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Complément de Schur

Le complément de Schur est la matrice D−CA−1BD-CA^{-1}B qui apparaît quand on effectue le pivot de Gauss « par blocs » sur une matrice (ABCD)\begin{pmatrix}A&B\\C&D\end{pmatrix} dont le bloc AA est inversible. Il donne le déterminant, le rang et l'inverse de la matrice par blocs à partir de matrices plus petites.

Hors programmePremière et deuxième année (MPSI, MP) · Calcul matriciel par blocs et déterminants

Énoncé

Proposition (complément de Schur)

Soit p,q≥1p,q\ge 1 et M=(ABCD)∈Mp+q(K)M=\begin{pmatrix}A&B\\C&D\end{pmatrix}\in\mathcal{M}_{p+q}(\K) avec A∈Mp(K)A\in\mathcal{M}_p(\K) inversible, B∈Mp,q(K)B\in\mathcal{M}_{p,q}(\K), C∈Mq,p(K)C\in\mathcal{M}_{q,p}(\K), D∈Mq(K)D\in\mathcal{M}_q(\K). Le complément de Schur de AA dans MM est

S=D−CA−1B∈Mq(K).S=D-CA^{-1}B\in\mathcal{M}_q(\K).

On a la factorisation

M=(Ip0CA−1Iq)(A00S)(IpA−1B0Iq),M=\begin{pmatrix}I_p&0\\CA^{-1}&I_q\end{pmatrix}\begin{pmatrix}A&0\\0&S\end{pmatrix}\begin{pmatrix}I_p&A^{-1}B\\0&I_q\end{pmatrix},

et par conséquent :

  • det⁡M=det⁡A⋅det⁡(D−CA−1B)\det M=\det A\cdot\det\big(D-CA^{-1}B\big) ;
  • MM est inversible si et seulement si SS l'est, et rg⁡M=p+rg⁡S\operatorname{rg}M=p+\operatorname{rg}S.

Blocs qui commutent. Si p=q=np=q=n et si AA et CC commutent (AC=CAAC=CA), alors det⁡M=det⁡(AD−CB)\det M=\det(AD-CB), même si AA n'est pas inversible lorsque K=R\K=\R ou C\C. De même, si CD=DCCD=DC, alors det⁡M=det⁡(AD−BC)\det M=\det(AD-BC).

Démonstration

Factorisation. On calcule par blocs :

(Ip0CA−1Iq)(A00S)=(A0CS),(A0CS)(IpA−1B0Iq)=(ABCCA−1B+S),\begin{pmatrix}I_p&0\\CA^{-1}&I_q\end{pmatrix}\begin{pmatrix}A&0\\0&S\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}A&0\\C&S\end{pmatrix},\qquad \begin{pmatrix}A&0\\C&S\end{pmatrix}\begin{pmatrix}I_p&A^{-1}B\\0&I_q\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}A&B\\C&CA^{-1}B+S\end{pmatrix},

et CA−1B+S=DCA^{-1}B+S=D.

Déterminant et rang. Les deux matrices extrêmes sont triangulaires à diagonale de 11, donc de déterminant 11 et inversibles. Le déterminant de la matrice diagonale par blocs vaut det⁡Adet⁡S\det A\det S (déterminant par blocs). Multiplier par des matrices inversibles ne change pas le rang, et rg⁡(A00S)=rg⁡A+rg⁡S=p+rg⁡S\operatorname{rg}\begin{pmatrix}A&0\\0&S\end{pmatrix}=\operatorname{rg}A+\operatorname{rg}S=p+\operatorname{rg}S.

Blocs qui commutent, AA inversible. On a det⁡M=det⁡Adet⁡(D−CA−1B)=det⁡(AD−ACA−1B)\det M=\det A\det(D-CA^{-1}B)=\det\big(AD-ACA^{-1}B\big), et ACA−1=CAA−1=CACA^{-1}=CAA^{-1}=C car AC=CAAC=CA. D'où det⁡M=det⁡(AD−CB)\det M=\det(AD-CB).

Blocs qui commutent, cas général (K=R\K=\R ou C\C). Pour t∈Kt\in\K, la matrice At=A+tInA_t=A+tI_n commute encore avec CC, et elle est inversible sauf pour un nombre fini de valeurs de tt (les opposées des valeurs propres de AA). Les fonctions t↦det⁡(AtBCD)t\mapsto\det\begin{pmatrix}A_t&B\\C&D\end{pmatrix} et t↦det⁡(AtD−CB)t\mapsto\det(A_tD-CB) sont polynomiales et coïncident sur un ensemble infini, donc sont égales ; on prend t=0t=0.

Le cas CD=DCCD=DC se traite de même avec le complément de Schur de DD : si DD est inversible, M=(InBD−10In)(A−BD−1C00D)(In0D−1CIn)M=\begin{pmatrix}I_n&BD^{-1}\\0&I_n\end{pmatrix}\begin{pmatrix}A-BD^{-1}C&0\\0&D\end{pmatrix}\begin{pmatrix}I_n&0\\D^{-1}C&I_n\end{pmatrix}, puis det⁡(A−BD−1C)det⁡D=det⁡(AD−BD−1CD)=det⁡(AD−BC)\det(A-BD^{-1}C)\det D=\det(AD-BD^{-1}CD)=\det(AD-BC).

Méthode : quand et comment l'utiliser

On utilise le complément de Schur quand un bloc diagonal est inversible (souvent InI_n ou λIn−A\lambda I_n-A) : on se ramène à un déterminant de taille plus petite. Pour un polynôme caractéristique, on applique la formule à λI−M\lambda I-M pour les scalaires λ\lambda qui rendent le bloc inversible (tous sauf un nombre fini), puis on conclut par égalité de deux polynômes qui coïncident en une infinité de points.

Exemples d'application

Identité de Sylvester det(I + UV) = det(I + VU)

Soit U∈Mn,k(K)U\in\mathcal{M}_{n,k}(\K) et V∈Mk,n(K)V\in\mathcal{M}_{k,n}(\K). On pose M=(Ik−VUIn)M=\begin{pmatrix}I_k&-V\\U&I_n\end{pmatrix}. Le complément de Schur de IkI_k est In−U Ik−1(−V)=In+UVI_n-U\,I_k^{-1}(-V)=I_n+UV, donc det⁡M=det⁡(In+UV)\det M=\det(I_n+UV). Le complément de Schur du bloc InI_n est Ik−(−V)In−1U=Ik+VUI_k-(-V)I_n^{-1}U=I_k+VU, donc det⁡M=det⁡(Ik+VU)\det M=\det(I_k+VU). Ainsi

det⁡(In+UV)=det⁡(Ik+VU).\det(I_n+UV)=\det(I_k+VU).

Pour k=1k=1, avec U=XU=X et V=Y⊤V=Y^{\top} : det⁡(In+XY⊤)=1+Y⊤X\det(I_n+XY^{\top})=1+Y^{\top}X.

Matrice symétrique définie positive par blocs

Soit M=(ABB⊤D)M=\begin{pmatrix}A&B\\B^{\top}&D\end{pmatrix} réelle symétrique avec AA symétrique définie positive, et S=D−B⊤A−1BS=D-B^{\top}A^{-1}B. Comme A−1A^{-1} est symétrique, la factorisation s'écrit M=L(A00S)L⊤M=L\begin{pmatrix}A&0\\0&S\end{pmatrix}L^{\top} avec L=(Ip0B⊤A−1Iq)L=\begin{pmatrix}I_p&0\\B^{\top}A^{-1}&I_q\end{pmatrix} inversible. Pour x∈Rp+qx\in\R^{p+q}, x⊤Mx=y⊤diag⁡(A,S) yx^{\top}Mx=y^{\top}\operatorname{diag}(A,S)\,y avec y=L⊤xy=L^{\top}x, et x↦L⊤xx\mapsto L^{\top}x est bijective. On en déduit : MM est définie positive si et seulement si SS l'est.

Erreurs classiques

  • Écrire det⁡M=det⁡(AD−BC)\det M=\det(AD-BC) sans hypothèse de commutation. Pour A=E22A=E_{22}, B=E12B=E_{12}, C=E21C=E_{21}, D=E11D=E_{11} (matrices élémentaires de taille 22), MM est la matrice de la permutation échangeant 11 et 44, donc det⁡M=−1\det M=-1, alors que det⁡(AD−BC)=det⁡(AD−CB)=0\det(AD-BC)=\det(AD-CB)=0.

  • Se tromper d'ordre : avec AC=CAAC=CA, la formule est det⁡(AD−CB)\det(AD-CB) ; avec CD=DCCD=DC, c'est det⁡(AD−BC)\det(AD-BC). En général BC≠CBBC\neq CB.

  • Écrire D−BA−1CD-BA^{-1}C : ce produit n'a en général même pas de sens (tailles incompatibles). Le bon ordre est C A−1BC\,A^{-1}B, lu « ligne du bas, pivot inversé, colonne de droite ».

  • Utiliser A−1A^{-1} sans avoir justifié que AA est inversible : sinon, passer par une perturbation A+tInA+tI_n (lorsque les blocs sont carrés) ou utiliser le complément de Schur de DD.

Place dans le programme

Première et deuxième année (MPSI, MP), chapitre « Calcul matriciel par blocs et déterminants ».

Le complément de Schur ne figure pas au programme officiel. La factorisation par blocs se vérifie en une ligne par produit matriciel : il faut la redémontrer (au moins l'écrire et la vérifier) dans une copie ou à l'oral avant d'utiliser la formule du déterminant.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Algèbre linéaire (703 sujets), Réduction des endomorphismes (472 sujets).

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le complément de Schur ?

Pour M=(ABCD)M=\begin{pmatrix}A&B\\C&D\end{pmatrix} avec AA inversible, c'est la matrice D−CA−1BD-CA^{-1}B. Elle vérifie det⁡M=det⁡Adet⁡(D−CA−1B)\det M=\det A\det(D-CA^{-1}B) ; c'est le bloc restant après élimination de Gauss par blocs.

Le complément de Schur est-il au programme de prépa ?

Non. On peut l'utiliser à condition d'écrire et de vérifier la factorisation par blocs, ce qui ne prend que quelques lignes.

Schur complement : est-ce la même notion ?

Oui, c'est le nom anglais. On parle aussi du complément de Schur de DD, A−BD−1CA-BD^{-1}C, lorsque c'est le bloc DD qui est inversible.

Exercices corrigés utilisant : Complément de Schur

2 exercices