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ENS Mathématiques 1 MP 2005Sujet et corrigé

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SESSION 2005

Filière MP

MATHÉMATIQUES MPI 1

Épreuve commune aux ENS de Paris, Lyon et Cachan
Durée : 6 heures
L'usage de calculatrice est interdit
Soit n ≥ 1 un entier. Soit ℝ[X_1, …, X_n] l'algèbre des polynômes en n variables à coefficients réels, c'est-à-dire l'algèbre des fonctions polynomiales sur ℝ^n. Pour tout entier d ≥ 0 on note ℝ[X_1, …, X_n]_d le sous-espace vectoriel des polynômes homogènes de degré d. Une base de ce sous-espace vectoriel est formée des monômes X_1^(a_1)⋯X_n^(a_n), où a_1, …, a_n sont des entiers positifs de somme d. Lorsque n = 1, on pose X = X_1 et alors ℝ[X]_d = {αX^d|α ∈ ℝ}.
On note ( e_1, …, e_n ) la base canonique de ℝ^n.
Il sera tenu compte du soin apporté à la rédaction. Il est possible d'utiliser les résultats de questions antérieures, même lorsque celles-ci n'ont pas été traitées.
Les parties I, II et III sont indépendantes, sauf mention explicite du contraire.

Partie I

Cette partie étudie un opérateur qui déforme la dérivation des fonctions d'une variable réelle.
On fixe k ∈ ℝ.
Pour f : ℝ → ℝ de classe C^1, on note T(f) la fonction définie par
T(f)(x) = f^′(x) + k(f(x) − f(− x))/x pour x ≠ 0
  1. a) Démontrer que T(f) se prolonge par continuité en 0 et déterminer T(f)(0).
    b) Calculer T(X^d) pour d ≥ 0 entier.
    c) Démontrer que T est une application linéaire et que degT(P) ≤ (degP) − 1 pour tout P ∈ ℝ[X].
    d) Démontrer qu'il existe une unique application linéaire ψ : ℝ[X] → ℝ[X] vérifiant les conditions suivantes :
  • ψ(ℝ[X]_d) ⊂ ℝ[X]_d pour tout d ≥ 1;
  • pour tout P ∈ ℝ[X], on a (ψ(P))^′ = ψ(T(P));
  • ψ(1) = 1.
  1. Soit M_1 l'ensemble des réels k pour lesquels il existe un polynôme P ∈ ℝ[X] non constant tel que T(P) = 0 (on rappelle que l'application T dépend de k ).
    a) Démontrer que ψ est un isomorphisme si et seulement si k ∉ M_1.
    b) Déterminer M_1 et démontrer que M_1 ⊂ ℝ_−^∗.

Partie II

Dans cette partie, on introduit des déformations des opérateurs différentiels en n variables construites à l'aide du groupe symétrique. On prouve que ces opérateurs commutent entre eux.
On fixe dans la suite un entier n ≥ 2. On note S_n le groupe symétrique des permutations de {1, …, n}. La transposition qui échange i et j est notée (ij). Un élément w ∈ S_n définit un automorphisme ρ_w de l'algèbre des fonctions de ℝ^n dans ℝ donné par ρ_w(f)(x_1, …, x_n) = f(x_(w(1)), …, x_(w(n))) pour f : ℝ^n → ℝ et (x_1, …, x_n) ∈ ℝ^n.
On note C^1(ℝ^n) l'espace des fonctions de classe C^1 de ℝ^n dans ℝ. Soit f ∈ C^1(ℝ^n). Pour u = (u_1, …, u_n) ∈ ℝ^n, on définit la fonction D_u(f) : ℝ^n → ℝ par D_u(f)(x) = lim_(t → 0)(f(x + tu) − f(x))/t. Pour 1 ≤ i ≠ j ≤ n, on définit la fonction Δ_(ij)(f) : ℝ^n → ℝ par
Δ_(ij)(f) = {(f − ρ_((ij))(f))/(X_i − X_j), sur U_(ij); D_(e_i − e_j)(f), sur Z_(ij)
où Z_(ij) est le fermé de ℝ^n formé des (x_1, …, x_n) tels que x_i = x_j et U_(ij) est l'ouvert complémentaire.
On fixe k ∈ ℝ. On définit T_u = D_u + k∑_(i = 1)^(n − 1)∑_(j = i + 1)^n(u_i − u_j)Δ_(ij).
  1. a) Démontrer que si f ∈ C^1(ℝ^n), alors T_u(f) est continue. Démontrer que si d ≥ 1 et f ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d, alors D_u(f) et T_u(f) sont dans ℝ[X_1, …, X_n]_(d − 1).
    b) Démontrer les égalités suivantes entre endomorphismes de l'espace vectoriel ℝ[X_1, …, X_n] :
ρ_w ∘ ρ_(w^′) = ρ_(ww^′), ρ_w ∘ D_(e_l) = D_(e_(w(l))) ∘ ρ_w et ρ_w ∘ T_(e_l) = T_(e_(w(l))) ∘ ρ_w
pour 1 ≤ l ≤ n et w, w^′ ∈ S_n.
2. Pour a et b deux éléments de l'anneau des endomorphismes de l'espace vectoriel ℝ[X_1, …, X_n], on pose [a, b] = a ∘ b − b ∘ a.
Démontrer les égalités suivantes entre endomorphismes de l'espace vectoriel ℝ[X_1, …, X_n] :
a) [D_(e_1) + D_(e_2), Δ_(12)] = 0.
b) [Δ_(1i), Δ_(2i)] + [Δ_(1i), Δ_(21)] + [Δ_(12), Δ_(2i)] = 0 pour i entier, 3 ≤ i ≤ n.
c) D_u ∘ D_(u^′) = D_(u^′) ∘ D_u et T_u ∘ T_(u^′) = T_(u^′) ∘ T_u pour tous u, u^′ ∈ ℝ^n (on pourra commencer par le cas u = e_1, u^′ = e_2 ).

Partie III

Dans cette partie, on compare différentes normes sur les polynômes homogènes.
On munit ℝ^n de la norme euclidienne ‖(x_1, …, x_n)‖^2 = x_1^2 + ⋯ + x_n^2. On note S l'ensemble des éléments de ℝ^n de norme 1.
Pour d ≥ 0, on définit sur ℝ[X_1, …, X_n]_d la norme
‖P‖ = sup_(x ∈ S)|P(x)|.
Pour d ≥ 1, on définit deux autres normes sur ℝ[X_1, …, X_n]_d :
‖P‖_1, = 1/dsup_(u, x ∈ S)|D_u(P)(x)|; ‖P‖_D, = 1/(d!)sup_(u_1, …, u_d, x ∈ S)|D_(u_1)⋯D_(u_d)(P)(x)|
où D_u est la dérivée partielle dans la direction u comme dans la partie II.
  1. Soit P ∈ ℝ[X_1, X_2]_d un polynôme non nul en deux variables avec d ≥ 1.
    a) Démontrer que la fonction P~ : ] − π, π] → ℝ, P~(θ) = P(cosθ, sinθ) admet au plus 2d zéros.
    b) Démontrer que si |P~(θ)| < 1 pour tout θ, alors P~^′(0) ≤ d√(1 − P~(0)^2) (on pourra introduire β ∈ ]0, π/d[ tel que P~(0) = cos(dβ) et appliquer la question précédente à Q(θ) = cos(dθ) + P~(θ − β) ).
    c) En déduire que pour tout θ, on a
P~^′(θ)^2 + d^2 P~(θ)^2 ≤ d^2 sup_(θ^′)P~(θ^′)^2
d) En déduire que ‖P‖_1 ≤ ‖P‖.
2. Soit d ≥ 1.
a) Soit P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d. Démontrer que ∑_(i = 1)^n X_i D_(e_i)(P) = dP.
b) Démontrer que pour tout P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d, on a ‖P‖_1 = ‖P‖.
c) Démontrer que pour tout P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d, on a ‖P‖_D = ‖P‖_1 (on pourra utiliser II.1.a).

Partie IV

Le but de cette partie est d'étudier le noyau commun des T_u.
  1. Soit φ = ∑_(i = 1)^(n − 1)∑_(j = i + 1)^n ρ_((ij)), vu comme endomorphisme de ℝ[X_1, …, X_n], et soit N = (n(n − 1))/2. Pour d ≥ 0, on note L_d l'ensemble des valeurs propres de φ vu comme endomorphisme de ℝ[X_1, …, X_n]_d. Soit L = ⋃_(d ≥ 0)L_d.
    a) Démontrer que φ ∘ ρ_w = ρ_w ∘ φ pour tout w ∈ S_n.
    b) Démontrer que les éléments de L_d sont rationnels et contenus dans [ − N, N], pour tout d ≥ 0 (on pourra étudier la trace de φ sur un sous-espace propre).
    c) Démontrer que (ρ_w)_(w ∈ S_n) est une famille libre d'endomorphismes de ℝ[X_1, …, X_n] et que l'espace vectoriel qu'elle engendre est une sous-algèbre de l'algèbre des endomorphismes de ℝ[X_1, …, X_n].
    d) Démontrer que le cardinal de L est inférieur ou égal à n !.
  2. Soit M l'ensemble des réels k tels qu'il existe un polynôme P ∈ ℝ[X_1, …, X_n] non constant vérifiant T_(e_i)(P) = 0 pour tout i (on rappelle que T_(e_i) a été défini à la partie II et qu'il dépend de k ).
Soit k un réel. Pour d ≥ 1 entier, on définit l'endomorphisme γ_d = (d + kN)Id − kφdeℝ[X_1, …, X_n].
a) Déduire de III.2.a que ∑_(i = 1)^n X_i T_(e_i)(P) = γ_d(P) pour tous d ≥ 1 et P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d.
b) En déduire que M ⊆ {d/(λ − N)| λ ∈ L, λ ≠ N, d ∈ ℕ^∗}.
3. Soient k ≥ 0 réel et d ≥ 1 entier.
a) Démontrer que γ_d est inversible.
b) Démontrer qu'il existe une unique famille (c_d(w))_(w ∈ S_n) de réels telle que γ_d^(− 1) = ∑_(w ∈ S_n)c_d(w)ρ_w.
c) Démontrer que pour tous P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d et (x_1, …, x_n) ∈ ℝ^n, on a
P(x_1, …, x_n) = ∑_(w ∈ S_n)c_d(w)∑_(i = 1)^n(X_i T_(e_i)(P))(x_(w(1)), …, x_(w(n))).
d) Démontrer que ∑_(w ∈ S_n)c_d(w) = 1/d.
e) Démontrer que c_d(w) ≥ 0 pour tout w ∈ S_n.

Partie V

On construit un endomorphisme de l'espace des polynômes qui entrelace T_u et D_u et on étudie sa norme.
  1. Soit k un réel.
    a) Soit d ≥ 0. Soient P_1, …, P_n ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d tels que D_(e_i)(P_j) = D_(e_j)(P_i) pour tous i, j. Démontrer qu'il existe un unique P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_(d + 1) tel que pour tout i, on ait P_i = D_(e_i)(P).
    b) En déduire qu'il existe un unique endomorphisme d'espace vectoriel ψ de ℝ[X_1, …, X_n] tel que ψ(ℝ[X_1, …, X_n]_d) ⊂ ℝ[X_1, …, X_n]_d pour tout d ≥ 0, ψ(1) = 1 et D_u ∘ ψ = ψ ∘ T_u pour tout u ∈ ℝ^n.
    c) Démontrer que ψ est un isomorphisme si et seulement si k ∉ M (cf IV. 2 pour la définition de M ).
  2. On suppose dans cette question k ≥ 0 et on reprend les notations de la partie III. On pose χ = ψ^(− 1). Pour d ≥ 1, on définit une norme sur ℝ[X_1, …, X_n]_d :
‖P‖_T = 1/(d!)sup_(u_1, …, u_d, x ∈ S)|T_(u_1)⋯T_(u_d)(P)(x)|
a) Démontrer que pour tout P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d avec d ≥ 1, on a ‖P‖ ≤ ‖P‖_T (utiliser IV.3.c).
b) Démontrer que pour tout P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d avec d ≥ 1, on a ‖χ(P)‖_T = ‖P‖_D.
c) En déduire que pour tout P ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d avec d ≥ 0, on a ‖χ(P)‖ ≤ ‖P‖.

Partie VI

Cette partie est consacrée à l'étude des fonctions propres des T_u.
On note B la boule unité fermée de ℝ^n et B^∘ = {x ∈ ℝ^n, ‖x‖ < 1} son intérieur.
  1. Soit (f_d)_(d ≥ 0) une suite de polynômes avec f_d ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d. On suppose que la série ∑_(d = 0)^∞‖f_d‖ est convergente.
    a) Démontrer que ∑_(d = 0)^∞f_d converge uniformément et absolument sur B vers une fonction f qui est continue sur B et C^∞ sur B^∘.
    b) Démontrer que si f = 0 sur B^∘, alors f_d = 0 pour tout d ≥ 0.
  2. Soit H l'ensemble des fonctions f : B^∘ → ℝ de la forme f = ∑_(d = 0)^∞f_d où f_d ∈ ℝ[X_1, …, X_n]_d et la série ∑_(d = 0)^∞‖f_d‖ est convergente. On pose ‖f‖ = ∑_(d = 0)^∞‖f_d‖.
    a) Démontrer que H est une sous-algèbre de l'algèbre des fonctions B^∘ → ℝ et que c'est une algèbre normée unitaire complète.
    b) Soit k ≥ 0. Démontrer que χ s'étend en un endomorphisme continu de H par χ(f) = ∑_(d = 0)^∞χ(f_d) pour f = ∑_(d = 0)^∞f_d.
  3. Soit k ≥ 0. Soit y = (y_1, …, y_n) ∈ ℝ^n. On considère le système d'équations
T_(e_i)(f) = y_i f pour tout i, avec condition initiale f(0) = 1
d'inconnue f ∈ H (on a étendu les définitions de la partie II aux fonctions de classe C^1 de B^∘ dans ℝ ).
a) Démontrer que E_y = χ(exp(∑_(i = 1)^n y_i X_i)) est l'unique solution du système (1).
b) Démontrer que E_y s'étend en une fonction f de classe C^∞ sur ℝ^n telle que T_(e_i)(f) = y_i f pour tout i.
4. Relier les résultats de la partie I à ceux de la suite du problème.

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