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On considère un entier n1n \geq 1. L'objectif est de déterminer l'ensemble des entiers nn pour lesquels il existe un endomorphisme fL(Rn)f \in \mathcal{L}(\mathbb{R}^n) satisfaisant les deux conditions suivantes :

  1. f3+f2idRn=0f^3 + f^2 - \mathrm{id}_{\mathbb{R}^n} = 0
  2. Tr(f)Q\operatorname{Tr}(f) \in \mathbb{Q}

1.

Étudier les racines du polynôme P(X)=X3+X21P(X) = X^3 + X^2 - 1 dans C\mathbb{C}.

2.

Justifier que PP n'admet aucune racine rationnelle et en déduire son irréductibilité sur Q\mathbb{Q}.

3.

Exprimer la trace de ff en fonction des multiplicités des racines de PP dans le polynôme caractéristique de ff.

4.

Utiliser le fait que ff est un endomorphisme d'un espace vectoriel réel pour lier les multiplicités des racines complexes conjuguées.

Idées clés

Lien entre racines du polynôme annulateur et spectre de l'endomorphisme.

Utilisation de la trace comme somme des valeurs propres comptées avec multiplicité.

Propriétés des polynômes à coefficients réels (racines complexes conjuguées).

Argument d'irrégularité (si αQ\alpha \notin \mathbb{Q}, alors aα+bQ    a=0a\alpha + b \in \mathbb{Q} \implies a=0).

1. Étude du polynôme annulateur.

Soit P(X)=X3+X21P(X) = X^3 + X^2 - 1. L'énoncé nous donne P(f)=0P(f) = 0. Le spectre de ff, noté SpC(f)\mathrm{Sp}_{\mathbb{C}}(f), est donc inclus dans l'ensemble des racines de PP dans C\mathbb{C}.

Étudions les variations de la fonction réelle xP(x)x \mapsto P(x) :

P(x)=3x2+2x=x(3x+2)P'(x) = 3x^2 + 2x = x(3x+2)

Le tableau de variations montre que PP croît sur ],2/3]]-\infty, -2/3], décroît sur [2/3,0][-2/3, 0] et croît sur [0,+[[0, +\infty[. On calcule les valeurs remarquables :

P(2/3)=2327<0etP(0)=1<0P(-2/3) = -\frac{23}{27} < 0   \text{et}   P(0) = -1 < 0

Comme P(1)=1P(1) = 1, par le théorème des valeurs intermédiaires, PP possède une unique racine réelle α]0,1[\alpha \in ]0, 1[. Les deux autres racines sont complexes conjuguées, notons-les zz et zˉ\bar{z}.

2. Caractère rationnel des racines.

Cherchons si PP admet une racine rationnelle p/qp/q avec pq=1p \wedge q = 1. Si P(p/q)=0P(p/q) = 0, alors p3+p2qq3=0p^3 + p^2 q - q^3 = 0. Cela implique que pp divise q3q^3 (donc p=1p=1 ou p=1p=-1) et qq divise p3p^3 (donc q=1q=1). Les seules racines rationnelles possibles sont 11 et 1-1. Or :

P(1)=10etP(1)=10P(1) = 1 \neq 0   \text{et}   P(-1) = -1 \neq 0

Par conséquent, PP n'a pas de racine rationnelle. Comme PP est de degré 3, cela prouve que PP est irréductible sur Q\mathbb{Q}.

αQ\boxed{\alpha \notin \mathbb{Q}}

3. Analyse de la trace.

Soit χf\chi_f le polynôme caractéristique de ff. Comme fL(Rn)f \in \mathcal{L}(\mathbb{R}^n), χfR[X]\chi_f \in \mathbb{R}[X]. Le polynôme PP est un polynôme annulateur, donc χf\chi_f est de la forme :

χf(X)=(Xα)a(Xz)b(Xzˉ)c\chi_f(X) = (X-\alpha)^a (X-z)^b (X-\bar{z})^c

Puisque χfR[X]\chi_f \in \mathbb{R}[X], les multiplicités des racines complexes conjuguées doivent être égales : b=cb = c. La dimension de l'espace nous donne :

n=a+2b\boxed{n = a + 2b}

La trace est la somme des racines (complexes) de χf\chi_f comptées avec multiplicité :

Tr(f)=aα+bz+bzˉ=aα+b(z+zˉ)\operatorname{Tr}(f) = a\alpha + bz + b\bar{z} = a\alpha + b(z + \bar{z})

D'après les relations entre racines et coefficients de P(X)=X3+X2+0X1P(X) = X^3 + X^2 + 0X - 1, on a :

α+z+zˉ=1    z+zˉ=1α\alpha + z + \bar{z} = -1 \implies z + \bar{z} = -1 - \alpha

En substituant, on obtient :

Tr(f)=aα+b(1α)=(ab)αb\operatorname{Tr}(f) = a\alpha + b(-1 - \alpha) = (a - b)\alpha - b

4. Conclusion sur nn.

On impose Tr(f)Q\operatorname{Tr}(f) \in \mathbb{Q}. Puisque bQb \in \mathbb{Q} et αQ\alpha \notin \mathbb{Q}, la relation :

(ab)α=Tr(f)+bQ(a - b)\alpha = \operatorname{Tr}(f) + b \in \mathbb{Q}
n'est possible que si le coefficient devant α\alpha est nul. On en déduit :
a=b\boxed{a = b}

Dès lors, la relation n=a+2bn = a + 2b devient n=b+2b=3bn = b + 2b = 3b. L'entier nn doit donc être un multiple de 3.

5. Synthèse (Réciproque).

Si n=3kn = 3k avec kNk \in \mathbb{N}^*, on peut considérer la matrice compagnon C(P)M3(R)C(P) \in \mathcal{M}_3(\mathbb{R}) associée au polynôme PP. On définit ff par une matrice diagonale par blocs composée de kk blocs C(P)C(P). Le polynôme PP annule chaque bloc, donc P(f)=0P(f) = 0. La trace est :

Tr(f)=kTr(C(P))=k(1)=kZQ\operatorname{Tr}(f) = k \cdot \operatorname{Tr}(C(P)) = k \cdot (-1) = -k \in \mathbb{Z} \subset \mathbb{Q}

L'existence est donc assurée si et seulement si nn est divisible par 3.

n3N\boxed{n \in 3\mathbb{N}^*}

Ne pas oublier que ff est un endomorphisme réel. Si ff était complexe, les multiplicités de zz et zˉ\bar{z} pourraient être différentes, et la condition sur nn changerait.