ENS Mathématiques Lyon Cachan MP PC 2004, épreuve LCSujet et corrigé
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Filière MP (groupes M/MP/MI)
Épreuve commune aux ENS de Lyon et Cachan
MATHÉMATIQUES
Durée : 4 heures
L'usage de calculatrices électroniques de poche à alimentation autonome, non imprimantes et sans document d'accompagnement, est autorisé. Cependant, une seule calculatrice à la fois est admise sur la table ou le poste de travail, et aucun échange n'est autorisé entre les candidats.
Soit
d un entier
≥ 1 . On note
M_d(C) l'espace des matrices
d × d à coefficients dans
C . Le produit scalaire hermitien dans
C^d est donné par
⟨x, y⟩ = ∑_(i = 1)^d x¯_i y_i . On munit
C^d de la norme
‖x‖ = ⟨x, x⟩^(1/2) et
M_d(C) de la norme
‖A‖ = sup_x(‖Ax‖)/(‖x‖) .
L'adjointe d'une matrice
A est la matrice
A^∗ dont les coefficients sont
(A^∗)_(i, j) = A_(j, i)^– . Une matrice
U est unitaire si
U^∗ U = UU^∗ = I , où
I est la matrice identité.
Une conjugaison unitaire est une application
φ de
M_d(C) dans lui-même de la forme
φ(A) = U^∗ AU où
U est une matrice unitaire. Une telle matrice
U est dite associée à
φ .
On appelle groupe d'Arveson une famille
(φ_t)_(t ∈ R) de telles conjugaisons unitaires qui est un groupe continu à un paramètre ; c'est-à-dire
-
φ_0(A) = A , pour toutA ∈ M_d(C) , -
φ_t ∘ φ_s = φ_(t + s) , pour touss, t ∈ R , -
(t ↦ φ_t(A)) est une application continue deR dansM_d(C) , pour toutA ∈ M_d(C) .
Si
T est un sous-groupe de
R , on appelle groupe unitaire (indexé par
T ), toute famille
(V_t)_(t ∈ T) de matrices unitaires telle que
i)V_0 = I ,
ii)V_(s + t) = V_s V_t , pour tous
s, t ∈ T .
i)
ii)
On dit que
(V_t)_(t ∈ T) est continu si de plus l'application (
t ∈ T ↦ V_t ) est continue, c'est-à-dire : pour tous
t ∈ T, ε > 0 , il existe
δ > 0 tel que
s ∈ T, |s − t| < δ impliquent
‖V_s − V_t‖ < ε .
Le but de ce problème est de démontrer le théorème suivant.
Théorème [Théorème d'Arveson en dimension finie] Pour tout groupe d'Arveson(φ_t)_(t ∈ R) , il existe un groupe unitaire continu
(V_t)_(t ∈ R) tel que
Théorème [Théorème d'Arveson en dimension finie] Pour tout groupe d'Arveson
pour tout
t ∈ R et tout
A ∈ M_d(C) .
On poseS^1 = {z ∈ C; |z| = 1} , le cercle unité de
C .
On pose
I. Cocycles
- a) Montrer que deux matrices unitaires
U etV sont associées à une même conjugaisonφ si et seulement siU = λV pour unλ ∈ S^1 .
b) Soit(φ_t)_(t ∈ R) un groupe d'Arveson. Montrer queφ_t est de la formeφ_t(A) = U_t^∗ AU_t où les matrices unitairesU_t vérifientU_(t + s) = α(t, s)U_t U_s pour une famille{α(s, t); s, t ∈ R} de points deS^1 telle que
pour tous
s, t, u ∈ R .
Une famille{α(s, t); s, t ∈ R} de points de
S^1 vérifiant les propriétés ci-dessus sera appelée cocycle.
2) On considère un cocycle quelconqueα et on note
α˜ la restriction de
α aux indices
s, t qui sont dans
N . On dit qu'une suite
(u_n)_(n ∈ N) dans
S^1 détermine
α˜ si
Une famille
2) On considère un cocycle quelconque
pour tous
n, m ∈ N .
a) Montrer que si(u_n)_(n ∈ N) et
(v_n)_(n ∈ N) sont deux suites qui déterminent
α˜ alors il existe
a ∈ S^1 tel que
u_n = a^n v_n pour tout
n ∈ N .
b) Montrer queα˜ est entièrement fixé lorsque l'on connaît les valeurs
α˜(1, n), n ∈ N .
c) En déduire qu'il existe toujours une suite(u_n)_(n ∈ N) qui détermine
α˜ .
3) a) Montrer que, pour toutk ∈ N , on peut construire une suite
(u_k^((n)))_(k ∈ N) qui détermine la famille
{α˜_n(ℓ, k) = α(ℓ/2^n; k/2^n); ℓ, k ∈ N} et telle que
a) Montrer que si
b) Montrer que
c) En déduire qu'il existe toujours une suite
3) a) Montrer que, pour tout
pour tout
n ∈ N .
b) En déduire qu'alorsu_(2k)^((n + 1)) = u_k^((n)) pour tous
k, n ∈ N .
c) SoitD_+ l'ensemble des nombres dyadiques positifs :
D_+ = {k/2^n; k, n ∈ N} (noter que
D_+ est stable par l'addition). Soit
α un cocycle, montrer qu'il existe une application
t ↦ u_t de
D_+ dans
S^1 telle que
b) En déduire qu'alors
c) Soit
pour tous
s, t ∈ D_+ .
4) Montrer que la famille(V_t = u_t U_t)_(t ∈ D_+) , est un semigroupe, c'est-à-dire
V_s V_t = V_(s + t) pour tous
s, t ∈ D_+ .
4) Montrer que la famille
On a ainsi construit un semigroupe de matrices unitaires
(V_t)_(t ∈ D_+) , telles que
φ_t(A) = V_t^∗ AV_t pour tout
t ∈ D_+ et tout
A ∈ M_d(C) .
5) SoitD ⊂ R le sous-groupe des nombres dyadiques (positifs ou négatifs) :
D = {k/2^n; k ∈ Z, n ∈ N} . Montrer qu'il existe un groupe unitaire
(V_t)_(t ∈ D) tel que
φ_t(A) = V_t^∗ AV_t pour tout
t ∈ D et tout
A ∈ M_d(C) .
6) Montrer que si le groupe(V_t)_(t ∈ D) , ci-dessus est continu alors le théorème d'Arveson est démontré.
5) Soit
6) Montrer que si le groupe
On va s'attacher dans la suite à obtenir cette continuité.
II. Continuité
On se donne maintenant un semigroupe quelconque de matrices unitaires
(V_t)_(t ∈ D_+) telles que
φ_t(A) = V_t^∗ AV_t pour tout
t ∈ D_+ , tout
A ∈ M_d(C) .
Dans ce qui suit, les limites portant sur
t s'entendent pour
t ∈ D_+ .
- a) Déduire de la propriété de continuité de
φ que pour toutΨ ∈ C^d de norme 1 on alim_(t → 0)|⟨Ψ, V_t Ψ⟩|^2 = 1 .
b) En déduire queV_t Ψ est de la formee^(iθ_t)Ψ + ε(t) aveclim_(t → 0)ε(t) = 0 . - Soit
Ψ etΨ^′ deux vecteurs deC^d , de norme 1 . On pose, pour toutt ∈ D_+ ,a_t = ⟨Ψ, V_t Ψ⟩ etb_t = ⟨Ψ^′, V_t Ψ^′⟩ . Montrer quelim_(t → 0)(a_t)/(b_t) = 1 . - En déduire que s'il existe un
Ψ ∈ C^d non nul tel quelim_(t → 0)V_t Ψ = Ψ alors cette propriété sera vraie pour toutΨ ∈ C^n .
Notre but est maintenant de démontrer qu'on peut changer
(V_t)_(t ∈ D_+) , pour qu'il existe un tel
Ψ .
III. Familles presque multiplicatives
Une famille
(a_t)_(t ∈ D_+) , de nombres complexes est dite multiplicative si
|a_t| = 1 pour tout
t ∈ D_+ et
a_t a_s = a_(s + t) pour tous
s, t ∈ D_+ ; presque multiplicative si
a_0 = 1, lim_(t → 0)|a_t| = 1 et
- Montrer que, pour tout
Ψ ∈ C^d , la famille(a_t = ⟨Ψ, V_t Ψ⟩)_(t ∈ D_+) , est presque multiplicative. - a) Soit
(a_t)_(t ∈ D_+) , une famille presque multiplicative. Montrer que la famille((a_t)/(|a_t|)) est encore presque multiplicative.
On suppose donc dans la suite que
|a_t| = 1 pour tout
t ∈ D_+ .
b) On poseb_1 = a_1 et on construit
1/(2^(n + 1)) , par récurrence sur
n , comme étant la racine carrée de
b_(1/(2^n)) la plus proche (pour la topologie usuelle de
C ) de
a_(1/(2^n + 1)) (dans le cas où les deux racines sont à la même distance, on choisit n'importe laquelle des deux). Enfin, pour tout
t = k/2^n on pose
b_t = (b_(1/(2^n)))^k .
b) On pose
Montrer que cette définition ne dépend pas de la manière d'écrire
t sous la forme
k/2^n et qu'elle définit une famille multiplicative
b_t, t ∈ D_+ .
c) Montrer que
c) Montrer que
Indication : soit
c_n = (a1/(2^n))/(b1/(2^n)) , montrer que
Rec_n ≥ 0 et que
(c_n)/(c_(n + 1)^2) → 1 .
3) Soit(a_t)_(t ∈ D_+) , une famille presque multiplicative telle que
a_(1/(2^n)) tend vers 1 quand
n tend vers
+ ∞ . On veut montrer l'inégalité suivante pour
n assez grand:
3) Soit
où
d est la distance usuelle sur
S^1 : d(z_1, z_2) = |arg(z_1/z_2)| , tous les arguments étant pris dans
] − π, π] . Dans la suite, on a choisi un
N ∈ N tel que le membre de droite de (1) soit majoré par
π/10 pour tout
n ≥ N . On suppose, pour simplifier, que
N = 1 .
a) Montrer qu'on peut se ramener au casa_1 = 1 et à montrer seulement :
a) Montrer qu'on peut se ramener au cas
b) Soit
ε = sup_(s, t ∈ [0, 1] ∩ D_+)d(a_(s + t), a_s a_t) . Supposons que
sup_(t ∈ [0, 1/2] ∩ D_+)d(a_t, 1) > 2ε . Montrer qu'il existe un plus petit
n_0 ∈ N tel qu'il existe un
k ∈ {0, …, 2^(n_0 − 1)} avec
d(a_(k/(2^n 0)), 1) > 2ε .
Soit
k_0 le plus petit tel
k . Soit
θ_t ∈ ] − π, π] l'argument de
a_t, t ∈ D_+ . Supposons que
θ_((k_0)/(2^(n_0))) > 0 pour fixer les idées.
c) Montrer queθ_((k_0)/(2^(n_0))) > 2ε et
|θ_(j/(2^(n_0)))| ≤ 2ε si
j ∈ {0, …, k_0 − 1} .
d) Montrer queθ_((2k_0)/(2^n 0)) > 3ε .
e) Montrer quek_0/2^(n_0) ∈ ]1/4, 1/2] .
f) En distinguant les deux cas suivants :(2k_0)/(2^(n_0)) ≤ 1 < (3k_0)/(2^(n_0)) et
(3k_0)/(2^(n_0)) ≤ 1 < (4k_0)/(2^(n_0)) , montrer que
θ_1 > 0 ou que
θ_((3k_0)/(2^n 0)) > 4ε (respectivement). En déduire une contradiction et que (1) est démontré.
g) En déduire que pour toute famille presque multiplicative(a_t)_(t ∈ D^+) , il existe une famille multiplicative
(b_t)_(t ∈ D^+) , telle que
lim_(t → 0)(a_t)/(b_t) = 1 .
4) Terminer la démonstration du théorème d'Arveson.
c) Montrer que
d) Montrer que
e) Montrer que
f) En distinguant les deux cas suivants :
g) En déduire que pour toute famille presque multiplicative
4) Terminer la démonstration du théorème d'Arveson.
Pas de description pour le moment
