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On se place dans Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) où K\mathbb{K} est un corps de caractéristique nulle (typiquement R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}).

  1. Soit N∈Mn(K)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) une matrice nilpotente et P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] un polynôme de valuation 1 (c'est-à-dire P(0)=0P(0) = 0 et P′(0)≠0P'(0) \neq 0). Montrer qu'il existe une matrice nilpotente M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) telle que P(M)=NP(M) = N. On cherchera MM sous la forme d'un polynôme en NN.

  2. En déduire que toute matrice A∈GLn(C)A \in GL_n(\mathbb{C}) possède au moins une racine carrée, c'est-à-dire une matrice R∈Mn(C)R \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que R2=AR^2 = A.

1.

Pour la question 1, écrire M=∑k=1n−1bkNkM = \sum_{k=1}^{n-1} b_k N^k et identifier les puissances de NN dans l'équation P(M)=NP(M)=N. On pourra procéder par récurrence sur l'indice des coefficients.

2.

Pour la question 2, utiliser la décomposition en sous-espaces caractéristiques (lemme des noyaux appliqué au polynôme caractéristique scindé sur C\mathbb{C}) pour se ramener à l'étude de blocs de la forme λI+N\lambda I + N avec λ≠0\lambda \neq 0.

3.

Pour extraire une racine de I+N′I + N', on pourra chercher MM tel que (I+M)2=I+N′(I+M)^2 = I+N', ce qui revient à résoudre P(M)=N′P(M) = N' avec P(X)=2X+X2P(X) = 2X + X^2.

Idées clés

•

Inversion locale formelle pour les matrices nilpotentes.

•

Décomposition d'un endomorphisme en somme de composantes sur ses sous-espaces caractéristiques.

•

Utilisation du fait que tout polynôme à coefficients complexes est scindé.

1. Construction de la matrice MM pour un polynôme de valuation 1.

Soit P(X)=∑i=1daiXiP(X) = \sum_{i=1}^d a_i X^i avec a1≠0a_1 \neq 0 puisque la valuation de PP est 1.

On cherche MM sous la forme M=∑k=1n−1bkNkM = \sum_{k=1}^{n-1} b_k N^k. Puisque NN est nilpotente, MM l'est aussi (car c'est un polynôme en NN sans terme constant).

L'équation P(M)=NP(M) = N s'écrit :

∑i=1dai(∑k=1n−1bkNk)i=N\sum_{i=1}^d a_i \left( \sum_{k=1}^{n-1} b_k N^k \right)^i = N

Comme Nn=0N^n = 0, on peut travailler dans l'algèbre K[N]\mathbb{K}[N], qui est de dimension finie. Identifions les coefficients devant chaque puissance NkN^k pour k∈{1,…,n−1}k \in \{1, \dots, n-1\}.

  • Pour k=1k=1 : le terme en N1N^1 provient uniquement de a1(b1N)a_1 (b_1 N). On impose :
    a1b1=1  ⟺  b1=1a1\boxed{ a_1 b_1 = 1 \iff b_1 = \frac{1}{a_1} }
    Ce qui est possible car a1≠0a_1 \neq 0.

  • Pour k∈{2,…,n−1}k \in \{2, \dots, n-1\} : le terme en NkN^k dans le développement de P(M)P(M) est de la forme :
    a1bk+Φk(a1,…,ak,b1,…,bk−1)a_1 b_k + \Phi_k(a_1, \dots, a_k, b_1, \dots, b_{k-1})
    où Φk\Phi_k est une expression polynomiale ne dépendant que des coefficients déjà calculés.

On peut donc déterminer les bkb_k par récurrence :

bk=−1a1Φk(a1,…,ak,b1,…,bk−1)\boxed{ b_k = - \frac{1}{a_1} \Phi_k(a_1, \dots, a_k, b_1, \dots, b_{k-1}) }

Il existe donc bien une matrice M∈K[N]M \in \mathbb{K}[N] telle que P(M)=NP(M) = N.

2. Existence d'une racine carrée pour une matrice inversible.

Soit A∈GLn(C)A \in GL_n(\mathbb{C}). Le polynôme caractéristique χA\chi_A est scindé sur C\mathbb{C}. D'après le théorème de décomposition en sous-espaces caractéristiques, AA est semblable à une matrice diagonale par blocs :

A∼diag(A1,A2,…,Ap)A \sim \text{diag}(A_1, A_2, \dots, A_p)

Chaque bloc AjA_j correspond à la restriction de AA à l'espace ker⁡(A−λjI)mj\ker(A - \lambda_j I)^{m_j}. On peut écrire chaque bloc sous la forme :

Aj=λjI+NjA_j = \lambda_j I + N_j
où NjN_j est une matrice nilpotente. Comme AA est inversible, ses valeurs propres λj\lambda_j sont toutes non nulles.

Cherchons une racine carrée pour chaque bloc AjA_j. On peut factoriser par λj\lambda_j :

Aj=λj(I+1λjNj)=λj(I+Nj′)A_j = \lambda_j \left( I + \frac{1}{\lambda_j} N_j \right) = \lambda_j (I + N'_j)
où Nj′=1λjNjN'_j = \frac{1}{\lambda_j} N_j est encore nilpotente. Soit μj\mu_j une racine carrée complexe de λj\lambda_j (elle existe dans C\mathbb{C}).

Il suffit de trouver une matrice MjM_j telle que (I+Mj)2=I+Nj′(I+M_j)^2 = I + N'_j. Cette équation est équivalente à :

I+2Mj+Mj2=I+Nj′  ⟺  2Mj+Mj2=Nj′I + 2M_j + M_j^2 = I + N'_j \iff 2M_j + M_j^2 = N'_j

Posons Q(X)=2X+X2Q(X) = 2X + X^2. Ce polynôme est de valuation 1 car Q(0)=0Q(0)=0 et Q′(0)=2≠0Q'(0)=2 \neq 0. D'après la question 1., il existe une matrice nilpotente MjM_j telle que :

Q(Mj)=Nj′  ⟹  (I+Mj)2=I+Nj′\boxed{ Q(M_j) = N'_j \implies (I+M_j)^2 = I + N'_j }

Finalement, la matrice Rj=μj(I+Mj)R_j = \mu_j(I + M_j) est une racine carrée de AjA_j. En recollant les blocs, on construit une racine carrée RR pour AA :

R∼diag(R1,…,Rp)\boxed{ R \sim \text{diag}(R_1, \dots, R_p) }

Attention : ce raisonnement ne s'applique pas si AA n'est pas inversible. Par exemple, la matrice N=(0100)N = \begin{pmatrix} 0 & 1
0 & 0 \end{pmatrix}
n'admet pas de racine carrée dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}). En effet, si R2=NR^2 = N, alors R4=0R^4 = 0, donc RR est nilpotente. Pour une matrice 2×22 \times 2, cela impliquerait R2=0R^2 = 0, soit N=0N=0, ce qui est absurde.