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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On s'intéresse à l'ensemble des polynômes qui, appliqués à AA, produisent une matrice nilpotente :

IA={P∈C[X]∣P(A) est nilpotente}I_{A} = \{P \in \mathbb{C}[X] \mid P(A) \text{ est nilpotente} \}

  1. Structure de IAI_A.
    1. Démontrer que IAI_{A} est un idéal de C[X]\mathbb{C}[X].
    2. Justifier que cet idéal n'est pas réduit au polynôme nul.

  2. Caractérisation des éléments de IAI_A.
    1. Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X]. Rappeler le lien entre le spectre de AA, noté Sp(A)\text{Sp}(A), et celui de P(A)P(A).
    2. En déduire que P∈IAP \in I_A si et seulement si tout élément de Sp(A)\text{Sp}(A) est racine de PP.
    3. Identifier le polynôme unitaire QQ tel que IA=QC[X]I_A = Q \mathbb{C}[X].

  3. Application à la décomposition de Dunford. Montrer qu'il existe un polynôme P∈IAP \in I_A tel que la matrice A−P(A)A - P(A) soit diagonalizable.

1.

Pour la structure d'idéal, utiliser le fait que deux polynômes en AA commutent toujours. Le caractère nilpotent de la somme de deux matrices qui commutent est un résultat classique.

2.

Utiliser le théorème de l'image spectrale : Sp(P(A))={P(λ)∣λ∈Sp(A)}\text{Sp}(P(A)) = \{P(\lambda) \mid \lambda \in \text{Sp}(A)\}. Une matrice complexe est nilpotente si et seulement si son spectre est réduit à {0}\{0\}.

3.

Pour la dernière question, utiliser le lemme des noyaux pour décomposer l'espace en sous-espaces caractéristiques. Construire un polynôme par interpolation (ou via le théorème des restes chinois) qui vaut λi\lambda_i sur chaque sous-espace caractéristique ker⁡(A−λiI)mi\ker(A-\lambda_i I)^{m_i}.

Idées clés

•

Propriétés des matrices nilpotentes qui commutent.

•

Théorème de l'image spectrale sur C\mathbb{C}.

•

Lien entre nilpotence et spectre réduit à {0}\{0\}.

•

Construction de Dunford via le théorème des restes chinois.

Résolution.

  1. Structure de IAI_A.
    1. Montrons que IAI_A est un idéal de C[X]\mathbb{C}[X]. Tout d'abord, le polynôme nul 00 appartient à IAI_A car 0(A)=00(A) = 0, qui est nilpotente. Soient P1,P2∈IAP_1, P_2 \in I_A. Les matrices N1=P1(A)N_1 = P_1(A) et N2=P2(A)N_2 = P_2(A) sont nilpotentes. Comme ce sont des polynômes en AA, elles commutent : N1N2=N2N1N_1 N_2 = N_2 N_1. D'après la formule du binôme de Newton, si N1d1=0N_1^{d_1} = 0 and N2d2=0N_2^{d_2} = 0, alors :
      (N1+N2)d1+d2−1=∑k=0d1+d2−1(d1+d2−1k)N1kN2d1+d2−1−k(N_1 + N_2)^{d_1 + d_2 - 1} = \sum_{k=0}^{d_1 + d_2 - 1} \binom{d_1 + d_2 - 1}{k} N_1^k N_2^{d_1 + d_2 - 1 - k}
      Pour chaque terme de la somme, soit k≥d1k \geq d_1 (donc N1k=0N_1^k = 0), soit d1+d2−1−k≥d2d_1 + d_2 - 1 - k \geq d_2 (donc N2d1+d2−1−k=0N_2^{d_1 + d_2 - 1 - k} = 0). Ainsi, N1+N2N_1 + N_2 est nilpotente, donc P1+P2∈IAP_1 + P_2 \in I_A. Soient P∈IAP \in I_A et Q∈C[X]Q \in \mathbb{C}[X]. Notons N=P(A)N = P(A) qui est nilpotente. La matrice (PQ)(A)=P(A)Q(A)=NQ(A)(PQ)(A) = P(A)Q(A) = N Q(A) commute avec NN. Comme NN et Q(A)Q(A) commutent, on a ((PQ)(A))k=Nk(Q(A))k((PQ)(A))^k = N^k (Q(A))^k. Pour kk assez grand, Nk=0N^k = 0. Donc PQ∈IAPQ \in I_A. L'ensemble IAI_A est bien un idéal.

    2. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, le polynôme caractéristique χA\chi_A annule AA. Comme la matrice nulle est nilpotente, on a χA(A)=0\chi_A(A) = 0, donc χA∈IA\chi_A \in I_A.
      IA≠{0}\boxed{ I_A \neq \{0\} }

  2. Caractérisation des éléments de IAI_A.
    1. Le théorème de l'image spectrale stipule que pour toute matrice A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et tout polynôme PP :
      Sp(P(A))={P(λ)∣λ∈Sp(A)}\boxed{ \text{Sp}(P(A)) = \{ P(\lambda) \mid \lambda \in \text{Sp}(A) \} }
    2. Une matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est nilpotente si et seulement si son unique valeur propre est 00. Par conséquent, P(A)P(A) est nilpotente si et seulement si :
      ∀μ∈Sp(P(A)),μ=0\forall \mu \in \text{Sp}(P(A)), \mu = 0
      En utilisant le résultat de la question précédente, cela équivaut à :
      ∀λ∈Sp(A),P(λ)=0\boxed{ \forall \lambda \in \text{Sp}(A), P(\lambda) = 0 }

    3. Soient λ1,…,λk\lambda_1, \dots, \lambda_k les valeurs propres distinctes de AA. La condition précédente signifie que PP est un multiple du polynôme :
      Q=∏j=1k(X−λj)\boxed{ Q = \prod_{j=1}^k (X - \lambda_j) }
      C'est le polynôme réduit associé au polynôme caractéristique (ou minimal) de AA. On a donc IA=QC[X]I_A = Q \mathbb{C}[X].

  3. Existence d'un tel polynôme (Dunford). Soit χA=∏i=1k(X−λi)ni\chi_A = \prod_{i=1}^k (X - \lambda_i)^{n_i} le polynôme caractéristique de AA. D'après le lemme des noyaux :
    Cn=⨁i=1kker⁡(A−λiI)ni\mathbb{C}^n = \bigoplus_{i=1}^k \ker(A - \lambda_i I)^{n_i}
    On cherche un polynôme D(X)D(X) tel que D(A)D(A) soit la composante diagonalisable de AA. On impose par le théorème des restes chinois (ou par interpolation de Lagrange-Sylvester) les conditions :
    ∀i∈{1,…,k},D(X)≡λi(mod(X−λi)ni)\forall i \in \{1, \dots, k\},   D(X) \equiv \lambda_i \pmod{(X - \lambda_i)^{n_i}}
    Soit Q(A)=D(A)Q(A) = D(A). Sur chaque sous-espace ker⁡(A−λiI)ni\ker(A - \lambda_i I)^{n_i}, Q(A)Q(A) agit comme l'homothétie λiId\lambda_i \text{Id} car D(X)−λiD(X) - \lambda_i est un multiple de (X−λi)ni(X - \lambda_i)^{n_i}. Ainsi, Q(A)Q(A) est diagonalisable. Considérons P(X)=X−D(X)P(X) = X - D(X). On a A−P(A)=Q(A)A - P(A) = Q(A) qui est diagonalisable. Vérifions que P∈IAP \in I_A. Pour chaque ii :
    P(X)=X−D(X)≡λi−λi≡0(mod(X−λi))P(X) = X - D(X) \equiv \lambda_i - \lambda_i \equiv 0 \pmod{(X - \lambda_i)}
    Ainsi, pour tout λ∈Sp(A)\lambda \in \text{Sp}(A), P(λ)=0P(\lambda) = 0. D'après la question 2(b), P(A)P(A) est nilpotente.
    ∃P∈IA, tel que A−P(A) est diagonalisable\boxed{ \exists P \in I_A, \text{ tel que } A - P(A) \text{ est diagonalisable} }

Attention à ne pas oublier que la somme de deux matrices nilpotentes n'est nilpotente que si elles commutent. Ici, le fait que P1(A)P_1(A) et P2(A)P_2(A) soient des polynômes en la même matrice AA garantit cette commutation.