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Soit nNn \in \mathbb{N}^* et AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On s'intéresse à la relation de similitude entre AA et ses multiples scalaires.

  1. On suppose dans cette question que les matrices AA et 2A2A sont semblables.
    1. Montrer que le spectre de AA est réduit à {0}\{0\}.
    2. En déduire que la matrice AA est nilpotente.

  2. Soit AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice qui n'est pas nilpotente. On considère l'ensemble K={λCA et λA sont semblables}K = \{ \lambda \in \mathbb{C} \mid A \text{ et } \lambda A \text{ sont semblables} \}. Montrer que KK est un ensemble fini.

  3. Réciproquement, on suppose que AA est une matrice nilpotente. Montrer que pour tout μC\mu \in \mathbb{C}^*, les matrices AA et μA\mu A sont semblables.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que si deux matrices sont semblables, elles ont le même spectre. Raisonner par l'absurde sur l'existence d'une valeur propre non nulle.

2.

Pour la question 2, si AA n'est pas nilpotente, elle possède au moins une valeur propre α0\alpha \neq 0. Étudier l'image de cette valeur propre par l'opération de multiplication par λK\lambda \in K.

3.

Pour la question 3, on pourra procéder par récurrence sur la dimension nn ou utiliser la décomposition de l'espace en sous-espaces cycliques (structure des endomorphismes nilpotents).

Idées clés

Invariance du spectre par similitude : Sp(A)=Sp(P1AP)\text{Sp}(A) = \text{Sp}(P^{-1}AP).

Lien entre spectre et nilpotence (sur C\mathbb{C}).

Propriétés des puissances des matrices semblables : rk(Ak)=rk((λA)k)\text{rk}(A^k) = \text{rk}((\lambda A)^k) pour λ0\lambda \neq 0.

Résolution.

  1. Cas où A2AA \sim 2A.

    1. Supposons que AA et 2A2A sont semblables. Leurs spectres sont donc identiques. Or, on sait que pour tout λC\lambda \in \mathbb{C}, Sp(2A)={2μμSp(A)}\text{Sp}(2A) = \{ 2\mu \mid \mu \in \text{Sp}(A) \}. On a donc l'égalité d'ensembles :
      Sp(A)=2Sp(A)\boxed{\text{Sp}(A) = 2\text{Sp}(A)}

      Supposons qu'il existe λSp(A)\lambda \in \text{Sp}(A) tel que λ0\lambda \neq 0. Par une récurrence immédiate, on aurait :

      kN,2kλSp(A)\forall k \in \mathbb{N},   2^k \lambda \in \text{Sp}(A)

      Comme λ0\lambda \neq 0, les éléments de la suite (2kλ)kN(2^k \lambda)_{k \in \mathbb{N}} sont tous distincts deux à deux. Cela impliquerait que le spectre de AA est infini, ce qui est impossible puisque AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) possède au plus nn valeurs propres distinctes. On en conclut que la seule valeur propre possible est 00.

      Sp(A)={0}\boxed{\text{Sp}(A) = \{0\}}

    2. Puisque le spectre de AA est réduit à {0}\{0\}, son polynôme caractéristique est χA(X)=Xn\chi_A(X) = X^n. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, on a χA(A)=0\chi_A(A) = 0, donc :
      An=0\boxed{A^n = 0}
      La matrice AA est donc nilpotente.

  2. Étude de l'ensemble KK pour une matrice non nilpotente.

    Soit AA non nilpotente. Son spectre contient au moins une valeur propre non nulle αC\alpha \in \mathbb{C}^*. Si λK\lambda \in K, alors AA et λA\lambda A sont semblables, donc :

    Sp(A)=Sp(λA)={λμμSp(A)}\text{Sp}(A) = \text{Sp}(\lambda A) = \{ \lambda \mu \mid \mu \in \text{Sp}(A) \}

    En particulier, puisque αSp(A)\alpha \in \text{Sp}(A), on doit avoir λαSp(A)\lambda \alpha \in \text{Sp}(A). Considérons l'application :

    ϕ:KSp(A),λλα\phi : K \longrightarrow \text{Sp}(A),   \lambda \longmapsto \lambda \alpha

    Puisque α0\alpha \neq 0, cette application est injective : λα=λα    λ=λ\lambda \alpha = \lambda' \alpha \implies \lambda = \lambda'. L'ensemble KK est donc en bijection avec un sous-ensemble de Sp(A)\text{Sp}(A). Comme Sp(A)\text{Sp}(A) est un ensemble fini (de cardinal au plus nn), on en déduit que :

    card(K)n\boxed{\text{card}(K) \le n}
    L'ensemble KK est bien fini.

  3. Réciproque : Cas où AA est nilpotente.

    Soit AA une matrice nilpotente et μC\mu \in \mathbb{C}^*. Nous voulons montrer que AA et μA\mu A sont semblables. Une méthode consiste à utiliser le résultat suivant : deux matrices nilpotentes sont semblables si et seulement si elles ont les mêmes rangs pour toutes leurs puissances. Soit k{1,,n}k \in \{1, \dots, n\}. On a :

    (μA)k=μkAk(\mu A)^k = \mu^k A^k

    Comme μ0\mu \neq 0, on a aussi μk0\mu^k \neq 0. La multiplication par un scalaire non nul ne modifie pas le rang d'une matrice. Ainsi :

    kN,rg((μA)k)=rg(Ak)\forall k \in \mathbb{N},   \boxed{\text{rg}((\mu A)^k) = \text{rg}(A^k)}

    D'après le théorème de classification des endomorphismes nilpotents (souvent abordé via la réduction de Jordan ou l'étude des noyaux itérés), cette égalité des rangs des puissances successives suffit à garantir que AA et μA\mu A sont semblables.

    Alternative (construction directe) : On peut décomposer l'espace en somme directe de sous-espaces cycliques ViV_i de dimensions did_i. Sur chaque ViV_i, il existe une base (e1,,edi)(e_1, \dots, e_{d_i}) telle que u(e1)=0u(e_1)=0 et u(ej)=ej1u(e_j)=e_{j-1} pour j>1j > 1. En définissant vv par v(ej)=μj1ejv(e_j) = \mu^{j-1} e_j, on vérifie que uv=μ(vu)u \circ v = \mu (v \circ u).

Attention à la question 1(b). Le fait que le spectre soit {0}\{0\} n'implique la nilpotence que si le polynôme caractéristique est scindé. Sur C\mathbb{C}, c'est toujours vrai, mais sur un corps quelconque, il faut être vigilant.