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Centrale Mathématiques 2 PSI 2005Sujet, corrigé et rapport du jury

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MATHÉMATIQUES II

Rappels, notations et objectifs du problème

Dans tout ce problème, n désigne un entier naturel supérieur ou égal à 2 et 𝒰_n(ℂ) l'ensemble des matrices carrées complexes d'ordre n. De plus :
  • 𝒰_n désigne l'ensemble des matrices carrées réelles d'ordre n;
  • si A ∈ ℳ_n(ℂ), on note A_(i, j) le terme de A situé sur la ligne i et la colonne j;
  • pour(α, β) ∈ ℝ^2, M(α, β) est la matrice [α, − β; β, α];
  • si (α_1, …, α_p) et (β_1, …, β_p) sont dans ℝ^p, on désigne par diag(M(α_1, β_1), M(α_2, β_2), …, M(α_p, β_p)) la matrice de ℳ_(2p) définie par blocs carrés d'ordre 2 dont les seuls blocs éventuellement non nuls sont les blocs diagonaux M(α_1, β_1), M(α_2, β_2), …, M(α_p, β_p);
  • I_n est la matrice unité diag(1, …, 1) élément de 𝒰_n;
  • On rappelle les trois types d'opérations élémentaires sur les lignes d'une matrice et leur codage :
opérations codage
échange des lignes i et j L_i ↔ L_j
multiplication de la ligne i par α ≠ 0 L_i ← αL_i
ajout de la ligne j, multipliée par le scalaire λ, à la ligne i(i ≠ j) L_i ← L_i + λL_j
On définit de même trois types d'opérations élémentaires sur les colonnes d'une matrice.
Si A ∈ ℳ_n et si E est la matrice obtenue à partir de I_n par utilisation d'une opération élémentaire, alors EA (resp. AE ) est la matrice obtenue à partir de A en effectuant la même opération élémentaire sur les lignes (resp. colonnes) de A (on ne demande pas de démontrer ce résultat).

Filière PSI

On confond respectivement :
  • matrice et endomorphisme de ℝ^n (resp. ℂ^n ) canoniquement associé,
  • vecteur de ℝ^n (resp. ℂ^n ) et matrice colonne de ses coordonnées,
  • matrice de taille 1 et scalaire la constituant.
On rappelle qu'une symétrie s de ℝ^n est un automorphisme de ℝ^n vérifiant s^2 = s ∘ s = Id_(ℝ^n); il existe alors deux sous-espaces supplémentaires E_1 et E_2 tel que s soit la symétrie par rapport à E_1 parallèlement à E_2, définie par :
s|_(E_1) = Id_(E_1) et s|_(E_2) = − Id_(E_2).
Préciser la symétrie s, c'est déterminer les sous-espaces E_1 et E_2 associés.
On note ( P_A ) la propriété :
(P_A) A ne possède pas de valeur propre réelle
Le but de ce problème est d'étudier des matrices de 𝒰_n vérifiant la propriété (P_A).
Après avoir établi quelques résultats préliminaires, on étudie des cas particuliers dans les parties I et II et un cas plus général dans la partie III.

Résultats préliminaires

  1. On se propose de démontrer le résultat suivant : «deux matrices de 𝒰_n semblables dans 𝒰_n(ℂ) sont semblables dans 𝒰_n». Soit donc A et B deux matrices de 𝒰_n semblables dans 𝒰_n(ℂ) et P un élément de GL_n(ℂ) tel que A = PBP^(− 1).
    a) Montrer qu'il existe R, J ∈ ℳ_n tels que P = R + iJ avec i^2 = − 1.
    b) Montrer que, pour tout t ∈ ℂ, A(R + tJ) = (R + tJ)B.
    c) Montrer qu'il existe t_0 ∈ ℝ tel que det(R + t_0 J) ≠ 0.
    d) En déduire que A et B sont semblables dans 𝒰_n.
a) Montrer que tout polynôme à coefficients réels de degré impair possède au moins une racine réelle.
b) En déduire que s'il existe une matrice A de 𝒰_n vérifiant (P_A), alors n est pair.
Dans toute la suite du problème, on suppose n pair et on note n = 2p avec p ∈ ℕ∖{0}.

Partie I -

I.A - Dans cette section I.A.1, on se place dans ℝ^2 et on désigne par ( e_1, e_2 ) la base canonique, avec e_1 = (1, 0) et e_2 = (0, 1).
I.A.1) On considère la matrice M(0, 1) = [0, − 1; 1, 0] et on désigne par u l'endo-
morphisme associé. morphisme associé.
a) Déterminer, dans la base canonique, la matrice de s_1, symétrie par rapport à la droite ℝe_1 parallèlement à la droite ℝe_2.
b) Déterminer, dans la base canonique, la matrice de l'application u ∘ s_1.
En déduire qu'il existe une symétrie s_2, qu'on précisera, telle que u = s_2 ∘ s_1.
I.A.2) On considère la matrice A = [2, − 5; 1, − 2].
a) Montrer que A est semblable à M(0, 1) et donner une matrice P de ℳ_2 à coefficients entiers et de déterminant 1 telle que M(0, 1) = P^(− 1)AP.
b) Montrer que A est la matrice, dans la base canonique, de la composée de deux symétries qu'on précisera.
Soit α et β des nombres réels tels que β^2 − α^2 = 1 et B = [α, − β; β, − α].
c) Montrer que B est semblable à M(0, 1) et donner une matrice Q de 𝒰_2 telle que M(0, 1) = Q^(− 1)BQ.
Indication : on pourra calculer Be_1 = B[1; 0].
d) Montrer que B est la matrice, dans la base canonique, de la composée de deux symétries qu'on ne demande pas de préciser.

MATHÉMATIQUES II

I.A.3) On considère la matrice M(α, β) = [α, − β; β, α] où α et β sont des nombres
réels tel que α^2 + β^2 = 1. réels tel que α^2 + β^2 = 1.
Montrer que M(α, β) est la matrice, dans la base canonique, de la composée de deux symétries qu'on ne demande pas de préciser.
I.A.4) On considère à présent la matrice M(α, β) = [α, − β; β, α] où α et β sont des nombres réels tels que α^2 + β^2 ≠ 0. Montrer que M(α, β) est la matrice, dans la base canonique, de la composée de deux symétries et d'une homothétie.
I.A.5) Soit A = [a, b; c, d] appartenant à 𝒰_2.
a) Donner une condition nécessaire et suffisante portant sur les coefficients de A pour que ( P_A ) soit réalisée.
b) En supposant que A vérifie ( P_A ), et en étudiant la diagonalisation dans ℳ_2(ℂ) de A, montrer qu'il existe une unique matrice, semblable à A, du type M(α, β) avec α réel et β réel strictement positif. Expliciter α et β en fonction de a, b, c et d.
c) Que peut-on dire dedet(A) si A vérifie (P_A) et est dans ℳ_2 ?
d) Montrer que A est la matrice, dans la base canonique, de la composée de deux symétries et d'une homothétie.
I.A.6) On suppose que ℝ^2 est muni de sa structure euclidienne orientée canonique (i.e. ( e_1, e_2 ) est orthonormée directe). Que sont alors les endomorphismes de matrice M(α, β) (avec α et β réels tels que α^2 + β^2 ≠ 0 ) dans la base canonique?
I.B - Soit B une matrice de 𝒰_p vérifiant B^2 = I_p. Soit A la matrice de ℳ_n définie par blocs sous la forme A = [2B, − 5B; B, − 2B].
I.B.1) Montrer que B est diagonalisable dans ℳ_p et qu'il existe une matrice Q de 𝒰_p inversible, des entiers naturels q et r tels que Q^(− 1)BQ soit sous la forme d'une matrice par blocs [I_q, 0; 0, − I_r]
On convient que cette matrice vaut I_p lorsque r = 0 et q = p et qu'elle vaut − I_p lorsque q = 0 et r = p.
I.B.2) Déterminer une matrice par blocs P de 𝒰_n inversible et constituée de multiples de I_p telle que : P^(− 1)AP = [0, − B; B, 0].
I.B.3) En déduire que A est semblable dans 𝒰_n à la matrice
[0, [− I_q, 0; 0, I_r]; [I_q, 0; 0, − I_r], 0]
I.B.4) Montrer alors que A est semblable dans ℳ_n à une matrice du type diag(M(0, 1), M(0, 1), …, M(0, 1)).
I.B.5) Exemple : on considère dans 𝒰_4 la matrice
A = [4, 6, − 10, − 15; − 2, − 4, 5, 10; 2, 3, − 4, − 6; − 1, − 2, 2, 4]
a) Déterminer une matrice inversible M de ℳ_4 telle que
M^(− 1)AM = diag(M(0, 1), M(0, 1))
b) En utilisant la technique vue à la question I.A.1, montrer que A est la matrice, dans la base canonique de ℝ^4 de la composée de deux symétries qu'on précisera.

Partie II -

II.A - Dans cette question, A désigne une matrice de ℳ_n telle que A^2 = − I_n.
II.A.1) Montrer que ( P_A ) est réalisée.
II.A.2) Si E est obtenue à partir de I_n par utilisation d'une opération élémentaire, comment déduit-on EAE^(− 1) de A ?
On distinguera les trois opérations élémentaires codées sous la forme :
a) L_i ↔ L_j,
b) L_i ← αL_i avec α ∈ ℝ^∗,
c) L_i ← L_i + λL_j avec λ ∈ ℝ.
II.A.3)
a) En utilisant II.A.1, montrer qu'il existe i ≥ 2 tel que A_(i, 1) ≠ 0.
b) En utilisant des opérations élémentaires, en déduire qu'il existe P ∈ ℳ_n inversible telle que si A^′ = PAP^(− 1) alors A^′_(i, 1) = 0 si i ≠ 2 et A^′_(2, 1) = 1.
c) Montrer alors que A^′_(i, 2) = 0 si i ≠ 1 et A^′_(1, 2) = − 1.
II.A.4) Montrer qu'il existe Q ∈ ℳ_n inversible telle que QA^′ Q^(− 1) soit de la forme par blocs [M(0, 1), 0; 0, B] avec B ∈ ℳ_(n − 2).
II.A.5) Montrer que A est semblable à une matrice du type diag(M(0, 1), M(0, 1), …, M(0, 1)).
II.A.6) Exemple : en utilisant la méthode décrite dans cette partie, trouver une matrice M inversible de ℳ_4 telle que MAM^(− 1) = diag(M(0, 1), M(0, 1)) où A est la matrice de la question I.B.5). On fera apparaître clairement les opérations élémentaires utilisées.
II.B - Dans cette question A est une matrice de 𝒰_n vérifiant (A − αI_n)^2 + β^2 I_n = 0 avec (α, β) ∈ ℝ × ℝ^∗.
II.B.1) Montrer que A vérifie ( P_A ).
II.B.2) Montrer que A est semblable à la matrice d'ordre ndiag(M(α, β), M(α, β), …, M(α, β)).
Que peut-on dire dedet(A) ?
II.C - Soit u l'endomorphisme de ℝ_(n − 1)[X] défini par : pour tout polynôme P de ℝ_(n − 1)[X], u(P) vérifie :
∀x ∈ ℝ^∗, u(P)(x) = x^(n − 1)P((− 1)/x)
II.C.1) Déterminer pour quelles valeurs de i et j dans {0, …, n − 1}, le plan vect(X^i, X^j) est stable par u.
II.C.2) En déduire que la matrice A de ℳ_n telle que A_(n + 1 − i, i) = (− 1)^(i − 1) si 1 ≤ i ≤ n, les autres coefficients de A étant nuls, est semblable à diag(M(0, 1), M(0, 1), …, M(0, 1)).

Partie III -

Dans toute cette partie, A désigne une matrice de ℳ_n vérifiant (P_A).
On se propose de montrer l'équivalence entre les trois propositions suivantes :
i) A est semblable à une matrice du type
diag(M(α_1, β_1), M(α_2, β_2), …, M(α_p, β_p)) avec (α_k, β_k) ∈ ℝ × ℝ_+^∗ pour 1 ≤ k ≤ p.
ii) Il existe un polynôme réel à racines simples complexes non réelles annulé par A.
iii) Tout sous-espace vectoriel de ℝ^n de dimension 2 stable par A possède un sous-espace vectoriel supplémentaire stable par A.
III.A - Dans cette section III.A, on montre que (i) ⇒ (ii).
III.A.1) Montrer que si (α, β) ∈ ℝ × ℝ^∗, le polynôme (X − α)^2 + β^2 ne possède que des racines simples complexes non réelles.
III.A.2) En déduire que (i) ⇒ (ii).
III.B - Dans cette section III.B, on montre que (ii) ⇒ (iii).
On suppose donc que A vérifie (ii). Soit E un sous-espace vectoriel de ℝ^n de dimension 2 et stable par A. Soit ( f_1, f_2 ) une base E que l'on complète en une base ( f_1, f_2, …, f_n ) de ℝ^n.
III.B.1) Montrer que dans la base ( f_1, f_2, …, f_n ) de ℝ^n, l'endomorphisme canoniquement associé à A a une matrice s'écrivant par blocs :
[A^′, B; 0, C] avec A^′ ∈ 𝒪_2.
III.B.2) Vérifier que A^′ ne possède pas de valeur propre réelle et en déduire que A^′ est semblable à une matrice du type M(α, β) avec (α, β) ∈ ℝ × ℝ^∗.
III.B.3) Montrer que E est inclus dans Ker((A − αI_n)^2 + β^2 I_n).
III.B.4) Montrer que Ker((A − αI_n)^2 + β^2 I_n) possède un sous-espace vectoriel supplémentaire stable par A dans ℝ^n.
III.B.5) En utilisant une technique analogue à celle vue dans les parties II.A. 3 et II.A.4, montrer que E possède un supplémentaire stable par A dans Ker((A − αI_n)^2 + β^2 I_n), puis conclure que iii) est réalisé.
III.C - En raisonnant par récurrence, montrer que (iii) ⇒ (i).

III.D - Exemple :

Soit
A = [− 1, − 2, 4, 0; 1, − 3, 0, 4; − 2, 0, 5, − 2; 0, − 2, 1, 3]
En admettant que A annule (X^2 + 1)(X^2 − 4X + 5), déterminer une matrice inversible M de 𝒰_4 et des réels α, β, α^′ et β^′ tels que
A = M[M(α, β), 0; 0, M(α^′, β^′)]M^(− 1).

-••FIN •••

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