WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). Montrer que les trois propriétés suivantes sont équivalentes :

  1. MM est une matrice nilpotente.
  2. Pour tout entier j∈N∗j \in \mathbb{N}^{*}, Tr⁡(Mj)=0\operatorname{Tr}\left(M^{j}\right)=0.
  3. Pour tout entier j∈{1,…,n}j \in\{1, \ldots, n\}, Tr⁡(Mj)=0\operatorname{Tr}\left(M^{j}\right)=0.

1.

Pour (1)  ⟹  (2)(1) \implies (2), utiliser le fait que toute matrice complexe est trigonalisable et examiner ses valeurs propres.

2.

Pour (3)  ⟹  (1)(3) \implies (1), introduire les valeurs propres distinctes non nulles de MM et aboutir à une contradiction en utilisant un système de Vandermonde ou les relations de Newton.

Idées clés

•

Lien entre la trace et les valeurs propres (somme des valeurs propres avec multiplicité).

•

Trigonalisation des matrices sur C\mathbb{C}.

•

Utilisation du système de Vandermonde pour l'étude des sommes de puissances.

Démonstration de (1)   ⟹  \implies (2).

Soit MM une matrice nilpotente. Il existe un entier pp tel que Mp=0M^p = 0.

Le polynôme XpX^p est donc un polynôme annulateur de MM. Par conséquent, l'unique valeur propre de MM dans C\mathbb{C} est 00.

Comme le polynôme caractéristique de MM est scindé sur C\mathbb{C}, la matrice MM est trigonalisable. Il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et une matrice triangulaire supérieure TT telles que :

M=PTP−1M = P T P^{-1}

Les éléments diagonaux de TT sont les valeurs propres de MM, donc ils sont tous nuls. La matrice TjT^j est également triangulaire supérieure avec des zéros sur la diagonale pour tout j∈N∗j \in \mathbb{N}^*.

Par propriété de la trace (invariance par similitude) :

Tr⁡(Mj)=Tr⁡(Tj)\operatorname{Tr}(M^j) = \operatorname{Tr}(T^j)

D'où le résultat :

∀j∈N∗,Tr⁡(Mj)=0\boxed{\forall j \in \mathbb{N}^*,   \operatorname{Tr}(M^j) = 0}

Démonstration de (2)   ⟹  \implies (3).

Cette implication est immédiate car l'ensemble {1,…,n}\{1, \dots, n\} est inclus dans N∗\mathbb{N}^*.

Démonstration de (3)   ⟹  \implies (1).

Soient λ1,λ2,…,λn\lambda_1, \lambda_2, \dots, \lambda_n les valeurs propres de MM comptées avec multiplicité. On sait que pour tout entier jj, Tr⁡(Mj)=∑k=1nλkj\operatorname{Tr}(M^j) = \sum_{k=1}^n \lambda_k^j.

Supposons que MM ne soit pas nilpotente. Alors MM possède au moins une valeur propre non nulle.

Soient μ1,μ2,…,μp\mu_1, \mu_2, \dots, \mu_p les valeurs propres **distinctes et non nulles** de MM, avec 1≤p≤n1 \le p \le n. Notons m1,m2,…,mpm_1, m_2, \dots, m_p leurs multiplicités respectives (mi≥1m_i \ge 1).

L'hypothèse (3) se traduit par le système suivant pour j∈{1,…,p}j \in \{1, \dots, p\} :

∑i=1pmiμij=0\sum_{i=1}^p m_i \mu_i^j = 0

On peut écrire ce système sous forme matricielle :

(μ1μ2…μpμ12μ22…μp2⋮⋮⋮μ1pμ2p…μpp)(m1m2⋮mp)=(00⋮0)\begin{pmatrix} \mu_1 & \mu_2 & \dots & \mu_p
\mu_1^2 & \mu_2^2 & \dots & \mu_p^2
\vdots & \vdots & & \vdots
\mu_1^p & \mu_2^p & \dots & \mu_p^p \end{pmatrix} \begin{pmatrix} m_1
m_2
\vdots
m_p \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0
0
\vdots
0 \end{pmatrix}

En factorisant chaque colonne par μi\mu_i (qui est non nul), on obtient :

(11…1μ1μ2…μp⋮⋮⋮μ1p−1μ2p−1…μpp−1)(m1μ1m2μ2⋮mpμp)=(00⋮0)\begin{pmatrix} 1 & 1 & \dots & 1
\mu_1 & \mu_2 & \dots & \mu_p
\vdots & \vdots & & \vdots
\mu_1^{p-1} & \mu_2^{p-1} & \dots & \mu_p^{p-1} \end{pmatrix} \begin{pmatrix} m_1 \mu_1
m_2 \mu_2
\vdots
m_p \mu_p \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0
0
\vdots
0 \end{pmatrix}

La matrice de ce système est une matrice de Vandermonde associée aux complexes distincts μ1,…,μp\mu_1, \dots, \mu_p. Elle est donc inversible.

Ceci implique que pour tout i∈{1,…,p}i \in \{1, \dots, p\} :

miμi=0m_i \mu_i = 0

Comme mi≥1m_i \ge 1, on en déduit que μi=0\mu_i = 0 pour tout ii, ce qui contredit l'hypothèse que les μi\mu_i sont non nuls.

Ainsi, toutes les valeurs propres de MM sont nulles. Le polynôme caractéristique de MM est donc χM(X)=Xn\chi_M(X) = X^n.

D'après le théorème de Cayley-Hamilton :

Mn=0\boxed{M^n = 0}

La matrice MM est donc bien nilpotente.

Attention à ne pas oublier que la condition Tr⁡(M)=0\operatorname{Tr}(M)=0 seule ne suffit pas à garantir la nilpotence. Par exemple, pour M=(100−1)M = \begin{pmatrix} 1 & 0
0 & -1 \end{pmatrix}
, on a Tr⁡(M)=0\operatorname{Tr}(M)=0 mais M2=IM^2 = I. Il faut impérativement tester les nn premières puissances.