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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On note Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) l'algèbre des matrices carrées complexes et GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) le groupe des matrices inversibles.

  1. Soit N∈Mn(C)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice nilpotente. Pour tout t∈Rt \in \mathbb{R}, on définit la matrice :
    D(t)=∑k=1n−1(−1)k−1ktkNkD(t) = \sum_{k=1}^{n-1} \frac{(-1)^{k-1}}{k} t^k N^k
    Montrer que pour tout t∈Rt \in \mathbb{R}, on a exp⁡(D(t))=In+tN\exp(D(t)) = I_n + tN.
  2. Soit M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice dont la seule valeur propre est 11. Montrer qu'il existe une matrice nilpotente AA telle que M=exp⁡(A)M = \exp(A).
  3. En déduire que l'image de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) par l'application exponentielle est exactement GLn(C)GL_n(\mathbb{C}).

1.

Pour la question 1, on pourra poser S(t)=exp⁡(D(t))S(t) = \exp(D(t)) et étudier ses dérivées successives en remarquant que (In+tN)D′(t)=N(I_n + tN)D'(t) = N.

2.

Pour la question 2, remarquer que M−InM - I_n est nilpotente et utiliser le résultat précédent.

3.

Pour la question 3, utiliser la décomposition en blocs via le lemme des noyaux appliqué au polynôme caractéristique (ou la décomposition de Dunford) pour se ramener à l'étude de blocs de la forme λI+N\lambda I + N.

Idées clés

•

Lien entre logarithme formel et exponentielle pour les matrices nilpotentes.

•

Utilisation du calcul différentiel matriciel (matrices commutant avec leur dérivée).

•

Réduction par blocs (lemme des noyaux) pour généraliser le résultat local à GLn(C)GL_n(\mathbb{C}).

Résolution.

  1. Soit NN nilpotente. Notons que Nn=0N^n = 0, donc la somme définissant D(t)D(t) est finie. On pose S(t)=exp⁡(D(t))S(t) = \exp(D(t)). Puisque D(t)D(t) est un polynôme en NN, toutes les matrices D(t)D(t), D′(t)D'(t) et S(t)S(t) commutent entre elles. Calculons la dérivée de D(t)D(t) :
    D′(t)=∑k=1n−1(−1)k−1tk−1Nk=N∑k=0n−2(−tN)kD'(t) = \sum_{k=1}^{n-1} (-1)^{k-1} t^{k-1} N^k = N \sum_{k=0}^{n-2} (-tN)^k
    On reconnaît une somme géométrique. Comme (−tN)n−1⋅N=tn−1Nn=0(-tN)^{n-1} \cdot N = t^{n-1} N^n = 0, on peut écrire :
    (In+tN)D′(t)=N(In+tN)∑k=0n−2(−tN)k=N(In−(−tN)n−1)=N(I_n + tN) D'(t) = N(I_n + tN) \sum_{k=0}^{n-2} (-tN)^k = N(I_n - (-tN)^{n-1}) = N
    On a donc la relation fondamentale :
    (In+tN)D′(t)=N\boxed{(I_n + tN) D'(t) = N}
    Dérivons S(t)S(t). Comme D(t)D(t) et D′(t)D'(t) commutent, on a S′(t)=D′(t)S(t)S'(t) = D'(t) S(t). En multipliant par (In+tN)(I_n + tN) :
    (In+tN)S′(t)=(In+tN)D′(t)S(t)=NS(t)(I_n + tN) S'(t) = (I_n + tN) D'(t) S(t) = N S(t)
    Dérivons à nouveau cette égalité par rapport à tt :
    NS′(t)+(In+tN)S′′(t)=NS′(t)N S'(t) + (I_n + tN) S''(t) = N S'(t)
    D'où (In+tN)S′′(t)=0(I_n + tN) S''(t) = 0. Or, la matrice In+tNI_n + tN est inversible (ses valeurs propres sont toutes égales à 11 car tNtN est nilpotente). Ainsi, S′′(t)=0S''(t) = 0. La fonction SS est donc affine. Il existe A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telles que S(t)=tA+BS(t) = tA + B.
    • S(0)=exp⁡(D(0))=exp⁡(0)=InS(0) = \exp(D(0)) = \exp(0) = I_n, donc B=InB = I_n.
    • S′(0)=D′(0)S(0)=N⋅In=NS'(0) = D'(0) S(0) = N \cdot I_n = N, donc A=NA = N.
    On en conclut :
    ∀t∈R,exp⁡(D(t))=In+tN\boxed{\forall t \in \mathbb{R},   \exp(D(t)) = I_n + tN}

  2. Soit MM telle que Sp(M)={1}Sp(M) = \{1\}. Son polynôme caractéristique est χM=(X−1)n\chi_M = (X-1)^n. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, (M−In)n=0(M-I_n)^n = 0. La matrice N=M−InN = M - I_n est donc nilpotente. En appliquant le résultat de la question 1 avec t=1t=1, on a :
    exp⁡(D(1))=In+N=M\exp(D(1)) = I_n + N = M
    La matrice A=D(1)A = D(1) est nilpotente car c'est un polynôme en NN sans terme constant.
    M=exp⁡(A) avec A=∑k=1n−1(−1)k−1k(M−In)k\boxed{M = \exp(A) \text{ avec } A = \sum_{k=1}^{n-1} \frac{(-1)^{k-1}}{k} (M-I_n)^k}

  3. Soit M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On sait que exp⁡(M)∈GLn(C)\exp(M) \in GL_n(\mathbb{C}) car det⁡(exp⁡(M))=eTr(M)≠0\det(\exp(M)) = e^{Tr(M)} \neq 0. Réciproquement, soit M∈GLn(C)M \in GL_n(\mathbb{C}). Le polynôme caractéristique de MM est scindé sur C\mathbb{C} :
    χM=∏j=1p(X−λj)nj\chi_M = \prod_{j=1}^p (X - \lambda_j)^{n_j}
    Par le lemme des noyaux, Cn=⨁j=1pker⁡(M−λjI)nj\mathbb{C}^n = \bigoplus_{j=1}^p \ker(M - \lambda_j I)^{n_j}. Dans une base adaptée à cette décomposition, MM est semblable à une matrice diagonale par blocs :
    P−1MP=(M10⋱0Mp)P^{-1} M P = \begin{pmatrix} M_1 & & 0
    & \ddots &
    0 & & M_p \end{pmatrix}
    Chaque bloc MjM_j possède une unique valeur propre λj≠0\lambda_j \neq 0 (car MM est inversible). On peut écrire Mj=λj(Inj+Nj)M_j = \lambda_j (I_{n_j} + N_j) avec Nj=1λjMj−InjN_j = \frac{1}{\lambda_j} M_j - I_{n_j} nilpotente. D'après la question 2, il existe AjA_j nilpotente telle que Inj+Nj=exp⁡(Aj)I_{n_j} + N_j = \exp(A_j). Puisque λj∈C∗\lambda_j \in \mathbb{C}^*, il existe αj∈C\alpha_j \in \mathbb{C} tel que λj=eαj\lambda_j = e^{\alpha_j}. Alors :
    Mj=eαjInjexp⁡(Aj)=exp⁡(αjInj)exp⁡(Aj)M_j = e^{\alpha_j} I_{n_j} \exp(A_j) = \exp(\alpha_j I_{n_j}) \exp(A_j)
    Comme αjInj\alpha_j I_{n_j} et AjA_j commutent, Mj=exp⁡(αjInj+Aj)M_j = \exp(\alpha_j I_{n_j} + A_j). En posant B=diag(α1In1+A1,…,αpInp+Ap)B = \text{diag}(\alpha_1 I_{n_1} + A_1, \dots, \alpha_p I_{n_p} + A_p), on a par calcul par blocs :
    P−1MP=exp⁡(B)  ⟹  M=Pexp⁡(B)P−1=exp⁡(PBP−1)P^{-1} M P = \exp(B) \implies M = P \exp(B) P^{-1} = \exp(P B P^{-1})
    L'exponentielle est donc une surjection de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) vers GLn(C)GL_n(\mathbb{C}).
    exp⁡(Mn(C))=GLn(C)\boxed{\exp(\mathcal{M}_n(\mathbb{C})) = GL_n(\mathbb{C})}

Attention, l'égalité exp⁡(A+B)=exp⁡(A)exp⁡(B)\exp(A+B) = \exp(A)\exp(B) n'est vraie que si AA et BB commutent. C'est pour cela qu'il est crucial de noter que αjI\alpha_j I commute avec AjA_j à la question 3.