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Agrégation mathématiques externe 2024, épreuve 1Sujet et rapport du jury

Agrégation externe section mathématiques - Sujet de la première épreuve écrite de la session 2024

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Sujet officiel Agrégation externe en mathématiques, session 2024.

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SESSION 2024
AGRÉGATION
Concours externe
Section
MATHÉMATIQUES
Composition de mathématiques générales
Durée : 6 heures
L'usage de tout ouvrage de référence, de tout dictionnaire et de tout matériel électronique (y compris la calculatrice) est rigoureusement interdit.
Il appartient au candidat de vérifier qu'il a reçu un sujet complet et correspondant à l'épreuve à laquelle il se présente.
Si vous repérez ce qui vous semble être une erreur d'énoncé, vous devez le signaler très lisiblement sur votre copie, en proposer la correction et poursuivre l'épreuve en conséquence. De même, si cela vous conduit à formuler une ou plusieurs hypothèses, vous devez la (ou les) mentionner explicitement.
NB : Conformément au principe d'anonymat, votre copie ne doit comporter aucun signe distinctif, tel que nom, signature, origine, etc. Si le travail qui vous est demandé consiste notamment en la rédaction d'un projet ou d'une note, vous devrez impérativement vous abstenir de la signer ou de l'identifier.
Le fait de rendre une copie blanche est éliminatoire.
Les calculatrices, téléphones, tablettes, ordinateurs, montres connectées et tous appareils électroniques de communication ou de stockage, ainsi que les documents sont interdits.
La qualité de la rédaction est un facteur important d'appréciation des copies. Les candidats sont donc invités à produire des raisonnements clairs, complets et concis.
Les candidats peuvent utiliser les résultats énoncés dans les questions ou parties précédentes, en veillant dans ce cas à préciser la référence du résultat utilisé.

Notations et vocabulaire

On note ℕ l'ensemble des entiers naturels, ℕ^∗ l'ensemble des entiers naturels non nuls, ℤ l'anneau des entiers relatifs, ℚ le corps des nombres rationnels, ℝ le corps des nombres réels, ℂ le corps des nombres complexes.
Dans toute la suite de ces notations, 𝕂 désigne un corps.
Si E est un 𝕂-espace vectoriel de dimension finie, la dimension de E sur 𝕂 est notée dim_𝕂(E) et plus simplement dim(E) s'il n'y a pas d'ambiguïté.
Si E et F sont deux 𝕂-espaces vectoriels, on note L(E, F) le 𝕂-espace vectoriel des applications linéaires de E dans F. On note L(E) la 𝕂-algèbre des endomorphismes de E, GL(E) le groupe des inversibles de L(E); les éléments de GL(E) sont les automorphismes du 𝕂-espace vectoriel E. L'élément neutre de GL(E) est l'application identique de E, notée id_E.
Si E et F sont deux 𝕂-espaces vectoriels et u un élément de L(E, F), on désigne par Ker(u) le noyau de u et par Im(u) l'image de u. Si E_1 est un sous-espace vectoriel de E et si F_1 est un sous-espace vectoriel de F contenant u(E_1), on note u_(|E_1)^(|F_1) l'élément de L(E_1, F_1) défini par
∀x ∈ E_1, u_(|E_1)^(|F_1)(x) = u(x).
Si E = F et si E_1 est un sous-espace vectoriel de E stable par u, c'est-à-dire tel que u(E_1) ⊂ E_1, on abrège u_(|E_1)^(|E_1) en u_(|E_1).
Si E est un 𝕂-espace vectoriel non nul de dimension finie et u un endomorphisme de E, on note χ_u le polynôme caractéristique de u.
Si E est un 𝕂-espace vectoriel, une partie L de L(E) est dite commutative si
∀(u, v) ∈ L^2, u ∘ v = v ∘ u.
Pour (r, s) dans ℕ^(∗2), on note M_(r, s)(𝕂) le 𝕂-espace vectoriel des matrices à r lignes et s colonnes à coefficients dans 𝕂. Pour n dans ℕ^∗, on note M_n(𝕂) la 𝕂-algèbre des matrices carrées à n lignes et n colonnes à coefficients dans 𝕂, GL_n(𝕂) le groupe des inversibles de M_n(𝕂); les éléments de GL_n(𝕂)
sont les matrices inversibles de M_n(𝕂). L'élément neutre de GL_n(𝕂) est la matrice identité de M_n(𝕂), notée I_n.
Pour n dans ℕ^∗ et M dans M_n(𝕂), on note χ_M le polynôme caractéristique de M.
Si n est un élément de ℕ^∗, une partie M de M_n(𝕂) est dite commutative si
∀(M, N) ∈ M^2, MN = NM.
Si n est un élément de ℕ^∗, on note T_n(𝕂) le sous-espace vectoriel de M_n(𝕂) constitué des matrices triangulaires supérieures, T_n^0(𝕂) le sous-espace vectoriel de T_n(𝕂) constitué des matrices triangulaires supérieures dont la diagonale est nulle.
Deux parties P et P^′ de M_n(𝕂) sont dites conjuguées dans GL_n(𝕂) s'il existe P dans GL_n(𝕂) telle que
P^′ = {PMP^(− 1); M ∈ P}.
Un espace euclidien est un couple (E, ⟨⟩, )oùE est un ℝ-espace de dimension finie et ⟨, ⟩unproduit scalaire euclidien sur E. On note alors O(E) l'ensemble des isométries de (E, ⟨⟩, ), c^′ est − à − diredes éléments u de L(E) tels que
∀(x, y) ∈ E^2, ⟨u(x), u(y)⟩ = ⟨x, y⟩.
On rappelle que O(E) est un sous-groupe de GL(E). On note SO(E) le sous-groupe de O(E) constitué des isométries de déterminant 1.
Pour n dans ℕ^∗, on note O_n(ℝ) l'ensemble des matrices orthogonales de M_n(ℝ), c'est-à-dire des matrices M de M_n(ℝ) telles que M^T M = I_n, où M^T désigne la transposée de la matrice M. On rappelle que O_n(ℝ) est un sous-groupe de GL_n(ℝ). On note SO_n(ℝ) le sous-groupe de O_n(ℝ) constitué des matrices de O_n(ℝ) de déterminant 1.
Pour θ dans ℝ, on introduit la matrice R(θ) = (cos(θ), − sin(θ); sin(θ), cos(θ)).
On rappelle que
SO_2(ℝ) = {R(θ); θ ∈ ℝ}.
Deux parties P et P^′ de M_n(ℝ) sont dites conjuguées dans O_n(ℝ) s'il existe P dans O_n(ℝ) telle que
P^′ = {PMP^(− 1); M ∈ P}.
On note 𝕌 l'ensemble des nombres complexes de module 1 ; on rappelle que 𝕌 est un sous-groupe du groupe (ℂ^∗, ×).
Pour n dans ℕ^∗, on désigne par 𝕌_n le sous-groupe de 𝕌 dont les éléments sont les racines n-ièmes de 1.
Un nombre complexe z est une racine de l'unité s'il existe n dans ℕ^∗ tel que z ∈ 𝕌_n.
Si x est un nombre réel, on note ⌊x⌋ la partie entière de x, c'est-à-dire le plus grand entier relatif inférieur ou égal à x, et ⌈x⌉ la partie entière supérieure de x, c'est-à-dire le plus petit entier relatif supérieur ou égal à x.

Organisation et buts du sujet

La partie I fait établir quelques résultats utilisés dans les parties II et III.
Les parties II et III sont indépendantes.
La partie II est consacrée aux sous-algèbres commutatives de dimension maximale de M_n(𝕂).
La partie III est consacrée aux sous-groupes commutatifs finis de cardinal maximal de GL_n(ℚ).

I. Préliminaires

I.A. Commutation et trigonalisation simultanée

Dans les questions 1 à 3, 𝕂 est un corps.
  1. Soit E un 𝕂-espace vectoriel de dimension finie.
  • a)Soient u et v deux endomorphismes de E tels que u ∘ v = v ∘ u. Démontrer que, pour tout λ dans 𝕂, Ker(u − λid_E) est stable par v. Plus généralement, démontrer que, pour P dans 𝕂[X], le sous-espace vectoriel Ker(P(u)) de E est stable par v.
  • b)Soit L une partie commutative de L(E) dont tous les éléments sont des endomorphismes trigonalisables de E. On suppose qu'au moins un élément de L n'est pas une homothétie. Démontrer qu'il existe un sous-espace vectoriel F de E, non nul et différent de E, stable par tous les éléments de L.
  1. Soient E un 𝕂-espace vectoriel de dimension finie, L une partie commutative de L(E) dont tous les éléments sont des endomorphismes trigonalisables de E, F un sous-espace vectoriel de E non nul, distinct de E et stable par tous les éléments de L.
On note n = dim(E), m = dim(F). On a donc 1 ≤ m ≤ n − 1 et n ≥ 2. On fixe une base ( e_1, …, e_m ) de F, que l'on complète en une base e = (e_1, …, e_n) de E.
  • a)Justifier que, pour tout élément u de L, la matrice M_u de u dans la base e s'écrit
    M_u = (A_u, B_u; 0, C_u) où (A_u, B_u, C_u) ∈ M_m(𝕂) × M_(m, n − m)(𝕂) × M_(n − m)(𝕂).
    Pour (u, v) dans L^2, établir les relations
    A_u A_v = A_v A_u et C_u C_v = C_v C_u.
  • b)Soit u dans L. Calculer χ_u en fonction de χ_(A_u) et de χ_(C_u). En déduire que les matrices A_u et C_u sont trigonalisables.
  1. a) En raisonnant par récurrence, démontrer que, pour tout élément n de ℕ^∗, pour tout 𝕂-espace vectoriel E de dimension n et toute partie commutative L de L(E) dont tous les éléments sont des endomorphismes trigonalisables de E, il existe une base e de E telle que, pour tout u de L, la matrice de u dans e appartienne à T_n(𝕂).
On demande de rédiger très précisément la démonstration par récurrence.
  • b)Soit n un entier supérieur ou égal à 2 . Expliciter un couple (A, B) de T_n(𝕂)^2 tel que AB ≠ BA. La réciproque de la propriété démontrée dans la question a) est-elle exacte?
  • c)Soient n dans ℕ^∗, E un 𝕂-espace vectoriel de dimension n, u_1, …, u_n des endomorphismes nilpotents de E qui commutent deux à deux. Calculer u_n ∘ ⋯ ∘ u_1.
  1. Soient E un ℝ-espace vectoriel non nul de dimension finie, L une partie commutative de L(E). Démontrer qu'il existe une droite ou un plan de E stable par tous les éléments de L.
Indication. On pourra fixer une base e de E, considérer les matrices des éléments de L dans e comme des matrices complexes, justifier que ces matrices ont un vecteur propre complexe commun et décomposer ce vecteur en partie réelle et partie imaginaire.

I.B. Sous-groupes abéliens de O_2(ℝ)

  1. Soit n dans ℕ^∗.
  • a)Démontrer que 𝕌_n est le seul sous-groupe d'ordre n de 𝕌.
  • b)Expliciter, sans détailler la vérification, un isomorphisme de groupes de 𝕌 sur SO_2(ℝ). Démontrer que le groupe SO_2(ℝ) admet exactement un sous-groupe d'ordre n, que l'on note R_n, dont on écrira les éléments.
  1. a) Soit O dans O_2(ℝ)∖SO_2(ℝ). Justifier que O est conjuguée dans O_2(ℝ) à S = (1, 0; 0, − 1). Déterminer le centralisateur C(S) de S dans O_2(ℝ), i.e. le sous-groupe de O_2(ℝ) constitué des éléments de O_2(ℝ) qui commutent à S.
  • b)Démontrer que les sous-groupes commutatifs de O_2(ℝ) sont les sous-groupes de SO_2(ℝ) et les sous-groupes de O_2(ℝ) conjugués dans O_2(ℝ) à l'un des deux sous-groupes
    {I_2, S} et {I_2, S, − I_2, − S}.
  1. Soit A la matrice A = (0, − 1; 1, 1).
  • a)Démontrer qu'il existe P dans GL_2(ℝ) telle que R(π/3) = PAP^(− 1).
  • b)Démontrer que le sous-groupe R_6 de SO_2(ℝ), défini à la question 5.b), est conjugué dans GL_2(ℝ) à un sous-groupe de GL_2(ℚ).

II. Sous-algèbres commutatives de dimension maximale de M_n(𝕂)

Dans toute cette partie II, n est un élément de ℕ^∗, 𝕂 un corps.
Si n est pair, on écrit n = 2m où m ∈ ℕ^∗. L'ensemble des matrices de la forme (0, A; 0, 0), où A parcourt M_m(𝕂), est un sous-espace vectoriel de M_n(𝕂), que l'on note V_n(𝕂). On ne demande pas de le justifier.
Si n est impair et supérieur ou égal à 3 , on écrit n = 2m + 1 où m ∈ ℕ^∗. L'ensemble des matrices de la forme (0, A; 0, 0), où A parcourt M_(m, m + 1)(𝕂) (respectivement M_(m + 1, m)(𝕂) ) est un sous-espace vectoriel de M_n(𝕂), que l'on note V_n^1(𝕂) (respectivement V_n^2(𝕂) ). On ne demande pas de le justifier.
Si n est pair, on pose
A_n(𝕂) = {λI_n + M; λ ∈ 𝕂, M ∈ V_n(𝕂)}.
Si n est impair et supérieur ou égal à 3, on pose, pour i dans {1, 2},
A_n^i(𝕂) = {λI_n + M; λ ∈ 𝕂, M ∈ V_n^i(𝕂)}.
Pour ℓ dans ℕ^∗, on pose b(ℓ) = ⌊(ℓ^2)/4⌋.

II.A. Les sous-algèbres A_n(𝕂), A_n^i(𝕂)

  • 8.a) Justifier que, si n est pair, la dimension de V_n(𝕂) est b(n) et que, si n est impair supérieur ou égal à 3 et i est dans {1, 2}, la dimension de V_n^i(𝕂) est b(n).
    • b)Si n est pair et si M et M^′ sont dans V_n(𝕂), que vaut M^′ M ? Même question si n est impair supérieur ou égal à 3 , si i est dans {1, 2} et si M et M^′ sont dans V_n^i(𝕂).
Dans les questions 9 et 10, V est un sous-espace vectoriel de T_n(𝕂) tel que
∀(M, M^′) ∈ V^2, M^′ M = 0.
On note d = dim(V) et on pose
A = {λI_n + M; λ ∈ 𝕂, M ∈ V}.
  • 9.a) Vérifier que A est une sous-algèbre commutative de M_n(𝕂). Exprimer dim(A) en fonction de d.
    • b)Démontrer que le groupe des éléments inversibles de A est
      A^× = {λI_n + M; (λ, M) ∈ 𝕂^∗ × V}.
    • c)Démontrer que V est le seul idéal de la 𝕂-algèbre commutative A différent de A et qu'il est maximal pour l'inclusion parmi les idéaux de A différent de A.
  • 10.a) Démontrer que le groupe ( A^×,. ) est isomorphe au produit direct du groupe ( 𝕂^∗, × ) par le groupe (𝕂^d, +).
    • b)Soient p un nombre premier, r un élément de ℕ^∗, q = p^r, 𝔽_q un corps de cardinal q.
Démontrer que, si 𝕂 = 𝔽_q, le groupe ( A^×,.) des éléments inversibles de A est isomorphe au produit direct du groupe (ℤ/(q − 1)ℤ, +) par le groupe ((ℤ/pℤ)^(rd), +).
Indication. On rappelle que le groupe multiplicatif d'un corps fini est cyclique.

II.B. Sous-espaces vectoriels commutatifs de matrices nilpotentes

Le but de cette sous-partie II.B est d'établir le résultat suivant.
Théorème 1.
(i) La dimension maximale d'un sous-espace vectoriel commutatif de M_n(𝕂) dont les éléments sont des matrices nilpotentes est b(n).
(ii) Si n ≥ 4, tout sous-espace vectoriel commutatif de M_n(𝕂) dont les éléments sont des matrices nilpotentes et dont la dimension est b(n) est conjugué dans GL_n(𝕂) au sous-espace V_n(𝕂) si n est pair, à l'un des deux sous-espaces V_n^1(𝕂), V_n^2(𝕂) si n est impair.
Soient E un 𝕂-espace vectoriel de dimension n, V un sous-espace vectoriel commutatif de L(E) dont les éléments sont des endomorphismes nilpotents de E.
On note F le sous-espace vectoriel de E engendré par les images des éléments de V, i.e. le sous-espace des éléments de E de la forme ∑_(i = 1)^r u_i(x_i) où r parcourt ℕ^∗, (u_1, …, u_r) parcourt V^r et (x_1, …, x_r) parcourt E^r.
Soient S un sous-espace vectoriel supplémentaire de F dans E, Ψ l'application de V dans L(S, F) définie par
∀u ∈ V, Ψ(u) = u_(|S)^(|F).
L'application Ψ est linéaire; on ne demande pas de justifier ce point.
11. a) Démontrer que l'application Ψ est injective.
Indication. On pourra déterminer le noyau de Ψ en s'aidant de la question 3.c).
  • b)Démontrer que
    dim(V) ≤ dim(F)(n − dim(F)) ≤ b(n).
On a ainsi établi l'item (i) du théorème 1.
Dans les questions 12 et 13 , on suppose que V est de dimension b(n) et que n ≥ 4.
On note d = dim(S).
12. a) Démontrer que l'application Ψ est un isomorphisme de 𝕂-espaces vectoriels.
  • b)Démontrer que, si n = 2m avec m dans ℕ^∗∖{1}, alors d = m, et que, si n = 2m + 1 avec m dans ℕ^∗∖{1}, alors d appartient à {m, m + 1}.
En particulier, on a donc d ≥ 2.
13. On se propose d'établir que
∀(u, u^′) ∈ V^2, u^′ ∘ u = 0.
Raisonnant par l'absurde, on suppose qu'il existe u et u^′ dans V tels que u^′ ∘ u ≠ 0.
  • a)Justifier l'existence de x_1 dans S tel que u^′ ∘ u(x_1) ≠ 0.
  • b)On complète x_1 en une base (x_1, …, x_d) de S. Démontrer qu'il existe v et v^′ dans V tels que
    v(x_1) = u^′(x_2), v(x_2) = 0, v^′(x_1) = 0, v^′(x_2) = u(x_1).
  • c)Démontrer que v et v^′ ne commutent pas et conclure.
  1. Établir l'item (ii) du théorème 1.

II.C. Sous-algèbres commutatives de M_n(𝕂)

Le but de cette sous-partie II.C est d'établir le résultat suivant.
Théorème 2.
(i) La dimension maximale d'une sous-algèbre commutative de M_n(𝕂) est b(n) + 1.
(ii) Si n ≥ 4, toute sous-algèbre commutative de dimension b(n) + 1 de M_n(𝕂) est conjuguée dans GL_n(𝕂) à la sous-algèbre A_n(𝕂) si n est pair, à l'une des deux sous-algèbres A_n^1(𝕂), A_n^2(𝕂) si n est impair.
15. Soient n_1 et n_2 deux éléments de ℕ^∗ tels que n_1 ≤ n_2. Démontrer que
(b(n_1) + 1) + (b(n_2) + 1) ≤ b(n_1 + n_2) + 1.
Dans la suite de cette sous-partie II.C, on pourra utiliser sans démonstration le résultat suivant.
Si r est un entier supérieur ou égal à 2 , si n_1 ≤ ⋯ ≤ n_r sont des éléments de ℕ^∗, alors
∑_(i = 1)^r(b(n_i) + 1) ≤ b(∑_(i = 1)^r n_i) + 1,
avec égalité si et seulement si r = 2, n_1 = n_2 = 1, ou r = 2, n_1 = 1 et n_2 = 2.
16. On suppose que 𝕂 est algébriquement clos.
a) Démontrer que, pour tout 𝕂-espace vectoriel E non nul de dimension finie et toute sousalgèbre commutative A de L(E), il existe un élément r de ℕ^∗, des sous-espaces vectoriels E_1, …, E_r non nuls de E vérifiant les conditions suivantes :
  • pour tout i de [ [1, r] ], E_i est stable par tout élément de A;
  • on a E = ⨁_(i = 1)^r E_i;
  • pour tout élément u de A et tout i de [ [1, r] ], l'endomorphisme u_(|E_i) de E_i est de la forme λ_i(u)id_(E_i) + ν_i(u) où λ_i(u) est un élément de 𝕂 et où ν_i(u) est un élément nilpotent de L(E_i).
    b) Établir le théorème 2 sous l'hypothèse ≪𝕂 est algébriquement clos >>.
  1. On ne suppose plus que 𝕂 est algébriquement clos. Soit Ω une extension algébriquement close de 𝕂 : 𝕂 est un sous-corps du corps algébriquement closΩ.
Soient A une sous-algèbre commutative de M_n(𝕂) de dimension m, (U_i)_(i ∈ [ [1, m] ]) une base du 𝕂-espace vectoriel A, A_Ω le Ω-sous-espace vectoriel de M_n(Ω) engendré par(U_i)_(i ∈ [ [1, m] ]).
a) Démontrer que A_Ω est une Ω-sous-algèbre commutative de M_n(Ω) de dimension m.
D'après la question 16.b), on a donc m ≤ b(n) + 1.
Dans les questions b) à d) on suppose que m = b(n) + 1 et que n ≥ 4.
  • b)Démontrer que A contient une matrice non inversible et non nulle.
Indication. On pourra s'intéresser à l'intersection de A et du sous-espace vectoriel de M_n(𝕂) constitué des matrices dont la première colonne est nulle.
  • c)Soit M dans A. D'après l'item (ii) du théorème 2 appliqué au corps algébriquement clos Ω, la matrice M s'écrit λI_n + N où λ est un élément de Ω et où N est une matrice nilpotente de M_n(Ω). Soit C une matrice de A non nulle et non inversible.
Établir l'égalité (M − λI_n)C = 0. En déduire que λ appartient à 𝕂 et N à M_n(𝕂).
  • d)Établir le théorème 2.

II.D. Cardinal maximal d'un sous-groupe abélien de GL_n(𝔽_q)

On fixe un nombre premier p, deux éléments d et n de ℕ^∗, avec n ≥ 4. On pose q = p^d et on note 𝔽_q un corps de cardinal q.
On note
β_q(n) = (q − 1)q^(b(n)).
On remarquera que, grâce à l'étude menée dans la sous-partie II.A, on dispose des résultats suivants, que l'on ne demande pas de justifier :
  • -si n est pair, le groupe des inversibles de A_n(𝔽_q) est un sous-groupe commutatif de GL_n(𝔽_q) de cardinal β_q(n);
  • -si n est impair, les groupes des inversibles de A_n^1(𝔽_q) et A_n^2(𝔽_q) sont des sous-groupes commutatifs de GL_n(𝔽_q) de cardinal β_q(n).
Le but de cette sous-partie II.D est d'établir le résultat suivant.
Théorème 3. Supposons que n ≥ 4.
  • (i)Le cardinal maximal d'un sous-groupe abélien fini de GL_n(𝔽_q) est β_q(n).
  • (ii)Tout sous-groupe abélien de GL_n(𝔽_q) de cardinal β_q(n) est conjugué dans GL_n(𝔽_q) au groupe des inversibles de A_n(𝔽_q) si n est pair, au groupe des inversibles de A_n^1(𝔽_q) ou au groupe des inversibles de A_n^2(𝔽_q) si n est impair.
  • 18.Soient G un sous-groupe commutatif de GL_n(𝔽_q), V_G le sous-espace vectoriel de M_n(𝔽_q) engendré par G, d_G la dimension de ce sous-espace.
    • a)Démontrer que V_G est une sous-algèbre commutative de M_n(𝔽_q) et que |G| ≤ q^(d_G) − 1.
    • b)On suppose que le sous-groupe G est de cardinal maximal parmi les sous-groupes commutatifs de GL_n(𝔽_q) et que n ≥ 4.
Démontrer que d_G = b(n) + 1, puis que |G| = β_q(n). En déduire le théorème 3.

III. Sous-groupe abéliens finis de GL_n(ℚ) de cardinal maximal

Pour n dans ℕ^∗, on pose c(n) = 6^(n/2) si n est pair, c(n) = 2.6^((n − 1)/2) si n est impair.
Le but de cette partie III est d'établir le théorème suivant.
Théorème 4. Soit n dans ℕ^∗.
  • (i)L'ensemble des cardinaux des sous-groupes commutatifs finis de GL_n(ℚ) a pour maximum c(n).
  • (ii)Deux sous-groupes de GL_n(ℚ) de cardinal c(n) sont conjugués dans GL_n(ℚ).

III.A. Irréductibilité des polynômes cyclotomiques

Un nombre complexe z est dit algébrique si l'idéal annulateur I_z = {P ∈ ℚ[X]; P(z) = 0} n'est pas nul. Si tel est le cas, on note Π_z le générateur unitaire de cet idéal, i.e. le polynôme minimal de z sur ℚ; on rappelle que Π_z est un irréductible de l'anneau ℚ[X].
Si z est un nombre complexe, on dit que z est un entier algébrique s'il existe P ∈ ℤ[X] unitaire tel que P(z) = 0. Les entiers algébriques sont donc en particulier des nombres complexes algébriques. On note ℤ^– l'ensemble des entiers algébriques.
Pour n dans ℕ^∗, on pose
μ_n = {exp((2ikπ)/n); k ∈ [ [1, n] ], k ∧ n = 1} et Φ_n = ∏_(z ∈ μ_n)(X − z).
  • 19.Soit n dans ℕ^∗.
    • a)Démontrer que μ_n est l'ensemble des éléments d'ordre n du groupe 𝕌.
    • b)Soit D_n l'ensemble des diviseurs de n dans ℕ^∗. Établir l'égalité X^n − 1 = ∏_(d ∈ D_n)Φ_d.
    • c)Démontrer que Φ_n appartient à ℤ[X].
Dans toute la suite de cette sous-partie III.A, on pourra utiliser sans démonstration le fait que ℤ^– est un sous-anneau de ℂ.
  • 20.a) Démontrer que ℤ^– ∩ ℚ = ℤ. Que peut-on en déduire si a et b sont deux éléments non nuls de ℤ tels que a divise b dans ℤ^– ?
    • b)Soit z dans ℤ^–. Démontrer que Π_z appartient à ℤ[X].
Indication. On pourra établir que les coefficients de Π_z sont des éléments de ℤ^– ∩ ℚ.
  • 21.Si P est un élément de ℂ[X] unitaire de degré d appartenant à ℕ^∗ qui se factorise sous la forme P = ∏_(k = 1)^d(X − z_k) où les z_k sont dans ℂ, on pose
    Δ(P) = ∏_(1 ≤ k < ℓ ≤ d)(z_ℓ − z_k)^2.
  • a)Avec les notations précédentes, démontrer que
    Δ(P) = (− 1)^((d(d − 1))/2)∏_(k = 1)^d P^′(z_k).
  • b)Soit n dans ℕ^∗. Démontrer qu'il existe ε_n dans { − 1, 1} tel que Δ(X^n − 1) = ε_n n^n.
  1. a) Soient d un entier tel que d ≥ 2, U l'élément U = ∏_(1 ≤ k < ℓ ≤ d)(X_ℓ − X_k) de ℤ[X_1, …, X_d]. Si σ est une permutation de l'ensemble [ [1, d] ], exprimer U(X_(σ(1)), …X_(σ(d))) en fonction de la signature ε(σ) de σ et de U(X_1, …, X_d).
  • b)Soient 𝔸 un sous-anneau de ℂ, P dans 𝔸[X] un polynôme unitaire non constant, d le degré de P. Démontrer que Δ(P) appartient à 𝔸.
Indication. Si m ∈ [ [1, d] ], soit Σ_m = ∑_(1 ≤ i_1 < i_2 < ⋯ < i_m ≤ d)X_(i_1)X_(i_2)…X_(i_m). On pourra utiliser sans démonstration le fait suivant : si V est un élément de ℤ[X_1, …, X_d] tel que, pour toute permutation σ de [ [1, d] ],
V(X_(σ(1)), …, X_(σ(d))) = V(X_1, …, X_d),
alors il existe un élément W de ℤ[X_1, …, X_d] tel que V(X_1, …, X_d) = W(Σ_1, …, Σ_d).
23. Soient n dans ℕ^∗, z dans μ_n et p un nombre premier.
  • a)Démontrer que, pour P dans ℤ[X], P(X^p) − P(X)^p appartient à pℤ[X]. En déduire que Π_z(z^p) appartient à pℤ^–.
  • b)Démontrer que, si Π_z(z^p) ≠ 0, p divise n dans ℤ^–.
  1. a) Soit n dans ℕ^∗. Démontrer que le polynôme Φ_n est irréductible sur ℚ.
  • b)Soit P un polynôme non constant de ℚ[X]. On suppose que les racines de P dans ℂ sont des racines de l'unité et que P admet au moins une racine différente de 1. Démontrer que P admet au moins une racine de la forme exp(iθ) avec θ dans [π/3, π].

III.B. Sous-groupe abéliens finis de O_n(ℝ)

Soient (E, ⟨⟩, )unespaceeuclidiennonnul, ‖‖ la norme euclidienne associée à ⟨, ⟩.Pouru dans L(E), on pose
‖u‖_(op) = sup{‖u(x)‖; x ∈ E, ‖x‖ = 1}.
L'application u ↦ ‖u‖_(op) est une norme sur L(E).
25. On suppose dans cette question 25 que E est de dimension 2 et on oriente E.
Soient θ dans [ 0, 2π[, r_θ la rotation d'angle θ du plan euclidien orienté ainsi défini. Exprimer le nombre réel ‖r_θ − id_E‖_(op) en fonction de sin(θ/2).
Dans la suite de cette sous-partie III.B, G est un sous-groupe commutatif de O(E).
  • 26.Démontrer que l'on peut écrire une décomposition en somme directe orthogonale
    E = D_1 ⊕ ^⊥… ⊕ ^⊥D_k ⊕ ^⊥P_1… ⊕ ^⊥P_ℓ
    où (k, ℓ) est dans ℕ^2, où D_1, …, D_k sont des droites stables par tous les éléments de G, P_1, …, P_ℓ des plans stables par tous les éléments de G, et où, pour tout j dans [ [1, ℓ] ] et tout g de G, l'endomorphisme g_(|P_j) de P_j appartient à SO(P_j).
Dans la suite de cette sous-partie III.B, on suppose que G est fini.
On pose
V = ⨁_(i = 1)^k D_i et W = ⨁_(j = 1)^ℓ P_j.
On note G_0 = {g ∈ G; g_(|V) = id_V}. L'ensemble G_0 est un sous-groupe de G, la justification de ce point n'est pas demandée.
  • 27.a) Démontrer que |G| divise 2^k|G_0|.
    On suppose dans la suite de cette question 27 que G_0 ≠ {id_E}.
    On pose ε = min{‖g − id_E‖_(op); g ∈ G_0∖{id_E}}.
    • b)Démontrer que ε appartient à ]0, 2] et que, pour tout couple (g, g^′) d'éléments distincts de G,
      ‖g − g^′‖_(op) ≥ ε.
    • c)Démontrer que |G_0| ≤ ⌈π/(Arcsin(ε/2))⌉^ℓ.
  • 28.On suppose dans cette question 28 que, pour tout g dans G, le polynôme caractéristique χ_g de g appartient à ℚ[X]. Démontrer que |G_0| ≤ 6^ℓ.

III.C. Sous-groupes abéliens finis de GL_n(ℚ)

  • 29.Soient n dans ℕ^∗, G un sous-groupe fini de GL_n(ℝ). Démontrer que G est conjugué dans GL_n(ℝ) à un sous-groupe de O_n(ℝ).
    Indication. On pourra partir d'un produit scalaire quelconque〈, 〉et considérer l'application
    B : (x, y) ∈ ℝ^n × ℝ^n ⟼ ∑_(g ∈ G)⟨g(x), g(y)⟩.
  • 30.a) Établir le point (i) du théorème 4.
    • b)Établir le point (ii) du théorème 4.
Indication. On pourra admettre sans démonstration le fait suivant : deux parties de M_n(ℚ) conjuguées dans GL_n(ℝ) sont conjuguées dans GL_n(ℚ).

INFORMATION AUX CANDIDATS

Vous trouverez ci-après les codes nécessaires vous permettant de compléter les rubriques figurant en en-tête de votre copie. Ces codes doivent être reportés sur chacune des copies que vous remettrez.

AGRÉGATION EXTERNE - MATHÉMATIQUES

Concours Section/option Epreuve Matière EATE 1/3/0/0/A 1/01 0/3/7/6

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