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Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

  1. Caractérisation de la nilpotence par la trace
    1. Montrer que si AA est une matrice nilpotente, alors pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, tr⁡(Ak)=0\operatorname{tr}(A^k) = 0.
    2. Réciproquement, on suppose que pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, tr⁡(Ak)=0\operatorname{tr}(A^k) = 0. Montrer que AA est nilpotente. On pourra s'intéresser aux valeurs propres de AA et aux relations entre les sommes de Newton et les polynômes symétriques élémentaires.

  2. Étude d'un faisceau de matrices On suppose qu'il existe un ensemble Λ⊂C\Lambda \subset \mathbb{C} contenant au moins n+1n+1 éléments tel que pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda, la matrice A+λBA + \lambda B soit nilpotente.

    1. Justifier que pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda, on a (A+λB)n=0(A + \lambda B)^n = 0.
    2. En considérant les coefficients de la matrice (A+xB)n(A + x B)^n comme des polynômes en la variable xx, montrer que pour tout x∈Cx \in \mathbb{C}, la matrice A+xBA + x B est nilpotente.
    3. En déduire que AA et BB sont des matrices nilpotentes.
  3. Application Soient A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On suppose que A+2kBA + 2^k B est nilpotente pour tout k∈{0,1,…,n}k \in \{0, 1, \dots, n\}. Montrer que AA et BB sont nilpotentes.

1.

Pour la question 1(b), les valeurs propres d'une matrice dans C\mathbb{C} sont les racines de son polynôme caractéristique. Si toutes les valeurs propres sont nulles, la matrice est nilpotente.

2.

Pour la question 2(b), une matrice est nulle si et seulement si tous ses coefficients sont nuls. Un polynôme de degré au plus nn possédant au moins n+1n+1 racines est le polynôme nul.

3.

Pour la question 2(c), évaluer l'égalité matricielle pour des valeurs particulières de xx ou regarder le coefficient dominant.

Idées clés

•

Lien entre nilpotence et spectre : MM est nilpotente   ⟺  Sp⁡(M)={0}\iff \operatorname{Sp}(M) = \{0\}.

•

Utilisation des polynômes de coefficients : l'application x↦(A+xB)nx \mapsto (A+xB)^n est "polynomiale".

•

Argument d'interpolation : un polynôme de Kn[X]\mathbb{K}_n[X] avec n+1n+1 racines est nul.

Résolution.

  1. Caractérisation par la trace
    1. Soit AA une matrice nilpotente. Dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), AA est trigonalisable et ses valeurs propres sont toutes nulles. Ainsi, pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, les valeurs propres de AkA^k sont également toutes nulles. La trace étant la somme des valeurs propres (comptées avec multiplicité), on en déduit immédiatement :
      ∀k∈{1,…,n},tr⁡(Ak)=0\boxed{\forall k \in \{1, \dots, n\},   \operatorname{tr}(A^k) = 0}

    2. Réciproquement, notons λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n les valeurs propres de AA dans C\mathbb{C}. L'hypothèse tr⁡(Ak)=0\operatorname{tr}(A^k) = 0 pour k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\} se traduit par le système suivant sur les sommes de Newton Sk=∑i=1nλikS_k = \sum_{i=1}^n \lambda_i^k :
      ∀k∈{1,…,n},Sk=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   S_k = 0
      D'après les relations de Newton, les coefficients ckc_k du polynôme caractéristique χA(X)=Xn+cn−1Xn−1+⋯+c0\chi_A(X) = X^n + c_{n-1}X^{n-1} + \dots + c_0 s'expriment en fonction des SkS_k. On montre par récurrence (ou via les formules de Newton) que S1=⋯=Sn=0S_1 = \dots = S_n = 0 implique cn−1=cn−2=⋯=c0=0c_{n-1} = c_{n-2} = \dots = c_0 = 0. Par conséquent, on a :
      χA(X)=Xn\boxed{\chi_A(X) = X^n}
      D'après le théorème de Cayley-Hamilton, An=0A^n = 0, donc AA est nilpotente.

  2. Étude du faisceau
    1. Soit λ∈Λ\lambda \in \Lambda. Par hypothèse, Mλ=A+λBM_\lambda = A + \lambda B est une matrice nilpotente de taille nn. On sait que l'indice de nilpotence d'une matrice de taille nn est inférieur ou égal à nn. D'où :
      ∀λ∈Λ,(A+λB)n=0\boxed{\forall \lambda \in \Lambda,   (A + \lambda B)^n = 0}

    2. Considérons la matrice P(x)=(A+xB)nP(x) = (A + x B)^n. Chaque coefficient [P(x)]i,j[P(x)]_{i,j} de cette matrice est un polynôme en la variable xx. Déterminons le degré de ces polynômes. En développant le produit (A+xB)…(A+xB)(A+xB) \dots (A+xB), on voit que chaque coefficient est une combinaison linéaire de termes de la forme xkx^k, où 0≤k≤n0 \le k \le n. Ainsi, pour tout (i,j)∈{1,…,n}2(i,j) \in \{1, \dots, n\}^2, x↦[P(x)]i,jx \mapsto [P(x)]_{i,j} est un polynôme de degré au plus nn. Par hypothèse, ces polynômes s'annulent pour chaque λ∈Λ\lambda \in \Lambda. Comme Λ\Lambda contient au moins n+1n+1 éléments distincts, ces polynômes possèdent plus de racines que leur degré. Ils sont donc tous identiquement nuls. On en conclut :
      ∀x∈C,(A+xB)n=0\boxed{\forall x \in \mathbb{C},   (A + x B)^n = 0}
      Ceci prouve que pour tout x∈Cx \in \mathbb{C}, la matrice A+xBA+xB est nilpotente.

    3. En utilisant le résultat précédent : Pour x=0x = 0, on obtient immédiatement An=0A^n = 0, donc AA est nilpotente. Pour BB, on peut examiner le terme de plus haut degré en xx dans le développement de (A+xB)n(A+xB)^n.
      (A+xB)n=xnBn+xn−1(… )+⋯+An(A+xB)^n = x^n B^n + x^{n-1} (\dots) + \dots + A^n
      Puisque ce polynôme matriciel est nul pour tout xx, son coefficient dominant (en tant que polynôme à coefficients matriciels) est nul. Ainsi, Bn=0B^n = 0, donc BB est nilpotente.

  3. Application L'ensemble Λ={20,21,…,2n}={1,2,4,…,2n}\Lambda = \{2^0, 2^1, \dots, 2^n\} = \{1, 2, 4, \dots, 2^n\} contient exactement n+1n+1 valeurs distinctes. L'hypothèse nous dit que A+λBA + \lambda B est nilpotente pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. D'après la question 2, cela suffit pour affirmer que AA et BB sont nilpotentes.

Une erreur classique consiste à croire que la somme de deux matrices nilpotentes est nilpotente. C'est faux en général (ex: les matrices de base E1,2E_{1,2} et E2,1E_{2,1}). Ici, la conclusion provient du fait que la structure de nilpotence est préservée sur tout un "faisceau" de droites.