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Soient AA et BB deux matrices appartenant à Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

On considère la matrice M∈M2n(C)M \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}) définie par la structure de blocs suivante :

M=(0n0nBA)M = \begin{pmatrix} 0_n & 0_n
B & A \end{pmatrix}

Déterminer une condition nécessaire et suffisante sur les matrices AA et BB pour que MM soit diagonalisable.

1.

Commencer par calculer les puissances successives de MM, à savoir MkM^k pour k∈N∗k \in \mathbb{N}^*.

2.

Utiliser le critère de diagonalisabilité par les polynômes annulateurs : une matrice est diagonalisable si et seulement s'il existe un polynôme scindé à racines simples qui l'annule.

3.

Pour un polynôme PP, exprimer le bloc inférieur gauche de P(M)P(M) à l'aide de AA, BB et du polynôme Q(X)=P(X)−P(0)XQ(X) = \frac{P(X)-P(0)}{X}.

4.

Montrer que si AA est diagonalisable, alors l'image de l'endomorphisme associé à Q(A)Q(A) est reliée à celle de AA.

Idées clés

•

Lien entre diagonalisabilité et polynômes annulateurs scindés à racines simples.

•

Calcul matriciel par blocs.

•

Étude des noyaux et images d'un endomorphisme diagonalisable.

1. Calcul des puissances de MM.

Calculons les premières puissances de la matrice MM pour identifier une relation de récurrence :

M2=(00BA)(00BA)=(00ABA2)M^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0
B & A \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & 0
B & A \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0
AB & A^2 \end{pmatrix}
M3=M⋅M2=(00BA)(00ABA2)=(00A2BA3)M^3 = M \cdot M^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0
B & A \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & 0
AB & A^2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0
A^2B & A^3 \end{pmatrix}

Par une récurrence immédiate, on montre que pour tout entier k≥1k \geq 1 :

Mk=(0n0nAk−1BAk)\boxed{ M^k = \begin{pmatrix} 0_n & 0_n
A^{k-1}B & A^k \end{pmatrix} }

2. Utilisation d'un polynôme annulateur.

La matrice MM est diagonalisable si et seulement s'il existe un polynôme P(X)=∑k=0dakXkP(X) = \sum_{k=0}^d a_k X^k scindé à racines simples sur C\mathbb{C} tel que P(M)=0P(M) = 0.

En utilisant l'expression des puissances de MM, nous avons :

P(M)=a0I2n+∑k=1dakMk=(a0In0∑k=1dakAk−1Ba0In+∑k=1dakAk)P(M) = a_0 I_{2n} + \sum_{k=1}^d a_k M^k = \begin{pmatrix} a_0 I_n & 0
\sum_{k=1}^d a_k A^{k-1}B & a_0 I_n + \sum_{k=1}^d a_k A^k \end{pmatrix}

Pour que P(M)=0P(M) = 0, le bloc en haut à gauche impose a0=0a_0 = 0. Ceci signifie que 00 est une racine du polynôme PP.

P(0)=0\boxed{ P(0) = 0 }

Posons alors P(X)=XQ(X)P(X) = X Q(X), où Q(X)=∑k=1dakXk−1Q(X) = \sum_{k=1}^d a_k X^{k-1}. Puisque les racines de PP sont simples, on a Q(0)=a1≠0Q(0) = a_1 \neq 0. L'équation P(M)=0P(M) = 0 équivaut alors au système :

{P(A)=0Q(A)B=0\begin{cases} P(A) = 0
Q(A)B = 0 \end{cases}

3. Analyse des conditions nécessaires.

Si MM est diagonalisable, il existe un tel polynôme PP scindé à racines simples. D'après la première condition P(A)=0P(A)=0, AA admet un polynôme annulateur scindé à racines simples.

A est diagonalisable\boxed{ A \text{ est diagonalisable} }

Puisque AA est diagonalisable, on a la décomposition Cn=ker⁡(A)⊕Im(A)\mathbb{C}^n = \ker(A) \oplus \text{Im}(A). L'endomorphisme induit par AA sur Im(A)\text{Im}(A) est un automorphisme. Comme AQ(A)=P(A)=0A Q(A) = P(A) = 0, la restriction de Q(A)Q(A) à l'image de AA est nulle.

Sur ker⁡(A)\ker(A), l'endomorphisme AA agit comme l'application nulle, donc Q(A)Q(A) agit comme l'homothétie Q(0)⋅IdQ(0) \cdot \text{Id}. Comme Q(0)≠0Q(0) \neq 0, Q(A)Q(A) est injectif sur ker⁡(A)\ker(A).

On en déduit que ker⁡(Q(A))=Im(A)\ker(Q(A)) = \text{Im}(A). La condition Q(A)B=0Q(A)B = 0 signifie que Im(B)⊂ker⁡(Q(A))\text{Im}(B) \subset \ker(Q(A)), d'où :

Im(B)⊂Im(A)\boxed{ \text{Im}(B) \subset \text{Im}(A) }

4. Synthèse.

Réciproquement, supposons que AA soit diagonalisable et que Im(B)⊂Im(A)\text{Im}(B) \subset \text{Im}(A). Soit RR le polynôme minimal de AA. RR est scindé à racines simples.

  • Si 00 est racine de RR, on pose P(X)=R(X)P(X) = R(X). Alors P(0)=0P(0)=0 et PP est scindé à racines simples.
  • Si 00 n'est pas racine de RR, on pose P(X)=XR(X)P(X) = X R(X). PP est encore scindé à racines simples car R(0)≠0R(0) \neq 0.

Dans les deux cas, on a P(A)=0P(A)=0 et P(X)=XQ(X)P(X)=XQ(X) avec Q(A)Q(A) s'annulant sur Im(A)\text{Im}(A) (car AQ(A)=0A Q(A) = 0 et AA inversible sur son image). Comme Im(B)⊂Im(A)\text{Im}(B) \subset \text{Im}(A), on a bien Q(A)B=0Q(A)B = 0. Ainsi P(M)=0P(M)=0 et MM est diagonalisable.

Conclusion :

M est diagonalisable  ⟺  A est diagonalisable et Im(B)⊂Im(A)\boxed{ M \text{ est diagonalisable} \iff A \text{ est diagonalisable et } \text{Im}(B) \subset \text{Im}(A) }

Une erreur fréquente est d'oublier la condition sur BB en pensant que la structure triangulaire par blocs et la diagonalisabilité de AA suffisent. Or, la présence du bloc BB peut créer des blocs de taille supérieure dans la décomposition de l'espace si l'image de BB n'est pas "absorbée" par celle de AA.