On considère l'espace vectoriel E=R[X]E = \mathbb{R}[X] des polynômes à coefficients réels. Soit DD l'endomorphisme de dérivation défini par :

PE,D(P)=P\forall P \in E,   D(P) = P'

Déterminer s'il existe un endomorphisme TL(E)T \in \mathcal{L}(E) tel que T2=DT^{2} = D.

1.

Étudier le noyau de l'endomorphisme DD et son lien avec le noyau d'un éventuel TT.

2.

Utiliser les propriétés d'inclusion des noyaux itérés d'un endomorphisme : ker(u)ker(u2)\ker(u) \subseteq \ker(u^2).

3.

Analyser la suite des dimensions des noyaux ker(Tk)\ker(T^k) pour aboutir à une contradiction sur ker(D)\ker(D) et ker(D2)\ker(D^2).

Idées clés

Inclusions des noyaux itérés : ker(f)ker(f2)\ker(f) \subseteq \ker(f^2).

Propriété de stagnation : si ker(f)=ker(f2)\ker(f) = \ker(f^2), alors ker(f)=ker(fn)\ker(f) = \ker(f^n) pour tout n1n \geq 1.

Étude des dimensions des noyaux de l'opérateur de dérivation DD.

Résolution.

Supposons qu'il existe un endomorphisme TL(E)T \in \mathcal{L}(E) vérifiant l'équation T2=DT^2 = D.

Étape 1 : Analyse des noyaux de TT et T2T^2.

Nous savons que pour tout endomorphisme TT, on a l'inclusion :

ker(T)ker(T2)\ker(T) \subseteq \ker(T^2)

D'après l'énoncé, T2=DT^2 = D. Or, le noyau de la dérivation est l'ensemble des polynômes constants :

ker(D)=R0[X]=Vect(1)\ker(D) = \mathbb{R}_0[X] = \text{Vect}(1)

Le noyau de DD est donc un espace vectoriel de dimension 1. On en déduit :

ker(T)Vect(1)\ker(T) \subseteq \text{Vect}(1)

Puisque ker(T)\ker(T) est un sous-espace vectoriel de ker(D)\ker(D), sa dimension ne peut être que 0 ou 1.

Étape 2 : Étude du cas dim(ker(T))=0\dim(\ker(T)) = 0.

Si dim(ker(T))=0\dim(\ker(T)) = 0, alors TT est injectif.

Puisque la composée de deux applications injectives est injective, T2T^2 serait également injectif.

Cela impliquerait que DD est injectif, ce qui est faux car D(1)=0D(1) = 0.

\boxed{\dim(\ker(T)) \neq 0}

Étape 3 : Étude du cas dim(ker(T))=1\dim(\ker(T)) = 1.

Si dim(ker(T))=1\dim(\ker(T)) = 1, alors comme ker(T)ker(T2)\ker(T) \subseteq \ker(T^2) et que ces deux espaces ont la même dimension finie (égale à 1), on a l'égalité :

ker(T)=ker(T2)\ker(T) = \ker(T^2)

Montrons par récurrence que cette égalité implique ker(Tn)=ker(T)\ker(T^n) = \ker(T) pour tout n1n \geq 1.

L'initialisation est acquise pour n=1n=1 et n=2n=2.

Supposons que ker(Tn)=ker(T)\ker(T^n) = \ker(T) pour un certain n2n \geq 2. Soit Pker(Tn+1)P \in \ker(T^{n+1}).

Tn+1(P)=0    Tn(T(P))=0    T(P)ker(Tn)T^{n+1}(P) = 0 \implies T^n(T(P)) = 0 \implies T(P) \in \ker(T^n)

Par hypothèse de récurrence, T(P)ker(T)T(P) \in \ker(T). Donc T2(P)=0T^2(P) = 0, d'où Pker(T2)P \in \ker(T^2).

Comme ker(T2)=ker(T)\ker(T^2) = \ker(T), on en déduit Pker(T)P \in \ker(T). L'inclusion inverse étant triviale, on a :

nN,ker(Tn)=ker(T)\forall n \in \mathbb{N}^*,   \ker(T^n) = \ker(T)

Étape 4 : Conclusion et contradiction.

En appliquant ce résultat à n=4n=4, on obtient :

ker(T4)=ker(T2)\ker(T^4) = \ker(T^2)

En remplaçant T2T^2 par DD, cette égalité devient :

ker(D2)=ker(D)\ker(D^2) = \ker(D)

Or, nous pouvons calculer explicitement ces noyaux :

ker(D)=R0[X]={aaR}etker(D2)=R1[X]={aX+b(a,b)R2}\ker(D) = \mathbb{R}_0[X] = \{ a \mid a \in \mathbb{R} \}   \text{et}   \ker(D^2) = \mathbb{R}_1[X] = \{ aX + b \mid (a,b) \in \mathbb{R}^2 \}

En comparant les dimensions :

dim(ker(D))=1etdim(ker(D2))=2\dim(\ker(D)) = 1   \text{et}   \dim(\ker(D^2)) = 2

On obtient la contradiction 1=21 = 2.

\boxed{\text{Il n'existe aucun endomorphisme } T \text{ tel que } T^2 = D}

Une erreur classique est de vouloir travailler sur la base canonique (Xn)(X^n) sans vérifier si TT préserve le degré. En dimension infinie, les propriétés de l'indice de nilpotence ou des noyaux itérés sont plus robustes que les manipulations sur les coefficients.