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Polynômes hyperboliques : généralisation des valeurs propres et inégalités de Gårding et de Weyl
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Le sujet étudie les polynômes homogènes hyperboliques, notion qui généralise le polynôme caractéristique d'une matrice symétrique et ses valeurs propres réelles ordonnées. Il construit la théorie de ces polynômes (racines, continuité, cône de positivité), puis démontre deux résultats majeurs : l'inégalité de Gårding, analogue de l'inégalité arithmético-géométrique, et les inégalités de Weyl sur la somme des racines, avec des applications aux déterminants, permanents et matrices symétriques définies positives.

  1. 1PréambuleDéfinitions des polynômes homogènes et de la notion de polynôme hyperbolique dans une direction donnée, avec les propriétés élémentaires des racines associées.
  2. 2I ExemplesExemples fondamentaux de polynômes hyperboliques : le déterminant sur les matrices symétriques, certaines formes quadratiques et les polynômes symétriques élémentaires.
  3. 3II Continuité des racinesDémonstration de la continuité de l'application qui à un vecteur associe les racines ordonnées du polynôme hyperbolique associé.
  4. 4III Le cône du futurÉtude du cône C(p,a) des vecteurs où la plus petite racine est positive, démonstration de sa convexité et de la concavité de la plus petite racine.
  5. 5IV Le cas généralExtension des résultats précédents aux polynômes hyperboliques non strictement hyperboliques, à l'aide d'un argument de type théorème de Rouché.
  6. 6V L'inégalité de Gårding sur le cône C(p,a)Démonstration de l'inégalité de Gårding généralisant l'inégalité arithmético-géométrique aux polynômes hyperboliques, avec applications aux formes quadratiques et aux permanents de matrices positives.
  7. 7VI Concavité de p^(1/d) sur le cône C(p,a)Démonstration de la concavité de la racine d-ième d'un polynôme hyperbolique sur son cône, avec application au déterminant des matrices symétriques définies positives.
  8. 8VII Inégalités de WeylDémonstration des inégalités de Weyl reliant les racines ordonnées de p(x+y) à celles de p(x) et p(y), généralisant les inégalités connues pour les valeurs propres de matrices symétriques.

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École Normale Supérieure

Composition de Mathématiques D - (U)

(Durée : 6 heures)
L'utilisation des calculatrices n'est pas autorisée pour cette épreuve
Sujet saisi par Michel Quercia ([email protected]) d'après l'original.

Polynômes hyperboliques

Préambule

Si 𝕂 = ℝ ou ℂ, on note Pol(𝕂^n) l'algèbre des fonctions polynomiales sur 𝕂^n, dont la base canonique est constituée des fonctions monômes x ↦ x_1^(m_1)…x_n^(m_n), où m_1, …, m_n ∈ ℕ et x_1, …x_n sont les coordonnées de χ. Par convention, on aura toujours χ_j^0 = 1, même lorsque χ_j = 0. L'écriture d'une fonction polynomiale comme combinaison linéaire de fonctions monômes étant unique, on utilisera par la suite les mots monôme et polynôme pour désigner des fonctions monômes ou polynomiales.
Le degré du monôme x_1^(m_1)…x_n^(m_n) est l'entier m_1 + … + m_n. Un polynôme P ∈ Pol(𝕂^n) est dit homogène de degré d s'il est combinaison linéaire des monômes de degré d. Les polynômes homogènes de degré d sur 𝕂^𝔫 forment donc un espace vectoriel que l'on note Hom_𝔡(𝕂^𝔫). Par exemple, Hom_2(𝕂^𝔫) est l'ensemble des formes quadratiques sur 𝕂^n.
Si V est un espace vectoriel sur 𝕂 de dimension finie n, le choix d'une base B de V permet d'identifier V à 𝕂^n; on peut donc parler de polynômes et de polynômes homogènes sur V. On admettra que ces deux notions sont indépendantes du choix de B, et on notera Pol(V) (respectivement Hom_d(V) ) l'espace vectoriel formé des polynômes (respectivement des polynômes homogènes de degré d) sur V.
Si 𝔧, k ∈ ℤ sont deux entiers, on notera [ [𝔧, k] ] l'ensemble des entiers 𝔦 ∈ ℤ tels que 𝔧 ⩽ 𝔦 ⩽ k. Si k < 𝔧, [ [j, k] ] est donc vide.
  1. Si P ∈ Hom_d(ℝ^n) et v ∈ ℝ^n, calculer ∑_(j = 1)^n v_j(∂P)/(∂x_j)(v) en fonction de P(v).
Le problème traite des polynômes hyperboliques. Soit V un espace vectoriel réel de dimension n ⩾ 1, soient d ⩾ 1 un entier et a ∈ V un vecteur non nul ; on dit qu'un polynôme homogène p de degré d sur V (donc un élément de Hom_d(V) ) est hyperbolique dans la direction a si d'une part p(a) ≠ 0, et d'autre part, pour tout vecteur x ∈ ℝ^n, les racines du polynôme à une variable
t ↦ p(ta − x)
sont réelles. Remarquons que si s ∈ ℝ∖{0}, p est encore hyperbolique dans la direction de sa ; ce qui explique l'emploi du mot direction dans la terminologie ci-dessus.
2) Vérifier que dans cette définition, les racines de t ↦ p(ta − x), comptées avec leurs multiplicités, sont au nombre de d .
Ces racines seront notées λ_1(x, a), …, λ_d(x, a) et rangées dans l'ordre croissant:
λ_1(x, a) ⩽ … ⩽ λ_d(x, a).
  1. Exprimer p(x) au moyen de p(a) et des λ_j(x, a). Si s ∈ ℝ, exprimer en fonction du signe de s les λ_j(sx, a) et les λ_j(x + sa, a) au moyen des λ_j(x, a).

I Exemples

  1. Montrer que la fonction S ↦ det(S) est un polynôme homogène sur l'espace Sym_𝔪(ℝ) des matrices symétriques réelles à m lignes et m colonnes, et que ce polynôme est hyperbolique dans une direction convenable.
  2. Pour quelles valeurs de l'entier k compris entre 1 et n, la forme quadratique
q(x) = ∑_(j = 1)^k x_j^2 − ∑_(j = k + 1)^n x_j^2
est-elle hyperbolique sur ℝ^n, dans une direction convenable?
6) Si d ⩾ 2 et si p ∈ Hom_d(V) est hyperbolique dans une direction a, montrer que la formule
x ↦ ∑_(j = 1)^n a_j(∂p)/(∂x_j)(x)
définit un polynôme hyperbolique dans la même direction. On notera ce polynôme a ⋅ ∇p.
7) Soit n ⩾ 2 et d ∈ [ [1, n] ] des entiers. On définit sur ℝ^n de d-ème polynôme symétrique élémentaire Σ_d comme suit
Σ_d(x) = ∑_(1 ⩽ j_1 < … < j_d ⩽ n)x_(j_1)…x_(j_d).
Montrer que Σ_d est hyperbolique dans la direction e = (1, …, 1).

II Continuité des racines

  1. Soit n et d deux entiers strictement positifs, et F : ℝ^n → ℝ^d une fonction. On se donne un élément x¯ de ℝ^n. On suppose que, pour toute suite ( x^m ) dans ℝ^n qui converge vers x¯, il existe une sous-suite (x^(φ(k))) (avec φ strictement croissante) telle que la suite ( F(x^(φ(k))) ) converge vers F(x¯). Montrer que F est continue en x¯.
  2. Soit p ∈ Hom_d(V) un polynôme hyperbolique dans une direction a, où d ⩾ 1 et dim(V) = n ⩾ 1. On définit l'application
Λ : {V ⟶ ℝ^d; x ⟼ (λ_1(x, a), …, λ_d(x, a)).
a) Si une suite ( x^m ) de V est bornée, montrer que les suites ( λ_j(x^m, a) ) sont bornées elles-aussi.
b) En utilisant la question 8), montrer que Λ est continue.

III Le cône du futur

Si p ∈ Hom_d(V) est hyperbolique dans la direction a, on désigne par C(p, a) l'ensemble des vecteurs x ∈ V qui satisfont λ_1(x, a) > 0.
10) Vérifier que C(p, a) est étoilé par rapport à a. Montrer que C(a ⋅ ∇p, a) ⊃ C(p, a).
On suppose jusqu'à la fin de cette partie que pour tout x non colinéaire à a, on a les inégalités strictes
λ_1(x, a) < … < λ_d(x, a)
et on dit alors que p est strictement hyperbolique dans la direction a.
11) Soit b ∈ C(p, a) et x ∈ V. Si j ∈ [ [1, d] ], montrer que la fonction
φ_j : {ℝ, ⟶, ℝ; t, ⟼, λ_j(tb + χ, a)
est surjective. Lorsque d ⩾ 2, à quelle condition existe-t-il deux indices distincts j et k et un nombre t ∈ ℝ tels que φ_j(t) = φ_k(t) ?
12) En déduire que p est strictement hyperbolique dans la direction b.
13) Montrer que les φ_j sont strictement croissantes.
14) Soit x, y ∈ V. Montrer que t ↦ λ_1(ty + x, a) − tλ_1(y, a) est croissante. En déduire que x ↦ λ_1(x, a) est concave et que C(p, a) est un cône convexe.
15) Soit x, b ∈ C(p, a). Montrer que λ_1(x, b) > 0.
16) En déduire que si b ∈ C(p, a) alors C(p, b) = C(p, a).

IV Le cas général

On admet dans cette partie l'énoncé suivant (légèrement moins précis qu'un lemme de Rouché) :
Soient P, Q ∈ ℂ[X] deux polynômes. Soit ω ∈ ℂ un nombre complexe et ε > 0 un nombre réel. On suppose que P(ω) = 0 et que
sup{|Q(z)|; |z − ω| = ε} < inf{|P(z)|; |z − ω| = ε}
Alors P + Q a au moins une racine ω^′ telle que |ω^′ − ω| < ε.
17) Soit R = R(x, y) ∈ Pol(ℂ^2) un polynôme s'annulant en ( 0,0 ). On suppose que le polynôme x ↦ R(x, 0) n'est pas nul et on note m la multiplicité de sa racine x = 0. De même, on suppose que le polynôme y ↦ R(0, y) n'est pas nul et on note r la multiplicité de sa racine y = 0.
a) Montrer qu'il existe des entiers α, β > 0 premiers entre eux, et deux polynômes R_0 et R_1 vérifiant les conditions suivantes :
  • R(x, y) = R_0(x, y) + R_1(x, y);
  • R_0(x, y) = x^m Q_0(y^α/x^β), où Q_0 ∈ ℂ[X] vérifie 0 < βdeg(Q_0) ⩽ m;
  • R_1 est une combinaison linéaire de monômes x^i y^j pour lesquels αi + βj ⩾ αm + 1.
Vérifier que Q_0(0) ≠ 0.
b) Monter qu'il existe des polynômes Rˆ ∈ ℂ[X] et S ∈ Pol(ℂ^2) satisfaisant l'identité
R(zu^α, u^β) = u^(αm)(Rˆ(z) + uS(z, u))
Montrer de plus que Rˆ possède une racine ω ≠ 0.
c) Si ω n'est pas réelle, montrer que pour tout u ∈ ℂ assez petit, il existe z ∈ ℂ∖ℝ tel que R(zu^α, u^β) = 0.
18) On reprend les notations de la question précédente et on suppose que lorsque y est réel, les racines de R(x, y) sont toutes réelles.
a) Montrer que les racines de Rˆ sont toutes réelles.
b) Montrer que l'ensemble des racines de Rˆ est stable par multiplication par e^(2iαπ/β). En déduire que β ⩽ 2.
c) En considérant aussi les points de la forme (zu^α, − u^β), montrer qu'en fait β = 1.
d) En déduire que r ⩾ m.
19) Soit p un polynôme homogène de degré d ⩾ 1 sur un espace vectoriel réel V de dimension n ⩾ 2, hyperbolique dans la direction de a ≠ 0. On ne suppose pas que p soit strictement hyperbolique. On se donne b ∈ C(p, a).
a) Soit x ∈ V et s^∗ ∈ ℝ; on utilise les fonctions φ_j définies à la question III-11). Soit t^∗ une racine réelle de t ↦ p(s^∗ a − tb − x), de multiplicité r. Montrer qu'au plus r d'entre les fonctions φ_j prennent la valeur s^∗ en t^∗.
b) En déduire que p est hyperbolique dans la direction b.
Les preuves des autres résultats de la partie III restant valables, on pourra utiliser par la suite le fait que
  • x ↦ λ_1(x, a) est concave et C(p, a) est un cône convexe ;
  • si b ∈ C(p, a), alors C(p, b) = C(p, a).

V L'inégalité de Gårding sur le cône C(p, a)

Soit V un espace vectoriel réel de dimension finie n et d ⩾ 2 un entier. Une application
M : V^d = V × … × V_()_(d copies) → ℝ
est dite symétrique si
M(x_(σ(1)), …, x_(σ(d))) = M(x_1, …, x_d)
pour tous vecteurs x_1, …, x_d ∈ V et pour toute permutation σ de [ [1, n] ].
Une forme d-linéaire symétrique est une application M comme ci-dessus, qui satisfait de plus
M(λx_1 + μy_1, x_2, …, x_d) = λM(x_1, x_2, …, x_d) + μM(y_1, x_2, …, x_d),
pour tous vecteurs y_1, x_1, …, x_d ∈ V et pour tous λ, μ ∈ ℝ.
Soit M une forme d-linéaire symétrique. La fonction p définie par
p(x) = M(x, …, x), ∀x ∈ V
est alors polynomiale, homogène de degré d. On suppose que p est hyperbolique dans la direction de a, un vecteur non nul.
20) Soit b ∈ C(p, a).
a) Prouver l'identité dM(x, b, …, b) = p(b)∑_(j = 1)^d λ_j(x, b), ∀x ∈ V.
b) En déduire que M(a, b, …, b) ⩾ p(a)^(1/d)p(b)^((d − 1)/d).
On pourra admettre sans démonstration l'inégalité arithmético-géométrique : si u_1, …, u_d sont des nombres réels positifs, alors
1/d(u_1 + … + u_d) ⩾ (u_1…u_d)^(1/d)
  1. Vérifier que x ↦ M(a, x, …, x) est un polynôme hyperbolique sur V, dans la direction de a.
  2. Montrer que pour tout choix des vecteurs x^1, …, x^d dans C(p, a), on a
M(x^1, …, x^d) ⩾ ∏_(j = 1)^d p(x^j)^(1/d)
On pourra faire un raisonnement par récurrence sur le degré d.
23) Applications :
a) Soit m ⩾ 1 et B la forme polaire d'une forme quadratique q définie positive sur ℝ^n. Soit α, β ∈ ℝ et u, v ∈ ℝ^n. Si α > √(q(u)) et β > √(q(v)), montrer que
αβ − B(u, v) ⩾ √((α^2 − q(u))(β^2 − q(v))).
b) Si A ∈ M_d(ℝ) est une matrice carrée, on définit son permanent
per(A) = ∑_(ρ ∈ Bij_d)a_(1ρ(1))…a_(dρ(d)),
où Bij_d désigne l'ensemble des bijections de {1, …, d} dans lui-même. Si A est à coefficients positifs, montrer l'inégalité
per(A) ⩾ (d!)(∏_(1 ⩽ i, j ⩽ d)a_(ij))^(1/d)

VI Concavité de p^(1/d) sur le cône C(p, a)

On reprend les notations de la partie V. On pourra admettre que pour tout polynôme homogène p de degré d sur V, il existe une forme d-linéaire symétrique M sur V telle que p(x) = M(x, …, x) pour tout x dans V.
24) Soit x, y ∈ C(p, a). En exprimant p(x + y) au moyen de M, montrer que
p(x + y) ⩾ (p(x)^(1/d) + p(y)^(1/d))^d.
En déduire que la fonction x ↦ p(x)^(1/d) est concave sur C(p, a).
25) Montrer que l'ensemble des matrices symétriques définies positives à d lignes et d colonnes est un cône convexe, sur lequel l'application S ↦ (detS)^(1/d) est concave.

VII Inégalités de Weyl

On considère dans cette partie un polynôme homogène p sur un espace vectoriel V de dimension n ⩾ 3. On suppose que p est strictement hyperbolique (voir III pour cette notion) dans la direction de a, de degré d ⩾ 2. Comme on ne considérera pas d'autre direction d'hyperbolicité que a , on notera λ_r(x) au lieu de λ_r(x, a). On se donne trois indices i, j, k ∈ [ [1, d] ] vérifiant j ⩽ i et k + 1 = i + j. On suppose, jusqu'à la question 30 qu'il existe deux vecteurs x, y ∈ V tels que
λ_k(x + y) < λ_i(x) + λ_j(y).
  1. Montrer que nécessairement, k ⩾ 2.
  2. Montrer qu'il existe u, v ∈ V satisfaisant
λ_k(u + v) < λ_i(u), λ_r(v) < 0 si r < j, λ_r(v) > 0 si r ⩾ j.
  1. On choisit un élément λ^∗ de l'intervalle ]λ_k(u + v), λ_i(u) [, et on considère les fonctions φ_r : ℝ → ℝ définies par φ_r(t) = λ_r(u + tv), r ∈ [ [1, d] ]. En examinant les valeurs de φ_r en t = 0, t = 1 et au voisinage de ± ∞, donner un minorant du nombre de solutions de l'équation φ_r(t) = λ^∗. Ce minorant dépend de l'indice r.
  2. a) En déduire que le nombre de racines du polynôme t ↦ p(λ^∗ a − u − tv) est minoré par
D =, card([ [j, d] ] ∩ [ [1, d + 1 − j] ]); + card([ [1, j − 1] ] ∩ [ [d + 2 − j, d] ]); + 2card([ [1, j − 1] ] ∩ [ [1, d + 1 − j] ] ∩ [ [i, d] ]); + 2card([ [j, d] ] ∩ [ [d + 2 − j, d] ] ∩ [ [1, k] ]); + 2card([ [j, d] ] ∩ [ [1, d + 1 − j] ] ∩ [ [i, k] ]).
b) Simplifier cette identité en
D = card([ [j, d + 1 − j] ]) + 2card([ [d + 2 − j, k] ]) + 2card([ [j, d + 1 − j] ] ∩ [ [i, k] ]).
  1. Montrer que D = d + 2.
  2. Finalement, en conclure que si des entiers i, j, ℓ ∈ [ [1, d] ] sont tels que ℓ ⩾ i + j − 1, alors on a
λ_ℓ(x + y) ⩾ λ_i(x) + λ_j(y), ∀x, y ∈ V.
  1. Cette inégalité est-elle encore vraie lorsque le polynôme hyperbolique p n'est pas strictement hyperbolique?

Corrigé

Préambule

  1. Décomposer P en monômes. On obtient ∑_(j = 1)^n v_j(∂P)/(∂x_j)(v) = dP(v).
  2. p(ta − x) = ∑_m λ_m(ta_1 − x_1)^(m_1)…(ta_n − x_n)^(m_n) = t^d p(a) + (termes de degré inférieur). Donc p(ta − x) est de degré d en t; il admet exactement d racines dans ℂ et on sait qu'elles sont réelles.
  3. p(ta − x) = p(a)(t − λ_1(x, a))…(t − λ_d(x, a)) donc p(− x) = (− 1)^d p(a)∏_(j = 1)^d λ_j(x, a) et
p(x) = (− 1)^d p(− x) = p(a)∏_(j = 1)^d λ_j(x, a)
Pour s ≠ 0,
p(a)∏_j(t − λ_j(sx, a)), = p(ta − sx); = s^d p((t/s)a − x); = s^d p(a)∏_j((t/s) − λ_j(x, a)); = p(a)∏_j(t − sλ_j(x, a))
Par identifications des factorisations de p(ta − x), les listes (λ_j(sx, a)) et (sλ_j(x, a)) coïncident à l'ordre près, ce qui donne :
λ_j(sx, a) = sλ_j(x, a) si s > 0, λ_j(sx, a) = sλ_(d + 1 − j)(x, a) si s < 0, λ_j(sx, a) = 0 si s = 0.
On obtient de même λ_j(x + sa, a) = λ_j(x, a) + s.

I Exemples

  1. C'est un polynôme homogène de degré m vu la formule développée du déterminant. Il est hyperbolique dans la direction de I (matrice identité) d'après le théorème spectral.
  2. q(ta − x) = t^2 q(a) − 2tf(a, x) + q(x) où f est la forme bilinéaire symétrique polaire de q. On a des racines réelles si et seulement si le discriminant est positif ou nul, soit f^2(a, x) ⩾ q(a)q(x).
    Soit a tel que q(a) > 0 et H = {x tq f(a, x) = 0}. C'est un hyperplan supplémentaire de ⟨a⟩ (l'espace vectoriel engendré par a ) et on veut entre autres q(a)q(x) ⩽ 0 pour tout x ∈ H. En notant ( e_1, …, e_n ) la base canonique de ℝ^n, il est nécessaire que H ∩ ⟨e_1, …, e_k⟩ = {0}. Ces deux espaces sont alors en somme directe ce qui implique par calcul de dimension : k ⩽ 1 donc k = 1. Réciproquement, avec k = 1, q(te_1 − x) = (t − x_1)^2 − (x_2^2 + … + χ_n^2) admet bien deux racines réelles donc q est hyperbolique dans la direction de e_1.
Pour a tel que q(a) < 0, on trouve de même que si q est hyperbolique dans la direction de a alors k + 1 = n (donc n ⩾ 2 ), et lorsque cette condition est satisfaite, q est hyperbolique dans la direction de e_n.
En conclusion, q est hyperbolique dans une direction convenable si et seulement si k = 1 ou k = n − 1.
6) q(x) = ∑_(j = 1)^n a_j(∂p)/(∂x_j)(x) est bien un polynôme en x homogène de degré d − 1, non nul en a (cf. P-1)), et on a par différentiation composée: q(ta − x) = d/(dt)(p(ta − x)). Notons t_1 < … < t_k les racines sans répétition de t ↦ p(ta − x), de multiplicités m_1, …, m_k. Avec le théorème de Rolle, t ↦ q(ta − x) admet une racine dans chaque intervalle ]t_i, t_(i + 1) [, et de plus t_i est aussi racine de ce polynôme avec la multiplicité
m_i − 1 lorsque m_i ⩾ 2. On a ainsi trouvé (k − 1) + (m_1 − 1) + … + (m_k − 1) = m_1 + … + m_k − 1 = d − 1 racines pour t ↦ q(ta − x), ce qui prouve l'hyperbolicité.
7) Itération de 6) à partir du polynôme q(x) = x_1…x_n, manifestement hyperbolique dans la direction de e.

II Continuité des racines

  1. Si F(x)↛_(x → x¯)F(x¯) on peut trouver ε > 0 et une suite ( x^m ) convergeant vers x¯ telle que ‖F(x^m) − F(x¯)‖ ⩾ ε pour tout m. C'est en contradiction avec l'hypothèse de l'énoncé.
  2. a) p(ta − x) = t^d p(a) + polynôme (t, x) = t^d p(a)(1 + polynôme (1/t, x)).
    x variant dans un ensemble borné, il existe M tel que pour tout x et pour tout t avec |t| ⩾ 1, on a
|p(ta − x)| ⩾ |t|^d|p(a)|(1 − M/|t|).
En particulier, pour |t| ⩾ 1 et |t| > M, t n'est pas racine. Ainsi, pour tout χ (dans un ensemble borné) et pour tout j, on a |λ_j(x, a)| ⩽ max(1, M).
b) On suppose χ^m → χ et on extrait une sous-suite ( χ^(φ(k)) ) telle que pour tout 𝔧, la suite λ_j(χ^(φ(k)), a) est convergente, de limite μ_j. Les limites croissent avec j comme le font les λ_j(x^(φ(k)), a) à k fixé.
Pour t ∈ ℝ fixé on a p(ta − x^(φ(k))) = p(a)∏_j(t − λ_j(x^(φ(k)), a)) ⟶ _(k → ∞)p(a)∏_j(t − μ_j). p est continue car polynomiale, donc cette limite est égale à p(ta − x), ce qui prouve que μ_j = λ_j(x, a) pour tout j. On peut alors conclure à la continuité de Λ avec 8 ).

III Le cône du futur

  1. λ_1((1 − t)a + tx, a) = 1 − t + λ_1(tx, a) = 1 − t + tλ_1(x, a) > 0 pour t ∈ [0, 1] et x ∈ C(p, a). Ceci prouve le caractère étoilé par rapport à a. On a vu en I-6) que les racines de t ↦ a ⋅ ∇p(ta − x) sont comprises entre les deux racines extrêmes de t ↦ p(ta − x), en particulier elles sont toutes strictement positives si λ_1(x, a) > 0, d'où l'inclusion C(a ⋅ ∇p, a) ⊃ C(p, a).
  2. Pour t > 0, λ_j(tb + x, a) = tλ_j(b + x/t, a) = tλ_j(b, a) + o_(t → + ∞)(t) par continuité de λ_j(., a) en b. Donc φ_j(t)→−_(t → + ∞)^ + ∞. On montre de même que φ_j(t)→−_(t → − ∞)^⟶ − ∞. Par continuité, l'image de φ_j est un intervalle ; c'est ] − ∞, + ∞[.
    φ_j(t) = φ_k(t) avec j ≠ k implique que tb + x soit colinéaire à a, soit x ∈ ⟨a, b⟩. Réciproquement, si x = αa + βb alors φ_j(− β) = λ_j(αa, a) = α, indépendant de j.
  3. Avec P-3), on a p(b) = p(a)∏_(j = 1)^d λ_j(b, a) donc p(b) ≠ 0. Ensuite, p(tb + x) = p(a)∏_(j = 1)^d φ_j(t) s'annule à chaque fois qu'une des fonctions φ_j s'annule.
    Si x ∉ ⟨a, b⟩, les φ_j ont chacune au moins une racine et n'ont pas de racine en commun, donc le polynôme t ↦ p(tb + x) admet au moins d racines réelles distinctes.
    Si x = αa + βb, on a λ_j(tb + x, a) = λ_j((t + β)b + αa, a) = (t + β)λ_k(b, a) + α avec k = j si t ⩾ β et k = d + 1 − j si t < − β. Les racines de t ↦ p(tb + x) sont donc les réels − β − α/λ_k(b, a), k ∈ [ [1, d] ] (elles sont toutes du même côté de − β, côté fonction du signe de α ). Elles sont distinctes lorsque α ≠ 0 et b ∉ ⟨a⟩ par stricte hyperbolicité de p dans la direction a.
    Il reste à étudier les cas x = βb et x = αa + βb avec b ∈ ⟨a⟩. Dans ces deux cas, x est colinéaire à b et t ↦ p(tb + x) admet d racines confondues.
    En changeant x en − x, on a ainsi prouvé la stricte hyperbolicité de p dans la direction b.
  4. Pour x ∉ ⟨a, b⟩, chaque φ_j s'annule exactement une fois (sinon on a trop de racines pour t ↦ p(tb + x) ). Comme λ_j(tb + x − sa, a) = φ_j(t) − s et tb + x − sa ∉ ⟨a, b⟩, chaque φ_j prend exactement une fois la valeur s, et ce pour tout s ∈ ℝ. Ainsi les φ_j sont des bijections de ℝ sur ℝ. Étant continues, elles sont strictement monotones et vu les limites en ± ∞ elles sont strictement croissantes.
    Pour x = αa + βb, on a vu que φ_j est une fonction continue affine par morceaux de coefficients directeurs strictement positifs ; elle est strictement croissante.
  5. Supposons dans un premier temps que λ_1(y, a) = 0 : pour α > 0 on a b = y + αa ∈ C(p, a), donc t ↦ λ_1(tb + x, a) est strictement croissante comme on l'a vu à la question précédente. Lorsque α → 0^+, on a λ_1(tb + x, a) → λ_1(ty + x, a) par continuité de λ_1 et donc t ↦ λ_1(ty + x, a) est croissante au sens large en tant que limite simple de fonctions qui le sont.
    Dans le cas général ( λ_1(y, a) quelconque), on peut remplacer y par y − λ_1(y, a)a sans changer la quantité
f(t) = λ_1(ty + x, a) − tλ_1(y, a)
et on est ramené au cas particulier précédent.
Considérons à présent x, y ∈ V et t ∈ [0, 1[ on a :
λ_1((1 − t)x + ty, a), = (1 − t)λ_1(x + ty/(1 − t), a); = (1 − t)f(t/(1 − t)) + tλ_1(y, a); ⩾ (1 − t)f(0) + tλ_1(y, a); ⩾ (1 − t)λ_1(x, a) + tλ_1(y, a)
La concavité de x ↦ λ_1(x, a) et la convexité de C(p, a) s'ensuivent.
15) λ_1(x, b) est un réel t tel qu'il existe j ∈ [ [1, d] ] pour lequel λ_j(tb − x, a) = 0. Si l'on suppose t ⩽ 0 alors
0, = λ_j(tb − x, a); = (t − 1)λ_(d + 1 − j)((− t)/(1 − t)b + 1/(1 − t)x, a); ⩽ (t − 1)((− t)/(1 − t)λ_(d + 1 − j)(b, a) + 1/(1 − t)λ_(d + 1 − j)(x, a)); ⩽ tλ_(d + 1 − j)(b, a) − λ_(d + 1 − j)(x, a); < 0
ce qui est absurde.
16) On vient de voir que b ∈ C(p, a) ⇒ C(p, a) ⊂ C(p, b).
Comme a ∈ C(p, a), on a aussi b ∈ C(p, a) ⇒ a ∈ C(p, b) ⇒ C(p, b) ⊂ C(p, a).

IV Le cas général

  1. a) On écrit R(x, y) = ∑_(i, j)λ_(ij)x^i y^j et Q_0(t) = ∑_i μ_i t^i.
Alors x^m Q_0(y^α/x^β) = ∑_i μ_i x^(m − iβ)y^(iα) et l'on a α(m − iβ) + β(iα) = αm. Il s'agit donc de séparer les termes λ_(ij)x^i y^j de R(x, y) selon que αi + βj = m ou αi + βj > m. α, β sont à déterminer de sorte qu'il n'y ait pas de termes tels que αi + βj < m ayant un coefficient non nul. De plus, R_0 doit contenir au moins un terme λ_(ij)x^i y^j tel que λ_(ij) ≠ 0 et j > 0 (condition deg(Q_0) > 0 ).
Notons E l'ensemble des points ( i, j ) du plan pour lesquels λ_(ij) ≠ 0. C'est un ensemble fini, contenant au moins les deux points (m, 0) et (0, r) et ne contenant aucun point (i, 0) avec i < m. Considérons alors une droite variable D de pente strictement négative et passant par ( m, 0 ) : il existe une et une seule position de D pour laquelle tous les points de E sont au dessus de D et au moins un point autre que ( m, 0 ) est sur D : le point ( i, j ) en question est tel que la pente p = (i − m)/(j − 0) est maximale parmi celles qui sont strictement négatives. On écrit le rationnel p sous forme irréductible p = − α/β avec α, β > 0 premiers entre eux, donc D a pour équation cartésienne αx + βy = cste et la constante vaut αm puisque (m, 0) ∈ D. D étant ainsi choisie, la décomposition de R(x, y) s'ensuit et satisfait clairement aux conditions posées. Par ailleurs Q_0(0) = λ_(m, 0) ≠ 0.
b) R(zu^α, u^β) = u^(mα)z^m Q_0(1/z^β) + R_1(zu^α, u^β).
On pose Rˆ(z) = z^m Q_0(1/z^β) et S(z, u) = R_1(zu^α, u^β)/u^(αm + 1) = ∑_(αi + βj > αm)λ_(ij)z^i u^(αi + βj − αm − 1). R est bien un polynôme vu la contrainte sur deg(Q_0) et il est ni constant ni réduit à un seul monôme, donc il admet une racine complexe non nulle.
c) On applique le lemme de Rouché à u fixé avec P = Rˆ, Q(z) = uS(z, u) et ε ⩽ |ℑω| choisi de sorte que Rˆ(z) ≠ 0 si |z − ω| = ε. Un tel choix est possible puisque Rˆ a un nombre fini de racines. Par continuité et compacité, il existe M, N > 0 tels que |Q(z)| ⩽ M|u| et |P(z)| ⩾ N pour tout z tel que |z − ω| = ε et tout u tel que |u| ⩽ 1. Ainsi, pour |u| < min(1, N/M), on a bien sup|Q| < inf|P|.
18) a) Sinon on peut appliquer 17c) avec u réel non nul et x = zu^α ∉ ℝ.
b) On pose z^′ = ze^(2iαπ/β) et u^′ = ue^(− 2iπ/β). Alors zu^α = z^′ u^(′α) = x et u^β = u^(′β) = y donc on a les décompositions :
R(x, y), = u^(αm)Rˆ(z) + u^(αm + 1)S(z, u); = u^(′αm)Rˆ(z^′) + u^(′αm + 1)S(z^′, u^′); = u^(αm)e^(− 2iα mπ/β)Rˆ(z^′) + u^(′αm + 1)S(z^′, u^′)
En simplifiant par u^(αm) et en prenant u = 0 = u^′, il vient: Rˆ(z) = e^(− 2iαmπ/β)Rˆ(z^′), ce qui prouve que l'ensemble des racines de Rˆ est invariant par la transformation z ↦ z^′. Il s'agit d'un ensemble de réels non tous nuls ; ceci impose e^(2iαπ/β) ∈ ℝ, soit β|2α et comme α ∧ β = 1, β est un diviseur de 2 .
c) Même méthode avec la transformation z^′ = ze^(iαπ/β) et u^′ = ue^(− iπ/β) soit (zu^α, u^β) = (z^′ u^(′α), − u^(′β)). On obtient alors que l'ensemble des racines de Rˆ est stable par multiplication par e^(iαπ/β), puis que β|α, d'où β|1.
d) En reprenant les notations de 17a), on a ( 0, r) ∈ E donc α0 + βr ⩾ αm, soit r ⩾ αm ⩾ m.
19) a) p(sa − tb − x) = p((s − s^∗_()_x)a + (t^∗ − t_()_Y)b + (s^∗ a − t^∗ b − x)) = R(X, Y).
On a R(0, 0) = p(s^∗ a − t^∗ b − x) = 0 et à Y fixé (soit à t fixé), les racines de X ↦ R(X, Y) sont toutes réelles. Donc la multiplicité de X = 0 comme racine de R(X, 0) est majorée par celle de Y = 0 comme racine de R(0, Y). La première multiplicité est le nombre de j tels que λ_j(t^∗ b + x) = s^∗, d'après la factorisation p(sa − tb − x) = p(a)∏_j(s − λ_j(t^∗ b + x)); la deuxième est r par définition.
b) On a toujours φ_j surjective (la démonstration vue en III-11) n'utilisait pas l'hypothèse de stricte hyperbolicité). De plus, d'après la question précédente, la somme des multiplicités des racines réelles de t ↦ p(tb − x) est supérieure ou égale au nombre total de racines pour l'ensemble des φ_j, donc supérieure ou égale au nombre de φ_j, soit d. Ainsi t ↦ p(tb − x) est scindé sur ℝ.

V L'inégalité de Gårding sur le cône C(p, a)

  1. a) p(tb − x) = M(tb − x, …, tb − x) = t^d p(b) − dt^(d − 1)M(x, b, …, b) + ( termes de degré ⩽ d − 2). La somme des racines de ce polynôme en t est ∑_(j = 1)^d λ_j(x, b) = dM(x, b, …, b)/p(b).
    b) M(a, b, …, b)/p(b) = (1/d)∑_j λ_j(a, b) ⩾ (∏_j λ_j(a, b))^(1/d) = (p(a)/p(b))^(1/d). On obtient l'inégalité demandée en supposant p(b) > 0, ou ce qui est équivalent, p(a) > 0. Il y a ici une erreur d'énoncé.
  2. C'est une conséquence de I-6) car a ⋅ ∇p(x) = dM(a, x, …, x).
  3. Pour d = 1 il y a égalité.
Si l'inégalité est vraie au degré d − 1, on l'applique au polynôme q(x) = M(x^1, x, …, x) en supposant p(a) > 0 :
  • x^1 ∈ C(p, a) donc q(x^1) = p(x^1) = p(a)∏_j λ_j(x^1, a) > 0;
  • x^2, …, x^d ∈ C(p, a) = C(p, x^1) ⊂ C(q, x^1).
Il vient :
M(x^1, x^2, …, x^d), ⩾ ∏_(j = 2)^d M(x^1, x^j, …, x^j)^(1/(d − 1)); ⩾ ∏_(j = 2)^d(p(x^1)^(1/d)p(x^j)^((d − 1)/d))^(1/(d − 1)); ⩾ p(x^1)^(1/d)∏_(j = 2)^d p(x^j)^(1/d)
  1. a) On a avec l'inégalité de Cauchy-Schwarz : αβ − B(u, v) ⩾ αβ − √(q(u))√(q(v)). Il reste donc à prouver que pour α, β, γ, δ réels positifs avec α > γ et β > δ, on a αβ − γδ ⩾ √((α^2 − γ^2)(β^2 − δ^2)).
    Une élévation au carré résout trivialement la question, mais le correcteur tient certainement à que l'on applique plutôt l'inégalité de la question précédente.
On considère donc la forme bilinéaire symétrique sur ℝ^2 définie par M(x, y) = x_1 y_1 − x_2 y_2. La forme quadratique associée est définie par p(x) = x_1^2 − x_2^2, polynôme hyperbolique dans la direction de e_1 = (1, 0).
C(p, e_1) = {x ∈ ℝ^2 tqt ↦ (t − x_1)^2 − χ_2^2 a ses racines strictement positives } = {χ ∈ ℝ^2 tqx_1 > |x_2|}, donc les vecteurs (α, γ) et (β, δ) appartiennent à C(p, e_1) et p(e_1) > 0, et
αβ − γδ = M((α, γ), (β, δ)) ⩾ √(p((α, γ))p((β, δ))) = √((α^2 − γ^2)(β^2 − δ^2)).
b) Ici aussi, on obtient trivialement cette inégalité en appliquant l'inégalité arithmético-géométrique à la quantité per(A)/d!, et on va présenter une solution plus compliquée mais plus dans l'esprit du sujet.
Posons pour χ^1, …, χ^d ∈ ℝ^d : M(χ^1, …, χ^d) = per([χ^1, …, χ^d]) où [χ^1, …, χ^d] désigne la matrice d × d ayant χ^1, …, χ^d pour lignes. On a bien une forme d -linéaire symétrique, et le polynôme associé à M est défini par p(x) = d!x_1…x_d. Il est hyperbolique dans la direction e = (1, …, 1) avec p(e) > 0, et C(p, e) est l'ensemble des vecteurs à coordonnées strictement positives. Ainsi, lorsque toutes les coordonnées des vecteurs χ^1, …, χ^d sont strictement positives, on a
per([x^1, …, x^d]) ⩾ ∏_(j = 1)^d(d!∏_(i = 1)^d x_i^j)^(1/d) = d!(∏_(1 ⩽ i, j ⩽ d)x_i^j)^(1/d).
Si les vecteurs sont à coordonnées positives ou nulles mais non toutes strictement positives, le produit de droite est nul et l'inégalité est encore vraie.

VI Concavité de p^(1/d) sur le cône C(p, a)

  1. On suppose toujours p(a) > 0. On a :
p(x + y), = M(x + y, …, x + y); = ∑_(k = 0)^d(d/k)M(x, …, x_()_k, y, …, y_()_(d − k)); ⩾ ∑_(k = 0)^d(d/k)p(x)^(k/d)p(y)^((d − k)/d); ⩾ (p(x)^(1/d) + p(y)^(1/d))^d
Ensuite, pour x, y ∈ C(p, a) et t ∈ [0, 1] :
p((1 − t)x + ty) ⩾ (p((1 − t)x)^(1/d) + p(ty)^(1/d))^d = ((1 − t)p(x)^(1/d) + tp(y)^(1/d))^d
ce qui prouve la concavité de p^(1/d).
25) On prend p = det et a = I. C(p, a) est l'ensemble des matrices symétriques à valeurs propres strictement positives ; c'est l'ensemble des matrices symétriques définies positives.

VII Inégalités de Weyl

  1. Si k < 2 alors i + j < 3 donc i = j = k = 1 et on contredit la croissance de t ↦ λ_1(ty + x) − tλ_1(y) vue en III-14).
  2. Si y est colinéaire à a : y = αa alors λ_k(x + y) = λ_k(x) + α et λ_i(x) + λ_j(y) = λ_i(x) + α. Comme k ⩾ i, on a aussi λ_k(x) ⩾ λ_i(x), soit λ_k(x + y) ⩾ λ_i(x) + λ_j(y). Ce cas est donc impossible dans la situation envisagée. Ainsi, par stricte hyperbolicité, les nombres λ_r(y) sont distincts. On choisit α strictement compris entre λ_(j − 1)(y) et λ_j(y) (ou α < λ_1(y) si j = 1 ) et on pose u = x, v = y − αa. Avec ce choix, λ_r(v) = λ_r(y) − α a le signe voulu en fonction de r . De plus,
λ_k(u + v) − λ_i(u) = λ_k(x + y) − λ_i(x) − α = (λ_k(x + y) − λ_i(x) − λ_j(y))_()_(< 0) + (λ_j(y) − α)_()_(> 0, arbitrairement petit).
On règle α pour que cette dernière somme soit strictement négative.
28) On a vu en III-11) : λ_r(u + tv) = tλ_r(v) + o_(t → + ∞)(t) et λ_r(u + tv) = tλ_(d + 1 − r)(v) + o_(t → − ∞)(t). Donc φ_r a des limites infinies en ± ∞ dont les signes dépendent des positions de r par rapport à j et à d + 1 − j. De plus, φ_r(0) = λ_r(u) et φ_r(1) = λ_r(u + v) donc on peut comparer φ_r(0) et φ_r(1) à λ^∗ en fonction des positions de r par rapport à i et à k. Il y a ainsi seize cas à considérer :
− ∞ 0 1 + ∞
r ⩽ d + 1 − j r < i r ⩽ k r < j − ∞ - − ∞ N ⩾ 0
r ⩾ j − ∞ - + ∞ N ⩾ 1
r > k r < j − ∞ − ∞ N ⩾ 0
r ⩾ j − ∞ + ∞ N ⩾ 1
r ⩾ i r ⩽ k r < j − ∞ + - − ∞ N ⩾ 2
r ⩾ j − ∞ + - + ∞ N ⩾ 3
r > k r < j − ∞ + − ∞ N ⩾ 2
r ⩾ j − ∞ + + ∞ N ⩾ 1
r > d + 1 − j r < i r ⩽ k r < j + ∞ - − ∞ N ⩾ 1
r ⩾ j + ∞ - + ∞ N ⩾ 2
r > k r < j + ∞ − ∞ N ⩾ 1
r ⩾ j + ∞ + ∞ N ⩾ 0
r ⩾ i r ⩽ k r < j + ∞ + - − ∞ N ⩾ 1
r ⩾ j + ∞ + - + ∞ N ⩾ 2
r > k r < j + ∞ + − ∞ N ⩾ 1
r ⩾ j + ∞ + + ∞ N ⩾ 0
Dans les colonnes 0 et 1 , on a noté + pour φ_r(t) > λ^∗, - pour φ_r(t) < λ^∗ et rien si l'on ne connaît pas la position de φ_r(t) par rapport à λ^∗. La dernière colonne donne le minorant demandé.
29) a) Le nombre de racines est minoré par le nombre de couples ( r, t ) tels que φ_r(t) = λ^∗ d'après IV-19a). On doit donc calculer card {r tq N ⩾ 1} + 2card{rtqN ⩾ 2} + 3card{rtqN ⩾ 3}. En écrivant les seize cas du tableau précédent sous forme d'intersections d'intervalles et en regroupant les intersections ayant des facteurs en commun, il vient:
nb. racines ⩾, card([ [1, d + 1 − j] ] ∩ [ [1, i − 1] ] ∩ [ [j, d] ]); +, card([ [1, d + 1 − j] ] ∩ [ [i, d] ] ∩ [ [k + 1, d] ] ∩ [ [j, d] ]); +, card([ [d + 2 − j, d] ] ∩ [ [1, j − 1] ]); +, 2card([ [1, d + 1 − j] ] ∩ [ [i, d] ] ∩ [ [1, j − 1] ]); +, 2card([ [ d + 2 − j, d] ] ∩ [ [1, k] ] ∩ [ [j, d] ]); +, 3card([ [1, d + 1 − j] ] ∩ [ [i, d] ] ∩ [ [1, k] ] ∩ [ [j, d] ]).
On divise le 3 en 1 + 2 et on regroupe... cela donne le minorant de l'énoncé.
b) On a k = i + j − 1 ⩽ d donc j ⩽ i ⩽ d + 1 − j. Ainsi le deuxième cardinal de la formule précédente est nul. Le troisième l'est aussi car 𝔧 ⩽ i. Le quatrième se simplifie car [ [𝔧, d] ] ⊃ [ [d + 2 − 𝔧, d] ].
30) On utilise card([ [a, b] ] = b − a + 1 pour a ⩽ b et on distingue les cas k ⩽ d + 1 − j, k ⩾ d + 2 − j.
31) Le nombre de racines ne peut dépasser d. La situation envisagée est donc impossible, d'où
λ_ℓ(x + y) ⩾ λ_k(x + y) ⩾ λ_i(x) + λ_j(y)
en supposant j ⩽ i. Lorsque j > i, on peut permuter x et y.
32) Je ne sais pas.

Questions fréquentes

4 questions
Sur quels chapitres porte le sujet de maths D ENS MP 2013 (polynômes hyperboliques) ?
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Sur quels chapitres porte le sujet de maths D ENS MP 2013 (polynômes hyperboliques) ?

Il porte sur les polynômes homogènes à plusieurs variables, les formes multilinéaires symétriques, la réduction des matrices symétriques, la convexité et des arguments d'analyse complexe autour des racines de polynômes.

Les parties du sujet ENS maths D MP 2013 sont-elles indépendantes ?

Les parties s'enchaînent de façon cumulative : la théorie des polynômes hyperboliques construite dans le préambule et les parties I à IV est réutilisée pour démontrer les inégalités de Gårding, la concavité et les inégalités de Weyl dans les parties V à VII.

Quels résultats de cours faut-il connaître pour traiter ce sujet ?

Il faut maîtriser la réduction des matrices symétriques réelles, les polynômes à plusieurs variables, les notions de continuité et de convexité, ainsi que des bases d'analyse complexe sur les racines de polynômes.

Ce sujet généralise-t-il la notion de valeurs propres d'une matrice symétrique ?

Oui, les polynômes hyperboliques généralisent le polynôme caractéristique d'une matrice symétrique : leurs racines ordonnées jouent le rôle de valeurs propres généralisées, ce qui permet d'étendre au cadre abstrait des inégalités classiques comme celles de Weyl.

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