Feuille d'entraînement : Changements d'état du corps pur
10 questions · filière MPI · durée estimée environ 53 min
Énoncés
Exercice 1CCINP Physique-Chimie MPI 2024, Q8· Application directe· Incontournable· ≈ 4 min
Dessiner l'allure du diagramme des phases de l'eau pure. Nommer et mentionner deux points particuliers sur ce diagramme et indiquer les domaines solide, liquide et gazeux.
Exercice 2CCINP Physique-Chimie MPI 2024, Q11· Intermédiaire· Incontournable· ≈ 4 min
Toujours sous , donner la valeur de la température d'ébullition du mélange d'hydrodistillation dans l'alambic, sachant que les pressions partielles de l'eau et du pinène dans la phase vapeur sont égales à leurs pressions de vapeur saturante pure.
Exercice 3CentraleSupélec Physique-Chimie 1 MPI 2025, Q38· Exigeant· ≈ 7 min
Déterminer pour quelles températures l'odeur caractéristique de l'acide méthanoïque est sensible au-dessus d'un récipient contenant l'acide liquide pur avec un odorat moyen.
Exercice 4CCINP Physique-Chimie MPI 2024, Q9· Intermédiaire· ≈ 5 min
La pression de vapeur saturante du pinène pur à est . En considérant le modèle de gaz parfait pour les espèces gazeuses, établir s'il est dangereux de travailler dans un local à dans lequel de l'essence de térébenthine se trouverait à l'équilibre de vaporisation, sachant que la teneur limite à ne pas dépasser est de de pinène par mètre cube d'air.
Exercice 5X-ENS Physique MPI 2024, Q15· Exigeant· ≈ 4 min
Lorsque la température descend au-dessous de , le dideutérium se solidifie. Quels sont les avantages et les inconvénients d'un tel ralentisseur solide, par rapport à un ralentisseur liquide ?
Exercice 6CentraleSupélec Physique-Chimie 2 MPI 2023, Q36· Exigeant· ≈ 7 min
On observe souvent la formation de givre dans un congélateur. Estimer la masse maximale d'eau, initialement considérée liquide à , que peut congeler à ce congélateur en une heure. Commenter.
Exercice 7Mines-Ponts Physique 1 MPI 2023, Q30· Application directe· ≈ 4 min
Quelle est l'énergie libérée par la solidification à la température d'une tranche de lave de surface en fonction de la masse volumique de la lave en fusion et l'enthalpie de fusion massique : .
Exercice 8Mines-Ponts Physique 1 MPI 2023, Q31· Exigeant· ≈ 7 min
Toute l'énergie libérée par la solidification doit être évacuée par diffusion dans la lave solide car la lave en fusion reste à la température . Montrer que :
Exercice 9Mines-Ponts Physique 1 MPI 2023, Q32· Exigeant· ≈ 7 min
En déduire que
Exercice 10Mines-Ponts Physique 2 MPI 2023, Q24· Exigeant· ≈ 4 min
Expliquer en quoi le profil de température dans le noyau n'est pas incompatible avec l'existence de la graine.
Corrigés
Exercice 1CCINP Physique-Chimie MPI 2024, Q8
L'allure du diagramme des phases (p, T) d'un corps pur comme l'eau présente les trois domaines de stabilité monophasique (solide, liquide et gaz) séparés par trois courbes d'équilibre diphasique qui se rejoignent en un point commun :
Les deux points particuliers requis par l'énoncé sont :
- Le point triple \mathrm{T} : unique état thermodynamique où les trois phases (solide, liquide, vapeur) coexistent simultanément en équilibre sous la variance nulle v = 1 - 3 + 2 = 0. Pour l'eau pure : T_{\text{t}} \approx 273{,}16\text{ K} (0{,}01\text{ }^\circ\text{C}) et p_{\text{t}} \approx 611\text{ Pa} \approx 6{,}1\times 10^{-3}\text{ bar}.
- Le point critique \mathrm{C} : extrémité supérieure de la courbe de vaporisation liquide-gaz. En ce point, les masses volumiques et enthalpies des phases liquide et gazeuse deviennent identiques (la distinction liquide/gaz disparaît). Au-delà (T > T_{\text{c}} et p > p_{\text{c}}), le milieu est un fluide supercritique. Pour l'eau pure : T_{\text{c}} \approx 647\text{ K} (374\text{ }^\circ\text{C}) et p_{\text{c}} \approx 221\text{ bar}.
Exercice 2CCINP Physique-Chimie MPI 2024, Q11
L'eau et le pinène liquides étant non miscibles, chaque liquide exerce indépendamment sa propre pression de vapeur saturante dans la phase gazeuse à la température T du milieu :
p_e = p_e(T) \quad \text{et} \quad p_p = p_p(T)D'après la loi de Dalton pour un mélange gazeux idéal, la pression totale dans l'alambic vaut :
P_{\text{tot}} = p_e(T) + p_p(T)L'ébullition du mélange se produit dès que la pression totale de vapeur atteint la pression atmosphérique extérieure P^\circ = 1\text{ bar} :
p_e(T_{\text{eb, mél}}) + p_p(T_{\text{eb, mél}}) = P^\circ = 1{,}00\text{ bar}Sur la figure 5, on repère l'intersection de la courbe p_e(T) + p_p(T) avec la droite horizontale p = 1{,}00\text{ bar}. On lit en abscisse :
T_{\text{eb, mél}} \approx 368\text{ K à } 369\text{ K} \quad (\text{soit } \theta_{\text{eb, mél}} \approx 95^\circ\text{C à } 96^\circ\text{C})\boxed{T_{\text{eb, mél}} \approx 368\text{ K} \quad (\text{soit } 95^\circ\text{C})}Résultat
Exercice 3CentraleSupélec Physique-Chimie 1 MPI 2025, Q38
Considérons l'équilibre hétérogène de vaporisation de l'acide méthanoïque liquide pur (réaction (4)) :
\mathrm{HCO_2H(liq)} = \mathrm{HCO_2H(gaz)}Les activités des constituants s'écrivent :
- pour l'acide méthanoïque liquide pur, constituant seul dans sa phase condensée : a\big(\mathrm{HCO_2H(liq)}\big) = 1 ;
- pour l'acide méthanoïque gazeux, assimilé à un gaz parfait de pression partielle p : a\big(\mathrm{HCO_2H(gaz)}\big) = \dfrac{p}{P^\circ}, avec P^\circ = 1\text{ bar}.
À l'équilibre physico-chimique entre le liquide pur et sa vapeur à la température T, le quotient de réaction est égal à la constante d'équilibre K_4^\circ(T), de sorte que la pression de vapeur saturante p_{\text{sat}} vérifie :
K_4^\circ(T) = \frac{p_{\text{sat}}}{P^\circ}L'odeur de l'acide méthanoïque est perceptible par un individu d'odorat moyen dès lors que la pression partielle p de vapeur au-dessus du liquide atteint ou dépasse le seuil de sensibilité p_{\min} = 10^{-4}\text{ bar}. Au voisinage de la surface libre, la pression partielle maximale possible est la pression de vapeur saturante p_{\text{sat}}. La condition de sensibilité s'écrit donc :
p_{\text{sat}} \ge p_{\min} \iff K_4^\circ(T) \ge \frac{p_{\min}}{P^\circ}En prenant le logarithme décimal :
\log_{10}\big(K_4^\circ(T)\big) \ge \log_{10}\left(\frac{p_{\min}}{P^\circ}\right) = \log_{10}(10^{-4}) = -4En injectant l'expression de la constante d'équilibre fournie :
\begin{aligned} \alpha - \frac{\Theta}{T} &\ge -4 \\ \frac{\Theta}{T} &\le \alpha + 4 \\ T &\ge \frac{\Theta}{\alpha + 4} \end{aligned}Application numérique : avec \alpha = 14{,}1 et \Theta = 5{,}60 \times 10^3\text{ K} :
T \ge \frac{5{,}60 \times 10^3}{14{,}1 + 4} = \frac{5{,}60 \times 10^3}{18{,}1} \approx 309{,}4\text{ K}En degrés Celsius, avec T(\text{K}) = \theta(^\circ\text{C}) + 273 :
\theta \ge 309{,}4 - 273 = 36{,}4\,^\circ\text{C}\boxed{T \ge 309\text{ K} \quad \text{soit} \quad \theta \ge 36\,^\circ\text{C}}Résultat
Exercice 4CCINP Physique-Chimie MPI 2024, Q9
D'après l'énoncé, le pinène a pour formule brute \mathrm{C}_{10}\mathrm{H}_{16}. Sa masse molaire vaut :
M = 10 \times M(\mathrm{C}) + 16 \times M(\mathrm{H}) = 10 \times 12 + 16 \times 1 = 136\text{ g}\cdot\text{mol}^{-1} = 0,136\text{ kg}\cdot\text{mol}^{-1}À l'équilibre de vaporisation à la température T = 293\text{ K}, la pression partielle du pinène gazeux dans le local est égale à sa pression de vapeur saturante :
p = p_p(293) = 430\text{ Pa}En assimilant la vapeur de pinène à un gaz parfait occupant un volume V, on a :
p_p V = n R T = \frac{m}{M} R TLa concentration massique de pinène dans l'air, notée C_m, s'exprime donc par :
C_m = \frac{m}{V} = \frac{p_p M}{R T}Application numérique avec p_p = 430\text{ Pa}, M = 136\text{ g}\cdot\text{mol}^{-1}, R = 8,31\text{ J}\cdot\text{K}^{-1}\cdot\text{mol}^{-1} et T = 293\text{ K} :
\begin{aligned} C_m &= \frac{430 \times 136}{8,31 \times 293} \approx 24,0\text{ g}\cdot\text{m}^{-3} \end{aligned}\boxed{C_m \approx 24\text{ g}\cdot\text{m}^{-3} > 5\text{ g}\cdot\text{m}^{-3}}La concentration à l'équilibre dépasse largement la teneur limite admissible de 5\text{ g}\cdot\text{m}^{-3} (près de 5 fois plus élevée). Il est donc dangereux de travailler dans un local fermé à 20\text{ }^\circ\text{C} où se trouve de la térébenthine à l'équilibre de vaporisation ; une ventilation efficace est indispensable.
Résultat
Exercice 5X-ENS Physique MPI 2024, Q15
Le passage à l'état solide (T < 18\text{ K}) présente des avantages et des inconvénients notables pour la modération des neutrons :
Avantages :
- Diminution de l'agitation thermique : à température plus basse (T < 18\text{ K}), l'énergie thermique moyenne des noyaux k_B T est encore plus faible. Le phénomène de réchauffement des neutrons lents par collision avec les noyaux en mouvement (« up-scattering ») est fortement réduit, ce qui permet d'obtenir des neutrons à des vitesses encore plus faibles.
- Augmentation de la densité : la densité volumique du solide est supérieure à celle du liquide, ce qui réduit le libre parcours moyen des neutrons et rend le modérateur plus compact et efficace.
Inconvénients :
- Évacuation thermique dégradée : dans un solide, la convection et la circulation de fluide sont impossibles ; le transfert thermique repose uniquement sur la conduction. La conductivité thermique du dideutérium solide étant médiocre, le dépôt d'énergie par le flux intense de neutrons et de rayonnements gamma du réacteur crée d'importants gradients thermiques (points chauds) et risque de faire fondre ou sublimer localement le solide.
- Endommagement sous irradiation : le réseau cristallin accumule des défauts et des espèces radicalaires créées par radiolyse. Leur recombinaison peut libérer brutalement de l'énergie (effet Wigner), posant des problèmes majeurs de sûreté. De plus, un solide ne peut pas être renouvelé ou filtré en continu par pompage, contrairement à un liquide.
Exercice 6CentraleSupélec Physique-Chimie 2 MPI 2023, Q36
Pour transformer une masse m d'eau liquide initialement à T_c = 19\text{ }^\circ\text{C} en glace à T_f = -18\text{ }^\circ\text{C}, sous pression atmosphérique constante, il faut lui extraire une énergie thermique :
Q_{\text{ext}} = m \, q_{\text{ext}}où le transfert thermique massique à extraire se décompose en trois étapes :
le refroidissement de l'eau liquide de T_c = 19\text{ }^\circ\text{C} à T_{\text{fus}} = 0\text{ }^\circ\text{C} :
q_1 = c_m(\mathrm{H_2O_{(l)}}) \, (T_c - T_{\text{fus}})le changement d'état (solidification complète à 0\text{ }^\circ\text{C}) :
q_2 = loù l est l'enthalpie massique de fusion de la glace ;
le refroidissement de l'eau solide de T_{\text{fus}} = 0\text{ }^\circ\text{C} à T_f = -18\text{ }^\circ\text{C} :
q_3 = c_m(\mathrm{H_2O_{(s)}}) \, (T_{\text{fus}} - T_f)
Le transfert thermique massique total à extraire s'écrit donc :
\begin{aligned} q_{\text{ext}} &= c_m(\mathrm{H_2O_{(l)}})(T_c - T_{\text{fus}}) + l + c_m(\mathrm{H_2O_{(s)}})(T_{\text{fus}} - T_f) \\ &= 4{,}18 \times (19 - 0) + 333 + 2{,}06 \times (0 - (-18)) \\ &= 79{,}42 + 333 + 37{,}08 = 449{,}5\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1} \end{aligned}D'après la question Q35, la puissance thermique utile (puissance frigorifique) disponible à la source froide vaut :
\mathcal{P}_f = e \, P = 3{,}2 \times 250 = 800\text{ W}Pendant une durée \Delta t = 1\text{ h} = 3600\text{ s}, l'énergie thermique maximale que le congélateur peut extraire à la source froide est :
Q_f = \mathcal{P}_f \, \Delta t = 800 \times 3600 = 2{,}88 \times 10^6\text{ J} = 2{,}88 \times 10^3\text{ kJ}En égalant cette énergie à l'énergie nécessaire Q_{\text{ext}}, on obtient la masse maximale d'eau congelable :
m_{\max} = \frac{Q_f}{q_{\text{ext}}} = \frac{e \, P \, \Delta t}{c_m(\mathrm{H_2O_{(l)}})(T_c - T_{\text{fus}}) + l + c_m(\mathrm{H_2O_{(s)}})(T_{\text{fus}} - T_f)}Application numérique :
m_{\max} = \frac{2{,}88 \times 10^3\text{ kJ}}{449{,}5\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}} \approx 6{,}41\text{ kg}\boxed{m_{\max} \approx 6{,}4\text{ kg}}Commentaire : La formation de givre est due à la condensation et à la congélation de la vapeur d'eau contenue dans l'air ambiant qui pénètre lors de l'ouverture du congélateur. La masse d'eau ainsi introduite est généralement de l'ordre de quelques grammes à quelques dizaines de grammes. Elle est donc très inférieure à la capacité maximale horaire du compresseur (6{,}4\text{ kg}), ce qui confirme que la simple formation de givre ne surcharge pas thermiquement le congélateur sur de courtes périodes. En revanche, à plus long terme, la couche de givre accumulée agit comme un isolant thermique sur l'évaporateur et en dégrade l'efficacité.
Résultat
Exercice 7Mines-Ponts Physique 1 MPI 2023, Q30
Considérons la tranche de lave d'épaisseur \mathrm{d}y_s et de surface S qui se solidifie entre les instants t et t+\mathrm{d}t. Son volume est :
\mathrm{d}V = S\,\mathrm{d}y_sLa masse de lave subissant la transition de phase liquide \to solide est donc :
\mathrm{d}m = \rho\,\mathrm{d}V = \rho\,S\,\mathrm{d}y_sLa solidification étant la transformation inverse de la fusion, l'enthalpie massique de solidification vérifie :
\Delta h_{\mathrm{liq}\to\mathrm{sol}}(T_f) = -\Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f)Cette transformation est exothermique : le système cède à l'extérieur un transfert thermique \delta Q_{\text{reçu}} = \mathrm{d}m\,\Delta h_{\mathrm{liq}\to\mathrm{sol}}(T_f) < 0.
L'énergie thermique \delta Q libérée (donc comptée positivement) par la solidification de cette tranche s'écrit ainsi :
\boxed{\delta Q = \rho\,S\,\Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f)\,\mathrm{d}y_s}Résultat
Exercice 8Mines-Ponts Physique 1 MPI 2023, Q31
Considérons l'interface de solidification située en y = y_s(t) à l'instant t.
D'après la question Q30, la solidification d'une épaisseur \mathrm{d}y_s pendant la durée \mathrm{d}t libère l'énergie thermique :
\delta Q = \rho \, S \, \Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f) \, \mathrm{d}y_s- La lave en fusion (y > y_s) étant à température uniforme T_f, le gradient thermique y est nul : aucun flux d'énergie ne se propage vers le liquide.
Dans la lave solide (y \leqslant y_s), la loi de Fourier donne le vecteur densité de flux thermique :
\vec{j}_Q = -\kappa \frac{\partial T}{\partial y} \, \vec{u}_yPuisque T_0 < T_f, la température augmente avec la profondeur, soit \left(\frac{\partial T}{\partial y}\right)_{y=y_s} > 0. Le flux s'évacue donc vers le haut, c'est-à-dire dans le sens de -\vec{u}_y.
L'énergie thermique évacuée par diffusion vers la lave solide à travers la surface S pendant \mathrm{d}t s'écrit :
\begin{aligned} \delta Q_{\text{évac}} &= -\vec{j}_Q(y_s) \cdot (-\vec{u}_y) \, S \, \mathrm{d}t \\ &= \kappa \left(\frac{\partial T}{\partial y}\right)_{y=y_s} S \, \mathrm{d}t \end{aligned}La conservation de l'énergie à l'interface impose \delta Q = \delta Q_{\text{évac}}, ce qui donne :
\rho \, S \, \Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f) \, \mathrm{d}y_s = \kappa \left(\frac{\partial T}{\partial y}\right)_{y=y_s} S \, \mathrm{d}tEn divisant par S \, \mathrm{d}t, on obtient la condition de Stefan à l'interface :
\boxed{\rho \, \Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f) \, \frac{\mathrm{d}y_s(t)}{\mathrm{d}t} = \kappa \left(\frac{\partial T}{\partial y}\right)_{y=y_s}}Résultat
Exercice 9Mines-Ponts Physique 1 MPI 2023, Q32
Par définition de la constante \lambda, la position de l'interface de solidification s'écrit :
y_s(t) = 2\lambda\sqrt{Dt} = 2\lambda\sqrt{D}\,t^{1/2}.Sa vitesse de progression est donc :
\frac{\mathrm{d}y_s(t)}{\mathrm{d}t} = 2\lambda\sqrt{D}\left(\frac{1}{2\sqrt{t}}\right) = \lambda\sqrt{\frac{D}{t}}.D'après la question Q29, la température dans la croûte solide (0 \leqslant y \leqslant y_s(t)) est donnée par :
T(y,t) = T_0 + (T_f - T_0)\,\theta(\eta) \quad \text{avec} \quad \theta(\eta) = \frac{\operatorname{erf}(\eta)}{\operatorname{erf}(\lambda)} \quad \text{et} \quad \eta = \frac{y}{2\sqrt{Dt}}.On en déduit le gradient spatial de température :
\frac{\partial T}{\partial y} = (T_f - T_0)\,\frac{\mathrm{d}\theta}{\mathrm{d}\eta}\,\frac{\partial \eta}{\partial y} = \frac{T_f - T_0}{\operatorname{erf}(\lambda)}\,\frac{\mathrm{d}(\operatorname{erf}(\eta))}{\mathrm{d}\eta}\,\frac{1}{2\sqrt{Dt}}.Sachant que \operatorname{erf}(\eta) = \frac{2}{\sqrt{\pi}}\int_0^\eta e^{-z^2}\,\mathrm{d}z, sa dérivée par rapport à \eta vaut \frac{2}{\sqrt{\pi}}e^{-\eta^2}. Au niveau de l'interface (y = y_s \iff \eta = \lambda), le gradient de température s'écrit :
\left(\frac{\partial T}{\partial y}\right)_{y=y_s} = \frac{T_f - T_0}{\operatorname{erf}(\lambda)}\left(\frac{2}{\sqrt{\pi}}e^{-\lambda^2}\right)\frac{1}{2\sqrt{Dt}} = \frac{T_f - T_0}{\sqrt{\pi}\sqrt{Dt}}\,\frac{e^{-\lambda^2}}{\operatorname{erf}(\lambda)}.En reportant ces deux expressions dans la condition de Stefan établie à la question Q31 :
\rho\,\Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f)\,\lambda\sqrt{\frac{D}{t}} = \kappa\,\frac{T_f - T_0}{\sqrt{\pi}\sqrt{Dt}}\,\frac{e^{-\lambda^2}}{\operatorname{erf}(\lambda)}.Le facteur temporel \sqrt{t} se simplifie (ce qui confirme l'autosimilarité de la solution). De plus, d'après la question Q25, la conductivité s'exprime par \kappa = \rho c D, d'où :
\rho\,\Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f)\,\lambda\sqrt{D} = \rho c \sqrt{D}\,\frac{T_f - T_0}{\sqrt{\pi}}\,\frac{e^{-\lambda^2}}{\operatorname{erf}(\lambda)}.En simplifiant par \rho\sqrt{D} puis en isolant le terme dépendant de \lambda, on obtient la relation demandée :
\boxed{\frac{\exp(-\lambda^2)}{\lambda\operatorname{erf}(\lambda)} = \frac{\sqrt{\pi}}{c(T_f - T_0)} \Delta h_{\mathrm{sol}\to\mathrm{liq}}(T_f)}Résultat
Exercice 10Mines-Ponts Physique 2 MPI 2023, Q24
Le profil de température de la figure 4 montre que la température croît avec la profondeur, atteignant sa valeur maximale au centre de la Lune (r = 0, dans la graine, où T \approx 1\,900\text{--}2\,000\text{ K}), alors qu'elle est plus faible dans le noyau liquide situé au-dessus (T \approx 1\,200\text{--}1\,600\text{ K}).
Ce constat n'est pas incompatible avec la présence d'une graine solide pour les raisons suivantes :
- Effet de la pression : L'état physique du fer dépend à la fois de la température locale T et de la pression locale P. En s'enfonçant vers le centre de l'astre, la pression hydrostatique croît continûment en raison du poids des couches sus-jacentes.
Évolution de la température de fusion : D'après la relation de Clapeyron :
\frac{\mathrm{d}T_{\mathrm{fus}}}{\mathrm{d}P} = \frac{T\,\Delta v_{\mathrm{fus}}}{\Delta h_{\mathrm{fus}}}Puisque le fer solide est plus dense que le fer liquide à ces pressions (\Delta v_{\mathrm{fus}} = v_{\mathrm{liq}} - v_{\mathrm{sol}} > 0) et que la fusion est endothermique (\Delta h_{\mathrm{fus}} > 0), la température de fusion T_{\mathrm{fus}}(P) est une fonction strictement croissante de la pression.
Comparaison des profils : Avec la profondeur, la pression augmente suffisamment vite pour que la température de fusion locale T_{\mathrm{fus}}(P) croisse plus rapidement que la température réelle T :
- dans le noyau liquide : T(r) > T_{\mathrm{fus}}(P(r)), le fer est à l'état liquide ;
- dans la graine : T(r) < T_{\mathrm{fus}}(P(r)), le fer se solidifie.
\boxed{\text{La très forte pression au centre augmente la température de fusion au-delà de la température réelle : } T < T_{\mathrm{fus}}(P).}Résultat
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