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On considère deux matrices AA et BB appartenant à M2(C)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}) telles que exp⁡(A)=exp⁡(B)\exp (A)=\exp (B).

On suppose que pour tout couple (α,β)∈Sp(A)×Sp(B)(\alpha, \beta) \in \text{Sp}(A) \times \text{Sp}(B), on a la condition suivante :

α−β∈2iπZ  ⟹  α=β\alpha - \beta \in 2 i \pi \mathbb{Z} \implies \alpha = \beta

Démontrer que sous cette condition, les matrices AA et BB sont égales.

1.

Commencer par montrer que les matrices AA et BB possèdent le même polynôme caractéristique en étudiant les valeurs propres de l'exponentielle.

2.

Utiliser le fait que toute matrice de M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) est trigonalisable.

3.

Distinguer trois configurations possibles pour le spectre de AA : deux valeurs propres distinctes, une valeur propre double avec matrice diagonalisable (scalaire), ou une valeur propre double avec matrice non diagonalisable.

4.

Exprimer AA comme un polynôme en exp⁡(A)\exp(A) dans chaque cas.

Idées clés

•

Lien entre le spectre de MM et celui de exp⁡(M)\exp(M) : Sp(exp⁡(M))={eλ,λ∈Sp(M)}\text{Sp}(\exp(M)) = \{e^\lambda, \lambda \in \text{Sp}(M)\}.

•

Utilisation de la réduction (trigonalisation ou diagonalisation) en dimension 2.

•

Expression de la matrice comme un polynôme en son exponentielle.

1. Analyse des valeurs propres.

Soient Sp(A)={λ1,λ2}\text{Sp}(A) = \{\lambda_1, \lambda_2\} et Sp(B)={μ1,μ2}\text{Sp}(B) = \{\mu_1, \mu_2\}. On sait que les valeurs propres de exp⁡(A)\exp(A) sont eλ1e^{\lambda_1} and eλ2e^{\lambda_2}. De même, celles de exp⁡(B)\exp(B) sont eμ1e^{\mu_1} and eμ2e^{\mu_2}.

Comme exp⁡(A)=exp⁡(B)\exp(A) = \exp(B), ces matrices ont le même spectre (en tenant compte des multiplicités). Quitte à réordonner, on a :

eλ1=eμ1eteλ2=eμ2e^{\lambda_1} = e^{\mu_1}   \text{et}   e^{\lambda_2} = e^{\mu_2}

L'égalité des exponentielles complexes eλ1=eμ1e^{\lambda_1} = e^{\mu_1} implique que λ1−μ1∈2iπZ\lambda_1 - \mu_1 \in 2i\pi \mathbb{Z}. D'après l'hypothèse de l'énoncé, cela impose :

λ1=μ1etλ2=μ2\boxed{\lambda_1 = \mu_1   \text{et}   \lambda_2 = \mu_2}

Ainsi, AA et BB ont le même spectre et donc le même polynôme caractéristique χA=χB\chi_A = \chi_B.

2. Étude par disjonction de cas.

Puisque nous sommes dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}), trois cas se présentent pour la matrice AA :

Cas 1 : AA possède deux valeurs propres distinctes λ1≠λ2\lambda_1 \neq \lambda_2.

Alors eλ1≠eλ2e^{\lambda_1} \neq e^{\lambda_2}. En effet, si eλ1=eλ2e^{\lambda_1} = e^{\lambda_2}, on aurait λ1−λ2∈2iπZ∖{0}\lambda_1 - \lambda_2 \in 2i\pi\mathbb{Z} \setminus \{0\}, ce qui contredit l'hypothèse (en prenant α=λ1\alpha = \lambda_1 et β=μ2=λ2\beta = \mu_2 = \lambda_2).

La matrice exp⁡(A)\exp(A) est donc diagonalisable avec deux valeurs propres distinctes. Il existe un polynôme d'interpolation de Lagrange PP tel que P(eλ1)=λ1P(e^{\lambda_1}) = \lambda_1 et P(eλ2)=λ2P(e^{\lambda_2}) = \lambda_2.

Considérons la matrice P(exp⁡(A))P(\exp(A)). Elle est diagonalisable dans la même base que AA et possède les mêmes valeurs propres. On a donc :

A=P(exp⁡(A))\boxed{A = P(\exp(A))}

Comme exp⁡(A)=exp⁡(B)\exp(A) = \exp(B) et que BB a les mêmes valeurs propres, le même raisonnement donne B=P(exp⁡(B))B = P(\exp(B)), d'où A=BA=B.

Cas 2 : AA est une matrice scalaire A=λI2A = \lambda I_2.

Alors exp⁡(A)=eλI2\exp(A) = e^{\lambda} I_2. Puisque exp⁡(B)=exp⁡(A)\exp(B) = \exp(A), on a exp⁡(B)=eλI2\exp(B) = e^{\lambda} I_2. Les valeurs propres de BB sont alors nécessairement toutes égales à λ\lambda (d'après le point 1). Si BB n'était pas diagonalisable, elle serait semblable à (λ10λ)\begin{pmatrix} \lambda & 1
0 & \lambda \end{pmatrix}
, et son exponentielle serait semblable à (eλeλ0eλ)\begin{pmatrix} e^\lambda & e^\lambda
0 & e^\lambda \end{pmatrix}
, ce qui n'est pas une matrice scalaire.

Donc BB est diagonalisable avec une unique valeur propre λ\lambda, soit :

B=λI2=A\boxed{B = \lambda I_2 = A}

Cas 3 : AA possède une valeur propre double λ\lambda mais n'est pas diagonalisable.

Dans ce cas, AA est semblable à (λ10λ)\begin{pmatrix} \lambda & 1
0 & \lambda \end{pmatrix}
. On peut écrire A=λI2+NA = \lambda I_2 + N avec N2=0N^2 = 0 et N≠0N \neq 0. Alors :

exp⁡(A)=eλexp⁡(N)=eλ(I2+N)\exp(A) = e^{\lambda} \exp(N) = e^{\lambda}(I_2 + N)

On en déduit l'expression de NN :

N=e−λexp⁡(A)−I2N = e^{-\lambda} \exp(A) - I_2

En remplaçant dans la définition de AA :

A=λI2+e−λexp⁡(A)−I2\boxed{A = \lambda I_2 + e^{-\lambda} \exp(A) - I_2}

Puisque BB a la même valeur propre λ\lambda et la même exponentielle, BB est également non diagonalisable (car son exponentielle n'est pas scalaire) et suit la même relation. Ainsi B=AB = A.

Attention à ne pas oublier le cas où la matrice n'est pas diagonalisable. L'exponentielle d'une matrice non diagonalisable peut être calculée via la décomposition de Dunford. En dimension 2, cela revient à utiliser une partie nilpotente d'ordre 2.