ENS Informatique Fondamentale (Maths Info) MP PC 2005Sujet et corrigé
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Filière MP (groupe I)
Épreuve commune aux ENS de Paris, Lyon et Cachan Filière PC (groupe I)
Épreuve commune aux ENS de Paris et Lyon
MATHÉMATIQUES - INFORMATIQUE
L'usage de calculatrices électroniques de poche à alimentation autonome, non imprimantes et sans document d'accompagnement, est autorisé. Cependant, une seule calculatrice à la fois est admise sur la table ou le poste de travail, et aucun échange n'est autorisé entre les candidats.
Notations et définitions
Soit un entier
n ≥ 2 . On note (
e_1…, e_n ) la base canonique de
ℝ^n (
e_i est le vecteur ligne qui a toutes ses coordonnées nulles, sauf la
i -ème qui vaut 1 ). On pose aussi
e = e_1 + ⋯ + e_n(e = (1, …, 1)) .
On considère
M_(p, q)(ℝ) , l'ensemble des matrices réelles de taille
p × q . Une sous-matrice dans
M_(a, b)(ℝ), a ≤ p, b ≤ q , est obtenue en choisissant
a lignes et
b colonnes et tous les coefficients qui sont sur ces lignes et colonnes dans la matrice de départ. Par exemple
Une matrice carrée
Q de
M_(n, n)(ℝ) est une matrice de permutation s'il existe une permutation
σ de
{1, …, n} telle que
∀j ∈ {1, …, n}, Q_(σ(j), j) = 1 et
Q_(i, j) = 0 si
i ≠ σ(j) . On notera cette matrice
Q(σ) dans la suite. Ainsi, si
x = (x_1, …, x_n) ∈ ℝ^n, xQ(σ) = (x_(σ(1)), …, x_(σ(n))) . Attention, dans la suite du sujet, on sera souvent amené à faire des produits matriciels de la forme vecteur-ligne
× matrice.
On note
𝔻^n = {x ∈ ℝ^n|x_1 ≥ x_2 ≥ ⋯ ≥ x_n} . Si
x ∈ ℝ^n , on note
x^↓ le vecteur des coordonnées de
x triées dans l'ordre décroissant. Plus formellement,
x^↓ est le seul vecteur dans
𝔻^n qui est de la forme
xQ pour une matrice de permutation
Q . Par exemple, dans
ℝ^4 , si
x = (3, − 8, 1, 1) , alors
x^↓ = (3, 1, 1, − 8) .
On définit la relation
≼ de la façon suivante. Soient
x, y ∈ ℝ^n, y≼x si
Par exemple, si
y = (2, − 2, − 5, 2) et
x = (3, − 8, 1, 1) , alors
y^↓ = (2, 2, − 2, − 5), x^↓ = (
3, 1, 1, − 8 ), et les sommes partielles vérifient:
ce qui implique
y≼x .
1 Préliminaires
Question 1.1. Vérifier que
≼ n'est pas une relation d'ordre sur
ℝ^n mais en est une sur
𝔻^n .
Question 1.2. Montrer quey≼x si et seulement si
Question 1.2. Montrer que
Question 1.3. Montrer que si
x ∈ ℝ^n avec
∑_(i = 1)^n x_i = n , alors
e≼x .
2 Matrices doublement stochastiques
Une matrice réelle carrée
P = (P_(ij)) ∈ M_(n, n)(ℝ) est une matrice doublement stochastique si toutes ses composantes sont positives et si les sommes sur les lignes et sur les colonnes valent toutes un:
Question 2.1. Soit
P une matrice doublement stochastique. Montrer que 1 est valeur propre de
P . Soient
P_1 et
P_2 deux matrices doublement stochastiques, montrer que
P_1 P_2 est aussi doublement stochastique.
Question 2.2. Soit
P une matrice de
M_(n, n)(ℝ) . Montrer que si
xP≼x pour tout
x ∈ ℝ^n , alors
P est doublement stochastique (on regardera l'effet de
P sur les vecteurs e et
e_i ).
Question 2.3. Soit
P une matrice doublement stochastique. Soient
x, y ∈ ℝ^n tels que
y = xP . Montrer qu'il existe une matrice doublement stochastique
P^′ telle que
y^↓ = x^↓P^′ . Montrer que
y≼x .
Soit
λ ∈ ℝ, 0 ≤ λ ≤ 1 , et
Q une matrice de permutation. Une (
λ, Q )-transformation est une application linéaire de
ℝ^n → ℝ^n de la forme suivante:
x → xT , avec
T la matrice
T = λI + (1 − λ)Q , où
I est la matrice identité.
Question 2.4. Soit
x ∈ ℝ^n . Exprimer les coordonnées de
xT en fonction de celles de
x lorsque
Q est la matrice d'une transposition (c'est-à-dire une permutation qui échange seulement deux coordonnées).
Question 2.5. Soient
x, y ∈ 𝔻^n avec
y≼x et
x ≠ y . Montrer qu'il existe une (
λ, Q )transformation
T_1 de la forme décrite en 2.4 telle que le vecteur
x^′ = xT_1 vérifie
y≼x^′ et le cardinal de l'ensemble
{i|x_i^′ = y_i} est strictement plus grand que le cardinal de
{i|x_i = y_i} .
Question 2.6. Soient
x, y ∈ ℝ^n . Déduire des questions précédentes que
y≼x si et seulement si, il existe
P , matrice doublement stochastique, telle que
y = xP .
Question 2.7. Écrire un programme Transf
(x, y) (dans un langage de haut niveau, comme par exemple celui employé à la question 3.6 ) qui construit une matrice
T_1 répondant à la question 2.5.
Remarque: le programme Transf
(x, y) est la brique de base d'un programme qui construirait, pour tout couple
y≼x , une matrice
P telle que
y = xP . La construction d'un tel programme n'est pas demandée.
Question 2.8. Soit
M une matrice dans
M_(n, n)(ℝ) . Montrer que:
(On pourra faire une récurrence sur
Question 2.9. Montrer que si
Soit
c = min(P_(σ(1), 1), P_(σ(2), 2), …, P_(σ(n), n)) . Montrer que si
c ≠ 1 alors
P − cQ(σ) est de la forme
μR , avec
μ ∈ ℝ et
R doublement stochastique.
Question 2.10. (Théorème de Birkhoff) Soit
P une matrice doublement stochastique. Déduire des questions précédentes qu'il existe un nombre fini
k de matrices de permutations,
Q_1, …, Q_k et des réels positifs
α_1, …, α_k avec
α_1 + ⋯ + α_k = 1 tels que
P = α_1 Q_1 + ⋯ + α_k Q_k . De plus, montrer que l'on peut choisir
k ≤ n^2 − n + 1 .
Question 2.11. En déduire la construction de l'ensemble des vecteurs
y tels que
y≼x pour compléter la figure 1 (dans
ℝ^3 , en projection orthogonale à (
1, 1, 1 )) avec
x = (1, 0, 3) .

Figure 1: Dessiner l'ensemble
{y|y≼x} .
3 Applications aux graphes
Colorations des arêtes d'un graphe
Un graphe fini
G = (X, E) est formé d'un ensemble fini
X de sommets et d'un ensemble
E de paires (ensembles à deux éléments)
{x, y} avec
x, y ∈ X , appelées arêtes. Un graphe est souvent représenté par des points du plan pour les sommets et des liens entre sommets pour les arêtes. Une coloration des arêtes de
G avec
n couleurs est une application
c : E → {1, …, n} telle que les couleurs de deux arêtes
e_1 et
e_2 ayant un sommet en commun sont différentes:
e_1 ∩ e_2 ≠ ∅ ⇒ c(e_1) ≠ c(e_2) . Un graphe est dit
(p_1, …, p_n) -coloriable si on peut colorier ses arêtes avec
n couleurs, en utilisant
p_i fois la couleur
i , pour
i = 1, …, n . La figure 2 donne un exemple de coloration des arêtes d'un graphe avec 3 couleurs. Ce graphe est
(3, 3, 2) -coloriable (la couleur 1 est utilisée 3 fois, la couleur 2,3 fois et la couleur 3,2 fois).
.jpg)
Figure 2: Coloration des arêtes du graphe avec 3 couleurs
Question 3.1. Soit
G un graphe
(p_1, p_2) -coloriable avec
p_1 > p_2 . Montrer que
G est aussi (
p_1 − 1, p_2 + 1 )-coloriable.
Question 3.2. Soit
(q_1, …, q_n) ∈ ℤ^n ∩ 𝔻^n . Montrer que si
q_j > q_i avec
1 ≤ j < i ≤ n , alors
(q_1, …, q_j − 1, …, q_i + 1, …, q_n)≼(q_1, …, q_n) .
Question 3.3. En déduire que si
G est (
p_1, …, p_n )-coloriable, alors
G est (
q_1, …, q_n )coloriable dès que
(q_1, …, q_n) ∈ ℕ^n et
(q_1, …, q_n)≼(p_1, …, p_n) . On pourra s'inspirer de la méthode utilisée pour la question 2.5.
Tournois
Un tournoi
T = (X, U) est formé d'un ensemble fini
X de
n sommets et d'un ensemble
U de couples (
x, y ). Pour deux sommets quelconques
x et
y avec
x ≠ y , il y a toujours soit
(x, y) ∈ U soit,
(y, x) ∈ U , et pas les deux. De plus
(x, x) ∉ U . Après numérotation des sommets du tournoi,
X = {x_1, …, x_n} , sa matrice d'incidence est une matrice
M de
M_(n, n)(ℝ) , avec

Figure 3: Tournoi à 4 sommets. Les couples
(x, y) ∈ U sont représentés par les arcs
x → y .
Un tournoi peut représenter une compétition sportive dans laquelle
n équipes jouent toutes une fois les unes contre les autres. La présence du couple (
x, y ) dans
U signifie que
x a gagné contre
y . Le score
s_i du sommet
x_i est le nombre de couples de la forme (
x_i, ⋅ ). Avec
l'interprétation donnée précédemment, c'est le nombre de victoires de l'équipex_i . Le score
s du tournoi
T est le vecteur des scores de ses sommets:
s = (s_1, …, s_n) . La figure 3 montre un tournoi avec un score
(3, 1, 1, 1) .
l'interprétation donnée précédemment, c'est le nombre de victoires de l'équipe
Question 3.4. Montrer qu'il existe un tournoi dont le score est (
n − 1, n − 2, …, 1, 0 ).
Question 3.5. Montrer que si(s_1, …, s_n) ∈ ℕ^n est le score d'un tournoi, alors
(s_1, …, s_n)≼(n − 1, n − 2, …, 1, 0) .
Question 3.5. Montrer que si
Pour la question qui suit, on considère un vecteur
s = (s_1, …, s_n) d'entiers positifs, tels que
(s_1, …, s_n)≼(n − 1, n − 2, …, 1, 0) et aussi
s_1 ≤ ⋯ ≤ s_n (triés dans l'ordre croissant). L'objet de la question est de proposer un algorithme qui construit un tournoi de score
s .
M ∈ M_(n, n)(ℝ) est une matrice initialisée à zéro:
M_(i, j) = 0, ∀i, j ∈ {1, …, n} . La procédure Tri
(x, i) construit une matrice de permutation
Q ∈ M_(n, n)(ℝ) qui trie les
i − 1 premières coordonnées de
x dans l'ordre croissant et laisse les coordonnées
i, i + 1, …, n inchangées. Par exemple, si
x = (7, 4, 8, 1, 6, 3) et
Q ← Tri(x, 5) alors
xQ = (1, 4, 7, 8, 6, 3) (les 4 premières coordonnées sont triées et le reste est inchangé). On considère l'algorithme suivant:
Tournoi (s )
Tournoi (
Pour $i$ décroissant de $n$ à 1 faire \{
Pour $j$ croissant de 1 à $s_{i}$ faire $\left\{M_{i j} \leftarrow 1 ;\right\}$
Pour $j$ croissant de $s_{i}+1$ à $i-1$ faire $\left\{M_{j i} \leftarrow 1 ; s_{j} \leftarrow s_{j}-1 ;\right\}$
$Q \leftarrow$ Tri $(s, i)$;
$\left.s \leftarrow s Q ; M \leftarrow Q^{-1} M Q ;\right\}$
(une boucle croissante de
a à
b avec
a > b n'est pas exécutée)
Question 3.6. Soits^′ le vecteur
s modifié par le premier passage dans la boucle sur
i . Montrer que
(s_(n − 1)^′, …, s_1^′)≼(n − 2, n − 3, …, 1, 0) . En déduire que l'algorithme Tournoi (
s ) construit la matrice d'incidence
M d'un tournoi de score (
s_1, …, s_n ), à une permutation près des indices.
Question 3.6. Soit
4 Schur-croissance et polygones
Une fonction réelle
f : ℝ^n → ℝ est symétrique si pour toute matrice de permutation
Q et tout
x ∈ ℝ^n, f(x) = f(xQ) .
Une fonction réellef : ℝ^n → ℝ est croissante (au sens usuel) si (
x_1 ≤ y_1, …, x_n ≤ y_n )
⇒ f(x_1, …, x_n) ≤ f(y_1…, y_n) .
Une fonction réellef : ℝ^n → ℝ est Schur-croissante si
x≼y ⇒ f(x) ≤ f(y) . Elle est Schur-décroissante si -
f est Schur-croissante.
Soit une fonction réellef : ℝ^n → ℝ, n > 2 et
x ∈ ℝ^(n − 2) . On définit
f_x : ℝ^2 → ℝ , par
f_x(x_1, x_2) = f(x_1, x_2, x) .
Une fonction réelle
Une fonction réelle
Soit une fonction réelle
Question 4.1. Montrer que si
f est Schur-croissante, alors
f est symétrique. Montrer que
f est Schur-croissante si et seulement si elle est symétrique et Schur-croissante en ses deux premiers arguments (autrement dit,
f_x est Schur-croissante pour tout
x ∈ ℝ^(n − 2) , si
n > 2 ) (S'inspirer de la méthode utilisée à la question 2.6).
Question 4.2. Soit
φ : ℝ^n → ℝ et
g : ℝ → ℝ . On définit
ψ : ℝ^n → ℝ par
ψ(x_1, …, x_n) = φ(g(x_1), …, g(x_n)) . Montrer que si
φ est croissante au sens usuel et Schur-croissante et si
g est convexe, alors
ψ est Schur-croissante.
.jpg)
Figure 4: Polygone inscrit dans un cercle de rayon 1.
On considère un polygone à
n côtés (
n ≥ 3 ) inscrit dans un cercle de rayon 1 centré en
O (voir la figure 4 pour le cas
n = 6 ). On appelle
A_1, …, A_n les
n points de contact successifs du polygone avec le cercle (en choisissant le premier point arbitrairement, et en tournant dans le sens trigonométrique). On note
θ_i l'angle (en radian) formé par les points
A_i, O, A_(i + 1) si
1 ≤ i < n et par les points
A_n, O, A_1 pour
θ_n .
Question 4.3. Montrer que si le centre du cercle est à l'intérieur du polygone alors l'aire du polygone est une fonction Schur-décroissante des anglesθ_1, …, θ_n .
Question 4.4. Montrer que le polygone régulier a la plus grande aire parmi les polygones àn côtés inscrits dans le cercle.
Question 4.3. Montrer que si le centre du cercle est à l'intérieur du polygone alors l'aire du polygone est une fonction Schur-décroissante des angles
Question 4.4. Montrer que le polygone régulier a la plus grande aire parmi les polygones à

Figure 5: Polygone circonscrit au cercle unité et la fonction
h_r .
On considère maintenant les polygones à
n côtés (
n ≥ 3 ) circonscrits au cercle unité de centre
O (voir la figure 5 ). On appelle
A_1, …A_n les
n points de contacts successifs, dans l'ordre trigonométrique, du polygone avec le cercle (qui sont maintenant les points de tangence au cercle), et
θ_i l'angle formé par les points
A_i, O, A_(i + 1) si
1 ≤ i < n et par les points
A_n, O, A_1 pour
θ_n . On note
P(θ_1…, θ_n) le polygone ainsi formé.
On note
h_r(θ_1, …, θ_n) la longueur de la partie du cercle
C(r) (centré en
O et de rayon
r ) qui reste dans le polygone
P(θ_1…, θ_n) (voir la figure 5). En particulier,
h_r(θ_1, …, θ_n) = 2πr , si
r ≤ 1 .
Question 4.5. Montrer que, pour tout
r ≥ 0, h_r est une fonction Schur-croissante de
ℝ^n dans
ℝ .
Question 4.6. En déduire la forme d'un polygone
P , circonscrit au cercle unité, dont l'intérieur
P^∘ a le plus petit moment de rotation, défini par:
Qu'en est-il pour l'aire?
Pas de description pour le moment
