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_2(\mathbb{R})$}

On considère l'espace vectoriel M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}) des matrices carrées d'ordre 22 à coefficients réels.

Déterminer s'il existe une matrice A∈M2(R)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) telle que :

exp⁡(A)=−I2\exp(A) = -I_2
où I2I_2 désigne la matrice identité de M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}).

1.

Utiliser le lien entre les valeurs propres d'une matrice AA et celles de son exponentielle exp⁡(A)\exp(A).

2.

Se souvenir qu'une matrice réelle dont le polynôme caractéristique est de degré 22 a soit deux valeurs propres réelles, soit deux valeurs propres complexes conjuguées.

3.

Pour la construction d'un candidat, penser aux matrices de la forme (0−θθ0)\begin{pmatrix} 0 & -\theta
\theta & 0 \end{pmatrix}
.

Idées clés

•

Lien spectral : Sp(exp⁡(A))={eλ∣λ∈Sp(A)}\text{Sp}(\exp(A)) = \{ e^\lambda \mid \lambda \in \text{Sp}(A) \}.

•

Propriété des matrices réelles : les valeurs propres non réelles apparaissent par paires conjuguées.

•

Calcul de l'exponentielle des matrices antisymétriques de taille 22.

Analyse nécessaire.

Supposons qu'une telle matrice A∈M2(R)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) existe. Soit SpC(A)={λ1,λ2}\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A) = \{ \lambda_1, \lambda_2 \} le spectre de AA dans C\mathbb{C}.

D'après le cours, les valeurs propres de exp⁡(A)\exp(A) sont les exponentielles des valeurs propres de AA. Comme exp⁡(A)=−I2\exp(A) = -I_2, la seule valeur propre de exp⁡(A)\exp(A) est −1-1.

On en déduit l'égalité d'ensembles :

{eλ1,eλ2}={−1}\{ e^{\lambda_1}, e^{\lambda_2} \} = \{ -1 \}

Ceci impose que eλ1=−1e^{\lambda_1} = -1 et eλ2=−1e^{\lambda_2} = -1. Par conséquent, il existe deux entiers relatifs k1k_1 et k2k_2 tels que :

λ1=i(2k1+1)πetλ2=i(2k2+1)π\lambda_1 = i(2k_1 + 1)\pi   \text{et}   \lambda_2 = i(2k_2 + 1)\pi

En particulier, aucune des valeurs propres de AA n'est réelle.

Contrainte liée à la réalité de la matrice.

La matrice AA est à coefficients réels, donc son polynôme caractéristique χA\chi_A est dans R[X]\mathbb{R}[X]. Ses racines dans C\mathbb{C} doivent donc être soit réelles, soit conjuguées deux à deux.

Comme nous avons établi que les racines ne sont pas réelles, elles sont nécessairement conjuguées :

λ2=λ1‾\lambda_2 = \overline{\lambda_1}

En remplaçant par les expressions trouvées précédemment :

i(2k2+1)π=−i(2k1+1)πi(2k_2 + 1)\pi = -i(2k_1 + 1)\pi

Ce qui équivaut à 2k2+1=−2k1−12k_2 + 1 = -2k_1 - 1, soit k1+k2=−1k_1 + k_2 = -1. Cette condition est tout à fait réalisable (par exemple avec k1=0k_1 = 0 et k2=−1k_2 = -1).

Construction d'un exemple.

Choisissons k1=0k_1 = 0, ce qui donne λ1=iπ\lambda_1 = i\pi et λ2=−iπ\lambda_2 = -i\pi. Le polynôme caractéristique de la matrice recherchée serait alors :

χA(X)=(X−iπ)(X+iπ)=X2+π2\chi_A(X) = (X - i\pi)(X + i\pi) = X^2 + \pi^2

Considérons la matrice compagne ou la matrice de rotation suivante :

A=(0−ππ0)A = \begin{pmatrix} 0 & -\pi
\pi & 0 \end{pmatrix}

Calculons exp⁡(A)\exp(A). On remarque que A=πJA = \pi J avec J=(0−110)J = \begin{pmatrix} 0 & -1
1 & 0 \end{pmatrix}
. On sait que J2=−I2J^2 = -I_2, J3=−JJ^3 = -J, J4=I2J^4 = I_2, etc.

Par développement en série entière :

exp⁡(θJ)=(∑n=0+∞(−1)nθ2n(2n)!)I2+(∑n=0+∞(−1)nθ2n+1(2n+1)!)J\exp(\theta J) = \left( \sum_{n=0}^{+\infty} \frac{(-1)^n \theta^{2n}}{(2n)!} \right) I_2 + \left( \sum_{n=0}^{+\infty} \frac{(-1)^n \theta^{2n+1}}{(2n+1)!} \right) J

On reconnaît les développements de cosinus et sinus :

exp⁡(θJ)=cos⁡(θ)I2+sin⁡(θ)J\exp(\theta J) = \cos(\theta) I_2 + \sin(\theta) J

Pour θ=π\theta = \pi, on obtient :

exp⁡(A)=exp⁡(πJ)=cos⁡(π)I2+sin⁡(π)J=−1⋅I2+0⋅J\exp(A) = \exp(\pi J) = \cos(\pi) I_2 + \sin(\pi) J = -1 \cdot I_2 + 0 \cdot J

D'où le résultat :

exp⁡(A)=−I2\boxed{ \exp(A) = -I_2 }

Conclusion.

Il existe bien des matrices répondant à la question.

Oui, par exemple A=(0−ππ0)\boxed{ \text{Oui, par exemple } A = \begin{pmatrix} 0 & -\pi
\pi & 0 \end{pmatrix} }

L'erreur classique consiste à affirmer que exp⁡(A)\exp(A) est toujours une matrice à coefficients positifs ou que ses valeurs propres sont positives. C'est vrai pour les réels (exp⁡(x)>0\exp(x) > 0), mais faux pour les matrices : l'exponentielle peut même ne pas être une matrice réelle positive au sens des coefficients.