L'inégalité des accroissements finis (IAF) transforme une majoration de la dérivée en une majoration des accroissements : si sur un intervalle, alors est -lipschitzienne. C'est l'outil standard pour étudier les suites récurrentes et pour établir des inégalités.
Énoncé
Théorème (inégalité des accroissements finis)
Fonction réelle. Soit , continue sur , dérivable sur , et tel que pour tout . Alors
Plus généralement, si est dérivable sur un intervalle avec sur , alors est -lipschitzienne sur : pour tous .
Fonction vectorielle. Soit un espace vectoriel normé de dimension finie (par exemple ), un intervalle et de classe avec pour tout . Alors pour tous .
Démonstration
Cas réel. Par le théorème des accroissements finis, il existe tel que , d'où . Rappelons que ce théorème découle du théorème de Rolle appliqué à , qui vérifie . Pour dans , on applique ce qui précède sur .
Cas vectoriel. Pour dans , étant de classe , on a , et l'inégalité triangulaire pour les intégrales donne
L'égalité des accroissements finis est fausse dans le cas vectoriel. Soit sur . Alors , alors que pour tout : aucun ne vérifie . Seule l'inégalité subsiste.
Méthode : quand et comment l'utiliser
Suites récurrentes . On cherche un intervalle stable par (), contenant et un point fixe de , sur lequel avec ( est alors contractante sur ). Pour tout , et
La convergence est géométrique, ce qui fournit en plus une estimation explicite de l'erreur.
Exemples d'application
La suite
Soit et . Comme , l'intervalle est stable. La fonction est continue et strictement décroissante sur , avec et : il existe un unique tel que . Sur , . L'IAF donne , d'où
Une inégalité avec l'exponentielle complexe
La fonction est de classe de dans , avec . L'IAF vectorielle donne, pour tous réels et ,
et l'IAF réelle donne de même et .
Erreurs classiques
Écrire pour une fonction à valeurs complexes ou vectorielles : c'est faux (contre-exemple sur ). Seule l'inégalité est valable.
Se contenter de en chaque point au lieu d'une borne uniforme . Pour sur , on a et , mais n'a pas de point fixe et la suite récurrente tend vers .
Oublier de vérifier que l'intervalle est stable par : la majoration ne s'applique aux que si tous les termes restent dans l'intervalle où elle est établie.
Utiliser une majoration de valable seulement sur une partie de l'intervalle : doit majorer sur tout le segment qui joint les deux points.
Place dans le programme
Première année (MPSI, MP2I, PCSI), complétée en deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Dérivation ; fonctions vectorielles ».
La version réelle, conséquence du théorème des accroissements finis, est au programme de première année. La version pour une fonction de classe à valeurs complexes ou vectorielles se démontre par l'intégrale ; on la rencontre avec l'intégration (valeurs complexes) puis dans le chapitre de deuxième année sur les fonctions vectorielles.
Dans les sujets de concours
Pour vous entraîner sur des sujets complets : Limites, continuité, dérivabilité et intégration (786 sujets), Calcul différentiel et fonctions de plusieurs variables (284 sujets).
Sujets où cette notion intervient explicitement :
- Centrale Mathématiques 2 PSI 2024 : Partie IV : une deuxième expression intégrale
- E3A Mathématiques PC 2024 : Exercice 3 : série de terme général sin(n^α)/n
- X ENS Mathématiques B MP MPI 2024 : Deuxième partie : théorème d'inversion locale
Questions fréquentes
Que signifie IAF en maths ?
IAF est l'abréviation d'inégalité des accroissements finis : si sur un intervalle , alors pour tous .
Quelle différence entre TAF et IAF ?
Le théorème des accroissements finis (TAF) est une égalité, , valable pour les fonctions réelles. L'IAF est l'inégalité qui s'en déduit ; elle reste vraie pour les fonctions à valeurs complexes ou vectorielles, contrairement au TAF.
Comment utiliser l'IAF pour une suite récurrente ?
On trouve un intervalle stable contenant la limite sur lequel ; l'IAF donne , puis .