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On considère l'application exponentielle définie sur l'ensemble des matrices carrées complexes par :

exp:Mn(C)Mn(C),Ak=0+Akk!\exp : \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) \longrightarrow \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}),   A \longmapsto \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{A^k}{k!}

  1. L'application exp\exp est-elle surjective ?
  2. Caractériser l'image de cette application pour n=2n=2.
  3. De manière générale, déterminer Im(exp)\text{Im}(\exp) pour tout nNn \in \mathbb{N}^*.

1.

Pour la question 1, calculer le déterminant de exp(A)\exp(A) en utilisant la trace. Une matrice de l'image peut-elle être nulle ?

2.

Pour la question 3, utiliser la décomposition de Dunford d'une matrice MGLn(C)M \in GL_n(\mathbb{C}). On cherchera à écrire M=D(I+N)M = D(I+N')DD est diagonalisable, NN' est nilpotente et DN=NDDN'=N'D.

3.

Pour construire un antécédent de I+NI+N', on pourra utiliser le développement en série entière de la fonction ln(1+x)\ln(1+x).

Idées clés

Relation det(eA)=eTr(A)\det(e^A) = e^{\text{Tr}(A)}

Décomposition de Dunford M=D+NM = D + N

Utilisation de polynômes en MM pour garantir la commutation

Développement limité de l'argument logarithmique pour les matrices nilpotentes

Résolution.

  1. Rappelons que pour toute matrice AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), on a la relation fondamentale :
    det(exp(A))=exp(Tr(A))\det(\exp(A)) = \exp(\text{Tr}(A))
    Comme l'exponentielle complexe ne s'annule jamais sur C\mathbb{C}, on en déduit que :
    AMn(C),det(exp(A))0\forall A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}),   \det(\exp(A)) \neq 0
    Ainsi, l'image de l'exponentielle est incluse dans le groupe linéaire GLn(C)GL_n(\mathbb{C}). La matrice nulle 0n0_n n'appartient donc pas à l'image. On conclut :
    exp:Mn(C)Mn(C) n’est pas surjective.\boxed{\exp : \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \to \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \text{ n'est pas surjective.}}

  2. Commençons par traiter le cas n=2n=2 pour comprendre la structure de l'image. D'après la question précédente, Im(exp)GL2(C)\text{Im}(\exp) \subset GL_2(\mathbb{C}). Montrons l'inclusion réciproque. Soit MGL2(C)M \in GL_2(\mathbb{C}). Son polynôme caractéristique χM\chi_M est scindé sur C\mathbb{C}. Deux cas se présentent pour la réduction de MM : Cas 1 : MM est diagonalisable. Il existe PGL2(C)P \in GL_2(\mathbb{C}) et (λ1,λ2)(C)2(\lambda_1, \lambda_2) \in (\mathbb{C}^*)^2 tels que M=Pdiag(λ1,λ2)P1M = P \text{diag}(\lambda_1, \lambda_2) P^{-1}. Comme chaque λi0\lambda_i \neq 0, il existe αiC\alpha_i \in \mathbb{C} tel que eαi=λie^{\alpha_i} = \lambda_i. En posant A=Pdiag(α1,α2)P1A = P \text{diag}(\alpha_1, \alpha_2) P^{-1}, on a bien exp(A)=M\exp(A) = M. Cas 2 : MM n'est pas diagonalisable. L'unique valeur propre λ\lambda de MM est non nulle. MM est semblable à une matrice de la forme λI2+N\lambda I_2 + N avec N2=0N^2 = 0 et N0N \neq 0. On peut écrire M=λI2(I2+1λN)M = \lambda I_2 (I_2 + \frac{1}{\lambda} N). Posons A=(lnλ)I2+1λNA = (\ln \lambda) I_2 + \frac{1}{\lambda} N (où lnλ\ln \lambda est un complexe tel que elnλ=λe^{\ln \lambda} = \lambda). Comme les deux termes commutent :
    exp(A)=exp((lnλ)I2)exp(1λN)=λI2(I2+1λN+0)=M\exp(A) = \exp((\ln \lambda) I_2) \cdot \exp(\frac{1}{\lambda} N) = \lambda I_2 \cdot (I_2 + \frac{1}{\lambda} N + 0) = M
    Dans tous les cas, toute matrice inversible est un exponentielle.
    Pour n=2, Im(exp)=GL2(C)\boxed{\text{Pour } n=2, \text{ Im}(\exp) = GL_2(\mathbb{C})}

  3. Généralisons ce résultat à nn quelconque. Montrons que Im(exp)=GLn(C)\text{Im}(\exp) = GL_n(\mathbb{C}). Soit MGLn(C)M \in GL_n(\mathbb{C}). Par la décomposition de Dunford, il existe un unique couple (D,N)(D, N) de matrices telles que M=D+NM = D + N, avec DD diagonalisable, NN nilpotente et DN=NDDN = ND. De plus, DD et NN sont des polynômes en MM. Comme MM est inversible et MM commute avec DD, les valeurs propres de DD sont les mêmes que celles de MM, donc elles sont toutes non nulles. Ainsi, DGLn(C)D \in GL_n(\mathbb{C}). On peut alors factoriser :
    M=D(In+D1N)M = D(I_n + D^{-1}N)
    Posons N=D1NN' = D^{-1}N. Comme D1D^{-1} est un polynôme en DD (donc en MM) et NN est un polynôme en MM, NN' est aussi un polynôme en MM. Le produit de deux matrices qui commutent dont l'une est nilpotente est nilpotent, donc NN' est nilpotente. Construction de l'antécédent : 1. Pour la partie diagonalisable : DD est diagonalisable dans une base de vecteurs propres associée aux valeurs propres (λ1,,λn)(\lambda_1, \dots, \lambda_n). Soit αi\alpha_i tel que eαi=λie^{\alpha_i} = \lambda_i. On construit ADA_D diagonalisable avec les valeurs propres αi\alpha_i dans la même base. Alors exp(AD)=D\exp(A_D) = D. ADA_D est un polynôme en DD par interpolation de Lagrange. 2. Pour la partie nilpotente : Posons L=k=1n1(1)k1k(N)kL = \sum_{k=1}^{n-1} \frac{(-1)^{k-1}}{k} (N')^k. Comme NN' est nilpotente, cette somme est finie. On sait par les propriétés des séries entières que exp(L)=In+N\exp(L) = I_n + N'. Comme ADA_D est un polynôme en DD (donc en MM) et LL est un polynôme en NN' (donc en MM), les matrices ADA_D et LL commutent. On a alors :
    exp(AD+L)=exp(AD)exp(L)=D(In+N)=M\exp(A_D + L) = \exp(A_D) \exp(L) = D(I_n + N') = M
    L'image de l'exponentielle est donc exactement l'ensemble des matrices inversibles.
    Im(exp)=GLn(C)\boxed{\text{Im}(\exp) = GL_n(\mathbb{C})}

L'erreur classique est de répondre que l'exponentielle est surjective sur Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Il faut toujours vérifier si la matrice nulle peut être atteinte. Or, det(eA)0\det(e^A) \neq 0 exclut d'office les matrices non inversibles.