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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On s'intéresse aux sous-algèbres de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) constituées ou engendrées par des matrices nilpotentes.

  1. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice nilpotente. Quelle est la dimension maximale de la sous-algèbre C[A]\mathbb{C}[A] engendrée par AA ? Caractériser les matrices pour lesquelles ce maximum est atteint.
  2. Soient A1,…,AmA_1, \dots, A_m des matrices nilpotentes de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) qui commutent deux à deux. On note A\mathcal{A} la sous-algèbre de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) engendrée par ces matrices. On pose r=min⁡{rg(Ai)∣1≤i≤m}r = \min \{ \text{rg}(A_i) \mid 1 \le i \le m \}. Montrer que :
    dim⁡(A)≤n(n−r)\dim(\mathcal{A}) \le n(n-r)

1.

Pour la question 1, utiliser le lien entre la dimension de C[A]\mathbb{C}[A] et le degré du polynôme minimal de AA. Se souvenir qu'une matrice nilpotente a son polynôme caractéristique égal à XnX^n.

2.

Pour la question 2, remarquer que A\mathcal{A} est incluse dans le commutant d'une matrice AjA_j bien choisie.

3.

Utiliser la structure des endomorphismes nilpotents : tout espace vectoriel muni d'un endomorphisme nilpotent uu peut être décomposé en somme directe de sous-espaces cycliques.

4.

Si MM commute avec AA, alors MM est déterminé par les images des générateurs de ces sous-espaces cycliques.

Idées clés

•

Degré du polynôme minimal d'une matrice nilpotente.

•

Inclusion de l'algèbre engendrée dans le commutant C(Aj)C(A_j).

•

Décomposition d'un espace pour un endomorphisme nilpotent (cycles).

•

Majoration de la dimension du commutant.

Résolution.

  1. La sous-algèbre engendrée par AA, notée C[A]\mathbb{C}[A], est l'espace vectoriel des polynômes en AA. Sa dimension est égale au degré du polynôme minimal de AA, noté μA\mu_A. Comme AA est nilpotente, son unique valeur propre est 00. Son polynôme caractéristique est donc χA(X)=Xn\chi_A(X) = X^n. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, μA\mu_A divise χA\chi_A, donc μA(X)=Xk\mu_A(X) = X^k avec 1≤k≤n1 \le k \le n. La dimension de C[A]\mathbb{C}[A] est donc kk, et elle est maximale lorsque k=nk=n.
    dimmax⁡(C[A])=n\boxed{\text{dim}_{\max}(\mathbb{C}[A]) = n}
    Ce maximum est atteint si et seulement si l'indice de nilpotence de AA est exactement nn, ce qui correspond aux matrices nilpotentes dont le rang est n−1n-1 (matrices semblables à un bloc de Jordan de taille nn, ou matrices cycliques nilpotentes).

  2. Soit j∈{1,…,m}j \in \{1, \dots, m\} tel que rg(Aj)=r\text{rg}(A_j) = r. On pose A=AjA = A_j. Puisque les matrices AiA_i commutent deux à deux, chaque AiA_i commute avec AA. L'algèbre A\mathcal{A} étant engendrée par les (Ai)(A_i), tout élément M∈AM \in \mathcal{A} est un polynôme en A1,…,AmA_1, \dots, A_m. Par commutativité, tout élément de A\mathcal{A} commute avec AA. On a donc :
    A⊆C(A)={M∈Mn(C)∣MA=AM}\mathcal{A} \subseteq C(A) = \{ M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \mid MA = AM \}
    Il suffit donc de montrer que dim⁡C(A)≤n(n−r)\dim C(A) \le n(n-r). D'après la structure des endomorphismes nilpotents, il existe des vecteurs x1,…,xkx_1, \dots, x_k et des entiers n1,…,nkn_1, \dots, n_k tels que Cn\mathbb{C}^n soit la somme directe de sous-espaces cycliques ViV_i :
    Cn=⨁i=1kViouˋVi=Vect(xi,Axi,…,Ani−1xi)\mathbb{C}^n = \bigoplus_{i=1}^k V_i   \text{où}   V_i = \text{Vect}(x_i, A x_i, \dots, A^{n_i-1} x_i)
    Ici, nin_i est la dimension de ViV_i, donc ∑i=1kni=n\sum_{i=1}^k n_i = n. Le nombre de blocs kk est égal à la dimension du noyau de AA :
    k=dim⁡ker⁡(A)=n−rg(A)=n−r\boxed{k = \dim \ker(A) = n - \text{rg}(A) = n-r}
    Soit M∈C(A)M \in C(A). La matrice MM est entièrement déterminée par les images des vecteurs générateurs M(x1),…,M(xk)M(x_1), \dots, M(x_k). En effet, pour tout j∈{0,…,ni−1}j \in \{0, \dots, n_i-1\}, on a M(Ajxi)=AjM(xi)M(A^j x_i) = A^j M(x_i). Pour chaque i∈{1,…,k}i \in \{1, \dots, k\}, le vecteur xix_i vérifie Anixi=0A^{n_i} x_i = 0. Puisque MM et AA commutent, on a :
    AniM(xi)=M(Anixi)=M(0)=0A^{n_i} M(x_i) = M(A^{n_i} x_i) = M(0) = 0
    Ainsi, M(xi)M(x_i) appartient au sous-espace ker⁡(Ani)\ker(A^{n_i}). L'application linéaire Ψ:C(A)→∏i=1kker⁡(Ani)\Psi : C(A) \to \prod_{i=1}^k \ker(A^{n_i}) définie par Ψ(M)=(M(x1),…,M(xk))\Psi(M) = (M(x_1), \dots, M(x_k)) est injective par l'argument de détermination ci-dessus. Par conséquent :
    dim⁡C(A)≤∑i=1kdim⁡ker⁡(Ani)\dim C(A) \le \sum_{i=1}^k \dim \ker(A^{n_i})
    Comme pour tout ii, ker⁡(Ani)\ker(A^{n_i}) est un sous-espace de Cn\mathbb{C}^n, on a trivialement dim⁡ker⁡(Ani)≤n\dim \ker(A^{n_i}) \le n. D'où :
    dim⁡C(A)≤∑i=1kn=k⋅n\dim C(A) \le \sum_{i=1}^k n = k \cdot n
    En remplaçant kk par n−rn-r, on obtient le résultat escompté :
    dim⁡A≤n(n−r)\boxed{\dim \mathcal{A} \le n(n-r)}

Attention à ne pas confondre l'algèbre engendrée par AA (notée C[A]\mathbb{C}[A], qui contient I=A0I = A^0) et l'idéal des polynômes en AA s'annulant en 00. Si l'énoncé ne précise pas "unitaire", en CPGE, on considère généralement que C[A]\mathbb{C}[A] contient l'identité.