varphi_{a} est nilpotent.
    2. Étudier la réciproque : si φa\varphi_{a} est nilpotent, que peut-on dire du spectre de aa ?

1.

Pour la question 1, introduire les opérateurs de multiplication à gauche La(b)=abL_a(b) = ab et à droite Ra(b)=baR_a(b) = ba, puis vérifier qu'ils commutent pour utiliser la formule du binôme.

2.

Pour la question 3, utiliser le fait qu'en dimension finie, un endomorphisme est nilpotent si et seulement si son unique valeur propre est 0.

3.

Pour la question 4, se ramener au cas où l'unique valeur propre est nulle en considérant a−λidVa - \lambda \text{id}_V.

Idées clés

•

Algèbre des opérateurs : LaL_a et RaR_a.

•

Formule du binôme de Newton pour des opérateurs qui commutent.

•

Caractérisation spectrale de la nilpotence sur C\mathbb{C}.

Résolution.

  1. Considérons les endomorphismes de L(V)\mathcal{L}(V) définis par La(b)=abL_a(b) = ab et Ra(b)=baR_a(b) = ba. On remarque que φa=La−Ra\varphi_a = L_a - R_a. Vérifions que LaL_a et RaR_a commutent :
    (La∘Ra)(b)=a(ba)=(ab)a=(Ra∘La)(b)(L_a \circ R_a)(b) = a(ba) = (ab)a = (R_a \circ L_a)(b)
    Puisque LaL_a et RaR_a commutent, nous pouvons appliquer la formule du binôme de Newton :
    φan=(La−Ra)n=∑k=0n(nk)Lak∘(−Ra)n−k\varphi_a^n = (L_a - R_a)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} L_a^k \circ (-R_a)^{n-k}
    Comme Lak(b)=akbL_a^k(b) = a^k b et Ran−k(b)=ban−kR_a^{n-k}(b) = b a^{n-k}, on obtient :
    φan(b)=∑k=0n(nk)(−1)n−kakban−k\boxed{ \varphi_a^n(b) = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} (-1)^{n-k} a^k b a^{n-k} }

  2. Procédons par récurrence sur nn, ou utilisons une identité algébrique sur les sommes télescopiques. Posons Sn=∑k=0nak(ab−ba)an−kS_n = \sum_{k=0}^{n} a^{k}(ab - ba) a^{n-k}. On a :
    Sn=∑k=0n(ak+1ban−k−akban−k+1)S_n = \sum_{k=0}^{n} (a^{k+1} b a^{n-k} - a^k b a^{n-k+1})
    Cette somme est télescopique. En isolant les termes, il reste :
    Sn=an+1ba0−a0ban+1S_n = a^{n+1} b a^0 - a^0 b a^{n+1}
    D'où le résultat :
    an+1b−ban+1=∑k=0nak(ab−ba)an−k\boxed{ a^{n+1} b - b a^{n+1} = \sum_{k=0}^{n} a^{k}(ab - ba) a^{n-k} }

  3. Supposons que 00 est valeur propre de aa. (⇒)(\Rightarrow) Si aa est nilpotent, il existe p∈Np \in \mathbb{N} tel que ap=0a^p = 0. D'après la formule de la question 1, φan(b)\varphi_a^n(b) est une somme de termes de la forme akban−ka^k b a^{n-k}. Si l'on choisit n=2p−1n = 2p - 1, alors pour tout k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}, on a soit k≥pk \geq p, soit n−k≥pn-k \geq p (car sinon k≤p−1k \leq p-1 et n−k≤p−1n-k \leq p-1 impliquerait n≤2p−2n \leq 2p-2). Dans les deux cas, ak=0a^k = 0 ou an−k=0a^{n-k} = 0, donc chaque terme de la somme est nul. Ainsi, φa2p−1=0\varphi_a^{2p-1} = 0, donc φa\varphi_a est nilpotent. (⇐)(\Leftarrow) Si φa\varphi_a est nilpotent, alors φa(b)=0\varphi_a(b) = 0 pour certains bb. Mais surtout, les valeurs propres de φa\varphi_a sont de la forme λ−μ\lambda - \mu où λ,μ∈Sp(a)\lambda, \mu \in \text{Sp}(a). Si φa\varphi_a est nilpotent, sa seule valeur propre est 00. Ainsi, pour tous λ,μ∈Sp(a)\lambda, \mu \in \text{Sp}(a), on a λ−μ=0\lambda - \mu = 0, soit λ=μ\lambda = \mu. Comme 0∈Sp(a)0 \in \text{Sp}(a) par hypothèse, l'unique valeur propre de aa est 00. En dimension finie sur C\mathbb{C}, un endomorphisme dont l'unique valeur propre est 00 est nilpotent.
    Si 0∈Sp(a), a est nilpotent  ⟺  φa est nilpotent\boxed{ \text{Si } 0 \in \text{Sp}(a), \ a \text{ est nilpotent} \iff \varphi_a \text{ est nilpotent} }

    1. Soit λ\lambda l'unique valeur propre de aa. Posons n=a−λidVn = a - \lambda \text{id}_V. Alors nn est nilpotent car son spectre est réduit à {0}\{0\}. On remarque que pour tout b∈L(V)b \in \mathcal{L}(V) :
      φa(b)=ab−ba=(n+λid)b−b(n+λid)=nb−bn=φn(b)\varphi_a(b) = ab - ba = (n + \lambda \text{id})b - b(n + \lambda \text{id}) = nb - bn = \varphi_n(b)
      D'après la question 3, puisque nn est nilpotent, φn\varphi_n l'est aussi. Par conséquent, φa\varphi_a est nilpotent.
    2. Si φa\varphi_a est nilpotent, son unique valeur propre est 00. Or, on sait (résultat classique sur l'opérateur de commutation) que les valeurs propres de φa\varphi_a sont les différences λi−λj\lambda_i - \lambda_j des valeurs propres de aa. Si toutes ces différences sont nulles, alors λi=λj\lambda_i = \lambda_j pour tout couple d'indices. L'endomorphisme aa ne possède donc qu'une seule valeur propre. \boxed{ \text{Réciproque vraie : } \varphi_a \text{ nilpotent } \iff \text{Sp}(a) \text{ est un singleton} }

Attention à ne pas oublier que la nilpotence d'un endomorphisme uu équivaut à Sp(u)={0}\text{Sp}(u) = \{0\} uniquement sur un corps où le polynôme caractéristique est scindé (comme C\mathbb{C}).