WikiPrépaLivrets

Soit nNn \in \mathbb{N}^* et K\mathbb{K} un corps (on pourra supposer K=C\mathbb{K} = \mathbb{C} pour la seconde question). On note Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) l'algèbre des matrices carrées de taille nn et C(A)={BMn(K)AB=BA}C(A) = \{B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) \mid AB = BA\} le commutant d'une matrice AA.

  1. Soit NMn(K)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) une matrice nilpotente dont l'indice de nilpotence est égal à nn. Démontrer que dimC(N)=n\dim C(N) = n et que C(N)=K[N]C(N) = \mathbb{K}[N].
  2. Soit AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). On suppose que son polynôme caractéristique χA\chi_A est scindé sur K\mathbb{K}. Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes :
    1. Le polynôme minimal de AA est égal à son polynôme caractéristique : μA=χA\mu_A = \chi_A.
    2. Le commutant de AA est réduit aux polynômes en AA : C(A)=K[A]C(A) = \mathbb{K}[A].

1.

Pour la question 1, utiliser l'existence d'un vecteur xx tel que (x,Nx,,Nn1x)(x, Nx, \dots, N^{n-1}x) forme une base de Kn\mathbb{K}^n. Étudier l'image de xx par une matrice du commutant.

2.

Pour la question 2, le sens (a)     \implies (b) peut se traiter par une généralisation de l'argument de la question 1 (existence d'un vecteur cyclique).

3.

Pour le sens (b)     \implies (a), on peut utiliser l'argument dimensionnel en admettant ou en montrant que dimC(A)n\dim C(A) \ge n pour toute matrice dont le polynôme caractéristique est scindé.

Idées clés

Existence d'un vecteur cyclique pour une matrice dont le polynôme minimal est de degré nn.

Lien entre la dimension de K[A]\mathbb{K}[A] et le degré du polynôme minimal.

Utilisation de la décomposition en sous-espaces caractéristiques pour minorer la dimension du commutant.

Résolution.

  1. Étude du cas nilpotent. Puisque l'indice de nilpotence de NN est nn, on a Nn10N^{n-1} \neq 0 et Nn=0N^n = 0. Il existe donc un vecteur xKnx \in \mathbb{K}^n tel que Nn1x0N^{n-1}x \neq 0. Montrons que la famille B=(x,Nx,,Nn1x)\mathcal{B} = (x, Nx, \dots, N^{n-1}x) est libre. Soit (λ0,,λn1)Kn(\lambda_0, \dots, \lambda_{n-1}) \in \mathbb{K}^n tel que i=0n1λiNix=0\sum_{i=0}^{n-1} \lambda_i N^i x = 0. En appliquant Nn1N^{n-1} à cette égalité, comme Njx=0N^j x = 0 pour jnj \ge n, il reste :
    λ0Nn1x=0\lambda_0 N^{n-1}x = 0
    Comme Nn1x0N^{n-1}x \neq 0, on a λ0=0\lambda_0 = 0. Par récurrence immédiate (ou en appliquant successivement Nn2,Nn3,N^{n-2}, N^{n-3}, \dots), on obtient λi=0\lambda_i = 0 pour tout ii. La famille B\mathcal{B} est donc une base de Kn\mathbb{K}^n. Soit MC(N)M \in C(N). Comme MxKnM x \in \mathbb{K}^n, il existe des scalaires a0,,an1a_0, \dots, a_{n-1} tels que :
    Mx=i=0n1aiNix=P(N)xavecP(X)=i=0n1aiXiM x = \sum_{i=0}^{n-1} a_i N^i x = P(N)x   \text{avec}   P(X) = \sum_{i=0}^{n-1} a_i X^i
    Comme MM commute avec NN, MM commute avec toute puissance de NN. Pour tout k{0,,n1}k \in \{0, \dots, n-1\} :
    M(Nkx)=Nk(Mx)=Nk(P(N)x)=P(N)(Nkx)M(N^k x) = N^k (Mx) = N^k (P(N)x) = P(N)(N^k x)
    Les endomorphismes associés à MM et P(N)P(N) coïncident sur la base B\mathcal{B}, donc M=P(N)M = P(N). On en déduit que C(N)K[N]C(N) \subset \mathbb{K}[N]. L'inclusion réciproque est évidente.
    C(N)=K[N]\boxed{C(N) = \mathbb{K}[N]}
    Enfin, K[N]=Vect(I,N,,Nn1)\mathbb{K}[N] = \text{Vect}(I, N, \dots, N^{n-1}). Cette famille est libre car si i=0n1λiNi=0\sum_{i=0}^{n-1} \lambda_i N^i = 0, alors i=0n1λiNix=0\sum_{i=0}^{n-1} \lambda_i N^i x = 0, ce qui implique λi=0\lambda_i = 0 par liberté de B\mathcal{B}.
    dimC(N)=n\boxed{\dim C(N) = n}

  2. Équivalence générale.

    (a)     \implies (b) : On suppose μA=χA\mu_A = \chi_A. Alors degμA=n\deg \mu_A = n. Il est bien connu (théorème du vecteur cyclique) qu'il existe xKnx \in \mathbb{K}^n tel que (x,Ax,,An1x)(x, Ax, \dots, A^{n-1}x) soit une base de Kn\mathbb{K}^n. Preuve rapide : Si μA\mu_A est scindé, μA=j=1k(Xλj)mj\mu_A = \prod_{j=1}^k (X-\lambda_j)^{m_j} avec mj=n\sum m_j = n. Par le lemme des noyaux, Kn=ker(AλjI)mj\mathbb{K}^n = \bigoplus \ker(A-\lambda_j I)^{m_j}. Sur chaque sous-espace, Nj=(AλjI)N_j = (A-\lambda_j I) est nilpotent d'indice mjm_j. Il existe xjx_j tel que la famille ((AλjI)kxj)0k<mj((A-\lambda_j I)^k x_j)_{0 \le k < m_j} soit libre. En posant x=xjx = \sum x_j, on montre que xx est cyclique. L'argument de la question 1 s'adapte alors identiquement : toute matrice BB commutant avec AA est déterminée par BxBx et s'écrit comme un polynôme en AA. (b)     \implies (a) : On suppose C(A)=K[A]C(A) = \mathbb{K}[A]. Alors dimC(A)=dimK[A]=degμA\dim C(A) = \dim \mathbb{K}[A] = \deg \mu_A. Or, on dispose du résultat suivant : pour toute matrice AA dont le polynôme caractéristique est scindé, dimC(A)n\dim C(A) \ge n. Justification : Par décomposition de Dunford ou réduction par blocs, AA est semblable à une matrice diagonale par blocs D=diag(A1,,Ak)D = \text{diag}(A_1, \dots, A_k) où chaque AjA_j correspond à une valeur propre λj\lambda_j et est de taille njn_j. Le commutant de DD contient au moins les matrices diagonales par blocs diag(B1,,Bk)\text{diag}(B_1, \dots, B_k)BjC(Aj)B_j \in C(A_j). Ainsi dimC(A)=dimC(D)j=1kdimC(Aj)\dim C(A) = \dim C(D) \ge \sum_{j=1}^k \dim C(A_j). Pour chaque bloc, Aj=λjI+NjA_j = \lambda_j I + N_j avec NjN_j nilpotent. C(Aj)=C(Nj)C(A_j) = C(N_j). On montre (par exemple via la forme triangulaire supérieure de NjN_j) que dimC(Nj)nj\dim C(N_j) \ge n_j. Ainsi, dimC(A)nj=n\dim C(A) \ge \sum n_j = n. Comme n=degχAn = \deg \chi_A et que dimC(A)=degμA\dim C(A) = \deg \mu_A, on a :

    degμAdegχA\deg \mu_A \ge \deg \chi_A
    Puisque μA\mu_A divise χA\chi_A, on conclut μA=χA\boxed{\mu_A = \chi_A}.

L'erreur classique est de penser que dimK[A]=n\dim \mathbb{K}[A] = n toujours. En réalité, dimK[A]=degμA\dim \mathbb{K}[A] = \deg \mu_A, qui peut être strictement inférieur à nn (par exemple si A=IA=I, la dimension est 11).