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SESSION 2001

Filière MP

MATHÉMATIQUES

Épreuve commune aux ENS: Ulm et Cachan

Durée : 4 heures

L'usage de calculatrices électroniques de poche à alimentation autonome, non imprimantes et sans document d'accompagnement, est autorisé. Cependant, une seule calculatrice à la fois est admise sur la table ou le poste travail, et aucun échange n'est autorisé entre les candidats.
Préambule
On assimile les éléments de ℝ^n à des vecteurs colonnes
x = (x_1; ⋮; x_n)
La transposée d'une matrice A est notée ^t A.
Pour x, y ∈ ℝ^n, on note ⟨x, y⟩ le produit scalaire euclidien entre x et y :
⟨x, y⟩ = ∑_(i = 1)^n x_i y_i = ^t xy
et ‖x‖ la norme euclidienne associée.
On note S_n l'ensemble des matrices symétriques réelles n × n, muni de la norme
‖H‖ = max{‖H ⋅ x‖ : x ∈ ℝ^n et ‖x‖ = 1}
On ne demande pas de vérifier qu'il s'agit d'une norme.
Une distance sur un ensemble E est une application d : E × E → [0, + ∞[ telle que:
  • ∀x, y ∈ E : d(x, y) = 0 ⇔ x = y
  • ∀x, y ∈ E : d(x, y) = d(y, x)
  • ∀x, y, z ∈ E : d(x, y) ≤ d(x, z) + d(z, y)
Si F est une fonction de classe C^1 de ℝ^n dans ℝ, et x ∈ ℝ^n, on note ∇F(x) le gradient de F, vecteur colonne dont la ième coordonnée est la dérivée partielle (∂F)/(∂x_i) évaluée en x.
On dit qu'un sous-ensemble Ω ⊂ ℝ^n est connexe par arcs si pour tous a, b ∈ Ω, il existe une fonction continue f : [0, 1] → ℝ^n telle que f(0) = a, f(1) = b et pour tout t ∈ [0, 1] : f(t) ∈ Ω.
Les différentes parties peuvent être traitées indépendamment les unes des autres, en admettant au besoin les résultats de la partie II pour les parties III et IV.

Partie I

Dans cette partie, I est un intervalle ouvert de ℝ et ρ une fonction strictement positive, de classe C^1 définie sur I. Pour tous points a et b dans I, on note G_(a, b) l'ensemble des fonctions f, de classe C^1 définies sur [0, 1], à valeurs dans I, telles que f(0) = a et f(1) = b.
Pour toute fonction f de classe C^1 définie sur [0, 1], à valeurs dans I, on note
E_1(f) = ∫_0^1 f^′(t)^2 dt
et
E_ρ(f) = ∫_0^1 f^′(t)^2 ρ(f(t))dt
  1. Montrer que pour toute fonction q continue de [0, 1] dans ℝ, on a
∫_0^1 q(t)^2 dt ≥ (∫_0^1 q(t)dt)^2
et discuter des cas d'égalité.
2) En déduire l'existence et la valeur de
min{√(E_1(g)) : g ∈ G_(a, b)}
et montrer que la fonction f réalisant ce minimum est unique.
3) Montrer qu'il existe ψ de classe C^2, strictement croissante, définie sur I, à valeurs réelles, telle que, pour toute fonction f ∈ G_(a, b) :
E_ρ(f) = ∫_0^1[(ψ ∘ f)^′(t)]^2 dt
  1. On suppose fixée une telle fonction ψ. Montrer que, pour tous a, b dans I :
min{√(E_ρ(f)) : f ∈ G_(a, b)} = |ψ(a) − ψ(b)|
Montrer que ce minimum est atteint en une unique fonction f_(a, b) que l'on calculera.
5) Montrer que f_(a, b) est de classe C^2 et solution sur [0, 1] de l'équation différentielle
2y^(′′)ρ(y) + (y^′)^2 ρ^′(y) = 0

Partie II

On pose, pour tout t ∈ ℝ
h(t) = {exp[ − (t^2)/(1 − t^2)], si t ∈ ] − 1, 1[; 0 sinon
On notera C_h = ∫_(− 1)^1 h(t)dt
Pour t_0 ∈ ℝ et ε > 0, on définit sur ℝ la fonction h_(t_0, ε) par
h_(t_(0, ε))(t) = 1/(C_h ε)h((t − t_0)/ε)
On admettra que h est une fonction de classe C^∞ sur ℝ.
  1. Soit n un entier strictement positif. Montrer que si f est une fonction continue de [0, 1] dans ℝ^n, alors, pour t_0 ∈ ]0, 1[, il existe ε_0 > 0 tel que, si ε ∈ ]0, ε_0[
∫_0^1 h_(t_0, ε)(t)f(t)dt = 1/(C_h)∫_(− 1)^1 h(t)f(εt + t_0)dt
et en déduire la limite, lorsque ε tend vers 0 , de
∫_0^1 h_(t_0, ε)(t)f(t)dt
  1. Soit T l'ensemble des applications φ de classe C^1 sur [0, 1], à valeurs réelles, telles que φ(0) = φ(1) = 0. Montrer que si f est une fonction continue de [0, 1] dans ℝ^n telle que, pour toute fonction φ ∈ T
∫_0^1 φ(t)f(t)dt = 0
alors f(t) = 0 pour tout t ∈ [0, 1].
3) Si t_0 et t_1 sont deux éléments de ]0, 1[, montrer que pour ε > 0 assez petit, il existe une fonction φ ∈ T telle que
φ^′(t) = h_(t_1, ε)(t) − h_(t_0, ε)(t)
  1. En déduile que si f est une fonction continue sur [0, 1], à valeurs dans ℝ^n, telle que, pour tout φ ∈ T :
∫_0^1 φ^′(t)f(t)dt = 0
alors f est constante sur [0, 1].
5) a) Mortrer que si f et g sont deux fonctions continues sur [0, 1], à valeurs dans ℝ^n, , iles que, pour tout φ ∈ T :
∫_0^1 φ^′(t)f(t)dt + ∫_0^1 φ(t)g(t)dt = 0
alors f at de classe C^1 et, pour tout t ∈ [0, 1] :
f^′(t) = g(t)
b) Montrer que si f et g sont deux fonctions continues sur [0, 1], à valeurs dans 𝕀𝕣^n telles que, pour toute fonction ψ, de classe C^1 sur [0, 1], à valeurs dans ℝ^n avec ψ(0) = ψ(1) = 0, on ait
∫_0^1⟨f(t), ψ^′(t)⟩dt + ∫_0^1⟨g(t), ψ(t)⟩dt = 0
la mê⿴囗ue conclusion est vraie: f est de classe C^1 et, pour tout t ∈ [0, 1] :
f^′(t) = g(t)
  1. Soit δ un réel strictement positif, et f_∗ une fonction continue de [ − δ, 1 + δ] dans ℝ^n. On considère la fonction définie sur [ 0,1 ] par
g_ε(t_0) = ∫_(− δ)^(1 + δ)h_(t_0, ε)(t)f_∗(t)dt
a) Montrer que g_ε est de classe C^1 sur ℝ.
b) Montrer que pour tout α > 0, on peut choisir ε tel que
max{‖g_ε(t) − f_∗(t)‖ : t ∈ [0, 1]} ≤ α
c) Montrer que pour toute fonction f continue sur [0, 1] et pour tout α > 0 il xiste une fonction g de classe C^1 sur [0, 1] telle que
max{‖g(t) − f(t)‖ : t ∈ [0, 1]} ≤ α
d) Montrer que pour toute fonction f continue sur [0, 1] et pour tout α > 0 il existe une fonction g de classe C^1 sur [0, 1] telle que g(0) = f(0), g(1) = f(1) et
max{‖g(t) − f(t)‖ : t ∈ [0, 1]} ≤ α

Partie III

Soit n ≥ 1, Ω un ouvert connexe par arcs de ℝ^n et ρ une fonction réelle strictement positive, de classe C^1 définie sur Ω. Pour tous points a et b dans I, F_(a, b) désigne l'ensemble des fonctions f, de classe C^1 définies sur [0, 1], à valeurs dans Ω, telles que f(0) = a et f(1) = b.
Pour toute fonction f de classe C^1 définie sur [0, 1], à valeurs dans Ω, on note
E_ρ(f) = ∫_0^1‖f^′(t)‖^2 ρ(f(t))dt
  1. a) Pour tout x ∈ Ω, on pose
δ(x) = inf{‖x − y‖, y ∉ Ω}
Montrer que δ est strictement positive et continue sur Ω.
b) Montrer que pour toute fonction f continue de [0, 1] dans Ω, il existe α > 0 tel que, pour tout t ∈ [0, 1], la boule fermée de centre f(t) et de rayon α est incluse dans Ω.
c) Montrer, en utilisant la question II-6, que F_(a, b) est non-vide, quels que soient a et b dans Ω.
d) Montrer que pour toute fonction f ∈ F_(a, b) et pour toute fonction φ de classe C^1 de [0, 1] dans ℝ^n telle que φ(0) = φ(1) = 0, il existe β_0 > 0 tel que, pour tout β ∈ [ − β_0, β_0] :
f + βφ ∈ F_(a, b)
  1. f, φ et β_0 étant comme en III-1-d), on définit, pour β ∈ [ − β_0, β_0] :
Ψ(β) = E_ρ(f + βφ)
Montrer que Ψ est de classe C^1 et calculer sa dérivée.
3) On suppose maintenant qu'il existe une fonction f ∈ F_(a, b) telle que
E_ρ(f) = min{E_ρ(g) : g ∈ F_(a, b)}
a) Montrer que, pour toute fonction φ de classe C^1 de [0, 1] dans ℝ^n telle que φ(0) = φ(1) = 0, on a
2∫_0^1⟨f^′(t), φ^′(t)⟩ρ(f(t))dt + ∫_0^1‖f^′(t)‖^2⟨φ(t), ∇ρ(f(t))⟩dt = 0
b) En déduire que f est de classe C^2 sur [0, 1], et solution de l'équation différentielle
− 2ρ(f)f^(′′) − 2⟨∇ρ(f), f^′⟩f^′ + ‖f^′‖^2∇ρ(f) = 0
c) Montrer que la fonction t ↦ ‖f^′(t)‖^2 ρ(f(t)) est constante sur [0, 1]

Partie IV

Dans toute cette partie, on fixe une distance d sur ℝ^n, et on suppose n ≥ 2. Pour x ∈ ℝ^n, on note F_x la fonction, définie sur ℝ^n par
F_x(y) = d(x, y)^2
  1. a) Montrer que pour tout t ∈ ℝ : et pour tout x, y, z ∈ ℝ^n
|d(x, y + tz) − d(x, y)| ≤ d(y, y + tz)
b) Montrer que (x, y) ↦ d(x, y) ne peut pas être une fonction de classe C^1 sur ℝ^n × ℝ^n.
On supposera, dans toute la suite de cette partie que la fonction (x, y) ↦ d(x, y)^2 est de classe C^2 sur ℝ^n × ℝ^n.
2) Montrer que (x, y) ↦ d(x, y) est de classe C^2 sur (ℝ^n × ℝ^n)∖Δ où
Δ = {(x, y) ∈ ℝ^n × ℝ^n : x = y}
  1. a) Montrer qu'il existe une fonction continue
H : ℝ^n, → S_n; y, ↦ H(y) = (H_(ij)(y), 1 ≤ i, j ≤ n)
telle que
F_y(y + z) = ^t zH(y)z + ‖z‖^2 R(y, z)
avec pour tout y ∈ ℝ^n, lim_(z → 0)R(y, z) = 0.
b) Montrer que pour tout y, H(y) est une matrice positive.
4) Soit x ∈ ℝ^n et f une fonction de classe C^1 de [0, 1] dans ℝ^n.
a) Montrer que
lim_(δ → 0)1/δd(f(t), f(t + δ)) = √(^t f^′(t)H(f(t))f^′(t))
b) Montrer que pour t tel que f(t) ≠ x, on a
|d/(dt)d(x, f(t))| ≤ √(tf^′(t)H(f(t))f^′(t))
c) Soit y ≠ x. Montrer que si f est telle que f(0) = x, f(1) = y et f(t) ≠ x pour tout t > 0, alors
d(x, y) ≤ ∫_0^1√(tf^′(t)H(f(t))f^′(t))dt
  1. On suppose encore y ≠ x, et on prend f de classe C^1 sur [0, 1] telle que f(0) = x, f(1) = y. Soit
t_0 = sup{t ≤ 1 : f(t) = x}
a) Montrer que t_0 < 1.
b) Soit g : [0, 1] → ℝ^n définie par g(t) = f(t_0 + t(1 − t_0)). Montrer que
∫_0^1√(^t g^′(t)H(g(t))g^′(t))dt ≤ ∫_0^1√(^t f^′(t)H(f(t))f^′(t))dt
  1. Déduire des résultats précédents que, pour tout x et y dans ℝ^n :
d(x, y) ≤ inf{∫_0^1√(^t f^′(t)H(f(t))f^′(t))dt : f de classe C^1, f(0) = x, f(1) = y}
  1. a) Montrer que pour tout x ∈ ℝ^n, pour toute fonction f de classe C^1 de [0, 1] dans ℝ^n, pour tout t ∈ [0, 1]
⟨∇F_x(f(t)), f^′(t)⟩^2 ≤ 4d(x, f(t))^2 t^′(t)H(f(t))f^′(t)
b) Montrer que, pour tous x, y ∈ ℝ^n, la matrice 4d(x, y)^2 H(y) − ∇F_x(y)^t∇F_x(y) est positive.
8) Soit x, y dans ℝ^n, tels qu'il existe une fonction f de classe C^1 telle que f(0) = x, f(1) = y, f(t) ≠ x pour t > 0 et
d(x, y) = ∫_0^1√(tf^′(t)H(f(t))f^′(t))dt
a) Montrer que pour tout t_0 ∈ ]0, 1]
d(x, f(t_0)) = ∫_0^(t_0)√(tf^′(t)H(f(t))f^′(t))dt
b) Montrer que pour tout t_0 ∈ ]0, 1]
⟨∇F_x(f(t_0)), f^′(t_0)⟩^2 = 4d(x, f(t_0))^2 t^′(t_0)H(f(t_0))f^′(t_0)
  1. Soit S une matrice n × n symétrique réelle définie positive, et u ∈ ℝ^n.
    a) Montrer que S − u^t u est une matrice positive si et seulement si ^t uS^(− 1)u ≤ 1
    b) Montrer l'équivalence des propriétés suivantes:
    (A) Il existe x ≠ 0 tel que ^t xSx = (^t xu)^2
    (B) ^t uS^(− 1)u ≥ 1
  2. On suppose que H(x) est inversible pour tout x ∈ ℝ^n, et que pour tous x, y distincts dans ℝ^n, il existe une fonction f de classe C^1 telle que f(0) = x, f(1) = y, f(t) ≠ x pour t > 0 et
d(x, y) = ∫_0^1√(^t f^′(t)H(f(t))f^′(t))dt
Montrer qu'alors, pour tout x ∈ ℝ^n et tout y ∈ ℝ^n, y ≠ x
^t∇F_x(y)H(y)^(− 1)∇F_x(y) = 4d(x, y)^2
On obtient ainsi une condition nécessaire pour que d corresponde aux longueurs minimales de trajectoires dans un milieu non-homogène.

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