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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et p∈N∗p \in \mathbb{N}^*. On considère une matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

On suppose que les traces des puissances de MM suivantes sont nulles :

∀j∈{1,…,n},Tr⁡(Mpj)=0\forall j \in \{1, \dots, n\},   \operatorname{Tr}\left(M^{p j}\right)=0

Démontrer que la matrice MM est nilpotente.

1.

Traiter d'abord le cas p=1p=1 en utilisant le lien entre les sommes de Newton et les polynômes symétriques élémentaires.

2.

Relier les valeurs propres de MM à celles de MpjM^{pj}.

3.

Utiliser le fait qu'une matrice complexe est nilpotente si et seulement si toutes ses valeurs propres sont nulles.

Idées clés

•

Lien entre trace et valeurs propres : Tr⁡(Ak)=∑λik\operatorname{Tr}(A^k) = \sum \lambda_i^k.

•

Identités de Newton reliant les sommes de puissance SkS_k aux fonctions symétriques élémentaires eke_k.

•

Caractérisation spectrale de la nilpotence sur C\mathbb{C}.

Étape 1 : Analyse spectrale.

Soient λ1,λ2,…,λn\lambda_1, \lambda_2, \dots, \lambda_n les valeurs propres de MM comptées avec multiplicité dans C\mathbb{C}.

On sait que pour tout entier k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, les valeurs propres de la matrice MkM^k sont exactement les λik\lambda_i^k pour i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}.

La trace d'une matrice étant égale à la somme de ses valeurs propres, l'hypothèse de l'énoncé se traduit par :

∀j∈{1,…,n},∑i=1n(λip)j=0\forall j \in \{1, \dots, n\},   \sum_{i=1}^n (\lambda_i^p)^j = 0

Étape 2 : Utilisation des sommes de Newton.

Posons, pour chaque i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, xi=λipx_i = \lambda_i^p.

L'hypothèse devient alors :

∀j∈{1,…,n},Sj=∑i=1nxij=0\forall j \in \{1, \dots, n\},   S_j = \sum_{i=1}^n x_i^j = 0

Considérons le polynôme P(X)=∏i=1n(X−xi)P(X) = \prod_{i=1}^n (X - x_i). Ce polynôme se développe sous la forme :

P(X)=Xn−e1Xn−1+e2Xn−2+⋯+(−1)nenP(X) = X^n - e_1 X^{n-1} + e_2 X^{n-2} + \dots + (-1)^n e_n

où les eke_k sont les polynômes symétriques élémentaires en x1,…,xnx_1, \dots, x_n.

D'après les relations de Newton, pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, on a :

Sk−e1Sk−1+e2Sk−2+⋯+(−1)k−1ek−1S1+(−1)kkek=0S_k - e_1 S_{k-1} + e_2 S_{k-2} + \dots + (-1)^{k-1} e_{k-1} S_1 + (-1)^k k e_k = 0

Comme S1=S2=⋯=Sn=0S_1 = S_2 = \dots = S_n = 0, une récurrence immédiate montre que :

∀k∈{1,…,n},ek=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   e_k = 0

Étape 3 : Conclusion sur la nilpotence.

Le polynôme PP est donc réduit à :

P(X)=Xn\boxed{ P(X) = X^n }

Ses racines étant les xix_i, on en déduit que pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, xi=0x_i = 0.

Or, xi=λipx_i = \lambda_i^p, donc :

∀i∈{1,…,n},λi=0\forall i \in \{1, \dots, n\},   \lambda_i = 0

Toutes les valeurs propres de MM sont nulles.

Puisque M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), son polynôme caractéristique χM\chi_M est scindé et vaut :

χM(X)=Xn\boxed{ \chi_M(X) = X^n }

D'après le théorème de Cayley-Hamilton, on a χM(M)=0\chi_M(M) = 0, ce qui signifie :

Mn=0\boxed{ M^n = 0 }

La matrice MM est donc nilpotente.

L'hypothèse sur les traces doit porter sur les nn premières puissances (ici multiples de pp). Si on n'avait l'information que pour un nombre de puissances inférieur à nn, on ne pourrait pas conclure.