Combinatoire additive : sommes de parties, progressions arithmétiques et théorème de Freiman-Ruzsa-Chang
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Le problème étudie les propriétés combinatoires des sommes de parties d'un groupe abélien, en lien avec la structure des progressions arithmétiques, pour aboutir à la démonstration du théorème de Freiman-Ruzsa-Chang. Il combine des outils de nature arithmétique (formes quadratiques définies positives sur les réseaux) et analytique (transformation de Fourier sur Z/NZ), combinés dans une avant-dernière partie pour montrer qu'un ensemble 2A-2A contient une progression arithmétique de dimension et taille contrôlées, avant la démonstration finale du théorème.
1Partie I : sommes de partiesÉtablir des inégalités générales sur les cardinaux des sommes de parties d'un groupe abélien et caractériser les cas d'égalité, notamment en lien avec les progressions arithmétiques.
2Partie II : valeurs aux entiers de formes quadratiques définies positivesÉtudier les bases entières de Z^n et démontrer, pour une forme quadratique définie positive, un encadrement du minimum de ses valeurs entières en fonction de son discriminant.
3Partie III : transformation de Fourier et sommes d'ensemblesUtiliser la transformation de Fourier sur Z/NZ pour relier le cardinal des sommes de parties aux coefficients de Fourier de leur fonction indicatrice.
4Partie IV : progressions arithmétiquesCombiner les résultats arithmétiques et analytiques des parties précédentes pour montrer qu'un ensemble de la forme 2A-2A contient une progression arithmétique de dimension et de taille contrôlées.
5Partie V : théorème de Freiman-Ruzsa-ChangDémontrer le théorème de Freiman-Ruzsa-Chang, qui borne la dimension et la taille d'une progression arithmétique contenant une partie donnée de Z en fonction du rapport des cardinaux de A+A et de A.
Le problème est consacré à quelques propriétés de nature combinatoire des groupes abéliens.
Soit G un groupe abélien et soit A une partie non vide de G; on relie ainsi des propriétés atypiques des cardinaux des ensembles A, A + A, d'une part, notamment le fait que le cardinal de A + A soit «petit» par rapport à celui de A et des propriétés algébriques de l'ensemble A, comme le fait d'être une progression arithmétique.
Le résultat principal du problème, le théorème de Freiman-Rusza-Chang, affirme que toute partie non vide A de Z est contenue dans une progression arithmétique de dimension et taille contrôlées en fonction du rapport σ = Card(A + A)/Card(A). Il est démontré à la fin de la partie V .
La partie I développe quelques généralités sur les sommes d'ensembles. La démonstration du théorème de Freiman-Rusza-Chang utilise des arguments de nature arithmétique (valeurs aux vecteurs à coordonnées entières de formes quadratiques définies positives) qui font l'objet de la partie II et d'autres de nature analytique (séries de Fourier) qui sont développés dans la partie III.
Ces trois premières parties sont indépendantes l'une de l'autre.
Leurs arguments sont combinés dans la partie IV pour démontrer que l'ensemble 2A − 2A contient une progression arithmétique de dimension et taille contrôlée en fonction de σ. Le théorème de Freiman-Rusza-Chang fait alors l'objet de la partie V et clôt le problème.
Notations
Les lettres N, N^∗, Z, R et C désignent respectivement l'ensemble des entiers naturels, celui des entiers naturels strictement positifs, l'anneau des entiers relatifs, le corps des nombres réels et le corps des nombres complexes. On note ℜ(z), ℑ(z) et |z| la partie réelle, la partie imaginaire et le module d'un nombre complexe z.
La fonction log est la fonction logarithme népérien, réciproque de la fonction exponentielle. On désigne par cosh et sinh les fonctions «cosinus hyperbolique» et «sinus hyperbolique»; elles sont définies pour tout nombre complexe z par les relations
Une partition d'un ensemble A est un ensemble de parties de A deux à deux disjointes dont la réunion est égale à A. Si A est un ensemble fini, on notera Card(A) son cardinal.
Si n est un entier naturel, n! désigne le produit 1 ⋅ 2⋯n de tous les entiers de 1 à n; par convention, on pose 0! = 1. Si n et p sont des entiers naturels, on note (n/p) l'entier n!/p!(n − p)! (coefficient binomial).
L'espace vectoriel R^n sera muni de la norme euclidienne standard telle que ‖x⃗‖^2 = x_1^2 + ⋯ + x_n^2 si x⃗ = (x_1, …, x_n). La base canonique de cet espace est la famille (e⃗_1, …, e⃗_n) telle que x⃗ = x_1 e⃗_1 + ⋯ + x_n e⃗_n si x⃗ = (x_1, …, x_n).
Soit N un entier naturel strictement positif; si a et b sont des entiers relatifs, on note a ≡ b(modN) pour dire que a et b sont congrus modulo N, c'est-à-dire que a − b est multiple de N. La classe de congruence modulo N d'un entier relatif x est l'ensemble des entiers relatifs qui sont congrus à x modulo N. On note Z/NZ l'anneau des entiers modulo N.
Soit G un groupe abélien dont la loi de groupe est notée additivement. Si A, B sont des parties de G, on note respectivement A + B et A − B l'ensemble des sommes a + b et l'ensemble des différences a − b, où a parcourt A et b parcourt B. Lorsque ces parties ne sont pas vides, on pose aussi
d_R(A, B) = log(Card(A − B))/(√(Card(A)Card(B))).
Si A est une partie de G et n est un entier naturel, on note nA l'ensemble A + A + ⋯ + A (où il y a n termes). Enfin, si b ∈ G, on fera l'abus de notation consistant à noter b + A l'ensemble {b} + A.
Soit d un entier naturel tel que d > 0; soit T un entier naturel. On dit qu'une partie P de G est une progression arithmétique de dimension d et de taille T s'il existe des éléments x_0, …, x_d de G et des entiers naturels non nuls N_1, …, N_d tels que T = N_1⋯N_d et P = {x_0 + ∑_(j = 1)^d n_j x_j; 0 ⩽ n_j ⩽ N_j − 1}; on dit qu'une telle progression arithmétique est propre si l'on a Card(P) = T.
I. Sommes de parties
Soit t un entier naturel non nul et soit N un entier naturel.
a) Soit n et p des entiers naturels tels que n ⩾ p; démontrer l'égalité
b) Démontrer que l'ensemble des t-uplets ( a_1, …, a_t ) d'entiers naturels tels que a_1 + ⋯ + a_t = N a pour cardinal ((N + t − 1)/N).
c) Vérifier l'encadrement
1/(N!)t^N ⩽ ((N + t − 1)/N) ⩽ t^N.
Soit G un groupe abélien fini et soit A, B des parties non vides de G telles que Card(A) + Card(B) > Card(G).
a) Démontrer que G = A + B.
b) Donner un exemple où l'on a Card(A) + Card(B) = Card(G) mais G ≠ A + B.
Soit G un groupe abélien.
a) Si A et B sont des parties finies et non vides de G, démontrer les inégalités
max(Card(A), Card(B)) ⩽ Card(A + B) ⩽ Card(A)Card(B).
b) Soit A une partie finie et non vide de G. Démontrer pour tout entier naturel n ⩾ 1 les inégalités
Soit A et B des parties finies et non vides de Z.
a) Démontrer que Card(A + B) ⩾ Card(A) + Card(B) − 1.
b) On suppose que Card(A + B) = Card(A) + Card(B) − 1 et que A et B ne sont pas des singletons. Démontrer qu'il existe des entiers a, b et d tels que
A = {a, a + d, …, a + (Card(A) − 1)d} et B = {b, b + d, …, b + (Card(B) − 1)d}.
Soit G un groupe abélien et soit A, B des parties finies et non vides de G.
a) Soit H l'ensemble des éléments g de G tels que A = g + A. Démontrer que H est un sous-groupe fini de G.
b) Démontrer que Card(A + B) = Card(A) si et seulement s'il existe b ∈ G tel que B ⊂ b + H.
Soit G un groupe abélien et soit A, B, C des parties finies et non vides de G. Démontrer que d_R(A, B) ⩾ 0. Démontrer aussi l'«inégalité triangulaire»:
d_R(A, C) ⩽ d_R(A, B) + d_R(B, C).
Soit A et B des parties finies non vides de G. Démontrer que d_R(A, B) = 0 si et seulement s'il existe un sous-groupe fini H de G et des éléments a, b ∈ G tels que A = a + H et B = b + H.
II. Valeurs aux entiers de formes quadratiques définies positives
On dira qu'une famille ( v⃗_1, …, v⃗_n ) de l'espace vectoriel R^n est une base entière si elle est formée d'éléments de Z^n et si tout élément de Z^n est combinaison linéaire à coefficients entiers des v⃗_i.
Soit (v⃗_1, …, v⃗_n) une famille d'éléments de Z^n. Démontrer que c'est une base entière si et seulement si son déterminant (dans la base canonique) est égal à ± 1.
Pour v⃗ = (a_1, …, a_n) ∈ Z^n, on pose s(v⃗) = |a_1| + ⋯ + |a_n|.
Soit v⃗ ∈ Z^n un vecteur non nul dont les coordonnées sont premières entre elles dans leur ensemble. Montrer par récurrence sur s(v⃗) qu'il existe une base entière (v⃗_1, …, v⃗_n) de R^n telle que v⃗ = v⃗_1. (Si v⃗ = (a_1, …, a_n), choisir i ∈ {1, …, n} de sorte que |a_i| soit minimal et considérer des vecteurs w⃗ = (b_1, …, b_n) tels que b_i = a_i et b_j est de la forme a_j − qa_i pour j ≠ i.)
3. Soit Φ une forme quadratique surR^n. On note disc (Φ) le déterminant de la matrice de Φ dans la base canonique de R^n.
Soit u un endomorphisme de R^n et Φ_1 la forme quadratique Φ ∘ u. Démontrer que disc(Φ_1) = det(u)^2 disc(Φ).
4. Soit Φ une forme quadratique définie positive sur R^n. On pose
m(Φ) = inf_(v⃗ ∈ Z^n∖{0})Φ(v⃗)
a) Démontrer que m(Φ) > 0 et qu'il existe un vecteur v⃗_1 ∈ Z^n∖{0} tel que Φ(v⃗_1) = m(Φ).
b) Démontrer qu'il existe une base entière de R^n de la forme ( v⃗_1, …, v⃗_n ), où Φ(v⃗_1) = m(Φ).
c) Montrer qu'il existe une forme linéaire L_1 sur R^n et une forme quadratique Φ_1 sur R^(n − 1) telles que
pour tout (x_1, …, x_n) ∈ R^n.
d) Démontrer que Φ_1 est une forme quadratique définie positive sur R^(n − 1), et que l'on a l'égalité disc (Φ) = m(Φ)disc(Φ_1).
e) Démontrer que pour tout (x_2, …, x_n) ∈ Z^(n − 1), il existe x_1 ∈ Z tel que |L_1(x_1, …, x_n)| ⩽ 1/2.
f) Démontrer que m(Φ) ⩽ 4/3m(Φ_1).
g) En déduire par récurrence que m(Φ) ⩽ (4/3)^((n − 1)/2)disc(Φ)^(1/n).
h) Démontrer par récurrence qu'il existe une base entière ( v⃗_1, …, v⃗_n ) de R^n telle que
Φ(v⃗_1)⋯Φ(v⃗_n) ⩽ (4/3)^(n(n − 1)/2)disc(Φ).
III. Transformation de Fourier et sommes d'ensembles
Soit N un entier tel que N ⩾ 1; posons ω = exp(2iπ/N). Si a est un élément de Z/NZ, on notera ω^a le nombre complexe ω^n, où n est un élément quelconque de la classe de congruence a.
Pour toute application f : Z/NZ → C, on définit alors une application f^ : Z/NZ → C en posant
f^(x) = ∑_(a ∈ Z/NZ)f(a)ω^(ax), pour tout x ∈ Z/NZ
Si f et g sont des applications de Z/NZ dans C, on définit aussi une application f∗g de Z/NZ dans C par la formule
(f∗g)(a) = ∑_(t ∈ Z/NZ)f(t)g(a − t), pour tout a ∈ Z/NZ.
Pour a ∈ Z/NZ, on note d_N(a) le minimum des |x/N| où x parcourt l'ensemble des éléments de la classe de congruence a. Si X est une partie de Z/NZ et r un nombre réel strictement positif, on définit ℬ(X, r) comme l'ensemble des a ∈ Z/NZ tels que d_N(ax) ⩽ r pour tout x ∈ X.
Soit a ∈ Z/NZ. Démontrer que ∑_(x ∈ Z/NZ)ω^(ax) vaut N si a = 0, et vaut 0 sinon.
Soit f, g des applications de Z/NZ dans C. Démontrer les formules suivantes :
a) pour a ∈ Z/NZ, f(a) = 1/N∑_(x ∈ Z/NZ)f^(x)ω^(− ax); b) on a ∑_(a ∈ Z/NZ)f(a)g(a) = 1/N∑_(x ∈ Z/NZ)f^(x)g^(− x);
c) pour tout x ∈ Z/NZ, on a (f∗g)^–(x) = f^(x)g^(x).
Soit A une partie de Z/NZ et soit f_A : Z/NZ → C sa fonction indicatrice.
a) Démontrer les formules
b) Démontrer qu'un élément a de Z/NZ appartient à 2A − 2A si et seulement si l'expression
∑_(x ∈ Z/NZ)|f_A ˆ(x)|^4 ω^(− ax)
n'est pas nulle.
4. Soit κ un entier naturel. On dit qu'une suite ( x_1, …, x_κ ) d'éléments de Z/NZ est indépendante si la seule suite (ε_1, …, ε_k) d'entiers de { − 1, 0, 1} telle que ∑_(j = 1)^κ ε_j x_j = 0 est la suite (0, …, 0).
Soit X une partie de Z/NZ et soit (x_1, …, x_κ) une suite indépendante d'éléments de X telle que κ soit maximal.
a) Démontrer que X est contenu dans l'ensemble des éléments de Z/NZ de la forme ∑_(j = 1)^k ε_j x_j, où ε_j ∈ { − 1, 0, 1} pour tout j.
b) On pose K = {x_1, …, x_κ}. Démontrer que pour tout nombre réel r > 0, l'ensemble ℬ(X, r) contient l'ensemble ℬ(K, r/κ). (Ces ensembles sont définis au début de cette partie.)
Les trois questions suivantes ont pour but de majorer la taille maximale d'une suite indépendante formée d'éléments d'une partie X. Cet objectif est atteint à la question III.7, c).
5. a) Soit t un nombre réel ; démontrer que la fonction F de R dans R donnée par F(x) = exp(tx) est convexe.
b) Soit t et y des nombres réels tels que |y| ⩽ 1; démontrer que exp(ty) ⩽ cosh(t) + ysinh(t).
c) Pour t ∈ R, démontrer que cosh(t) ⩽ exp(t^2/2).
6. Soit (x_1, …, x_κ) une suite indépendante d'éléments de Z/NZ, soit ( c_1, …, c_κ ) une suite de nombres complexes et soit g : Z/NZ → C l'application définie par
g(a) = ∑_(j = 1)^κ ℜ(c_j ω^(− ax_j)), pour a ∈ Z/NZ
a) Calculer g^(x) pour x ∈ Z/NZ. En déduire que ∑_(a ∈ Z/NZ)g(a) = 0.
b) Démontrer que ∑_(a ∈ Z/NZ)g(a)^2 = 1/2N∑_(j = 1)^K|c_j|^2.
c) Pour j ∈ {1, …, κ}, soit x~_j un entier naturel dans la classe de congruence x_j et soit θ_j un nombre réel. Démontrer que pour toute partie non vide J de {1, …, κ},
Dans cette question et dans la suivante, on considère la situation suivante. Soit ρ et α des nombres réels tels que 0 < ρ < 1 et 0 < α < 1. Soit A une partie de Z/NZ telle que Card(A) ⩾ αN et soit f_A sa fonction indicatrice. Soit X l'ensemble des x ∈ Z/NZ tels que |f_A ˆ(x)| ⩾ ρCard(A).
a) Soit κ un entier naturel et soit ( x_1, …, x_κ ) une suite indépendante de Z/NZ telle que x_j ∈ X pour tout j ∈ {1, …, κ}. Pour a ∈ Z/NZ, on pose
g(a) = ∑_(j = 1)^k ℜ(f_A ˆ(x_j)ω^(− ax_j)).
Démontrer que
∑_(a ∈ Z/NZ)f_A(a)g(a) = 2/N∑_(a ∈ Z/NZ)g(a)^2.
b) Minorer l'expression ∑_(a ∈ A)exp(tg(a)), pour t ∈ R, et démontrer que
∑_(a ∈ Z/NZ)g(a)^2 ⩽ NCard(A)^2 log(1/α).
c) En déduire que κ ⩽ 2ρ^(− 2)log(1/α).
8. On pose σ = Card(A + A)/Card(A) et on choisit ρ = 1/2√σ.
a) Démontrer que ∑_(x ∈ Z/NZ)|f_A ˆ(x)|^4 ⩾ α^3 N^4/σ.
b) Démontrer que ∑_(x ∉ X)|f_A ˆ(x)|^4 ⩽ α^3 N^4/4σ.
c) Démontrer que 2A − 2A contient ℬ(X, 1/16). (On pourra utiliser, après l'avoir démontrée, l'inégalité |1 − ω^a| ⩽ 2πd_N(a) pour tout a ∈ Z.)
d) On pose r = (128σlog(1/α))^(− 1). Démontrer qu'il existe une partie K de Z/NZ de cardinal ⩽ 8σlog(1/α) telle que 2A − 2A contienne ℬ(K, r).
IV. Progressions arithmétiques
Soit N un nombre premier, soit n un entier naturel non nul. On désigne par N ⋅ Z^n l'ensemble des éléments de Z^n dont toutes les coordonnées sont divisibles par N. Soit ξ⃗ = (ξ_1, …, ξ_n) un élément de Z^n qui n'appartient pas à N ⋅ Z^n.
a) Démontrer qu'il existe des entiers relatifs a, b_1, …, b_n tels que les nombres entiers aξ_1 + Nb_1, aξ_2 + Nb_2, …, aξ_n + Nb_n soient premiers entre eux dans leur ensemble.
b) Soit L l'ensemble des éléments x⃗ de Z^n tels qu'il existe u ∈ Z de sorte que x⃗ − uξ⃗ ∈ N ⋅ Z^n. Démontrer qu'il existe une base entière ( v⃗_1, …, v⃗_n ) de R^n telle que L soit l'ensemble des combinaisons linéaires t_1 v⃗_1 + Nt_2 v⃗_2 + ⋯ + Nt_n v⃗_n, pour (t_1, …, t_n) ∈ Z^n. (On pourra commencer par trouver un vecteur v⃗_1 ∈ L dont les coordonnées sont premières entre elles.)
c) Démontrer qu'il existe une base ( w⃗_1, …, w⃗_n ) de R^n formée de vecteurs appartenant à L tels que ‖w⃗_1‖⋯‖w⃗_n‖ ⩽ (4/3)^(n(n − 1)/4)N^(n − 1). (On pourra introduire la forme quadratique sur R^n définie par Φ(x_1, …, x_n) = ‖x_1 v⃗_1 + Nx_2 v⃗_2 + ⋯ + Nx_n v⃗_n‖^2 et utiliser les résultats de la partie II.)
On conserve les notations de la question précédente.
Pour tout i ∈ {1, …, n}, soit x_i un entier relatif tel que w⃗_i − x_i ξ⃗ appartienne à N ⋅ Z^n. On note X la partie de Z/NZ formée des classes des ξ_i modulo N. Soit r un nombre réel
strictement positif tel que r < 1/2. Soit M l'ensemble des éléments μ = (μ_1, …, μ_n) ∈ Z^n tels que |μ_i| ⩽ Nr/(n‖w⃗_i‖) pour tout i ∈ {1, …, n}. Pour μ ∈ M, posons p(μ) = ∑_(i = 1)^n μ_i x_i et soit P = {p(μ); μ ∈ M}.
Démontrer les propriétés suivantes :
a) Si μ et μ^′ sont deux éléments distincts de M, p(μ) et p(μ^′) ne sont pas congrus modulo N.
b) Le cardinal de P est supérieur ou égal à (r/n)^n(3/4)^(n(n − 1)/4)N.
c) Pour tout μ ∈ M, la classe modulo N de p(μ) appartient à ℬ(X, r).
3. Soit X une partie de Z/NZ de cardinal n > 0 et r un nombre réel tel que 0 < r < 1/2. Démontrer que ℬ(X, r) contient une progression arithmétique propre de dimension n et de taille au moins (3/4)^(n(n − 1)/4)(r/n)^n N.
4. Soit A une partie non vide de Z/NZ; soit α et σ des nombres réels strictement positifs tels que Card(A) ⩾ αN; on pose σ = Card(A + A)/Card(A). Démontrer que 2A2A contient une progression arithmétique propre de dimension d ⩽ 8σlog(1/α) et de taille ⩾ N(128σlog(1/α)(4/3)^((d − 1)/4))^(− d).
V. Théorème de Freiman-Rusza-Chang
Soit G un groupe abélien, soit A une partie non vide de G. À partir de la question V.4, on pourra utiliser librement l'inégalité remarquable due à Plünnecke affirmant que pour tous entiers naturels m et n, Card(mA − nA) ⩽ σ^(m + n)Card(A), où σ = Card(A + A) / Card(A).
Soit H un groupe abélien et soit f une application de A dans H. Si k est un entier ⩾ 1 , on dit que f est k-tendue si l'on a f(x_1) + ⋯ + f(x_k) = f(y_1) + ⋯ + f(x_k) dès que x_1, …, x_k, y_1, …, y_k sont des éléments de A tels que x_1 + ⋯ + x_k = y_1 + ⋯ + y_k.
Soit B une partie non vide de H. On dit que A est k-semblable à B s'il existe des applications bijectives f : A → B et g : B → A inverses l'une de l'autre qui sont k-tendues.
Soit G et H des groupes abéliens, soit k un entier naturel ⩾ 2, soit A une partie de G et soit f : A → H une application qui est k-tendue. Soit n et m des entiers naturels tels que 1 ⩽ m + n ⩽ k.
a) Démontrer que pour tout entier p tel que 1 ⩽ p ⩽ k, f est p-tendue.
b) Vérifier qu'il existe une unique application F : mA − nA → H telle que
pour tout (a_1, …, a_m, b_1, …, b_n) ∈ A^(m + n).
c) Si p est un entier naturel tel que 1 ⩽ p ⩽ k/(m + n), démontrer que F est p tendue.
d) On suppose que A est une progression arithmétique de dimension d det de taille M, pour des entiers naturels non nuls d et M. Démontrer qu'il en est de même de f(A).
2. Soit G et H des groupes abéliens, soit k un entier naturel tel que k ⩾ 2. Soit A et B des parties finies non vides de G et H respectivement qui sont k-semblables.
a) Soit m, n, p des entiers naturels tels que (m + n)p ⩽ k. Démontrer que mA − nA et mB − nB sont p-semblables.
b) En déduire que Card(mA − nA) = Card(mB − nB) pour tout couple (m, n) d'entiers naturels tels que m + n ⩽ k.
3. Soit N un entier naturel ; soit p un nombre premier. Soit f : Z/pZ → Z l'application qui, à x ∈ Z/pZ, associe l'unique entier de {0, …, p − 1} qui appartient à la classe de congruence x. Soit k un entier naturel tel que k ⩾ 2.
a) Pour j ∈ {1, …, k}, on note I(j) l'ensemble [(j − 1)/kp, j/kp[ ∩ N. Démontrer que pour tout entier j ∈ {1, …, k}, la restriction de f à f^(− 1)(I(j)) est une application k-tendue de f^(− 1)(I(j)) dans Z.
b) Soit A une partie de Z/pZ. Démontrer que pour tout u ∈ (Z/pZ)^∗, il existe une partie A(u) de A de cardinal ⩾ Card(A)/k telle que l'application f_u : A(u) → Z/NZ définie par x ↦ f(ux)(modN) soit k-tendue.
c) Soit z un élément non nul de kA − kA; combien y a-t-il d'éléments u ∈ (Z/pZ)^∗ tels que f(uz) ≡ 0(modN) ? En déduire que si N ⩾ Card(kA − kA), il existe u ∈ (Z/pZ)^∗ tels que A(u) et f_u(A(u)) soient k-semblables.
4. Soit A une partie finie de Z. On suppose que A est de cardinal au moins 2 et on pose σ = Card(A + A)/Card(A).
a) Démontrer que σ ⩾ 3/2.
b) Soit k un entier naturel. Démontrer que pour tout nombre premier p assez grand, A est k-semblable à une partie de Z/pZ.
c) Soit k un entier naturel tel que k ⩾ 2. Démontrer que pour tout entier naturel N tel que N > σ^(2k)Card(A), il existe une partie B de A de cardinal ⩾ Card(A)/k qui est k semblable à une partie de Z/NZ.
d) En prenant k = 8 et en choisissant pour N un nombre premier tel que σ^(2k)Card(A) < N < 2σ^(2k)Card(A) (on ne cherchera pas à démontrer l'existence d'un tel nombre premier N ), démontrer l'énoncé suivant : il existe un nombre réel c_1 > 0 (indépendant de A et de σ ) tel que 2A − 2A contienne une progression arithmétique propre de dimension au plus c_1 σlogσ et de taille au moins Card(A)exp(− c_1 σ^2(logσ)^2).
5. Soit A une partie finie non vide de Z; on pose σ = Card(A + A)/Card(A) et on note c le plus petit entier naturel tel que c ⩾ 2σ. Soit P une progression arithmétique propre de dimension d et taille βCard(A) qui est contenue dans 2A − 2A, où β est un nombre réel strictement positif.
On définit des suites (P_i) et (S_i) de parties de Z par récurrence comme suit:
on pose P_0 = P;
si P_0, S_0, P_1, …, P_i sont définis, on considère une partie S_i de A de cardinal maximal de sorte que les parties x + P_i, pour x ∈ S_i, soient deux à deux disjointes;
si Card(S_i) ⩽ c, on s'arrête;
si Card(S_i) > c, on choisit une partie S_i^′ de S_i dont le cardinal est égal à c, on pose P_(i + 1) = S_i^′ + P_i et on continue.
a) Soit t un entier tel que la partie P_t soit définie. Démontrer que l'on a Card(P_t) = c^t Card(P). Démontrer que P_t ⊂ (t + 2)A − 2A, et en déduire l'inégalité
2^t ⩽ σ^4 Card(A)/Card(P)
b) Soit t le plus grand entier tel que P_t soit définie. Démontrer l'inclusion
c) Pour toute partie finie non vide S de Z, démontrer que S − S est contenue dans une progression arithmétique de dimension Card(S) et de taille 3^(Card(S)). En déduire qu'il existe un nombre réel c_2 (indépendant de σ, β et d ) tel que que A soit contenu dans une progression arithmétique de dimension δ et de taille τ, avec
Démontrer qu'il existe un nombre réel c_3 > 0 de sorte que l'énoncé suivant (théorème de Freiman-Rusza-Chang) soit vérifié : Soit A une partie finie non vide de Z et posons σ = Card(A + A)/Card(A); alors, A est contenue dans une progression arithmétique de dimension δ et de taille M, où
δ ⩽ c_3 σ^3(logσ)^2 et logM/(Card(A)) ⩽ c_3 σ^3(logσ)^2
Fin de l'épreuve.
Questions fréquentes
4 questions
Sur quels chapitres porte ce sujet de maths 1 des ENS MP 2009 ?
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Sur quels chapitres porte ce sujet de maths 1 des ENS MP 2009 ?
+
Il porte sur la combinatoire additive dans les groupes abéliens, les formes quadratiques sur les réseaux entiers et la transformation de Fourier discrète, combinées pour étudier les progressions arithmétiques.
Les parties du sujet sont-elles indépendantes ?
+
Les trois premières parties sont indépendantes entre elles ; leurs résultats sont ensuite combinés dans la partie IV, puis utilisés dans la partie V pour conclure.
Ce sujet demande-t-il de connaître la transformation de Fourier discrète ?
+
Oui, la partie III introduit et utilise la transformation de Fourier sur Z/NZ pour établir des propriétés des sommes de parties.
Quel est le résultat final démontré dans ce sujet ?
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Le sujet démontre le théorème de Freiman-Ruzsa-Chang, qui affirme que toute partie finie non vide de Z est contenue dans une progression arithmétique de dimension et de taille contrôlées par le rapport Card(A+A)/Card(A).
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Commentaires• ENS Mathématiques 1 MP 2009
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