ENS Mathématiques D MP 2013Sujet et corrigé
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Polynômes hyperboliques : généralisation des valeurs propres et inégalités de Gårding et de WeylAfficher ou masquer la section
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Le sujet étudie les polynômes homogènes hyperboliques, notion qui généralise le polynôme caractéristique d'une matrice symétrique et ses valeurs propres réelles ordonnées. Il construit la théorie de ces polynômes (racines, continuité, cône de positivité), puis démontre deux résultats majeurs : l'inégalité de Gårding, analogue de l'inégalité arithmético-géométrique, et les inégalités de Weyl sur la somme des racines, avec des applications aux déterminants, permanents et matrices symétriques définies positives.
- 1PréambuleDéfinitions des polynômes homogènes et de la notion de polynôme hyperbolique dans une direction donnée, avec les propriétés élémentaires des racines associées.
- 2I ExemplesExemples fondamentaux de polynômes hyperboliques : le déterminant sur les matrices symétriques, certaines formes quadratiques et les polynômes symétriques élémentaires.
- 3II Continuité des racinesDémonstration de la continuité de l'application qui à un vecteur associe les racines ordonnées du polynôme hyperbolique associé.
- 4III Le cône du futurÉtude du cône C(p,a) des vecteurs où la plus petite racine est positive, démonstration de sa convexité et de la concavité de la plus petite racine.
- 5IV Le cas généralExtension des résultats précédents aux polynômes hyperboliques non strictement hyperboliques, à l'aide d'un argument de type théorème de Rouché.
- 6V L'inégalité de Gårding sur le cône C(p,a)Démonstration de l'inégalité de Gårding généralisant l'inégalité arithmético-géométrique aux polynômes hyperboliques, avec applications aux formes quadratiques et aux permanents de matrices positives.
- 7VI Concavité de p^(1/d) sur le cône C(p,a)Démonstration de la concavité de la racine d-ième d'un polynôme hyperbolique sur son cône, avec application au déterminant des matrices symétriques définies positives.
- 8VII Inégalités de WeylDémonstration des inégalités de Weyl reliant les racines ordonnées de p(x+y) à celles de p(x) et p(y), généralisant les inégalités connues pour les valeurs propres de matrices symétriques.
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École Normale Supérieure
Composition de Mathématiques D - (U)
Polynômes hyperboliques
Préambule
- Si
P ∈ Hom_d(ℝ^n) etv ∈ ℝ^n , calculer∑_(j = 1)^n v_j(∂P)/(∂x_j)(v) en fonction deP(v) .
2) Vérifier que dans cette définition, les racines de
- Exprimer
p(x) au moyen dep(a) et desλ_j(x, a) . Sis ∈ ℝ , exprimer en fonction du signe des lesλ_j(sx, a) et lesλ_j(x + sa, a) au moyen desλ_j(x, a) .
I Exemples
- Montrer que la fonction
S ↦ det(S) est un polynôme homogène sur l'espaceSym_𝔪(ℝ) des matrices symétriques réelles àm lignes etm colonnes, et que ce polynôme est hyperbolique dans une direction convenable. - Pour quelles valeurs de l'entier
k compris entre 1 etn , la forme quadratique
6) Si
7) Soit
II Continuité des racines
- Soit
n etd deux entiers strictement positifs, etF : ℝ^n → ℝ^d une fonction. On se donne un élémentx¯ deℝ^n . On suppose que, pour toute suite (x^m ) dansℝ^n qui converge versx¯ , il existe une sous-suite(x^(φ(k))) (avecφ strictement croissante) telle que la suite (F(x^(φ(k))) ) converge versF(x¯) . Montrer queF est continue enx¯ . - Soit
p ∈ Hom_d(V) un polynôme hyperbolique dans une directiona , oùd ⩾ 1 etdim(V) = n ⩾ 1 . On définit l'application
b) En utilisant la question 8), montrer que
III Le cône du futur
10) Vérifier que
11) Soit
12) En déduire que
13) Montrer que les
14) Soit
15) Soit
16) En déduire que si
IV Le cas général
Soient
17) Soit
a) Montrer qu'il existe des entiers
-
R(x, y) = R_0(x, y) + R_1(x, y) ; -
R_0(x, y) = x^m Q_0(y^α/x^β) , oùQ_0 ∈ ℂ[X] vérifie0 < βdeg(Q_0) ⩽ m ; -
R_1 est une combinaison linéaire de monômesx^i y^j pour lesquelsαi + βj ⩾ αm + 1 .
b) Monter qu'il existe des polynômes
c) Si
18) On reprend les notations de la question précédente et on suppose que lorsque y est réel, les racines de
a) Montrer que les racines de
b) Montrer que l'ensemble des racines de
c) En considérant aussi les points de la forme
d) En déduire que
19) Soit p un polynôme homogène de degré
a) Soit
b) En déduire que
-
x ↦ λ_1(x, a) est concave etC(p, a) est un cône convexe ; - si
b ∈ C(p, a) , alorsC(p, b) = C(p, a) .
V L'inégalité de Gårding sur le cône
C(p, a)
Une forme d-linéaire symétrique est une application
Soit
20) Soit
a) Prouver l'identité
b) En déduire que
- Vérifier que
x ↦ M(a, x, …, x) est un polynôme hyperbolique surV , dans la direction dea . - Montrer que pour tout choix des vecteurs
x^1, …, x^d dansC(p, a) , on a
23) Applications :
a) Soit
VI Concavité de
p^(1/d) sur le cône
C(p, a)
24) Soit
25) Montrer que l'ensemble des matrices symétriques définies positives à
VII Inégalités de Weyl
- Montrer que nécessairement,
k ⩾ 2 . - Montrer qu'il existe
u, v ∈ V satisfaisant
- On choisit un élément
λ^∗ de l'intervalle]λ_k(u + v), λ_i(u) [, et on considère les fonctionsφ_r : ℝ → ℝ définies parφ_r(t) = λ_r(u + tv), r ∈ [ [1, d] ] . En examinant les valeurs deφ_r ent = 0, t = 1 et au voisinage de± ∞ , donner un minorant du nombre de solutions de l'équationφ_r(t) = λ^∗ . Ce minorant dépend de l'indicer . - a) En déduire que le nombre de racines du polynôme
t ↦ p(λ^∗ a − u − tv) est minoré par
- Montrer que
D = d + 2 . - Finalement, en conclure que si des entiers
i, j, ℓ ∈ [ [1, d] ] sont tels queℓ ⩾ i + j − 1 , alors on a
- Cette inégalité est-elle encore vraie lorsque le polynôme hyperbolique
p n'est pas strictement hyperbolique?
Corrigé
Préambule
- Décomposer P en monômes. On obtient
∑_(j = 1)^n v_j(∂P)/(∂x_j)(v) = dP(v) . -
p(ta − x) = ∑_m λ_m(ta_1 − x_1)^(m_1)…(ta_n − x_n)^(m_n) = t^d p(a) + (termes de degré inférieur). Doncp(ta − x) est de degréd ent ; il admet exactementd racines dansℂ et on sait qu'elles sont réelles. -
p(ta − x) = p(a)(t − λ_1(x, a))…(t − λ_d(x, a)) doncp(− x) = (− 1)^d p(a)∏_(j = 1)^d λ_j(x, a) et
I Exemples
- C'est un polynôme homogène de degré
m vu la formule développée du déterminant. Il est hyperbolique dans la direction de I (matrice identité) d'après le théorème spectral. -
q(ta − x) = t^2 q(a) − 2tf(a, x) + q(x) oùf est la forme bilinéaire symétrique polaire deq . On a des racines réelles si et seulement si le discriminant est positif ou nul, soitf^2(a, x) ⩾ q(a)q(x) .
Soita tel queq(a) > 0 etH = {x tqf(a, x) = 0} . C'est un hyperplan supplémentaire de⟨a⟩ (l'espace vectoriel engendré para ) et on veut entre autresq(a)q(x) ⩽ 0 pour toutx ∈ H . En notant (e_1, …, e_n ) la base canonique deℝ^n , il est nécessaire queH ∩ ⟨e_1, …, e_k⟩ = {0} . Ces deux espaces sont alors en somme directe ce qui implique par calcul de dimension :k ⩽ 1 donck = 1 . Réciproquement, aveck = 1 ,q(te_1 − x) = (t − x_1)^2 − (x_2^2 + … + χ_n^2) admet bien deux racines réelles donc q est hyperbolique dans la direction dee_1 .
En conclusion,
6)
7) Itération de 6) à partir du polynôme
II Continuité des racines
- Si
F(x)↛_(x → x¯)F(x¯) on peut trouverε > 0 et une suite (x^m ) convergeant versx¯ telle que‖F(x^m) − F(x¯)‖ ⩾ ε pour toutm . C'est en contradiction avec l'hypothèse de l'énoncé. - a)
p(ta − x) = t^d p(a) + polynôme(t, x) = t^d p(a)(1 + polynôme(1/t, x)) .
x variant dans un ensemble borné, il existeM tel que pour toutx et pour toutt avec|t| ⩾ 1 , on a
b) On suppose
Pour
III Le cône du futur
-
λ_1((1 − t)a + tx, a) = 1 − t + λ_1(tx, a) = 1 − t + tλ_1(x, a) > 0 pourt ∈ [0, 1] etx ∈ C(p, a) . Ceci prouve le caractère étoilé par rapport àa . On a vu en I-6) que les racines det ↦ a ⋅ ∇p(ta − x) sont comprises entre les deux racines extrêmes det ↦ p(ta − x) , en particulier elles sont toutes strictement positives siλ_1(x, a) > 0 , d'où l'inclusionC(a ⋅ ∇p, a) ⊃ C(p, a) . - Pour
t > 0, λ_j(tb + x, a) = tλ_j(b + x/t, a) = tλ_j(b, a) + o_(t → + ∞)(t) par continuité deλ_j(., a) enb . Doncφ_j(t)→−_(t → + ∞)^ + ∞ . On montre de même queφ_j(t)→−_(t → − ∞)^⟶ − ∞ . Par continuité, l'image deφ_j est un intervalle ; c'est] − ∞, + ∞[ .
φ_j(t) = φ_k(t) avecj ≠ k implique quetb + x soit colinéaire àa , soitx ∈ ⟨a, b⟩ . Réciproquement, six = αa + βb alorsφ_j(− β) = λ_j(αa, a) = α , indépendant dej . - Avec P-3), on a
p(b) = p(a)∏_(j = 1)^d λ_j(b, a) doncp(b) ≠ 0 . Ensuite,p(tb + x) = p(a)∏_(j = 1)^d φ_j(t) s'annule à chaque fois qu'une des fonctionsφ_j s'annule.
Six ∉ ⟨a, b⟩ , lesφ_j ont chacune au moins une racine et n'ont pas de racine en commun, donc le polynômet ↦ p(tb + x) admet au moins d racines réelles distinctes.
Six = αa + βb , on aλ_j(tb + x, a) = λ_j((t + β)b + αa, a) = (t + β)λ_k(b, a) + α aveck = j sit ⩾ β etk = d + 1 − j sit < − β . Les racines det ↦ p(tb + x) sont donc les réels− β − α/λ_k(b, a), k ∈ [ [1, d] ] (elles sont toutes du même côté de− β , côté fonction du signe deα ). Elles sont distinctes lorsqueα ≠ 0 etb ∉ ⟨a⟩ par stricte hyperbolicité dep dans la directiona .
Il reste à étudier les casx = βb etx = αa + βb avecb ∈ ⟨a⟩ . Dans ces deux cas,x est colinéaire à b ett ↦ p(tb + x) admet d racines confondues.
En changeantx en− x , on a ainsi prouvé la stricte hyperbolicité dep dans la directionb . - Pour
x ∉ ⟨a, b⟩ , chaqueφ_j s'annule exactement une fois (sinon on a trop de racines pourt ↦ p(tb + x) ). Commeλ_j(tb + x − sa, a) = φ_j(t) − s ettb + x − sa ∉ ⟨a, b⟩ , chaqueφ_j prend exactement une fois la valeurs , et ce pour touts ∈ ℝ . Ainsi lesφ_j sont des bijections deℝ surℝ . Étant continues, elles sont strictement monotones et vu les limites en± ∞ elles sont strictement croissantes.
Pourx = αa + βb , on a vu queφ_j est une fonction continue affine par morceaux de coefficients directeurs strictement positifs ; elle est strictement croissante. - Supposons dans un premier temps que
λ_1(y, a) = 0 : pourα > 0 on ab = y + αa ∈ C(p, a) , donct ↦ λ_1(tb + x, a) est strictement croissante comme on l'a vu à la question précédente. Lorsqueα → 0^+ , on aλ_1(tb + x, a) → λ_1(ty + x, a) par continuité deλ_1 et donct ↦ λ_1(ty + x, a) est croissante au sens large en tant que limite simple de fonctions qui le sont.
Dans le cas général (λ_1(y, a) quelconque), on peut remplacery pary − λ_1(y, a)a sans changer la quantité
Considérons à présent
15)
16) On vient de voir que
IV Le cas général
- a) On écrit
R(x, y) = ∑_(i, j)λ_(ij)x^i y^j etQ_0(t) = ∑_i μ_i t^i .
Notons E l'ensemble des points (
b)
c) On applique le lemme de Rouché à
18) a) Sinon on peut appliquer 17c) avec
b) On pose
c) Même méthode avec la transformation
d) En reprenant les notations de 17a), on a (
19) a)
b) On a toujours
V L'inégalité de Gårding sur le cône
C(p, a)
- a)
p(tb − x) = M(tb − x, …, tb − x) = t^d p(b) − dt^(d − 1)M(x, b, …, b) + ( termes de degré⩽ d − 2) . La somme des racines de ce polynôme ent est∑_(j = 1)^d λ_j(x, b) = dM(x, b, …, b)/p(b) .
b)M(a, b, …, b)/p(b) = (1/d)∑_j λ_j(a, b) ⩾ (∏_j λ_j(a, b))^(1/d) = (p(a)/p(b))^(1/d) . On obtient l'inégalité demandée en supposantp(b) > 0 , ou ce qui est équivalent,p(a) > 0 . Il y a ici une erreur d'énoncé. - C'est une conséquence de I-6) car a
⋅ ∇p(x) = dM(a, x, …, x) . - Pour
d = 1 il y a égalité.
-
x^1 ∈ C(p, a) doncq(x^1) = p(x^1) = p(a)∏_j λ_j(x^1, a) > 0 ; -
x^2, …, x^d ∈ C(p, a) = C(p, x^1) ⊂ C(q, x^1) .
- a) On a avec l'inégalité de Cauchy-Schwarz :
αβ − B(u, v) ⩾ αβ − √(q(u))√(q(v)) . Il reste donc à prouver que pourα, β, γ, δ réels positifs avecα > γ etβ > δ , on aαβ − γδ ⩾ √((α^2 − γ^2)(β^2 − δ^2)) .
Une élévation au carré résout trivialement la question, mais le correcteur tient certainement à que l'on applique plutôt l'inégalité de la question précédente.
Posons pour
VI Concavité de
p^(1/d) sur le cône
C(p, a)
- On suppose toujours
p(a) > 0 . On a :
25) On prend
VII Inégalités de Weyl
- Si
k < 2 alorsi + j < 3 donci = j = k = 1 et on contredit la croissance det ↦ λ_1(ty + x) − tλ_1(y) vue en III-14). - Si
y est colinéaire àa :y = αa alorsλ_k(x + y) = λ_k(x) + α etλ_i(x) + λ_j(y) = λ_i(x) + α . Commek ⩾ i , on a aussiλ_k(x) ⩾ λ_i(x) , soitλ_k(x + y) ⩾ λ_i(x) + λ_j(y) . Ce cas est donc impossible dans la situation envisagée. Ainsi, par stricte hyperbolicité, les nombresλ_r(y) sont distincts. On choisitα strictement compris entreλ_(j − 1)(y) etλ_j(y) (ouα < λ_1(y) sij = 1 ) et on poseu = x, v = y − αa . Avec ce choix,λ_r(v) = λ_r(y) − α a le signe voulu en fonction de r . De plus,
28) On a vu en III-11) :
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29) a) Le nombre de racines est minoré par le nombre de couples (
b) On a
30) On utilise
31) Le nombre de racines ne peut dépasser d. La situation envisagée est donc impossible, d'où
32) Je ne sais pas.
Questions fréquentes
4 questionsSur quels chapitres porte le sujet de maths D ENS MP 2013 (polynômes hyperboliques) ?Afficher ou masquer la section
Questions fréquentes
4 questionsSur quels chapitres porte le sujet de maths D ENS MP 2013 (polynômes hyperboliques) ?
Il porte sur les polynômes homogènes à plusieurs variables, les formes multilinéaires symétriques, la réduction des matrices symétriques, la convexité et des arguments d'analyse complexe autour des racines de polynômes.
Les parties du sujet ENS maths D MP 2013 sont-elles indépendantes ?
Les parties s'enchaînent de façon cumulative : la théorie des polynômes hyperboliques construite dans le préambule et les parties I à IV est réutilisée pour démontrer les inégalités de Gårding, la concavité et les inégalités de Weyl dans les parties V à VII.
Quels résultats de cours faut-il connaître pour traiter ce sujet ?
Il faut maîtriser la réduction des matrices symétriques réelles, les polynômes à plusieurs variables, les notions de continuité et de convexité, ainsi que des bases d'analyse complexe sur les racines de polynômes.
Ce sujet généralise-t-il la notion de valeurs propres d'une matrice symétrique ?
Oui, les polynômes hyperboliques généralisent le polynôme caractéristique d'une matrice symétrique : leurs racines ordonnées jouent le rôle de valeurs propres généralisées, ce qui permet d'étendre au cadre abstrait des inégalités classiques comme celles de Weyl.
Pas de description pour le moment
