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Soit f une fonction dans C^∞(ℝ^d, ℝ^d) (définie sur ℝ^d et à valeurs dans ℝ^d ). L'objet de ce problème est l'étude de propriétés qualitatives du système d'équations différentielles
(dx)/(dt)(t) = f(x(t))
où x est une fonction définie sur un intervalle de ℝ à valeurs dans ℝ^d. La norme euclidienne usuelle de ℝ^d sera notée ‖. et B(x, r) désignera la boule ouverte de centre x et de rayon r. On notera Rez la partie réelle du nombre complexe z. La différentielle de f en un point x_0 ∈ ℝ^d sera notée df(x_0). Soit x_0 ∈ ℝ^d et trois réels t_1 < t_0 < t_2. On dira qu'une solution x ∈ C^1([t_1, t_2], ℝ^d) de ( E ) passe par x_0 à l'instant t_0 si x(t_0) = x_0. Une solution x(t) de ( E ) sera aussi appelée trajectoire de ( E ). On admet le théorème de Cauchy-Lipschitz (avec dépendance C^∞ en les données initiales), qu'on utilisera sans démonstration :
Théorème de Cauchy-Lipschitz. Soit f ∈ C^∞(R^d, R^d) et t_0 ∈ ℝ, x_0 ∈ ℝ^d. Alors il existe τ > 0 et r > 0 et une fonction φ(t, y) de classe C^∞, définie sur ]t_0 − τ, t_0 + τ[ × B(x_0, r), à valeurs dans ℝ^d, telle que
φ(t_0, y) = y et (∂φ)/(∂t)(t, y) = f(φ(t, y))
pour tout (t, y) ∈ ]t_0 − τ, t_0 + τ[ × B(x_0, r).
On rappelle d'autre part qu'il existe une unique solution maximale x(t) de (E) passant par x_0 en t_0. Cette solution est définie sur un intervalle ouvert ]a, b[ avec a < t_0 < b et si b < + ∞ (respectivement a > − ∞ ) alors Sup_(t ∈ [t_0, b[)‖x(t)‖ = + ∞ (respectivement Sup_(t ∈ ]a, t_0])‖x(t)‖ = + ∞ ).
Un point x_0 ∈ ℝ^d est dit point critique de f si f(x_0) = 0.
Définition 1 (stabilité d'un point critique). Un point critique x_0 est dit stable s'il existe η > 0 tel que, pour tout x_1 ∈ B(x_0, η), il existe une solution x(t) de ( E ) définie pour tout t ⩾ 0 vérifiant x(0) = x_1 et
lim_(t → + ∞)‖x(t) − x_0‖ = 0.
Un point critique est dit instable s'il n'est pas stable.
Une solution x(t) de (E) est dite périodique si elle est définie pour tout t ∈ ℝ et s'il existe T > 0 tel que x(t + T) = x(t) pour tout t ∈ ℝ.
Soit
C = {x ∈ ℝ/1/2 ⩽ |x| ⩽ 1}.
On dit que C est absorbante pour f ∈ C^∞(ℝ^2, ℝ^2) si f(x).x < 0 pour tout x ∈ ℝ^2 tel que |x| = 1 et si f(x).x > 0 pour tout x ∈ ℝ^2 tel que |x| = 1/2.
La première partie du problème établit quelques propriétés de stabilité des points critiques. La seconde partie esquisse une classification topologique des points critiques. La troisième partie est consacrée à la preuve du théorème suivant:
Théorème de Poincaré-Bendixson. Soit f ∈ C^∞(ℝ^2, ℝ^2). On suppose que C est absorbante pour f et que f n'a pas de points critiques dans C. Alors il existe une solution périodique xde(E), non constante, avec x(t) ∈ C, pour tout t ∈ ℝ. Les parties 2 et 3 sont indépendantes.

Partie I: Stabilité de points critiques

Soit dans cette partie f ∈ C^∞(ℝ^d, ℝ^d) (avec d ⩾ 2 ) telle que f(0) = 0.
1^∘ ) On suppose dans cette question que les parties réelles des valeurs propres de df(0) sont strictement négatives. Soit λ_0 la plus grande des parties réelles des valeurs propres de df(0).
a) Montrer que pour tout λ > λ_0 il existe un produit scalaire hermitien sur ℂ^d, noté <.|.>, tel que
Re < df(0)x|x>⩽λ < x|x > .
On pourra commencer par le cas df(0) diagonalisable (dans ℂ ), avant de traiter le cas où df(0) est trigonalisable.
b) Montrer que pour tout λ > λ_0 il existe un produit scalaire euclidien (toujours noté < .|. > ) et un réel σ > 0 tel que
< f(x)|x>⩽λ < x|x >
pour tout x tel que ‖x‖ ⩽ σ.
c) En déduire que 0 est stable. Montrer que pour tout λ > λ_0, ‖x(t)‖ = O(exp(λt)) quand t ⟶ + ∞. Montrer par un exemple que l'on n'a pas nécessairement ‖x(t)‖ = O(exp(λ_0 t)) quand t ⟶ + ∞.
2^∘ ) On suppose dans cette question que les parties réelles des valeurs propres de df(0) sont strictement positives. Montrer que 0 est un point critique instable.
3^∘ ) Montrer par des exemples que si les valeurs propres de df(0) sont imaginaires pures, alors on ne peut conclure ni à la stabilité ni à l'instabilité de 0 .
4^∘ ) Soit dans toute cette question d = 2 et f ∈ C^∞(ℝ^2, ℝ^2) telle que sa différentielle df(0) en 0 ait une valeur propre réelle strictement positive λ et une valeur propre réelle strictement négative μ.
a) On rappelle que l'exponentielle d'une matrice A est définie par
exp(A) = ∑_(n ⩾ 0)(A^n)/(n!)
Soit x_0 ∈ ℝ^2 un vecteur. Vérifier que la dérivée de t ⟼ exp(tA)x_0 est Aexp(tA)x_0.
b) Soit e_μ un vecteur propre correspondant à la valeur propre μ. On note df(0) = A. On définit une suite de fonctions (u_n)_(n ∈ ℕ) par récurrence: u_0(t) = 0 et
u_(n + 1)(t) = exp(tA)e_μ − ∫_t^(+ ∞)exp(A(t − τ))(f(u_n(τ)) − Au_n(τ))dτ
Vérifier que la suite est bien définie. Montrer qu'il existe C_0 > 0 et T_0 > 0 tels que ‖u_n(t)‖ ⩽ C_0 exp(μt) pour tout t ⩾ T_0 et pour tout n ⩾ 0.
c) Montrer qu'il existe T_1 ⩾ T_0 tel que la suite de fonctions u_n(t)exp(− μt) converge uniformément pour t ⩾ T_1.
d) En déduire que pour r assez petit il existe deux trajectoires distinctes x_1(t) et x_2(t) de (E) définies pour t ⩾ 0 telles que ‖x_1(0)‖ = ‖x_2(0)‖ = r et telles que x_1(t) ⟶ 0 et x_2(t) ⟶ 0 quand t ⟶ + ∞.
e) Montrer de même que pour r assez petit il existe deux solutions distinctes x_3(t) et x_4(t) de (E) définies pour t ⩽ 0 telles que ‖x_3(0)‖ = ‖x_4(0)‖ = r et telles que x_3(t) ⟶ 0 et x_4(t) ⟶ 0 quand t ⟶ − ∞.

Partie II: Stabilité topologique

Soient f et g deux fonctions C^∞(ℝ^d, ℝ^d) admettant 0 pour point critique. On désigne par φ et ψ les solutions respectives des équations
φ(0, x_0) = x_0,, (dφ(t, x_0))/(dt) = f(φ(t, x_0)); ψ(0, x_0) = x_0,, (dψ(t, x_0))/(dt) = g(ψ(t, x_0))
On dit que f et g sont topologiquement équivalentes (sous entendu: au voisinage du point critique 0 ) s'il existe un homéomorphisme T (bijection continue d'inverse continue) d'un ouvert de ℝ^d contenant 0 dans un ouvert de ℝ^d contenant 0 , envoyant 0 sur 0 , et ε > 0 et τ > 0, tels que l'égalité suivante ait un sens et ait lieu pour ‖x‖ < ε et |t| < τ :
T(φ(t, x)) = ψ(t, T(x))
On dit que f et g sont linéairement équivalentes si f et g sont deux applications linéaires et s'il existe une application linéaire et inversible T telle que T(φ(t, x)) = ψ(t, T(x)) pour tous t ∈ ℝ et x ∈ ℝ^d.
1^∘ ) Soient A et B deux matrices d × d et f, g définies sus ℝ^d par f(x) = Ax et g(x) = Bx pour tout x ∈ ℝ^d. Montrer que f et g sont linéairement équivalentes si et seulement si A et B sont deux matrices semblables.
2^o ) Soient f et g définies comme dans la question précédente.
a) On suppose que les parties réelles de toutes les valeurs propres de A sont strictement négatives et qu'il existe une valeur propre de B réelle strictement positive. Montrer que f et g ne sont pas topologiquement équivalentes.
b) On suppose que A et B n'ont que des valeurs propres de partie réelle nulle. f et g sont elles toujours topologiquement équivalentes?
c) On suppose que les parties réelles des valeurs propres de A et B sont strictement négatives. Montrer que f et g sont topologiquement équivalentes. Peut-on toujours choisir T de classe C^1 ainsi que son inverse?
3^∘ ) Soit f ∈ C^∞(ℝ^d, ℝ^d) telle que sa différentielle df(0) en 0 n'ait que des valeurs propres de partie réelle strictement négative. Montrer que les fonctions f et x ⟼ df(0).x sont topologiquement équivalentes.
4^∘ ) Montrer que pour tout entier N ⩾ 2 il existe f ∈ C^∞(ℝ^2, ℝ^2) telle qu'il existe exactement N solutions maximales distinctes de ( E ) tendant vers 0 quand t tend vers + ∞, et exactement N solutions maximales distinctes tendant vers 0 quand t tend vers − ∞. On pourra se contenter d'un dessin précis donnant l'allure des orbites. En déduire qu'il existe un nombre infini de classes d'équivalence pour la relation «être topologiquement équivalent à».

Partie III : Existence d'une solution périodique

On se place dans cette partie en dimension d = 2. On dit qu'un segment [a, b] de ℝ^2 est transverse pour f si f(x) ≠ 0 sur ce segment et si f(x) n'est jamais colinéaire au vecteur ab^(→−) quand x ∈ [a, b]. Le candidat est invité à s'aider de dessins dans la recherche des solutions aux questions, en particulier pour les questions 1d et 1e, et pourra utiliser sans démonstration le théorème de Jordan, énoncé ci-après.
Théorème de Jordan. On appelle courbe de Jordan l'image d'une application continue c : [0, 1] ⟶ ℝ^2 telle que c(0) = c(1) et c(t) ≠ c(s) pour 0 ⩽ t < s < 1. Le complémentaire d'une courbe de Jordan a deux composantes connexes («l'intérieur» et «l'extérieur») dont une seule est non bornée.
1^∘ ) Montrer que:
a) Pour tout x ∈ ℝ^2 tel que f(x) ≠ 0, il existe a et b ∈ ℝ^2, avec a ≠ b et x ∈ ]a, b[, tel que le segment [a, b] soit transverse pour f.
b) Soit [a, b] un segment transverse. Toutes les courbes x(t) solutions de ( E ) qui le traversent le traversent dans le même sens.
c) Soit [a, b] un segment transverse. Pour tout x_0 ∈ [a, b] et pour tout ε > 0, il existe τ > 0 vérifiant la propriété suivante: pour toute solution x(t) de (E) passant à l'instant 0 en un point de B(x_0, r), il existe t tel que 0 < t < ε et x(t) ∉ B(x_0, r).
d) Une solution périodique x(t) de (E) coupe un segment transverse en au plus un point.
e) Supposons qu'une solution x(t)(0 ⩽ t ⩽ T) non fermée coupe un segment transverse en un nombre fini de points x_i aux temps respectifs t_i avec 0 ⩽ t_1 ⩽ t_2 < … < t_N < T. Alors les x_i sont ordonnés sur le segment [a, b].
2^∘ ) Soit x(t) une solution de ( E ) définie pour tout t ⩾ 0 et soit C^+la courbe
C^+ = {x(t), t ⩾ 0}
On suppose de plus que C^+ ⊂ B(0, 1). On définit
L(C^+) = {y ∈ ℝ^2/∃(t_n)_(n ∈ ℕ), lim_(n → + ∞)t_n = + ∞, lim_(n → + ∞)x(t_n) = y}
Montrer que L(C^+)est fermé et invariant (c'est-à-dire que si x_0 ∈ L(C^+), toute solution x(t) de (E) avec x(0) = x_0 définie sur un intervalle [0, T] vérifie x(t) ∈ L(C^+)pour tout 0 ⩽ t ⩽ T).
3^∘ ) Si C^+et L(C^+)ont un point commun y non singulier, montrer que x(t) est une solution périodique. On pourra considérer un segment transverse passant par y et utiliser les propriétés démontrées en 1.
4^∘ ) Montrer que L(C^+)est le graphe d'une solution périodique de (E).
5^∘ ) En déduire le théorème de Poincaré-Bendixson.
6^o ) Montrer que le théorème de Poincaré-Bendixson est faux si on remplace « f n'a pas de points critiques dans C » par «tous les points critiques de f dans C sont instables» (le candidat pourra se contenter de dessiner soigneusement un contre-exemple et ne vérifiera pas que f ∈ C^∞ ). Trouver une bonne condition sur les points critiques pour que le théorème soit encore vrai.

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