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On considère la matrice A∈M3(R)A \in \mathcal{M}_{3}(\mathbb{R}) définie par :

A=(011010110)A = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 1
0 & 1 & 0
1 & 1 & 0 \end{pmatrix}

  1. Justifier que AA n'est pas diagonalisable dans M3(R)\mathcal{M}_{3}(\mathbb{R}), puis déterminer une matrice TT triangulaire supérieure et une matrice PP inversible telles que A=PTP−1A = PTP^{-1}.
  2. On se propose de résoudre l'équation Xn=AX^{n} = A, où n∈N∗n \in \mathbb{N}^{*} et X∈M3(R)X \in \mathcal{M}_{3}(\mathbb{R}).
    1. Montrer que si XX est une solution, alors XX commute avec AA. En déduire la forme de la matrice Y=P−1XPY = P^{-1}XP.
    2. Résoudre l'équation selon la parité de nn.

1.

Pour la trigonalisation, calculer le polynôme caractéristique et déterminer les dimensions des sous-espaces propres. Pour le vecteur complétant la base, chercher v3v_3 tel que (A−I)v3(A-I)v_3 appartienne au premier sous-espace propre.

2.

Utiliser le fait que XX et AA commutent pour montrer que YY commute avec TT. La structure de TT (blocs ou coefficients) impose alors de fortes contraintes sur les coefficients de YY.

3.

Ne pas oublier qu'en dimension 3 sur R\mathbb{R}, l'équation xn=−1x^n = -1 possède une unique solution si nn est impair, et aucune si nn est pair.

Idées clés

•

Étude du polynôme caractéristique et des dimensions des sous-espaces propres.

•

Utilisation du commutant pour réduire le nombre d'inconnues dans une équation matricielle.

•

Analyse de la bijectivité de la fonction puissance sur R\mathbb{R} selon la parité.

1. Trigonalisation de la matrice AA.

Calculons le polynôme caractéristique χA(x)=det⁡(xI3−A)\chi_A(x) = \det(x I_3 - A) :

χA(x)=∣x−1−10x−10−1−1x∣\chi_A(x) = \begin{vmatrix} x & -1 & -1
0 & x-1 & 0
-1 & -1 & x \end{vmatrix}

En développant par rapport à la deuxième ligne :

χA(x)=(x−1)∣x−1−1x∣=(x−1)(x2−1)=(x−1)2(x+1)\chi_A(x) = (x-1) \begin{vmatrix} x & -1
-1 & x \end{vmatrix} = (x-1)(x^2 - 1) = (x-1)^2(x+1)

Les valeurs propres sont λ=1\lambda = 1 (multiplicité 2) et μ=−1\mu = -1 (multiplicité 1).

Déterminons les sous-espaces propres associés :

  • Pour μ=−1\mu = -1 : E−1=ker⁡(A+I3)E_{-1} = \ker(A + I_3). Un calcul direct montre que E−1=Vect(v2)E_{-1} = \text{Vect}(v_2) avec v2=(10−1)v_2 = \begin{pmatrix} 1
    0
    -1 \end{pmatrix}
    .
  • Pour λ=1\lambda = 1 : E1=ker⁡(A−I3)E_{1} = \ker(A - I_3). On résout le système associé et on trouve E1=Vect(v1)E_{1} = \text{Vect}(v_1) avec v1=(101)v_1 = \begin{pmatrix} 1
    0
    1 \end{pmatrix}
    .

Comme dim⁡(E1)=1<2\dim(E_1) = 1 < 2, la matrice AA n'est pas diagonalisable. Cherchons un vecteur v3v_3 tel que Av3=v1+v3Av_3 = v_1 + v_3, soit (A−I3)v3=v1(A-I_3)v_3 = v_1. En posant v3=(xyz)v_3 = \begin{pmatrix} x
y
z \end{pmatrix}
, on obtient le système :

{−x+y+z=10=0x+y−z=1\left\{ \begin{matrix} -x + y + z = 1
0 = 0
x + y - z = 1 \end{matrix} \right.

En sommant les deux lignes extrêmes, 2y=22y = 2 donc y=1y=1, puis x=zx=z. Le vecteur v3=(010)v_3 = \begin{pmatrix} 0
1
0 \end{pmatrix}
convient. Dans la base (v1,v3,v2)(v_1, v_3, v_2), l'endomorphisme canoniquement associé à AA a pour matrice :

T=(11001000−1)avecP=(10101010−1)\boxed{ T = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0
0 & 1 & 0
0 & 0 & -1 \end{pmatrix} }   \text{avec}   \boxed{ P = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1
0 & 1 & 0
1 & 0 & -1 \end{pmatrix} }

L'inverse de PP se calcule par pivot de Gauss ou par la formule de la transposée de la comatrice :

P−1=12(10102010−1)\boxed{ P^{-1} = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1
0 & 2 & 0
1 & 0 & -1 \end{pmatrix} }

2. Résolution de Xn=AX^n = A.

  1. Soit XX une solution. Comme AA est une puissance de XX, on a AX=Xn⋅X=Xn+1=X⋅Xn=XAAX = X^n \cdot X = X^{n+1} = X \cdot X^n = XA. Ainsi, XX et AA commutent.

    Par conséquent, Y=P−1XPY = P^{-1}XP commute avec T=P−1APT = P^{-1}AP. Posons Y=(abcdefghi)Y = \begin{pmatrix} a & b & c
    d & e & f
    g & h & i \end{pmatrix}
    . La condition YT=TYYT = TY s'écrit :

    (aa+b−cdd+e−fgg+h−i)=(a+db+ec+fdef−g−h−i)\begin{pmatrix} a & a+b & -c
    d & d+e & -f
    g & g+h & -i \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} a+d & b+e & c+f
    d & e & f
    -g & -h & -i \end{pmatrix}

    L'égalité des coefficients entraîne successivement : d=0d=0, a=ea=e, f=0f=0, c=0c=0, g=0g=0, h=0h=0. Ainsi, YY est de la forme :

    Y=(ab00a000i)Y = \begin{pmatrix} a & b & 0
    0 & a & 0
    0 & 0 & i \end{pmatrix}

  2. L'équation Xn=AX^n = A équivaut à Yn=TY^n = T. Un calcul par récurrence immédiat donne :
    Yn=(annan−1b00an000in)Y^n = \begin{pmatrix} a^n & na^{n-1}b & 0
    0 & a^n & 0
    0 & 0 & i^n \end{pmatrix}

    On identifie avec TT :

    {an=1nan−1b=1in=−1\left\{ \begin{matrix} a^n = 1
    na^{n-1}b = 1
    i^n = -1 \end{matrix} \right.

    Premier cas : nn est pair. L'équation in=−1i^n = -1 n'a aucune solution réelle car in≥0i^n \geq 0 pour tout i∈Ri \in \mathbb{R}. L'ensemble des solutions est vide.

    Second cas : nn est impair. Dans R\mathbb{R}, l'équation an=1a^n=1 admet pour unique solution a=1a=1. L'équation in=−1i^n=-1 admet pour unique solution i=−1i=-1. La deuxième équation devient n(1)n−1b=1n(1)^{n-1}b = 1, soit b=1nb = \frac{1}{n}.

    Il existe donc une unique matrice YY :

    Y=(11/n001000−1)Y = \begin{pmatrix} 1 & 1/n & 0
    0 & 1 & 0
    0 & 0 & -1 \end{pmatrix}

    On remonte à XX par le calcul X=PYP−1X = PYP^{-1} :

    X=(10101010−1)(11/n001000−1)12(10102010−1)X = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1
    0 & 1 & 0
    1 & 0 & -1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1/n & 0
    0 & 1 & 0
    0 & 0 & -1 \end{pmatrix} \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1
    0 & 2 & 0
    1 & 0 & -1 \end{pmatrix}

    Après calculs :

    X=(01/n101011/n0)\boxed{ X = \begin{pmatrix} 0 & 1/n & 1
    0 & 1 & 0
    1 & 1/n & 0 \end{pmatrix} }

Ne pas oublier de vérifier la parité de nn lors de la résolution sur R\mathbb{R}. Si l'énoncé avait demandé les solutions dans M3(C)\mathcal{M}_3(\mathbb{C}), il y aurait eu plusieurs solutions (racines nn-ièmes de l'unité).