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Soit EE un espace vectoriel complexe de dimension finie. On munit EE d'une norme ∥⋅∥\| \cdot \| et on note ∥∣⋅∣∥\| | \cdot | \| la norme d'endomorphisme associée. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme tel que ∥∣u∣∥≤1\| | u | \| \leq 1.

  1. Démontrer que pour tout réel t≥0t \geq 0, on a l'inégalité :
    ∥∣exp⁡(t(u−IdE))∣∥≤1\| | \exp(t(u - \text{Id}_E)) | \| \leq 1

  2. On considère la suite d'endomorphismes (vn)n∈N(v_n)_{n \in \mathbb{N}} définie par :
    ∀n∈N,vn=(u−IdE)exp⁡(n(u−IdE))\forall n \in \mathbb{N},   v_n = (u - \text{Id}_E) \exp(n(u - \text{Id}_E))
    Déterminer la limite de la suite (vn)(v_n) quand n→+∞n \to +\infty.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que t(u−IdE)=tu−tIdEt(u-\text{Id}_E) = tu - t\text{Id}_E et que ces deux termes commutent. Exploiter ensuite la définition de l'exponentielle en série et l'inégalité triangulaire.

2.

Pour la question 2, utiliser la décomposition de EE en sous-espaces caractéristiques (lemme des noyaux appliqué au polynôme caractéristique).

3.

Pour un noyau caractéristique associé à une valeur propre λ\lambda, écrire uu sous la forme λId+N\lambda \text{Id} + N avec NN nilpotent.

4.

Étudier séparément le cas λ=1\lambda = 1 et le cas ∣λ∣≤1,λ≠1|\lambda| \leq 1, \lambda \neq 1. Pour λ=1\lambda = 1, utiliser le fait que la suite (uk)k∈N(u^k)_{k \in \mathbb{N}} est bornée pour montrer que la partie nilpotente est nulle.

Idées clés

•

Propriété de l'exponentielle de somme d'endomorphismes qui commutent : exp⁡(A+B)=exp⁡(A)exp⁡(B)\exp(A+B) = \exp(A)\exp(B).

•

Décomposition spectrale : E=⨁λ∈Sp(u)ker⁡(u−λIdE)dE = \bigoplus_{\lambda \in \text{Sp}(u)} \ker(u - \lambda \text{Id}_E)^d.

•

Croissances comparées entre fonctions polynomiales et exponentielles.

Résolution.

  1. Soit t≥0t \geq 0. Comme les endomorphismes tutu et −tIdE-t\text{Id}_E commutent, on a :
    exp⁡(t(u−IdE))=exp⁡(tu)∘exp⁡(−tIdE)=e−texp⁡(tu)\exp(t(u - \text{Id}_E)) = \exp(tu) \circ \exp(-t\text{Id}_E) = e^{-t} \exp(tu)
    En utilisant le développement en série de l'exponentielle, on obtient par inégalité triangulaire :
    ∥∣exp⁡(tu)∣∥=∥∣∑k=0+∞tkukk!∣∥≤∑k=0+∞tk∥∣uk∣∥k!\| | \exp(tu) | \| = \left\| \left| \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{t^k u^k}{k!} \right| \right\| \leq \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{t^k \| | u^k | \|}{k!}
    Puisque ∥∣u∣∥≤1\| | u | \| \leq 1, on a par sous-multiplicativité de la norme d'endomorphisme ∥∣uk∣∥≤∥∣u∣∥k≤1\| | u^k | \| \leq \| | u | \|^k \leq 1. Il vient alors :
    ∥∣exp⁡(tu)∣∥≤∑k=0+∞tkk!=et\| | \exp(tu) | \| \leq \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{t^k}{k!} = e^t
    En multipliant par e−te^{-t}, on conclut :
    ∀t≥0,∥∣exp⁡(t(u−IdE))∣∥≤1\boxed{ \forall t \geq 0,   \| | \exp(t(u - \text{Id}_E)) | \| \leq 1 }

  2. Puisque EE est un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension finie, le polynôme caractéristique χu\chi_u est scindé. D'après le lemme des noyaux, on a la décomposition en sous-espaces caractéristiques :
    E=⨁λ∈Sp(u)FλouˋFλ=ker⁡(u−λIdE)dE = \bigoplus_{\lambda \in \text{Sp}(u)} F_\lambda   \text{où}   F_\lambda = \ker(u - \lambda \text{Id}_E)^d
    Chaque FλF_\lambda est stable par uu. Il suffit d'étudier la convergence de la suite restreinte à chaque FλF_\lambda. Sur FλF_\lambda, on peut écrire u=λId+nλu = \lambda \text{Id} + n_\lambda où nλn_\lambda est un endomorphisme nilpotent. L'expression de vnv_n restreinte à FλF_\lambda devient :
    vn∣Fλ=((λ−1)Id+nλ)en(λ−1)exp⁡(nnλ)v_{n | F_\lambda} = \left( (\lambda - 1) \text{Id} + n_\lambda \right) e^{n(\lambda - 1)} \exp(n n_\lambda)
    Premier cas : λ≠1\lambda \neq 1. Puisque ∥∣u∣∥≤1\| | u | \| \leq 1, le rayon spectral vérifie ρ(u)≤1\rho(u) \leq 1, donc ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1. Comme λ≠1\lambda \neq 1, on en déduit que Re(λ)<1\text{Re}(\lambda) < 1. En effet, si λ=x+iy\lambda = x + iy, alors x2+y2≤1x^2 + y^2 \leq 1 et x=1x=1 impliquerait y=0y=0, soit λ=1\lambda=1. L'endomorphisme exp⁡(nnλ)\exp(n n_\lambda) est un polynôme en nn puisque nλn_\lambda est nilpotent :
    exp⁡(nnλ)=∑j=0d−1njj!nλj\exp(n n_\lambda) = \sum_{j=0}^{d-1} \frac{n^j}{j!} n_\lambda^j
    Ainsi, vn∣Fλv_{n | F_\lambda} est le produit d'un terme exponentiel en(λ−1)e^{n(\lambda - 1)} et d'un polynôme en nn. Comme ∣en(λ−1)∣=en(Re(λ)−1)|e^{n(\lambda - 1)}| = e^{n(\text{Re}(\lambda) - 1)} avec Re(λ)−1<0\text{Re}(\lambda) - 1 < 0, par croissances comparées :
    lim⁡n→+∞vn∣Fλ=0\lim_{n \to +\infty} v_{n | F_\lambda} = 0
    Deuxième cas : λ=1\lambda = 1. Montrons que n1=0n_1 = 0. Sur F1F_1, on a u=Id+n1u = \text{Id} + n_1. Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N} :
    uk=(Id+n1)k=∑j=0min⁡(k,d−1)(kj)n1ju^k = (\text{Id} + n_1)^k = \sum_{j=0}^{\min(k, d-1)} \binom{k}{j} n_1^j
    Supposons n1≠0n_1 \neq 0. Soit pp le plus grand entier tel que n1p≠0n_1^p \neq 0 (p≥1p \geq 1). Pour tout x∈F1x \in F_1 tel que n1px≠0n_1^p x \neq 0, ukxu^k x est un polynôme en kk de degré pp. Le terme dominant est kpp!n1px\frac{k^p}{p!} n_1^p x, donc ∥ukx∥→+∞\| u^k x \| \to +\infty. Ceci contredit ∥ukx∥≤∥∣uk∣∥⋅∥x∥≤∥x∥\| u^k x \| \leq \| | u^k | \| \cdot \| x \| \leq \| x \|. On en déduit que n1=0n_1 = 0, soit u∣F1=Id∣F1u_{| F_1} = \text{Id}_{| F_1}. Alors sur F1F_1, u−Id=0u - \text{Id} = 0, donc vn∣F1=0v_{n | F_1} = 0. Conclusion : La suite (vn)(v_n) converge vers 0 sur chaque sous-espace de la somme directe.
    lim⁡n→+∞(u−IdE)exp⁡(n(u−IdE))=0\boxed{ \lim_{n \to +\infty} (u - \text{Id}_E) \exp(n(u - \text{Id}_E)) = 0 }

Attention à ne pas oublier que la majoration ∣∣∣exp⁡(A)∣∣∣≤e∣∣∣A∣∣∣||| \exp(A) ||| \leq e^{|||A|||} est toujours vraie, mais qu'ici on demande une majoration plus fine (par 1) qui dépend de la structure de l'endomorphisme u−Idu - \text{Id}. L'utilisation de exp⁡(A+B)=exp⁡(A)exp⁡(B)\exp(A+B) = \exp(A)\exp(B) n'est possible que parce que uu et Id\text{Id} commutent.