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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et λ\lambda un nombre complexe qui n'est pas une racine de l'unité (c'est-à-dire que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, λk≠1\lambda^k \neq 1).

On s'intéresse aux matrices M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telles que MM et λM\lambda M sont semblables.

Montrer que cette propriété est vérifiée si, et seulement si, la matrice MM est nilpotente.

1.

Pour le sens direct, étudier l'action de la multiplication par λ\lambda sur le spectre de MM.

2.

Utiliser la finitude du spectre pour en déduire que la seule valeur propre possible est 0.

3.

Pour la réciproque, on pourra utiliser le fait que toute matrice nilpotente est semblable à une matrice triangulaire supérieure stricte avec des coefficients spécifiques, ou raisonner sur la structure des endomorphismes nilpotents.

Idées clés

•

Invariance du spectre par similitude.

•

Étude d'une orbite multiplicative dans un ensemble fini (le spectre).

•

Caractérisation des matrices nilpotentes sur C\mathbb{C} par leur spectre.

1. Sens direct : Nécessité de la nilpotence.

Soit M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que MM soit semblable à λM\lambda M.

Deux matrices semblables ayant le même spectre, on en déduit que :

Sp(M)=Sp(λM)\mathrm{Sp}(M) = \mathrm{Sp}(\lambda M)

Or, par linéarité du déterminant, il est immédiat que Sp(λM)={λμ∣μ∈Sp(M)}\mathrm{Sp}(\lambda M) = \{ \lambda \mu \mid \mu \in \mathrm{Sp}(M) \}. On a donc l'égalité d'ensembles :

Sp(M)=λSp(M)\boxed{\mathrm{Sp}(M) = \lambda \mathrm{Sp}(M)}

Soit μ∈Sp(M)\mu \in \mathrm{Sp}(M). Par une récurrence immédiate, l'égalité précédente implique que :

∀k∈N,λkμ∈Sp(M)\forall k \in \mathbb{N},   \lambda^k \mu \in \mathrm{Sp}(M)

L'ensemble des valeurs propres Sp(M)\mathrm{Sp}(M) est un ensemble fini (il contient au plus nn éléments). Par conséquent, l'ensemble {λkμ∣k∈N}\{ \lambda^k \mu \mid k \in \mathbb{N} \} doit être fini.

Si μ≠0\mu \neq 0, alors il existe deux entiers distincts pp et qq (supposons p>qp > q) tels que :

λpμ=λqμ\lambda^p \mu = \lambda^q \mu

En simplifiant par μ≠0\mu \neq 0 et λq\lambda^q (car λk=1  ⟹  λ≠0\lambda^k = 1 \implies \lambda \neq 0), on obtient :

λp−q=1\lambda^{p-q} = 1

Ceci contredit l'hypothèse selon laquelle λ\lambda n'est pas une racine de l'unité. Ainsi, la seule valeur propre possible pour MM est 0 :

Sp(M)={0}\boxed{\mathrm{Sp}(M) = \{0\}}

Sur C\mathbb{C}, le polynôme caractéristique de MM est scindé. Puisque 0 est l'unique valeur propre, on a χM(X)=Xn\chi_M(X) = X^n. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, Mn=0M^n = 0, donc MM est nilpotente.

2. Sens réciproque : Suffisance de la nilpotence.

Supposons MM nilpotente. Montrons que MM est semblable à λM\lambda M pour tout λ∈C∗\lambda \in \mathbb{C}^*.

Il est connu que toute matrice nilpotente MM est semblable à une matrice diagonale par blocs N=diag(Jn1,…,Jnk)N = \mathrm{diag}(J_{n_1}, \dots, J_{n_k}) où chaque bloc JrJ_r est une matrice de la forme :

Jr=(010…0⋮⋱1⋱⋮⋮⋱⋱0⋮⋱10………0)∈Mr(C)J_r = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 & \dots & 0
\vdots & \ddots & 1 & \ddots & \vdots
\vdots & & \ddots & \ddots & 0
\vdots & & & \ddots & 1
0 & \dots & \dots & \dots & 0 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_r(\mathbb{C})

Il suffit donc de montrer que JrJ_r est semblable à λJr\lambda J_r. Considérons la matrice de passage diagonale P=diag(1,λ,λ2,…,λr−1)P = \mathrm{diag}(1, \lambda, \lambda^2, \dots, \lambda^{r-1}). La matrice PP est inversible car λ≠0\lambda \neq 0.

Calculons les coefficients de M′=PJrP−1M' = P J_r P^{-1}. Par les règles de multiplication des matrices diagonales :

(M′)i,j=Pi,i(Jr)i,j(P−1)j,j=λi−1(Jr)i,jλ−(j−1)=λi−j(Jr)i,j(M')_{i,j} = P_{i,i} (J_r)_{i,j} (P^{-1})_{j,j} = \lambda^{i-1} (J_r)_{i,j} \lambda^{-(j-1)} = \lambda^{i-j} (J_r)_{i,j}

Le coefficient (Jr)i,j(J_r)_{i,j} est non nul (égal à 1) si et seulement si j=i+1j = i+1. Dans ce cas, λi−j=λ−1\lambda^{i-j} = \lambda^{-1}. On obtient donc :

PJrP−1=λ−1JrP J_r P^{-1} = \lambda^{-1} J_r

Ceci prouve que JrJ_r est semblable à λ−1Jr\lambda^{-1} J_r pour tout λ≠0\lambda \neq 0. En changeant λ\lambda en λ−1\lambda^{-1}, on a bien JrJ_r semblable à λJr\lambda J_r.

Par concaténation des blocs, MM est semblable à λM\lambda M.

L'argument sur le spectre ne suffit pas à prouver la similitude dans le sens réciproque ! Deux matrices peuvent avoir le même spectre (par exemple {0}\{0\}) sans être semblables (par exemple la matrice nulle et un bloc de Jordan). Il faut donc utiliser une forme réduite ou un argument sur les rangs des puissances.