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Soit n≥2n \ge 2 un entier. On considère la matrice A∈Mn(F2)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{F}_2) définie par :

A=(10⋯0111⋱001⋱⋱⋮⋮⋱⋱100⋯011)A = \begin{pmatrix} 1 & 0 & \cdots & 0 & 1
1 & 1 & \ddots & & 0
0 & 1 & \ddots & \ddots & \vdots
\vdots & \ddots & \ddots & 1 & 0
0 & \cdots & 0 & 1 & 1 \end{pmatrix}

  1. À quelle condition nécessaire et suffisante sur nn la matrice AA est-elle nilpotente ?
  2. On définit l'application φ:Zn→Zn\varphi: \mathbb{Z}^{n} \rightarrow \mathbb{Z}^{n} qui à un vecteur x=(x1,…,xn)x=\left(x_{1}, \ldots, x_{n}\right) associe :
    φ(x)=(∣x1−x2∣,∣x2−x3∣,…,∣xn−1−xn∣,∣xn−x1∣)\varphi(x) = \left(|x_{1}-x_{2}|, |x_{2}-x_{3}|, \ldots, |x_{n-1}-x_{n}|, |x_{n}-x_{1}|\right)
    Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes :
    1. Pour tout x∈Znx \in \mathbb{Z}^n, il existe un entier k∈N∗k \in \mathbb{N}^* tel que φ(k)(x)=0\varphi^{(k)}(x) = 0.
    2. nn est une puissance de 2.

1.

Pour la question 1, exprimer AA sous la forme I+JI + J où JJ est une matrice de permutation cyclique. Utiliser le fait qu'en caractéristique 2, (X+1)n=∑k=0n(nk)Xk(X+1)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} X^k.

2.

Pour la question 2, observer d'abord que φ(x)(mod2)\varphi(x) \pmod 2 s'exprime linéairement à l'aide de la matrice de la question précédente.

3.

Pour l'implication (ii)   ⟹  \implies (i), utiliser une méthode de descente ou l'argument de divisibilité par les puissances de 2 combiné au caractère borné de la suite.

4.

Pour l'implication (i)   ⟹  \implies (ii), si nn n'est pas une puissance de 2, utiliser la non-nilpotence de AA pour construire un vecteur dont l'orbite ne contient pas 0.

Idées clés

•

morphisme de Frobenius en caractéristique 2 : (a+b)2=a2+b2(a+b)^2 = a^2 + b^2.

•

Lien entre une dynamique sur Z\mathbb{Z} et son comportement modulo pp.

•

Étude de la nilpotence par le polynôme caractéristique.

1. Condition de nilpotence de la matrice AA.

Soit J∈Mn(F2)J \in \mathcal{M}_n(\mathbb{F}_2) la matrice de la permutation cyclique (1,2,…,n)(1, 2, \dots, n), c'est-à-dire la matrice dont les coefficients sont Ji,j=1J_{i,j} = 1 si i=j+1i = j+1 (avec la convention n+1≡1n+1 \equiv 1) et 00 sinon.

On remarque que la matrice AA s'écrit :

A=In+JA = I_n + J

Une matrice est nilpotente si et seulement si son unique valeur propre est 00, ce qui équivaut à ce que son polynôme caractéristique soit χA(X)=Xn\chi_A(X) = X^n.

Le polynôme caractéristique de JJ est χJ(X)=Xn−1\chi_J(X) = X^n - 1. Comme nous sommes sur F2\mathbb{F}_2, cela s'écrit aussi χJ(X)=Xn+1\chi_J(X) = X^n + 1.

Le polynôme caractéristique de A=I+JA = I + J est alors :

χA(X)=det⁡(XI−(I+J))=det⁡((X−1)I−J)=χJ(X−1)\chi_A(X) = \det(X I - (I + J)) = \det((X-1)I - J) = \chi_J(X-1)

En utilisant X−1=X+1X-1 = X+1 dans F2\mathbb{F}_2, on obtient :

χA(X)=(X+1)n+1\chi_A(X) = (X+1)^n + 1

La matrice AA est nilpotente si et seulement si (X+1)n+1=Xn(X+1)^n + 1 = X^n.

D'après la formule du binôme de Newton :

(X+1)n+1=∑k=0n(nk)Xk+1=Xn+∑k=1n−1(nk)Xk+(1+1)(X+1)^n + 1 = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} X^k + 1 = X^n + \sum_{k=1}^{n-1} \binom{n}{k} X^k + (1+1)

Comme 1+1=01+1 = 0 dans F2\mathbb{F}_2, la condition devient :

∀k∈{1,…,n−1},(nk)≡0(mod2)\forall k \in \{1, \dots, n-1\},   \binom{n}{k} \equiv 0 \pmod 2

C'est une propriété classique du triangle de Pascal modulo 2 : cette condition est vérifiée si et seulement si nn est une puissance de 2.

En effet, si n=2pn=2^p, alors par itération du morphisme de Frobenius :

(X+1)2p=X2p+12p=X2p+1(X+1)^{2^p} = X^{2^p} + 1^{2^p} = X^{2^p} + 1
ce qui donne bien χA(X)=X2p\chi_A(X) = X^{2^p}.

Réciproquement, si nn n'est pas une puissance de 2, l'écriture binaire de nn possède au moins deux chiffres non nuls, et le théorème de Lucas (ou une étude directe) montre qu'il existe un coefficient binomial impair.

A est nilpotente   ⟺  n=2p, p∈N\boxed{A \text{ est nilpotente } \iff n = 2^p, \ p \in \mathbb{N}}

2. Équivalence sur la convergence de l'itération φ\varphi.

(ii)   ⟹  \implies (i) : Supposons que n=2pn = 2^p. Soit x∈Znx \in \mathbb{Z}^n. Après une itération, φ(x)∈Nn\varphi(x) \in \mathbb{N}^n. Posons x(k)=φ(k)(x)x^{(k)} = \varphi^{(k)}(x).

Remarquons que pour tout a,b∈Za, b \in \mathbb{Z}, ∣a−b∣≡a+b(mod2)|a-b| \equiv a+b \pmod 2. Soit π:Zn→(F2)n\pi : \mathbb{Z}^n \to (\mathbb{F}_2)^n la projection canonique. On a :

π(φ(x))=ATπ(x)\pi(\varphi(x)) = A^T \pi(x)

Comme AA est nilpotente, ATA^T l'est aussi. Ainsi, (AT)n=0(A^T)^n = 0. Cela implique qu'au bout de nn étapes, π(x(n))=(AT)nπ(x)=0\pi(x^{(n)}) = (A^T)^n \pi(x) = 0. Tous les coefficients de x(n)x^{(n)} sont donc des entiers pairs. On peut écrire x(n)=2yx^{(n)} = 2 y avec y∈Zny \in \mathbb{Z}^n.

De plus, l'application φ\varphi est homogène : φ(2y)=2φ(y)\varphi(2y) = 2\varphi(y). Ainsi, x(2n)=φ(n)(2y)=2φ(n)(y)x^{(2n)} = \varphi^{(n)}(2y) = 2 \varphi^{(n)}(y). Par le même raisonnement que précédemment, φ(n)(y)\varphi^{(n)}(y) est un vecteur d'entiers pairs, donc x(2n)x^{(2n)} est un vecteur dont tous les coefficients sont divisibles par 22=42^2 = 4.

Par récurrence, pour tout m≥1m \ge 1, les coefficients de x(mn)x^{(mn)} sont divisibles par 2m2^m.

Notons M(x)=max⁡i∣xi∣M(x) = \max_i |x_i|. On a ∣xi−xi+1∣≤max⁡(∣xi∣,∣xi+1∣)≤M(x)|x_i - x_{i+1}| \le \max(|x_i|, |x_{i+1}|) \le M(x) dès que les xix_i sont positifs. Ainsi, la suite (M(x(k)))k≥1(M(x^{(k)}))_{k \ge 1} est une suite décroissante d'entiers naturels. Elle est donc stationnaire. Comme M(x(mn))M(x^{(mn)}) est un multiple de 2m2^m et que cette suite est bornée par M(x(1))M(x^{(1)}), la seule valeur possible pour la limite est 00. On a donc bien l'existence de kk tel que x(k)=0x^{(k)} = 0.

(i)   ⟹  \implies (ii) : Supposons que nn ne soit pas une puissance de 2. Alors ATA^T n'est pas nilpotente. L'endomorphisme induit par ATA^T sur (F2)n(\mathbb{F}_2)^n n'est pas nilpotent, donc il existe un vecteur non nul u∈(F2)nu \in (\mathbb{F}_2)^n tel que la suite ((AT)ku)k∈N((A^T)^k u)_{k \in \mathbb{N}} ne s'annule jamais.

Prenons x∈{0,1}nx \in \{0, 1\}^n tel que π(x)=u\pi(x) = u. Alors pour tout kk, π(x(k))=(AT)ku≠0\pi(x^{(k)}) = (A^T)^k u \neq 0. Ceci implique que x(k)≠0x^{(k)} \neq 0 pour tout kk. L'assertion (i) est donc fausse.

La convergence vers 0 est universelle ssi n=2p\boxed{ \text{La convergence vers 0 est universelle ssi } n = 2^p }

Ne pas oublier que φ\varphi n'est pas linéaire sur Zn\mathbb{Z}^n à cause de la valeur absolue. C'est le passage au quotient modulo 2 qui permet de retrouver la linéarité.