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Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A,BA, B deux matrices de Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

  1. On suppose qu'il existe un scalaire non nul α∈C∗\alpha \in \mathbb{C}^{*} tel que :
    AB−BA=αAAB - BA = \alpha A
    Démontrer que la matrice AA est nécessairement nilpotente.

  2. On considère maintenant le cas plus général où l'on pose C=AB−BAC = AB - BA. On suppose que CC commute avec la matrice AA (c'est-à-dire AC=CAAC = CA). Montrer que CC est une matrice nilpotente.

1.

Pour la question 1, considérez l'endomorphisme de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) défini par ϕ(X)=BX−XB\phi(X) = BX - XB et étudiez ses valeurs propres potentielles en calculant ϕ(Ak)\phi(A^k).

2.

Pour la question 2, exprimez CkC^k comme un commutateur en exploitant la relation AC=CAAC=CA pour montrer que sa trace est nulle pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*. Utilisez ensuite le lien entre la trace des puissances et la nilpotence sur C\mathbb{C}.

Idées clés

•

Étude des valeurs propres d'un endomorphisme d'espace vectoriel de dimension finie.

•

Propriété de la trace d'un commutateur : Tr(XY−YX)=0\text{Tr}(XY - YX) = 0.

•

Caractérisation des matrices nilpotentes par la trace des puissances successives.

Résolution.

  1. Soit ϕ\phi l'endomorphisme de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) défini par :
    ∀X∈Mn(C),ϕ(X)=BX−XB\forall X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}),   \phi(X) = BX - XB

    Remarquons que la condition de l'énoncé s'écrit ϕ(A)=−αA\phi(A) = - \alpha A. Ainsi, si A≠0A \neq 0, AA est un vecteur propre de ϕ\phi associé à la valeur propre −α-\alpha.

    Calculons ϕ(A2)\phi(A^2) en utilisant la règle de dérivation du crochet :

    ϕ(A2)=BA2−A2B=(BA−AB)A+A(BA−AB)\phi(A^2) = B A^2 - A^2 B = (BA - AB) A + A (BA - AB)

    En remplaçant BA−ABBA - AB par −αA-\alpha A, on obtient :

    ϕ(A2)=(−αA)A+A(−αA)=−2αA2\phi(A^2) = (-\alpha A) A + A (-\alpha A) = -2\alpha A^2

    Par une récurrence immédiate, on montre que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^* :

    ϕ(Ak)=−kαAk\boxed{\phi(A^k) = -k\alpha A^k}

    Si la matrice AA n'est pas nilpotente, alors pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, Ak≠0A^k \neq 0. Dans ce cas, chaque scalaire −kα-k\alpha est une valeur propre de l'endomorphisme ϕ\phi.

    Or, ϕ\phi est un endomorphisme d'un espace de dimension finie (n2n^2). Il ne peut donc posséder qu'un nombre fini de valeurs propres.

    Comme α≠0\alpha \neq 0, les valeurs (−kα)k∈N∗(-k\alpha)_{k \in \mathbb{N}^*} sont toutes distinctes. Ceci impose l'existence d'un entier kk tel que Ak=0A^k = 0.

    A est nilpotente\boxed{A \text{ est nilpotente}}

  2. Supposons que C=AB−BAC = AB - BA commute avec AA. Montrons par récurrence que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, CkC^k est le commutateur de deux matrices.

    Puisque AA et CC commutent, AA commute avec toutes les puissances de CC. Pour k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, on peut écrire :

    Ck=Ck−1(AB−BA)=Ck−1AB−Ck−1BAC^k = C^{k-1} (AB - BA) = C^{k-1}AB - C^{k-1}BA

    En utilisant le fait que Ck−1A=ACk−1C^{k-1}A = AC^{k-1}, on obtient :

    Ck=A(Ck−1B)−(Ck−1B)AC^k = A (C^{k-1}B) - (C^{k-1}B) A

    Soit X=AX = A et Yk=Ck−1BY_k = C^{k-1}B. Nous avons établi que :

    Ck=XYk−YkX\boxed{C^k = XY_k - Y_kX}

    La trace d'un commutateur étant nulle, il en découle :

    ∀k∈{1,…,n},Tr(Ck)=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   \text{Tr}(C^k) = 0

    Soient λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n les valeurs propres de CC dans C\mathbb{C} (comptées avec multiplicité). La condition sur les traces se traduit par le système suivant :

    ∀k∈{1,…,n},∑i=1nλik=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   \sum_{i=1}^n \lambda_i^k = 0

    D'après les relations de Newton, cela implique que tous les coefficients du polynôme caractéristique de CC (sauf le terme de plus haut degré) sont nuls. Ainsi, χC(X)=Xn\chi_C(X) = X^n.

    Par le théorème de Cayley-Hamilton, ou simplement car son spectre est réduit à {0}\{0\}, la matrice CC est nilpotente.

    C est nilpotente\boxed{C \text{ est nilpotente}}

Attention à ne pas oublier l'hypothèse α≠0\alpha \neq 0 dans la première question. Si α=0\alpha = 0, AA et BB commutent, et AA n'a aucune raison d'être nilpotente (prendre A=InA=I_n).