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Agrégation physique externe 2026, épreuve 3Sujet

Agrégation externe section physique-chimie option physique - Sujet de la troisième épreuve écrite de la session 2026

1,7(3 votes)
  • Thermodynamique de l'atmosphère
  • Séries de Fourier
  • Champ de gravitation et développement multipolaire
  • Mécanique du solide, moment d'inertie
  • Filtrage linéaire et diagramme de Bode

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Présentation du sujet

Marées thermiques atmosphériques et évolution de la rotation de la Terre
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Ce problème de physique étudie si les marées thermiques atmosphériques, causées par le chauffage solaire de l'atmosphère, ont pu ralentir voire inverser le freinage de la rotation terrestre durant le précambrien. Il combine thermodynamique de la troposphère, décomposition en série de Fourier du flux solaire reçu, calcul du couple de marée gravitationnel exercé par le Soleil sur une distribution de masse non isotrope, puis étude en régime forcé de la réponse de l'atmosphère.

  1. 1I. Stratification de la troposphèreÉtablir les conditions de stratification neutre de l'atmosphère et déterminer le gradient de température au sol pour de l'air sec puis pour de l'air saturé en vapeur d'eau.
  2. 2II. Déformation de l'atmosphèreDécomposer en série de Fourier le flux solaire reçu à l'équateur et en déduire la redistribution de masse atmosphérique diurne et semi-diurne.
  3. 3III. Couple de maréeDévelopper l'énergie potentielle gravitationnelle d'interaction Terre-Soleil à l'ordre quadrupolaire et évaluer numériquement le couple de marée thermique actuel.
  4. 4IV. Évolution de l'amplitude du couple de maréeModéliser la réponse de l'atmosphère par une fonction de transfert de type filtre et estimer l'amplification résonante nécessaire à un blocage de la rotation terrestre.

Description

Sujet officiel Agrégation externe en physique, session 2026.

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SESSION 2026

AGREGATION
CONCOURS EXTERNE

Section : PHYSIQUE-CHIMIE
Option : PHYSIQUE

PROBLÈME DE PHYSIQUE

Durée : 6 heures
Calculatrice autorisée selon les modalités de la circulaire du 17 juin 2021 publiée au BOEN du 29 juillet 2021.
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INFORMATION AUX CANDIDATS

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Marée thermique atmosphérique

La rotation de la Terre sur elle-même ne cesse de ralentir. Ce phénomène est principalement dû aux marées océaniques soulevées par la Lune et le Soleil. Récemment, une nouvelle question a émergé parmi les chercheurs étudiant l'évolution de la Terre : les marées thermiques atmosphériques, découvertes par William Thomson en 1882, ont-elles pu stopper, voire inverser, ce ralentissement de la rotation de la Terre durant le précambrien (il y a entre 1 et 2 milliards d'années)? Nous nous proposons ici d'apporter des éléments de réponse à cette interrogation.
Les marées thermiques atmosphériques se manifestent par des oscillations périodiques diurnes (période de 24 h) et semi-diurnes (période de 12 h) de la pression atmosphérique. Ce problème reprend différents aspects de cette marée dans un cadre simplifié où l'on ne tient pas compte de l'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre. Selon cette hypothèse, le soleil se situe à chaque instant dans le plan équatorial de la Terre.
Le problème comporte quatre parties largement indépendantes. La première traite des aspects thermodynamiques de l'atmosphère. La seconde partie est centrée sur la décomposition en série de Fourier de la déformation de l'atmosphère. Le couple de marée induit par cette déformation est calculé dans la troisième partie. La réponse de l'atmosphère modélisée par une fonction de transfert est étudiée dans la quatrième et dernière partie.

Données

quantité symbole valeur unité
Constante gravitationnelle G 6, 674 × 10^(− 11) m^3 ⋅ kg^(− 1) ⋅ s^(− 2)
Unité astronomique 1 au 1, 496 × 10^(11) m
Masse du soleil m_S 1, 988 × 10^(30) kg
Masse de la Terre m_T 5, 972 × 10^(24) kg
Rayon de la Terre R_T 6371 km
Accélération de la pesanteur g 9,81 m ⋅ s^(− 2)
Constante solaire F_S 1361 W ⋅ m^(− 2)
Constante des gaz parfaits R 8,314 J ⋅ K^(− 1) ⋅ mol^(− 1)
Indice adiabatique de l'air γ 1,4
Masse molaire de l'air M_(air) 29 g ⋅ mol^(− 1)
Enthalpie massique de vaporisation de l'eau Δh_v 2265 × 10^3 J ⋅ kg^(− 1)

I Stratification de la troposphère

Dans cette partie, nous ne nous intéresserons qu'à la troposphère, la partie la plus dense et la plus massive de l'atmosphère d'une dizaine de kilomètres d'épaisseur. On note ρ_0(z), P_0(z) et T_0(z), la masse volumique, la pression et la température moyenne de l'atmosphère à une altitude z, respectivement. Le gaz constituant l'atmosphère est assimilé à un gaz parfait de masse molaire M_(air) et d'indice adiabatique γ = c_p/c_v où c_p et c_v sont les capacités thermiques massiques à pression constante et à volume constant, respectivement.
  • 1)Justifier à partir de la composition de l'atmosphère que la masse molaire de l'air vaut M_(air) ≈ 29 g ⋅ mol^(− 1).
  • 2)Exprimer l'équation d'état de l'air en fonction de ρ_0, P_0, T_0. On introduira la constante R_(air) = R/M_(air) qui est le rapport de la constante des gaz parfaits R par la masse molaire M_(air). On précisera la valeur numérique de R_(air).
  • 3)Justifier que l'indice adiabatique de l'air à température ambiante vaut γ = 1, 4. Dans la suite, nous supposerons cette valeur indépendante de la température.
Considérons un volume d'air de taille mésoscopique constituant un système fermé, que l'on appellera parcelle d'air, déplacé de sa position initiale d'une hauteur dz > 0 comme indiqué sur le schéma (figure 1). La force ressentie par cette parcelle d'air permet alors de qualifier l'état de stratification de l'atmosphère.
Atmosphère stablement stratifiée. La parcelle d'air subit une force qui tend spontanément à la ramener vers sa position initiale.
Atmosphère à stratification neutre. La parcelle d'air s'ajuste de sorte que la force qu'elle subit soit nulle.
En particulier, la troposphère est à stratification neutre.
Figure 1 - Déplacement d'une parcelle d'air dans la troposphère.
On note ρ = ρ_0(z), P = P_0(z) et T = T_0(z), les grandeurs thermodynamiques dans la parcelle à l'altitude z et ρ^′ = ρ + dρ, P^′ = P + dP, T^′ = T + dT, les mêmes quantités lorsque la parcelle se situe en z + dz. Pour les quantités extérieures, on pose ρ_0(z + dz) = ρ_0 + dρ_0, P_0(z + dz) = P_0 + dP_0 et T_0(z + dz) = T_0 + dT_0.
  • 4)À quelle condition, exprimée en fonction de dρ et dρ_0, l'atmosphère est-elle stablement stratifiée? Justifier.
On suppose le déplacement suffisamment rapide pour que la transformation du gaz contenu dans la parcelle soit adiabatique, mais aussi suffisamment lente pour que la pression à l'intérieur de la parcelle ait le temps de s'équilibrer avec la pression ambiante. Nous supposerons également la transformation réversible.
  • 5)Dans le cas de cette transformation, exprimer ρ^′ en fonction de ρ, P, P^′ et γ.
  • 6)En déduire, à l'aide d'un développement limité, une expression de dρ en fonction de ρ_0, P_0, dP_0 et γ.
  • 7)À partir de l'équation d'état de l'air, établir la relation suivante
    (dρ_0)/(ρ_0) = (dP_0)/(P_0) − (dT_0)/(T_0).
  • 8)En déduire que la condition obtenue à la question 4 pour une atmosphère stablement stratifiée peut s'écrire
    [(1/γ − 1)(T_0)/(P_0)(dP_0)/(dz) + (dT_0)/(dz)]dz > 0.
  • 9)Sachant que dans la troposphère les gradients de pression et de température sont tous les deux négatifs, justifier que cette couche de l'atmosphère est stablement stratifiée tant que la valeur absolue du gradient de température, |dT_0/dz|, est inférieur à une limite que l'on exprimera en fonction de la valeur absolue du gradient de pression |dP_0/dz| et des autres données du problème.
  • 10)Une atmosphère isotherme est-elle stablement stratifiée? Justifier.

I. 1 Atmosphère à stratification neutre

Dorénavant, nous admettrons que l'atmosphère est à stratification neutre. Dans ce cas, dρ = dρ_0 et l'inégalité de la question 8 devient une égalité.
  • 11)Montrer que le gradient de température est relié au gradient de pression par la relation
    (dT_0)/(T_0) = κ(dP_0)/(P_0).
    Donner l'expression de κ et vérifier numériquement que κ ≈ 0, 29.
  • 12)Exprimer la variation de pression dP_0 en fonction de la variation d'altitude dz. On notera g l'accélération de la pesanteur supposée uniforme sur toute la hauteur de l'atmosphère.
  • 13)Déterminer le gradient de température au sol, que l'on notera μ_(sec) = (dT_0/dz)_(z = 0), en fonction de κ, g et R_(air). Faire l'application numérique.
  • 14)Comparer la valeur obtenue à la pente de la température au niveau de la troposphère telle que prescrite par l'organisation internationale de standardisation dans la figure 2.
Figure 2 - Profil de température de l'atmosphère standard, telle que définie par l'International Organization of Standardization en 1975, tracé jusqu'à une altitude de 30 km.

I. 2 Air humide

Supposons que la parcelle d'air considérée à la figure 1 contienne maintenant une certaine quantité d'eau sous forme liquide et sous forme vapeur. Intéressons-nous ici à l'évolution de cette humidité lorsque la parcelle s'élève.
  • 15)Étant donné le sens de variation de la température lorsque la parcelle s'élève, indiquer le changement d'état de l'eau dans cette parcelle.
  • 16)Cette transformation est-elle endothermique ou exothermique? En déduire l'effet qualitatif de la présence d'humidité dans la parcelle sur le gradient de température au sol.
  • 17)Dans le diagramme de phase de l'eau de la figure 3, identifier les différentes phases de l'eau (ETAT 1, ETAT 2 et ETAT 3) et les deux points remarquables A et B. Rappeler le nom des transformations entre chacune de ces trois phases.
Figure 3 - Diagramme de phase de l'eau.
  • 18)Dans ce même diagramme, indiquer la courbe de pression de vapeur saturante de l'eau. Par lecture graphique, donner sa valeur à la température de 15 °C.
Dans la suite, pour la pression de vapeur saturante P_(sat)(T), on utilisera la formule de Clausius-Clapeyron
P_(sat)(T) = P_(sat)(T_(ref))exp[A(1 − (T_(ref))/T)],
où A ≈ 17 est une constante et T_(ref), une température de référence où la pression de vapeur saturante P_(sat)(T_(ref)) est connue.

I. 3 Gradient adiabatique humide

On considère ici une parcelle d'air de masse m saturée en vapeur d'eau. On définit le rapport de mélange saturant r_(sat) comme le rapport de la masse de vapeur m_(vap) à saturation sur la masse d'air sec m_(sec) de la parcelle que nous assimilerons à la masse totale de la parcelle (m_(sec) ≈ m).
  • 19)Montrer que le rapport de mélange saturant est donné par la formule
    r_(sat) = (M_(H_2 O))/(M_(air))(P_(sat))/P,
    et justifier que le rapport des masses molaires vaut M_(H_2 O)/M_(air) ≈ 0, 62.
  • 20)En déduire la valeur de r_(sat) à la température de surface moyenne de la Terre T_s = 15^∘C. Justifier l'approximation m_(sec) ≈ m.
Nous allons maintenant chercher à déterminer le gradient de température au sol(dT_0/dz)_(z = 0) pour un air saturé en vapeur d'eau. Supposons pour cela qu'une parcelle d'air saturé de masse m se déplace de façon adiabatique réversible d'une altitude z à une altitude z + dz.
  • 21)En exprimant la variation d'enthalpie massique dh de deux façons, montrer que
    c_p dT + Δh_v dr_(sat) + g dz = 0,
    avec c_p, la capacité thermique massique à pression constante. On se placera dans le cas où la température T et la pression P de la parcelle restent en équilibre avec la température T_0 et la pression P_0 de l'atmosphère lorsqu'elle s'élève de la quantité dz.
  • 22)Montrer que le gradient de température au sol μ_(sat) = (dT_0/dz)_(z = 0) pour un air saturé est donné par l'expression
    μ_(sat) = − g/(c_p)(1 − ρ_0 Δh_v((∂r_(sat))/(∂P))_T)/(1 + (Δh_v)/(c_p)((∂r_(sat))/(∂T))_P).
  • 23)Montrer que μ_(sat) = μ_(sec) lorsque le rapport de mélange saturant r_(sat) est constant. Le justifier physiquement.
  • 24)Exprimer μ_(sat) en fonction de μ_(sec), r_(sat), T_0, T_(ref), A, Δh_v, R_(air) et c_p.
  • 25)La prise en compte de l'humidité telle que décrite par l'équation (7) revient à remplacer la constante κ introduite dans l'équation (3) par une constante effective κ_(sat) = 0, 16. En déduire la valeur numérique de μ_(sat). Entre les modèles d'air sec et d'air saturé, lequel se rapproche le plus du profil de température observé d'après l'Organisation Internationale de Standardisation?

II Déformation de l'atmosphère

Dans cette partie, nous étudions la redistribution de masse au sein de l'atmosphère induite par le chauffage du soleil.

II. 1 Décomposition du flux solaire reçu en chaque point de la Terre

Soit un point M à la surface de la Terre au niveau de l'équateur (pour rappel, on suppose dans ce problème que le soleil se situe également dans le plan équatorial de la Terre). On note O le centre de la Terre, S la position du soleil et α = SOMˆ l'angle orienté entre la direction du soleil et celle du point M vues depuis le centre de la Terre (cf figure 4). L'angle α sera compté positivement dans le sens trigonométrique.
On note F_S la constante solaire, c'est-à-dire le flux énergétique stellaire incident reçu par unité de surface exposée perpendiculairement à la direction du soleil.
Figure 4 - Le flux énergétique provient du soleil S situé à très grande distance dans la direction u_S^(→−). Une surface dS⃗ en un point M de l'équateur reçoit ce flux sous un angle d'incidence α = SOMˆ. Seuls les points de la surface éclairée reçoivent ce flux.
  • 26)Déterminer l'expression du flux solaire reçu F(α) défini comme la puissance lumineuse reçu au point M par unité de surface terrestre. On exprimera le résultat en fonction de la constante solaire F_S et de l'angle α. On distinguera le cas où M se situe sur la face éclairée de la Terre de celui où M est dans l'ombre.
  • 27)Tracer l'allure du flux F(α) en fonction de l'angle α variant de − π à π.
Dans la suite, ce flux F(α) est décomposé en série de Fourier de la forme
F(α) = F^_0 + ∑_(n = 1)^∞F^_n cos(nα)
avec
F^_0 = 1/(2π)∫_(− π)^π F(α)dα et F^_n = 1/π∫_(− π)^π F(α)cos(nα)dα pour tout n ≥ 1.
  • 28)Justifier l'absence de termes en sin(nα) dans le développement en série de Fourier du flux F(α).
  • 29)Montrer que, dans le problème étudié ici, l'amplitude F^_n associée à une harmonique de rang n ≥ 1 peut s'écrire sous la forme d'une intégrale entre 0 et π/2.
  • 30)Calculer F^_1.
  • 31)Donner l'expression de F^_n pour n ≥ 2. En déduire que pour tout p ≥ 1,
    F^_(2p + 1) = 0 et F^_(2p) = ((− 1)^(p + 1))/((4p^2 − 1))2/πF_S.
  • 32)Justifier que les harmoniques de rang n ≥ 3 sont petites devant le terme fondamental n = 1. On pourra les négliger en première approximation.
  • 33)Évaluer numériquement le rapport de l'excitation semi-diurne ( F^_2 ) sur l'excitation diurne ( F^_1 ), c'est-à-dire le rapport F^_2/F^_1.
Ces excitations diurne et semi-diurne du flux solaire engendrent des variations journalières de pression au niveau de l'équateur. La figure 5 représente cette variation de pression, ainsi que les deux premières harmoniques associées, en fonction de l'angle de phase α. Sur cette figure, le temps solaire local associé à l'angle de phase est également indiqué. En particulier, en tout point M de l'équateur, il est midi solaire (12 h) lorsque l'angle de phase est nul.
Figure 5 - Variation journalière de pression en mbar au niveau de l'équateur. Il s'agit d'une donnée moyennée sur une année tracée en fonction de l'angle de phase. La valeur moyenne de la pression a été soustraite afin de ne garder que la partie variable à l'endroit où les mesures ont été prises. Le signal est décomposé en une composante diurne δP_1 = P^_1 cos(α − α_1) et une composante semi-diurne δP_2 = P^_2 cos(2(α − α_2)) (Adaptée de la figure 13 de l'article (Auclair-Desrotour, Laskar et Mathis, 2017, A&A 603, A107)).
  • 34)Sous l'effet du flux solaire, l'atmosphère se comporte comme un oscillateur forcé caractérisé par une fréquence propre. À partir de la figure 5 et du résultat de la question précédente, justifier que la période propre est plus proche de la période semi-diurne (12 h) que de la période diurne (24 h).

II. 2 Redistribution de masse

  • 35)En chaque point du sol, on note Σ(t) la masse d'atmosphère à l'instant t intégrée verticalement dans un cylindre de section unitaire d'une altitude z = 0 à une altitude z → ∞ :
    Σ(t) = ∫_0^∞ρ(z, t)dz,
    où ρ(z, t) est la valeur de la densité de l'atmosphère à l'altitude z à l'instant t. Exprimer Σ(t), en fonction de la pression de surface P_s(t).
  • 36)On pose Σ(α) = Σ^_0 + Σ^_1 cos(α − α_1) + Σ^_2 cos(2(α − α_2)). À l'aide de la figure 5, évaluer numériquement les amplitudes de marée Σ^_1 et Σ^_2 ainsi que les déphasages α_1 et α_2 correspondants.
  • 37)Faire un schéma représentant le soleil, la Terre et la composante semi-diurne de l'excès de masse surfacique Σ^_2 cos(2(α − α_2)) à l'équateur à un instant donné sur le modèle de la figure 6. Étant donné le sens de rotation de la Terre, en déduire si le couple de marée tend à accélérer ou à décélérer la rotation de la Terre.
  • 38)Vérifier que Σ^_2 ≈ 3, 3Σ^_1≪m_T/R_T^2.

III Couple de marée

Nous nous intéressons ici aux effets de la distribution de masse non isotrope de l'atmosphère terrestre. On considère de façon générique une planète de masse m_T possédant une distribution de masse axisymétrique. Nous définissons le repère (G, u⃗_X, u⃗_Y, u⃗_Z), centré sur le barycentre G de la planète et orienté de sorte que l'axe u⃗_X soit l'axe de symétrie de la distribution de masse. Dans notre problème, u⃗_X se situe dans le plan équatorial de la planète et l'axe de rotation est porté par u_Z^(→−).
La planète est en interaction gravitationnelle avec le soleil S de masse m_S considéré ponctuel. On note r⃗_S = GS^(→−) le vecteur position de cette étoile. Pour rappel, dans ce problème nous faisons l'hypothèse simplificatrice que le soleil se situe dans le plan équatorial de la planète (r⃗_S ⊥ u⃗_Z). L'angle de phase du renflement, c'est-à-dire l'angle entre les vecteurs u⃗_X et r⃗_S (voir la figure 6) est noté β.
Figure 6 - Définition du repère ( G, u⃗_X, u⃗_Y, u⃗_Z ). Est également représenté dans la figure un élément de masse dm situé au point M à l'intérieur de la planète.
Les coordonnées d'un point M dans le repère ( G, u⃗_X, u⃗_Y, u⃗_Z ) sont notées GM^(→−) = (X_M, Y_M, Z_M). Celles de l'étoile sont notées r_S^(→−) = (X_S, Y_S, Z_S = 0).

III. 1 Développement multipolaire

  • 39)Donner l'expression de l'énergie potentielle gravitationnelle dU entre un élément de masse dm de la planète située en M de vecteur position r⃗_M et le soleil S situé en r⃗_S. En déduire l'expression de l'énergie potentielle gravitationnelle totale U d'interaction entre la planète et le soleil sous la forme d'une intégrale sur toute la masse de la planète.
  • 40)À partir d'un développement limité à l'ordre 2 en r_M/r_S, montrer que cette énergie potentielle peut s'écrire U ≈ U_0 + U_1 + U_2 avec,
    U_0 = − (Gm_S)/(r_S)∫_(m_T) dm, U_1 = − (Gm_S)/(r_S)∫_(m_T)(r⃗_M ⋅ r⃗_S)/(r_S^2) dm; U_2 = − (Gm_S)/(r_S)∫_(m_T)1/2(3((r⃗_M ⋅ r⃗_S)/(r_S^2))^2 − (r_M^2)/(r_S^2))dm
  • 41)Calculer les termes monopolaire et dipolaire U_0 et U_1. Interpréter les résultats obtenus.
Pour la planète axisymétrique, le terme quadrupolaire U_2 est donné par la formule de MacCullagh
U_2 = (Gm_S(I_(//) − I_⊥))/(2r_S^3)(3cos^2(β) − 1).
Dans cette expression, I_(//)est le moment d'inertie par rapport à l'axe u⃗_X défini par
I_(//) = ∫(Y_M^2 + Z_M^2)dm = 2∫Y_M^2 dm = 2∫Z_M^2 dm,
et I_⊥, le moment d'inertie par rapport à un axe quelconque perpendiculaire à l'axe u⃗_X, défini par
I_⊥ = ∫(X_M^2 + Y_M^2)dm = ∫(X_M^2 + Z_M^2)dm
  • 42)Justifier que pour une distribution sphérique de masse le moment quadrupolaire U_2 est nul.
  • 43)L'étoile exerce un couple de marée Γ_(atm) sur la planète selon le vecteur u_Z^(→−). Calculer le travail infinitésimal fourni par ce couple à la planète lorsque cette dernière pivote autour de l'axe u_Z^(→−) d'un angle dβ.
  1. Relier ce travail à la variation d'énergie potentielle gravitationnelle d U. En déduire l'expression du couple dans le cas où l'énergie potentielle gravitationnelle est réduite à son terme quadrupolaire, c'est-à-dire, dans le cas où U = U_2.
Figure 7 - a) Distribution de masse pour le modèle dipolaire. b) Distribution de masse pour le modèle quadrupolaire. Les excès de masse sont représentés en noir et les défauts de masse en gris.

III. 2 Terme dipolaire

Pour modéliser la redistribution de masse diurne de la section II, on considère une planète P_1 sphérique, de masse m_T, de rayon R_T, de centre géométrique O, et possédant deux anomalies de masse opposées + δm_1 en (R_T, 0, 0) et − δm_1 en (− R_T, 0, 0) comme représenté dans la figure 7a. Cette modélisation est équivalente à une distribution dipolaire continue si l'on pose
δm_1 = (2π)/3Σ^_1 R_T^2,
où Σ^_1 est le coefficient de Fourier de la distribution de masse surfacique tel que défini à la question 36.
45) Calculer la position du barycentre G de cette planète dans le repère ( O, u⃗_X, u⃗_Y, u⃗_Z ).
On rappelle le théorème de Huygens permettant de calculer le moment d'inertie I_(Δ^′) d'un corps de masse m_T par rapport à un axe Δ^′ connaissant son moment d'inertie I_Δ par rapport à un axe Δ parallèle à Δ^′ et passant par le barycentre du corps :
I_(Δ^′) = I_Δ + m_T d^2,
où d est la distance du barycentre G à l'axe Δ^′, comme représenté dans la figure 8.
Figure 8 - Géométrie associée au théorème de Huygens.
  1. On note I_(//)le moment d'inertie de la planète P_1 par rapport à l'axe u⃗_X et I_⊥^′ le moment d'inertie par rapport à un axe orthogonal à u⃗_X passant par O. On posera I_0 le moment d'inertie de la planète P_1 en l'absence d'anomalie de masse ( δm_1 = 0 ).
  • a)Calculer le moment d'inertie I_(//).
  • b)Calculer le moment d'inertie I_⊥^′.
  • c)Calculer le moment d'inertie I_⊥ par rapport à un axe orthogonal à u_X^(→−) mais passant le barycentre G de la planète P_1.

III. 3 Terme quadrupolaire

Pour modéliser la redistribution semi-diurne de la section II, on considère cette fois-ci une planète P_2 sphérique, de masse m_T, de rayon R_T, de centre géométrique O, mais possédant à sa surface trois anomalies de masse : deux anomalies positives + δm_2 en (R_T, 0, 0) et (− R_T, 0, 0) et un anneau homogène de masse négative − 2δm_2 de rayon R_T dans le plan (O, u⃗_Y, u⃗_Z), comme représenté dans la figure 7b. Cette modélisation est équivalente à une distribution quadrupolaire continue si l'on pose
δm_2 = (16π)/(45)Σ^_2 R_T^2,
où Σ^_2 est le coefficient de Fourier de la distribution de masse surfacique tel que défini à la question 36.
47) Calculer la position du barycentre de la planète P_2 dans le repère ( O, u⃗_X, u⃗_Y, u⃗_Z ).
48) On note I_(//)le moment d'inertie de la planète P_2 par rapport à l'axe u⃗_X et I_⊥ le moment d'inertie par rapport à un axe orthogonal à u_X^(→−) passant par G. On posera I_0 le moment d'inertie de la planète P_2 en l'absence d'anomalies de masse ( δm_2 = 0 ).
  • a)Calculer le moment d'inertie I_(//). Commenter le résultat.
  • b)Montrer que le moment d'inertie d'un cercle de masse δm et de rayon R par rapport à un de ses diamètres vaut 1/2δmR^2.
  • c)Calculer le moment d'inertie I_⊥.

III. 4 Amplitude du couple de marée actuel

En raison des marées thermiques atmosphériques, la Terre possède à la fois une densité surfacique de masse dipolaire et quadrupolaire.
  • 49)En vous aidant des questions 38, 46 et 48, justifier que la redistribution de masse dipolaire a un effet négligeable devant la redistribution de masse quadrupolaire sur le potentiel gravitationnel U_2 (équation (12)) de la planète. Dans la suite, on ne considérera que la redistribution de masse quadrupolaire et on prendra β = α_2 où α_2 est défini à la question 36.
  • 50)En déduire le potentiel gravitationnel de la planète P_2 à l'ordre quadrupolaire, puis le couple de marée.
  • 51)Évaluer numériquement et discuter le signe du couple de marée thermique atmosphérique en vous appuyant sur le résultat de la question 36. Comparer la valeur obtenue à celle du couple de marée océanique actuel Γ_(océan) = − 4, 5 × 10^(16) N ⋅ m.
  • 52)Au Précambrien, le couple de marée océanique était réduit d'un facteur 4 et le couple de marée thermique atmosphérique a pu être amplifié par une résonance. Estimer l'amplification résonante nécessaire pour que les deux couples s'annulent mutuellement.
Dans la prochaine partie, nous évaluerons l'amplitude maximale du couple de marée pour savoir si un tel blocage a pu avoir lieu.

IV Évolution de l'amplitude du couple de marée

Comme nous venons de le voir, seule la composante quadrupolaire a un effet sur le couple de marée thermique atmosphérique. C'est donc ce terme que nous allons étudier ici. En un point M de longitude φ sur l'équateur, la composante semi-diurne du flux solaire à un instant t (en heure UTC +12:00 h) s'écrit
δF(t, φ) = Re(δF_2 e^(i(ωt + 2φ))),
où δF_2 est une amplitude réelle associée à la fréquence de marée semi-diurne.
Il est rappelé qu'actuellement ω vaut ω_0 = 2π/12 h.
Nous admettrons qu'il existe une fonction de transfert T_–(ω) telle que l'amplitude complexe de la variation semi-diurne de pression
δP(t, φ) = Re(δP_2(ω)e^(i(ωt + 2φ)))
vaille
δP_2_–(ω) = T_–(ω)δF_2.
On notera A(ω) le module de la fonction de transfert et ψ(ω) son argument, de sorte que
T_–(ω) = A(ω)e^(iψ(ω)).
Enfin, le couple de marée atmosphérique Γ_(atm)(ω) est proportionnel à la partie imaginaire de l'amplitude de la variation de pression
Γ_(atm)(ω) = CIm(δP_2_–(ω)),
où C est une constante réelle positive.
  • 53)Question préliminaire : détermination de la valeur numérique ψ_0 de la phase ψ à la fréquence de marée actuelle ω_0.
    • a)Lorsque l'insolation δF est maximale à t = 0 au niveau du méridien de Greenwich (φ = 0), d'après l'expression de δP(t, φ), à quelle longitude φ_0 (modulo 180 deg) le maximum de pression est-il atteint? On donnera la réponse en fonction de la phase ψ(ω).
    • b)Cette longitude φ_0 correspond à la phase α_2 de la partie II. En déduire la valeur numérique ψ_0 de ψ à la fréquence de marée actuelle ω_0.
La fonction de transfert T(ω), déduite des équations primitives, traduit la réponse de l'atmosphère au forçage radiatif du soleil. En bonne approximation, son expression est
T_–(ω) = T_1_–(ω) + T_2_–(ω),
avec
T_1_–(ω) = − (A_0)/(ε + iω/ω_L) et T_2_–(ω) = (A_0)/(εK + i(ω/(ω_L) − (ω_L)/ω)).
Dans la formule du couple (équation (23)),
    • - A_0 est une constante réelle qui dépend des propriétés physique de l'atmosphère;
    • - ω_L est la pulsation propre d'oscillation de l'atmosphère. Nous la prendrons égale à 1, 51 × 10^(− 4)rad ⋅ s^(− 1);
    • - ε est un terme de dissipation mal contraint par la théorie. Nous le supposerons petit devant 1 ;
    • - κ est la constante introduite dans la première partie. Nous utiliserons la valeur correspondant à une atmosphère saturée en eau : κ = 0, 16.
Nous introduirons également le paramètre ω_R = εω_L≪ω_L tel que 1/ω_R soit le temps caractéristique de refroidissement radiatif. Ce phénomène physique joue le rôle d'un frottement visqueux pour l'atmosphère.
  • 54)À quels types de filtre correspondent les deux termes de l'équation (23)? On précisera leurs principales caractéristiques.
  • 55)Représenter les diagrammes de Bode en amplitude et en phase de ces deux filtres en indiquant les points et caractéristiques remarquables de ce diagramme.
  • 56)Donner l'expression de la partie imaginaire de T_–(ω).
  • 57)Calculer les valeurs extrémales de la partie imaginaire de chacun des termes de l'équation (23) et les pulsations ω correspondantes. Pour Im(T_2_–(ω)), on cherchera les valeurs extrémales à des pulsations proches de ω_L dont les expressions seront données au premier ordre en εκ.
  • 58)Tracer l'allure du graphe du couple en fonction de la pulsation ω pour ω ≥ 0.
  • 59)Donner la valeur numérique de X_0 = ω_0/ω_L calculée avec la vitesse de rotation de la Terre actuelle.
  • 60)Justifier que T_1(ω) est négligeable devant T_2(ω) dans l'équation (23) lorsque l'on étudie le couple de marée thermique atmosphérique au voisinage de la pulsation de marée actuelle.
Dorénavant, nous négligerons l'effet du premier filtre T_1(ω) et supposerons que la réponse de l'atmosphère est intégralement décrite par le terme T^–_2(ω) de l'équation (23).
  • 61)Que peut-on dire du couple de marée lorsque ω = ω_L ?
  • 62)Évaluation du terme de dissipation.
    • a)Donner l'expression de la phase actuelle ψ_0 de la fonction de transfert en fonction de X_0 et des données du problème.
    • b)En déduire l'expression de ε. Faire l'application numérique.
  • 63)En supposant que les marées océaniques (non traitées dans ce problème) produisent un couple Γ_(océan) < 0 dont la valeur absolue est inférieure à la valeur maximale de Γ_(atm), indiquer sur le graphe du couple le ou les points d'équilibre stable.
  • 64)Sur cette même courbe, où se situe le point correspondant à la valeur actuelle de la rotation de la Terre?
  • 65)Calculer le facteur d'amplification du couple de marée thermique atmosphérique η = Γ_(atm)^(max)/Γ_(atm)^0 entre la valeur actuelle Γ_(atm)^0 et la valeur maximale Γ_(atm)^(max) en fonction de X_0, ε et κ. Faire l'application numérique.
  • 66)Étant donné le résultat obtenu à la question 52, conclure sur la possibilité d'un blocage de la vitesse de rotation de la Terre durant le Précrambrien : Γ_(atm) + Γ_(océan) = 0.

Questions fréquentes

4 questions
Sur quels chapitres porte le problème de physique de l'agrégation externe physique-chimie option physique 2026 ?
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Sur quels chapitres porte le problème de physique de l'agrégation externe physique-chimie option physique 2026 ?

Il porte sur la thermodynamique de l'atmosphère, les séries de Fourier, le champ de gravitation multipolaire, la mécanique du solide et le filtrage linéaire.

Le sujet fait-il intervenir un développement en série de Fourier ?

Oui, la partie II décompose le flux solaire reçu à l'équateur en série de Fourier pour isoler ses composantes diurne et semi-diurne.

Quelles parties sont indépendantes dans ce sujet ?

Le problème comporte quatre parties présentées comme largement indépendantes, chacune traitant un aspect différent des marées thermiques atmosphériques.

Faut-il connaître le développement multipolaire du potentiel gravitationnel pour ce sujet ?

Oui, la partie III établit ce développement jusqu'à l'ordre quadrupolaire pour calculer le couple de marée exercé par le Soleil.

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