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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) une matrice carrée.

  1. Dans cette question, on suppose que K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}. Montrer que AA est nilpotente si et seulement si :
    ∀k∈{1,…,n},Tr⁡(Ak)=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   \operatorname{Tr}(A^k) = 0
  2. Le résultat précédent reste-t-il vrai si l'on suppose seulement que K\mathbb{K} est un sous-corps de C\mathbb{C} (par exemple R\mathbb{R} ou Q\mathbb{Q}) ?
  3. On suppose ici que K\mathbb{K} est un corps de caractéristique nulle. Montrer que la propriété de la question 1 demeure valide.
  4. Contre-exemple en caractéristique finie. On considère le corps K=Z/pZ\mathbb{K} = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z} avec pp un nombre premier. Montrer que le résultat est mis en défaut en exhibant une matrice de Mp(K)\mathcal{M}_p(\mathbb{K}) non nilpotente dont les traces des premières puissances sont nulles.

1.

Pour le sens direct, utiliser le fait que toute matrice complexe est trigonalisable.

2.

Pour le sens réciproque, exprimer la trace en fonction des valeurs propres λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n. Si certaines valeurs propres sont non nulles, utiliser un système de Vandermonde ou des polynômes d'interpolation de Lagrange pour aboutir à une contradiction.

3.

Pour le cas d'un sous-corps, remarquer que la nilpotence et la trace ne dépendent pas du corps d'extension.

4.

En caractéristique pp, considérer la matrice identité IpI_p et calculer sa trace.

Idées clés

•

Lien entre trace et valeurs propres (somme des λik\lambda_i^k).

•

Trigonalisation sur C\mathbb{C}.

•

Utilisation de l'inversibilité de la matrice de Vandermonde.

•

Distinction entre caractéristique nulle et caractéristique pp.

1. Cas du corps des complexes.

(  ⟹  )(\implies) Supposons AA nilpotente. Le corps C\mathbb{C} étant algébriquement clos, AA est trigonalisable. Comme AA est nilpotente, sa seule valeur propre est 0.

Ainsi, AA est semblable à une matrice triangulaire supérieure TT dont la diagonale est constituée uniquement de zéros. Pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, TkT^k est encore une matrice triangulaire à diagonale nulle.

Par conséquent :

∀k∈{1,…,n},Tr⁡(Ak)=Tr⁡(Tk)=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   \operatorname{Tr}(A^k) = \operatorname{Tr}(T^k) = 0

(  ⟸  )(\impliedby) Supposons que ∀k∈{1,…,n},Tr⁡(Ak)=0\forall k \in \{1, \dots, n\}, \operatorname{Tr}(A^k) = 0. Soient λ1,…,λp\lambda_1, \dots, \lambda_p les valeurs propres distinctes et non nulles de AA, et m1,…,mpm_1, \dots, m_p leurs multiplicités respectives. Si AA n'est pas nilpotente, il existe au moins une valeur propre non nulle, donc p≥1p \geq 1.

La trace de AkA^k s'exprime par :

Tr⁡(Ak)=∑j=1pmjλjk=0\operatorname{Tr}(A^k) = \sum_{j=1}^p m_j \lambda_j^k = 0

En écrivant ces relations pour kk allant de 1 à pp, on obtient le système linéaire suivant :

(λ1λ2…λpλ12λ22…λp2⋮⋮⋮λ1pλ2p…λpp)(m1m2⋮mp)=(00⋮0)\begin{pmatrix} \lambda_1 & \lambda_2 & \dots & \lambda_p
\lambda_1^2 & \lambda_2^2 & \dots & \lambda_p^2
\vdots & \vdots & & \vdots
\lambda_1^p & \lambda_2^p & \dots & \lambda_p^p \end{pmatrix} \begin{pmatrix} m_1
m_2
\vdots
m_p \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0
0
\vdots
0 \end{pmatrix}

On peut factoriser chaque colonne par λj≠0\lambda_j \neq 0 pour faire apparaître une matrice de Vandermonde VV :

(11…1λ1λ2…λp⋮⋮⋮λ1p−1λ2p−1…λpp−1)⏟V(m1λ1m2λ2⋮mpλp)=(00⋮0)\underbrace{\begin{pmatrix} 1 & 1 & \dots & 1
\lambda_1 & \lambda_2 & \dots & \lambda_p
\vdots & \vdots & & \vdots
\lambda_1^{p-1} & \lambda_2^{p-1} & \dots & \lambda_p^{p-1} \end{pmatrix}}_{V} \begin{pmatrix} m_1 \lambda_1
m_2 \lambda_2
\vdots
m_p \lambda_p \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0
0
\vdots
0 \end{pmatrix}

Comme les λj\lambda_j sont distincts, la matrice de Vandermonde VV est inversible. On en déduit que pour tout j∈{1,…,p}j \in \{1, \dots, p\}, mjλj=0m_j \lambda_j = 0.

Or mj∈N∗m_j \in \mathbb{N}^* et λj≠0\lambda_j \neq 0, ce qui est absurde. Il n'existe donc aucune valeur propre non nulle. Le spectre de AA est réduit à {0}\{0\}, et AA étant dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), elle est nilpotente.

A∈Mn(C) est nilpotente  ⟺  ∀k∈{1,…,n},Tr⁡(Ak)=0\boxed{A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \text{ est nilpotente} \iff \forall k \in \{1, \dots, n\}, \operatorname{Tr}(A^k) = 0}

2. Cas d'un sous-corps de C\mathbb{C.}

Soit KK un sous-corps de C\mathbb{C} (par exemple R\mathbb{R}). Si A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(K), on peut la considérer comme une matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

La condition Tr⁡(Ak)=0\operatorname{Tr}(A^k) = 0 ne dépend pas du corps de base. D'après la question précédente, AA est nilpotente dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

Cela signifie qu'il existe m∈Nm \in \mathbb{N} tel que Am=0A^m = 0. Cette égalité est vraie que l'on considère AA sur KK ou sur C\mathbb{C}. Donc AA est nilpotente dans Mn(K)\mathcal{M}_n(K).

3. Cas d'un corps de caractéristique nulle.

Soit K\mathbb{K} de caractéristique nulle. Le raisonnement par les valeurs propres peut s'adapter en se plaçant dans un corps de décomposition du polynôme caractéristique (ou en utilisant les sommes de Newton).

Une autre méthode consiste à utiliser les relations de Newton entre les traces sk=Tr⁡(Ak)s_k = \operatorname{Tr}(A^k) et les coefficients eke_k du polynôme caractéristique χA(X)=Xn+∑k=1n(−1)kekXn−k\chi_A(X) = X^n + \sum_{k=1}^n (-1)^k e_k X^{n-k}. Les relations de Newton s'écrivent :

∀k∈{1,…,n},kek=∑j=1k(−1)j−1ek−jsj\forall k \in \{1, \dots, n\},   k e_k = \sum_{j=1}^k (-1)^{j-1} e_{k-j} s_j

Si sj=0s_j = 0 pour tout j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\}, alors par récurrence immédiate :

∀k∈{1,…,n},kek=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   k e_k = 0

Comme K\mathbb{K} est de caractéristique nulle, l'entier kk est inversible dans K\mathbb{K}, donc ek=0e_k = 0. Le polynôme caractéristique de AA est alors χA(X)=Xn\chi_A(X) = X^n.

D'après le théorème de Cayley-Hamilton, An=0A^n = 0, donc AA est nilpotente.

car⁡(K)=0  ⟹  (A nilpotente  ⟺  ∀k∈{1,…,n},Tr⁡(Ak)=0)\boxed{\operatorname{car}(\mathbb{K}) = 0 \implies (A \text{ nilpotente} \iff \forall k \in \{1, \dots, n\}, \operatorname{Tr}(A^k) = 0)}

4. Contre-exemple en caractéristique pp.

Soit K=Z/pZ\mathbb{K} = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z} et A=Ip∈Mp(K)A = I_p \in \mathcal{M}_p(\mathbb{K}). La matrice IpI_p n'est pas nilpotente car Ipk=Ip≠0I_p^k = I_p \neq 0 pour tout k≥1k \geq 1.

Cependant, calculons ses traces :

Tr⁡(Ipk)=Tr⁡(Ip)=∑i=1p1=p⋅1\operatorname{Tr}(I_p^k) = \operatorname{Tr}(I_p) = \sum_{i=1}^p 1 = p \cdot 1

Dans Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}, on a p⋅1=0p \cdot 1 = 0. Ainsi :

∀k∈N∗,Tr⁡(Ipk)=0\forall k \in \mathbb{N}^*,   \operatorname{Tr}(I_p^k) = 0

L'erreur classique est d'oublier que l'implication mjλj=0  ⟹  λj=0m_j \lambda_j = 0 \implies \lambda_j = 0 n'est vraie que si mjm_j est inversible dans le corps. En caractéristique pp, si mjm_j est un multiple de pp, cette conclusion tombe.