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Théorème de Weyl (critère d'équirépartition)

Le critère de Weyl ramène l'équirépartition modulo 11 d'une suite réelle à l'étude des moyennes d'exponentielles 1N∑n=1Ne2iπpun\frac1N\sum_{n=1}^N e^{2i\pi pu_n}. Il montre que (nα)(n\alpha) est équirépartie modulo 11 pour α\alpha irrationnel et permet de calculer des limites de moyennes comme 1N∑n=1N∣cos⁡n∣\frac1N\sum_{n=1}^N|\cos n|.

Hors programmeDeuxième année (MP, MPI) · Suites et séries de fonctions (approximation uniforme)

Énoncé

Théorème (critère de Weyl)

On note {x}=x−⌊x⌋∈[0,1[\{x\}=x-\lfloor x\rfloor\in[0,1[ la partie fractionnaire d'un réel xx. Une suite réelle (un)n≥1(u_n)_{n\ge1} est équirépartie modulo 1 si, pour tous 0≤a<b≤10\le a<b\le1,

1Ncard⁡{n∈[ ⁣[1,N] ⁣]:{un}∈[a,b[}→N→+∞b−a.\frac1N\operatorname{card}\big\{n\in[\![1,N]\!] : \{u_n\}\in[a,b[\big\}\xrightarrow[N\to+\infty]{}b-a.

Les propriétés suivantes sont équivalentes :

  1. (un)(u_n) est équirépartie modulo 1 ;
  2. pour toute fonction f:R→Cf:\R\to\C continue et 11-périodique, 1N∑n=1Nf(un)→∫01f(t) dt\frac1N\sum_{n=1}^Nf(u_n)\to\int_0^1f(t)\,\dd t ;
  3. pour tout entier p≠0p\neq0, 1N∑n=1Ne2iπpun→0\frac1N\sum_{n=1}^Ne^{2i\pi pu_n}\to0.

Application. Si α\alpha est irrationnel, la suite (nα)n≥1(n\alpha)_{n\ge1} est équirépartie modulo 1.

Esquisse de démonstration

Pour ff 11-périodique, on a f(un)=f({un})f(u_n)=f(\{u_n\}) : seules comptent les valeurs de ff sur [0,1[[0,1[.

(1) implique (2). L'hypothèse dit exactement que (2) est vraie pour la fonction 11-périodique égale à l'indicatrice de [a,b[[a,b[ sur [0,1[[0,1[. Par linéarité, (2) vaut pour les fonctions 11-périodiques en escalier sur [0,1[[0,1[. Si ff est continue et 11-périodique et ε>0\varepsilon>0, il existe φ\varphi en escalier avec sup⁡[0,1[∣f−φ∣≤ε\sup_{[0,1[}|f-\varphi|\le\varepsilon : les moyennes 1N∑f(un)\frac1N\sum f(u_n) et 1N∑φ(un)\frac1N\sum\varphi(u_n) diffèrent d'au plus ε\varepsilon, de même que ∫01f\int_0^1f et ∫01φ\int_0^1\varphi. D'où lim sup⁡N∣1N∑n=1Nf(un)−∫01f∣≤2ε\limsup_N\left|\frac1N\sum_{n=1}^N f(u_n)-\int_0^1f\right|\le2\varepsilon.

(2) implique (3). On prend f(t)=e2iπptf(t)=e^{2i\pi pt}, d'intégrale nulle sur [0,1][0,1] pour p≠0p\neq0.

(3) implique (2). Par linéarité, (2) est vraie pour les polynômes trigonométriques ∑∣p∣≤Pcp e2iπpt\sum_{|p|\le P}c_p\,e^{2i\pi pt} (le terme constant a pour moyenne et pour intégrale c0c_0). Toute fonction continue 11-périodique est limite uniforme de polynômes trigonométriques (Fejér) ; le même argument d'approximation à 2ε2\varepsilon près conclut.

(2) implique (1). Soit χ\chi la fonction 11-périodique égale à l'indicatrice de [a,b[[a,b[ sur [0,1[[0,1[, et ε>0\varepsilon>0. On construit des fonctions continues 11-périodiques, affines par morceaux (« en trapèze »), telles que g−≤χ≤g+g_-\le\chi\le g_+ et ∫01(g+−g−)≤ε\int_0^1(g_+-g_-)\le\varepsilon. Alors

∫01g−≤lim inf⁡N1N∑n=1Nχ(un)≤lim sup⁡N1N∑n=1Nχ(un)≤∫01g+,\int_0^1g_-\le\liminf_N\frac1N\sum_{n=1}^N\chi(u_n)\le\limsup_N\frac1N\sum_{n=1}^N\chi(u_n)\le\int_0^1g_+,

et ces deux intégrales encadrent b−ab-a à ε\varepsilon près.

Application (preuve complète à partir du critère). Soit α∉Q\alpha\notin\Q et p≠0p\neq0. Alors q=e2iπpα≠1q=e^{2i\pi p\alpha}\neq1, car pα∉Zp\alpha\notin\Z, et

∣1N∑n=1Ne2iπpnα∣=1N∣q 1−qN1−q∣≤2N ∣1−q∣→N→+∞0.\left|\frac1N\sum_{n=1}^Ne^{2i\pi pn\alpha}\right|=\frac1N\left|q\,\frac{1-q^N}{1-q}\right|\le\frac{2}{N\,|1-q|}\xrightarrow[N\to+\infty]{}0.

Par (3) implique (1), la suite (nα)(n\alpha) est équirépartie modulo 1.

Méthode : quand et comment l'utiliser

Pour calculer la limite de 1N∑n=1Nf(un)\frac1N\sum_{n=1}^Nf(u_n) : écrire f(un)=g(nα)f(u_n)=g(n\alpha) avec gg continue et 11-périodique et α\alpha irrationnel, puis conclure par (2) que la limite vaut ∫01g\int_0^1g. Pour prouver une équirépartition, vérifier (3) : les sommes ∑e2iπpun\sum e^{2i\pi pu_n} sont souvent géométriques ou se majorent par une transformation d'Abel.

Exemples d'application

Moyenne de ∣cos⁡n∣|\cos n|

Le nombre α=12π\alpha=\frac1{2\pi} est irrationnel, car π\pi l'est : la suite (n2π)\left(\frac{n}{2\pi}\right) est équirépartie modulo 1. La fonction g(t)=∣cos⁡(2πt)∣g(t)=|\cos(2\pi t)| est continue et 11-périodique, et g(n2π)=∣cos⁡n∣g\left(\frac n{2\pi}\right)=|\cos n|. Par le critère (2),

1N∑n=1N∣cos⁡n∣→N→+∞∫01∣cos⁡(2πt)∣ dt=12π∫02π∣cos⁡u∣ du=2π.\frac1N\sum_{n=1}^N|\cos n|\xrightarrow[N\to+\infty]{}\int_0^1|\cos(2\pi t)|\,\dd t=\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}|\cos u|\,\dd u=\frac2\pi.

Premier chiffre des puissances de 22

Le nombre α=log⁡102\alpha=\log_{10}2 est irrationnel : log⁡102=pq\log_{10}2=\frac pq avec p,q∈N∗p,q\in\N^* donnerait 2q=10p2^q=10^p, impossible car 55 divise 10p10^p mais pas 2q2^q. On a 2n=10⌊nα⌋⋅10{nα}2^n=10^{\lfloor n\alpha\rfloor}\cdot10^{\{n\alpha\}}, donc le premier chiffre de 2n2^n est k∈[ ⁣[1,9] ⁣]k\in[\![1,9]\!] si et seulement si k≤10{nα}<k+1k\le10^{\{n\alpha\}}<k+1, c'est-à-dire {nα}∈[log⁡10k,log⁡10(k+1)[\{n\alpha\}\in\big[\log_{10}k,\log_{10}(k+1)\big[. Par équirépartition, la proportion des n≤Nn\le N tels que 2n2^n commence par le chiffre kk tend vers log⁡10(1+1k)\log_{10}\left(1+\frac1k\right) : environ 30,1 % des puissances de 22 commencent par 11.

Erreurs classiques

  • Vérifier la condition (3) pour p=1p=1 seulement : un=n2u_n=\frac n2 vérifie 1N∑n=1Neiπn→0\frac1N\sum_{n=1}^Ne^{i\pi n}\to0, mais e2iπ⋅2un=1e^{2i\pi\cdot2u_n}=1 pour tout nn, et la suite, qui ne prend que les valeurs 00 et 12\frac12 modulo 1, n'est pas équirépartie. Il faut tous les entiers p≠0p\neq0.

  • Confondre densité et équirépartition : la suite ({ln⁡n})(\{\ln n\}) est dense dans [0,1][0,1], car ln⁡(n+1)−ln⁡n→0\ln(n+1)-\ln n\to0 et ln⁡n→+∞\ln n\to+\infty, mais elle n'est pas équirépartie modulo 1.

  • Appliquer (2) à une fonction non bornée : le critère s'étend aux fonctions continues par morceaux sur [0,1][0,1], mais peut tomber en défaut pour une fonction intégrable non bornée, dont l'intégrale est généralisée.

  • Oublier l'irrationalité : si α=rs\alpha=\frac rs, les {nα}\{n\alpha\} ne prennent qu'un nombre fini de valeurs (des multiples de 1s\frac1s), et la suite n'est pas équirépartie.

Place dans le programme

Deuxième année (MP, MPI), chapitre « Suites et séries de fonctions (approximation uniforme) ».

Le critère de Weyl n'est pas au programme : il apparaît dans des problèmes et des exercices d'oral, en général guidés. Il faut le redémontrer avant de l'utiliser. Sa preuve utilise l'approximation uniforme des fonctions continues périodiques par des polynômes trigonométriques (théorème de Fejér ou de Weierstrass trigonométrique), qu'il faut alors admettre ou établir selon ce que permet l'énoncé.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Suites et séries de fonctions (403 sujets).

Questions fréquentes

Quels sont les autres théorèmes de Weyl ?

Le nom de Hermann Weyl est attaché à plusieurs résultats : les inégalités de Weyl sur les valeurs propres d'une somme de matrices symétriques réelles (λi+j−1(A+B)≤λi(A)+λj(B)\lambda_{i+j-1}(A+B)\le\lambda_i(A)+\lambda_j(B), valeurs propres rangées par ordre décroissant), la loi de Weyl sur les valeurs propres du laplacien, ou le lemme de Weyl sur les fonctions harmoniques. Cette page traite du critère d'équirépartition, utilisé par les exercices ci-dessous.

La suite n²α est-elle équirépartie modulo 1 ?

Oui : Weyl a montré que (P(n))(P(n)) est équirépartie modulo 1 dès que le polynôme réel PP a au moins un coefficient irrationnel autre que son coefficient constant ; c'est le cas de (n2α)(n^2\alpha) pour α∉Q\alpha\notin\Q. La preuve, par les sommes de Weyl et l'inégalité de van der Corput, est nettement plus difficile.

Pourquoi la suite des parties fractionnaires de nα est-elle dense ?

C'est une conséquence de l'équirépartition : tout intervalle [a,b[⊂[0,1[[a,b[\subset[0,1[ contient une proportion b−a>0b-a>0 des termes, donc au moins un terme. On peut aussi le montrer directement par le principe des tiroirs.

Exercices corrigés utilisant : Théorème de Weyl (critère d'équirépartition)

2 exercices