X ENS Mathématiques A MP MPI 2026Sujet et rapport du jury
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DifficileNormes de polynômes de matrices : principe du maximum, inégalité de Von Neumann, rayon numérique et conjecture de CrouzeixAfficher ou masquer la section
Présentation du sujet
DifficileLe sujet étudie des majorations de la norme subordonnée de p(A), pour p polynôme et A matrice complexe. Après des préliminaires sur les normes subordonnées, les matrices unitaires et le conditionnement, il démontre le principe du maximum pour les polynômes, puis l'inégalité de Von Neumann. Il introduit ensuite le Hausdorffien et le rayon numérique, et termine par des résultats liés à la conjecture de Crouzeix.
- 1PréliminairesNorme subordonnée, matrices unitaires, diagonalisation et conditionnement.
- 2Partie A : principe du maximum pour les polynômesConstruction explicite d'une matrice unitaire et preuve du principe du maximum sur le disque.
- 3Partie B : inégalité de Von NeumannCas des matrices unitaires, puis des contractions par un argument de matrices par blocs, puis cadre général.
- 4Partie C : Hausdorffien et rayon numériqueHausdorffien d'une matrice, rayon numérique, identité de polarisation et inégalité r(A^k) ≤ r(A)^k.
- 5Partie D : conjecture de CrouzeixOptimalité de la constante 2, cas des monômes et de polynômes particuliers, utilisation du résultat d'Okubo et Ando.
Difficile. Le jury décrit un sujet progressif mais long, de plus en plus technique, dont la fin a été beaucoup moins abordée.
Ce qu'a observé le jury
6 erreurs relevéesErreurs élémentaires dès la première question · Récurrence mal posée · Hermitien et positivité non vérifiésAfficher ou masquer la section
Ce qu'a observé le jury
6 erreurs relevéesLes préliminaires et les premières questions ont permis à beaucoup de candidats d'entrer dans le problème. La suite devenait technique et il n'était pas nécessaire de tout traiter pour obtenir une très bonne note. Le jury pénalise surtout les vérifications omises et les renvois vagues à « ce qui précède ».
Les erreurs les plus sanctionnées
- 1Erreurs élémentaires dès la première questionQ1, Q3
Oubli du théorème des bornes atteintes sur la sphère unité et mauvais passage au maximum sur les vecteurs non nuls. Il faut aussi distinguer le cas Bx = 0 avant de diviser.
« confusion entre disque unité et sphère unité, divisions par des quantités susceptibles d'être nulles »
- 2Récurrence mal poséeQ7
L'hypothèse de récurrence ne peut pas porter sur le seul coefficient (1, 1) de U^k : il faut suivre la structure de la première colonne.
- 3Hermitien et positivité non vérifiésQ12
Le caractère hermitien de I − A*A et I − AA* doit être vérifié explicitement, et la partie sur AA* ne doit pas être oubliée.
« La positivité des valeurs propres de ces matrices a trop souvent été admise ou justifiée trop rapidement. »
- 4Analogie à la place d'une preuveQ9, Q10, Q16
Il fallait montrer que les puissances de Uk ont le bloc supérieur gauche attendu. Aux questions 9 et 10, les arguments sans lien avec la question 8 aboutissent rarement.
« La plupart des réponses se sont limitées à des idées générales, souvent formulées comme une simple analogie avec la partie A. »
- 5Un seul sens d'une égalité ou d'une inégalitéQ21, Q23
Pour le Hausdorffien, il faut les deux inclusions. Pour l'encadrement du rayon numérique, l'inégalité de gauche demandait l'identité de polarisation de l'énoncé.
« Dans la plupart des copies, seul le sens le plus immédiat a été traité, alors que l'autre constituait le point principal de la question. »
- 6Grappillage en fin de sujetQ26 à Q30
Les questions 26b à 30 ont été très peu traitées, et plusieurs réponses se sont limitées à des fragments sans raisonnement complet.
Ce qui a été bien réussi
- Les préliminaires sont souvent correctement traités, notamment Q2, Q4 et Q5.
- Le cas unitaire de l'inégalité de Von Neumann (Q11) et les calculs par blocs (Q14, Q15) sont bien réussis.
- Les premières questions sur le Hausdorffien (Q18 à Q20) sont résolues par la majorité des candidats.
- Les copies les plus solides ont traité avec soin les questions de difficulté intermédiaire.
Conseils du jury
- Rédiger explicitement les doubles inclusions, les vérifications d'hermitien et les récurrences.
- Vérifier les hypothèses d'un théorème avant de l'utiliser.
- S'appuyer sur la construction du sujet et citer précisément les questions utilisées.
- Traiter complètement quelques questions plutôt que parcourir tout le sujet en laissant l'essentiel implicite.
- Utiliser les indications de l'énoncé sans se dispenser des vérifications demandées.
Synthèse rédigée par WikiPrépa à partir du rapport officiel du jury (à télécharger en PDF). Les citations sont extraites du rapport.
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08h00-12h00
FILIERES MP-MPI - Epreuve n° 1
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Préambule et notations
- (I)Pour
n ⩾ 1 entier, on considère leC -espace vectorielC^n que l'on munit de l'applicationC^n × C^n → C définie par
(x, y) ↦ ⟨x|y⟩:=∑_(i = 1)^n x_i y¯_i,
où lesx_i (resp.y_i ) sont les coordonnées dex (resp.y ). On notera aussi pourx ∈ C^n ,
‖x‖:=√(⟨x|x⟩).
Les candidates et candidats pourront utiliser sans justification les faits suivants :- -Pour
x ∈ C^n fixé, l'applicationφ_x : y ↦ ⟨x|y⟩ est semi-linéaire au sens oùφ_x(y + αy^′) = φ_x(y) + α¯φ_x(y^′) alors queψ_y : x ↦ ⟨x|y⟩ est linéaire; - -
x ↦ ‖x‖ est une norme surC^n ; - -
|⟨x|y⟩| ⩽ ‖x‖ ⋅ ‖y‖ .
- -Pour
- (II)Pour deux entiers
m ⩾ 1 etn ⩾ 1, M_(m, n)(C) désigne les matrices àm lignes etn colonnes à coefficients dansC etM_n(C):=M_(n, n)(C) les matrices carréesn × n .- (i)Étant donnée une matrice
A ∈ M_(m, n)(C) , on notera^t A ∈ M_(n, m)(C) sa transposée etA¯ la matrice dont les coefficients sont les conjugués dans C des coefficients deA . Les éléments deC^n seront identifiés aux éléments deM_(n, 1)(C) . On notera aussiA^∗:=^t A¯ . On pourra utiliser sans justification que pour tousx ety dansC^n , on a
⟨x|y⟩ = ^t xy¯ et ⟨Ax|y⟩ = ⟨x|A^∗ y⟩.
- (i)Étant donnée une matrice
- (ii)On considère pour
A ∈ M_n(C)
‖‖A‖:=sup_(‖x‖ = 1)‖Ax‖,
qui définit une norme surM_n(C) (on ne demande pas de le démontrer) appelée norme subordonnée. LorsqueP ∈ M_n(C) est inversible, on définit le conditionnement deP par
cond(P):=|||P||| ⋅ |||P^(− 1)|||. - (iii)Une matrice
A deM_n(C) est dite unitaire siA^∗ A = I_n . Elle est dite hermitienne siA^∗ = A . On pourra utiliser sans démonstration queA est unitaire si et seulement si pour toutx ∈ C^n , on a‖Ax‖ = ‖x‖ ou encore si et seulement si les colonnes deA forment une base orthonormale.
- (ii)On considère pour
- (III)Pour
(λ_1, …, λ_n) ∈ C^n , on noteradiag(λ_1, …, λ_n) la matrice diagonale deM_n(C) dont les coefficients diagonaux sont données par lesλ_i . Le théorème de réduction suivant pourra, et devra, être utilisé.
Théorème Soit A une matrice unitaire (resp. hermitienne). Il existe alors une matrice unitaireU telle que
A = Udiag(λ_1, …, λ_n)U^(− 1)
où lesλ_i sont les valeurs propres deA qui sont alors de module 1 (resp. réelles).
Autrement dit une matrice unitaire (resp. hermitienne) est diagonalisable en base orthonormale pour le produit scalaire hermitien avec valeurs propres de module 1 (resp. réelles). - (IV)Pour tout polynôme à coefficients complexes
p = ∑_(i = 0)^r p_i X^i ∈ C[X] et toute matriceA ∈ M_n(C) , on rappelle quep(A) est la matrice∑_(i = 0)^r p_i A^i . On s'intéresse alors à|||p(A)||| que l'on essaie de majorer par
‖p‖_S:=sup_(α ∈ S)|p(α)|
pour un ensembleS compact qui, bien sûr, va dépendre deA .
Préliminaires
- 1)Soit
A ∈ M_n(C) . Justifier l'existence de‖‖A‖ et montrer que‖A‖ = max_(x ≠ 0)(‖Ax‖)/(‖x‖) . - 2)Dans le cas où
A est une matrice diagonalediag(λ_1, …, λ_n) , donner une expression de|||A||| en fonction desλ_i . - 3)Montrer que pour
A, B ∈ M_n(C) , on a‖‖AB‖ ⩽ ‖|A‖ ⋅ |‖B‖ . - 4)Vérifier que pour
U unitaire, on a|||U||| = 1 et montrer que pour toutA ∈ M_n(C) , on a‖‖AU‖ = ‖‖UA‖ = ‖‖A‖ . - 5)On suppose
A diagonalisable de sorte qu'il existe une matrice inversibleP et une matrice diagonaleD telles queA = PDP^(− 1) . Montrer que pourcond(P) défini dans le préambule etσ(A) l'ensemble des valeurs propres deA , on a pour toutp ∈ C[X]
‖p‖_(σ(A)) ⩽ ‖p(A)‖ ⩽ cond(P)‖p‖_(σ(A)).
A- Principe du maximum pour les polynômes
- 6)Montrer que
U est unitaire. - 7)Montrer que
p(z) = e_1^∗ p(U)e_1 . - 8)Montrer, en utilisant le théorème du préambule, que
|p(z)| ⩽ |||p(U)||| ⩽ |l⟩‖_(∂𝔻). - 9)On suppose ici que
|z| < 1 . Montrer que|p(z)| < ‖p‖_(∂𝔻) . - 10)Soit
S un fermé borné non vide deC . On définit alors∂S ⊂ S comme suit :x ∈ S∖∂S si et seulement s'il existeδ > 0 tel que le disque𝔻(x, δ) ⊂ S . Montrer que‖p‖_S = ‖p‖_(∂S) .
B- Inégalité de Von Neumann
- 11)En utilisant la question 5), traiter le cas où
A est unitaire. - 12)Montrer qu'il existe une matrice hermitienne
D_A (resp.D_(A^∗) ) dont les valeurs propres sont réelles positives et telle queD_A^2 = I − A^∗ A (resp.D_(A^∗)^2 = I − AA^∗ ). Indication : utiliser le théorème de réduction du préambule. - 13)Montrer qu'il existe
q ∈ C[X] tel queD_A = q(A^∗ A) etD_(A^∗) = q(AA^∗) . - 14)Déduire de la question précédente que
A^∗ D_(A^∗) = D_A A^∗ AD_A = D_(A^∗)A. - 15)Montrer que la matrice
U ∈ M_(2n)(C) définie par
U = (A, D_(A^∗); − D_A, A^∗)
est unitaire. - 16)En utilisant les matrices
U_k = (A, D_(A^∗), 0_n, ⋯, 0_n; 0_n, 0_n, I_n; ⋮, ⋮, ⋱; 0_n, 0_n, I_n; − D_A, A^∗, 0_n, ⋯, 0_n),
oùk est le nombre de matrice nulle0_n deM_n(C) sur la première ligne, démontrer l'inégalité de Von Neumann.
Indication : on notera l'analogie avec la matriceU de la partie A. On montrera ainsi que pourp de degré⩽ k + 1 , le premier bloc en haut à gauche dep(U_k) est égal àp(A) . - 17)En déduire que pour toute matrice
A ∈ M_n(C) , on a
‖p(A)‖ ⩽ ‖p‖_(𝔻(0, ‖A‖)).
C- Hausdorffien et rayon numérique
- 18)Montrer que
σ(A) ⊂ H(A) oùσ(A) est l'ensemble des valeurs propres deA . - 19)Montrer que pour
(λ_1, …, λ_n) ∈ C^n, H(diag(λ_1, …, λ_n)) est l'enveloppe convexe de{λ_1, …, λ_n} c'est à dire l'ensemble{∑_(i = 1)^n α_i λ_i|∑_(i = 1)^n α_i = 1 etα_i ∈ R_+} . - 20)En déduire
H(A) lorsqueA est unitaire (resp. hermitienne). - 21)Montrer que
H((0, 1; 0, 0)) = 𝔻(0, 1/2) .
Indication : on pourra commencer par calculer⟨Ax|x⟩ pourx = (a/(be^(iθ))) aveca, b ∈ R_+ eta^2 + b^2 = 1 . - 22)Montrer que
H(A) est un fermé borné de C.
- 23)Montrer que
1/2‖IA‖ ⩽ r(A) ⩽ ‖|A‖ .
Pour la première inégalité, on pourra utiliser l'identité de polarisation
4⟨Ax|y⟩ = ⟨A(x + y)|x + y⟩, − ⟨A(x − y)|x − y⟩; + i⟨A(x + iy)|x + iy⟩ − i⟨A(x − iy)|x − iy⟩. - 24)Montrer que
r : A ∈ M_n(C) ↦ r(A) ∈ R_+ est une norme. - 25)En considérant les matrices
A = (0, 1; 0, 0) etB = A^∗ , montrer que l'inégalitér(AB) ⩽ r(A)r(B) n'est pas vraie. - 26)On veut dans cette question montrer l'inégalité
r(A^k) ⩽ r(A)^k pour toutk ∈ ℕ . - 26-a) On suppose
k ⩾ 1 . On noteω_k = exp((2iπ)/k) une racine primitivek -ème de l'unité. Partant de l'égalité polynomiale usuelleX^k − 1 = ∏_(ℓ = 1)^k(X − ω_k^ℓ) , en déduire les égalités polynomiales
1 − X^k = ∏_(ℓ = 1)^k(1 − ω_k^ℓ X) et 1 = 1/k∑_(j = 1; ℓ)^k∏_(ℓ = 1; ℓ ≠ j)^k(1 − ω_k^ℓ X).
- 26-b) Pour
x ∈ C^n de norme 1, on pose pourj = 1, …, k
x_j = (∏_(ℓ = 1; ℓ ≠ j)^k(I − ω_k^ℓ A))x.
Déduire de la question précédente la formule suivante :
1/k∑_(j = 1)^k[‖x_j‖^2 − ⟨ω_k^j Ax_j|x_j⟩] = 1 − ⟨A^k x|x⟩. - 26-c) On suppose
r(A) ⩽ 1 . Soitθ un réel quelconque et soitx ∈ C^n un vecteur unitaire. En écrivant l'égalité précédente poure^(iθ)A , montrer que la partie réelle de1 − e^(ikθ)⟨A^k x|x⟩ est toujours positive et en déduire quer(A^k) ⩽ 1 . - 26-d) En déduire le résultat annoncé, i.e.
r(A^k) ⩽ r(A)^k pour toutk ∈ ℕ et pour toutA ∈ M_n(C) .
- 26-b) Pour
D- Conjecture de Crouzeix
- 27)En étudiant l'exemple de
A = (0, 1; 0, 0) , montrer que la constante 2 dans la conjecture ne peut pas être améliorée. - 28)En utilisant le résultat de la question 26), montrer que la formule (1) est toujours vérifiée pour les monômes
p(X) = X^k aveck ⩾ 0 entier. - 29)Soient
A ∈ M_n(C), z = r(A)e^(iθ) ∈ H(A) etp(X) = ∑_(k = 0)^r c_k X^k ∈ C[X] . On suppose qu'il existeφ ∈ R tel quec_k = |c_k|e^(i(φ − kθ)) pour0 ⩽ k ⩽ r . Montrer que (1) est vérifiée pour le couple(A, p) considéré. - 30)Un résultat de Okubo et Ando montre que si
B ∈ M_n(C) est telle quer(B) ⩽ 1 alors il existe une matrice inversibleX vérifiantcond(X) ⩽ 2 telle queC:=X^(− 1)BX soit une contraction.- 30-a) En utilisant le résultat de Okubo-Ando, montrer que
‖p(A)‖ ⩽ 2‖p‖_(𝔻(0, r(A))). - 30-b) En déduire, pour tout disque contenant
H(A) de bordC , que
‖p(A)‖ ⩽ 2‖p‖_e.
- 30-a) En utilisant le résultat de Okubo-Ando, montrer que
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