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MATHÉMATIQUES

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Le sujet comporte 5 pages

Préambule

Dans tout ce problème, R[X] désigne l'espace vectoriel des polynômes à coefficients réels. Le degré du polynôme nul est pris par convention égal à − ∞. Pour tout entier naturel n, R_n[X] est le sous-espace vectoriel de R[X] formé des polynômes de degré inférieur ou égal à n. On identifiera chaque fois que c'est nécessaire les éléments de R[X] à des fonctions réelles d'une variable réelle.
On appelle W l'ensemble des fonctions w : R ⟶ R continues par morceaux telles que
(i) ∀x ∈ R, w(x) ⩾ 0,
(ii) il existe un intervalle ouvert non vide sur lequel w ne s'annule pas,
(iii) pour tout entier naturel n, lim_(x → − ∞)x^n w(x) = lim_(x → + ∞)x^n w(x) = 0.
Soit n un entier strictement positif. On note ( e_1, …, e_n ) la base canonique de l'espace vectoriel R^n. On munit R^n du produit scalaire ⟨ ⋅, ⋅ ⟩ défini comme suit: pour tous réels x_1, …, x_n et y_1, …, y_n,
⟨∑_(i = 1)^n x_i e_i, ∑_(j = 1)^n y_j e_j⟩ = ∑_(i = 1)^n x_i y_i.
Soit n un entier strictement positif et A une matrice de taille n × n à coefficients réels. Pour tous entiers i et j appartenant à {1, …, n}, on note A_(ij) le coefficient de A situé à l'intersection de sa i-ème ligne et de sa j-ème colonne. Pour tout n entier strictement positif, on note I_n la matrice identité de taille n × n.
On rappelle que si J est un intervalle fermé borné de R et si f : J ⟶ R est une fonction continue, alors pour tout ε > 0, il existe P dans R[X] tel que sup_(x ∈ J)|f(x) − P(x)| < ε.
La quatrième partie du problème est indépendante des trois autres.

Première partie

  1. a. Donner un exemple de fonction appartenant à W.
  2. b. Soit w un élément de W. Montrer que pour tous P et Q appartenant à R[X], la fonction d'une variable réelle x ↦ P(x)Q(x)w(x) est intégrable sur R. On note alors (P|Q)_w le nombre réel défini par
(P|Q)_w = ∫_(− ∞)^(+ ∞)P(x)Q(x)w(x)dx
  1. c. Montrer que l'application qui à un couple (P, Q) d'éléments de R[X] associe (P|Q)_w est un produit scalaire. On notera ‖P‖_w = √((P|P)_w) la norme associée.
On appelle suite w-orthogonale échelonnée une suite (P_n)_(n ⩾ 0) d'éléments de R[X] telle que
(i) ∀n ⩾ 0, P_n est de degré n,
(ii) pour tous entiers naturels n et m distincts, (P_n|P_m)_w = 0.
2. a. Montrer qu'il existe une suite w-orthogonale échelonnée. On donnera une expression d'une telle suite, qui pourra faire intervenir le produit scalaire (⋅ | ⋅)_w.
2. b. Soient (P_n)_(n ⩾ 0) et (Q_n)_(n ⩾ 0) deux suites w-orthogonales échelonnées. Montrer que pour tout n ⩾ 0, les polynômes P_n et Q_n se déduisent l'un de l'autre par multiplication par un réel non nul.
On choisit une suite w-orthogonale échelonnée que l'on note (P_n)_(n ⩾ 0). Pour tout n ⩾ 1, on note ( a_n, b_n ) l'unique couple de réels tel que le polynôme P_n(X) − a_n X^n − b_n X^(n − 1) soit de degré inférieur ou égal à n − 2. On pose (a_0, b_0) = (P_0(0), 0).
3. a. Montrer que pour tout n ⩾ 2 et pour tout Q ∈ R_(n − 2)[X], (XP_n|Q)_w = 0.
3. b. En déduire qu'il existe un unique couple ( α_0, β_0 ) de réels tels que XP_0(X) = α_0 P_1(X) + β_0 P_0(X) et qu'il existe, pour tout n ⩾ 1, un unique triplet ( α_n, β_n, γ_n ) de réels tels que
XP_n(X) = α_n P_(n + 1)(X) + β_n P_n(X) + γ_n P_(n − 1)(X).
  1. c. Montrer que pour tout n ⩾ 1, on a les égalités
α_n = (a_n)/(a_(n + 1)), β_n = (b_n)/(a_n) − (b_(n + 1))/(a_(n + 1)), γ_n = (a_(n − 1))/(a_n)(‖P_n‖_w^2)/(‖P_(n − 1)‖_w^2)

Deuxième partie

Soit w un élément de W. On note J un intervalle de R tel que ∀x ∉ J, w(x) = 0. Il n'est pas exclu que J soit égal à R. On choisit une suite w-orthogonale échelonnée (P_n)_(n ⩾ 0).
4. Soit n ⩾ 1 fixé. On définit un entier naturel r_n et un polynôme R_n comme suit. Si P_n n'a aucune racine dans J ou si toutes ses racines appartenant à J sont d'ordre pair, on pose r_n = 0 et R_n = 1. Sinon, on définit r_n comme le nombre de racines distinctes d'ordre
impair de P_n contenues dans J. On note {t_1, …, t_(r_n)} l'ensemble de ces racines. On pose alors R_n(X) = (X − t_1)…(X − t_(r_n)).
4. a. Montrer qu'il existe un polynôme Q_n de signe constant sur J tel que P_n = Q_n R_n.
4. b. Montrer que si r_n < n, alors (P_n|R_n)_w = 0. En conclure que P_n est scindé sur R, que toutes ses racines sont simples et qu'elles appartiennent toutes à J.
5. a. Montrer qu'il existe une suite w-orthogonale échelonnée dont tous les termes sont de norme 1 dans ( R[X], ‖ ⋅ ‖_w ). Une telle suite est-elle unique?
On suppose jusqu'au 7.a. inclus que pour tout n ⩾ 0, ‖P_n‖_w = 1. On remarquera qu'avec cette hypothèse supplémentaire, γ_n = α_(n − 1) pour tout n ⩾ 1.
Soit T_1 la matrice 1 × 1 égale à ( β_0 ) et, pour tout n ⩾ 2, T_n la matrice tri-diagonale n × n suivante:
T_n = (β_0, α_0, 0; α_0, β_1, ⋱; ⋱, ⋱, α_(n − 2); 0, α_(n − 2), β_(n − 1)),
où les suites (α_n)_(n ⩾ 0) et (β_n)_(n ⩾ 0) sont celles qui ont été définies à la question 3 . On fixe un entier n ⩾ 1.
5. b. Calculer, pour tout réel λ, le vecteur
(T_n − λI_n)(P_0(λ); ⋮; P_(n − 1)(λ))
  1. c. Montrer que le spectre de T_n coïncide avec l'ensemble des racines de P_n.
  2. Soit n ⩾ 2 fixé. Soit A une matrice symétrique réelle de taille n × n dont toutes les valeurs propres sont simples. On note Sp(A) = {λ_1, …, λ_n} son spectre et ( u_1, …, u_n ) une base de R^n telle que pour tout i entre 1 et n, on ait Au_i = λ_i u_i. On suppose que λ_1 < … < λ_n.
    Soit B la matrice (n − 1) × (n − 1) dont les coefficients sont donnés, pour tout (i, j) ∈ {1, …, n − 1}^2, par B_(ij) = A_(ij).
    Pour tout x ∈ R∖Sp(A), on note r(x) = (det(xI_(n − 1) − B))/(det(xI_n − A)).
  3. a. Soit x ∈ R∖Sp(A). En calculant de deux façons différentes le coefficient ( n, n ) de la matrice (xI_n − A)^(− 1), montrer que
⟨(xI_n − A)^(− 1)e_n, e_n⟩ = r(x).
  1. b. Montrer que pour tout x ∈ R∖Sp(A),
r(x) = ∑_(i = 1)^n 1/(x − λ_i)(⟨e_n, u_i⟩^2)/(⟨u_i, u_i⟩)
  1. c. En déduire que la fonction r est continue et strictement décroissante sur chaque intervalle où elle est définie.
  2. d. On suppose que pour tout i appartenant à {1, …, n}, ⟨e_n, u_i⟩ ≠ 0. Montrer que les valeurs propres de B sont simples et que si on les note μ_1, …, μ_(n − 1) de telle sorte que μ_1 < … < μ_(n − 1), alors on a
λ_1 < μ_1 < λ_2 < μ_2 < … < λ_(n − 1) < μ_(n − 1) < λ_n
  1. Pour tout n ⩾ 1, on note λ_1^((n)), …, λ_n^((n)) les racines de P_n classées dans l'ordre croissant.
  2. a. Soit n ⩾ 2 fixé. Montrer que P_(n − 1) et P_n n'ont pas de racine commune puis déduire de ce qui précède qu'on a la suite d'inégalités
λ_1^((n)) < λ_1^((n − 1)) < λ_2^((n)) < λ_2^((n − 1)) < … < λ_(n − 1)^((n)) < λ_(n − 1)^((n − 1)) < λ_n^((n)).
  1. b. Montrer que le résultat reste vrai sans supposer que pour tout n ⩾ 0, ‖P_n‖_w = 1.

Troisième partie

  1. Soit n ⩾ 1 un entier fixé. Soient x_1, …, x_n des réels deux à deux distincts. Pour tout i compris entre 1 et n, on définit la forme linéaire φ_i : R_(n − 1)[X] ⟶ R en posant, pour tout R ∈ R_(n − 1)[X], φ_i(R) = R(x_i).
Montrer que (φ_1, …, φ_n) est une base de l'espace dual de R_(n − 1)[X].
Soit w un élément de W. On choisit une suite w-orthogonale échelonnée (P_n)_(n ⩾ 0).
9. Soit n ⩾ 1 un entier fixé. On rappelle que les racines de P_n sont toutes réelles et simples et qu'elles sont notées λ_1^((n)), …, λ_n^((n)). Soit U un élément de R_(2n − 1)[X]. Soit R le reste de la division euclidienne de U par P_n.
9. a. Montrer que R est l'unique polynôme de degré inférieur ou égal à n − 1 qui prend les mêmes valeurs que U aux points λ_1^((n)), …, λ_n^((n)).
9. b. Montrer qu'on a l'égalité
∫_(− ∞)^(+ ∞)U(x)w(x)dx = ∫_(− ∞)^(+ ∞)R(x)w(x)dx
  1. c. Déduire de ce qui précède qu'il existe des constantes réelles c_1, …, c_n telles que pour tout polynôme U appartenant à R_(2n − 1)[X], on ait
∫_(− ∞)^(+ ∞)U(x)w(x)dx = ∑_(i = 1)^n c_i U(λ_i^((n)))
  1. d. Montrer que les réels c_1, …, c_n sont strictement positifs.
  2. Pour tout intervalle fermé J de R, on note W_J le sous-ensemble de W formé des fonctions qui prennent des valeurs strictement positives sur J et sont identiquement nulles hors de J.
Soit J = [a, b], où a et b sont deux réels tels que a < b. Soit w un élément de W_J.
10. a. Soient s et t deux réels appartenant à J tels que a ⩽ s < t ⩽ b. Montrer qu'il existe
un polynôme V ∈ R[X] qui prend des valeurs strictement négatives sur J∖]s, t[ = [a, s] ∪ [t, b] et tel que
∫_a^b V(x)w(x)dx > 0
On pourra commencer par montrer qu'il existe une fonction continue affine par morceaux satisfaisant cette propriété.
10. b. Montrer que tout intervalle ouvert non vide contenu dans J a une intersection non vide avec l'ensemble Λ = ⋃_(n ⩾ 1){λ_1^((n)), …, λ_n^((n))}.

Quatrième partie

Pour tout intervalle fermé J de R, on considère le sous-ensemble W_J de W défini à la question 10.
Soit J un intervalle fermé de R. On dit qu'une fonction w ∈ W_J a la propriété (D_J) si l'assertion suivante est vraie:
(D_J) Si f : J ⟶ R est une fonction continue telle que pour tout P appartenant a^‵R[X], on ait
∫_J f(x)P(x)w(x)dx = 0
alors f est identiquement nulle sur J.
11. Soit J un intervalle fermé et borné. Soit w un élément de W_J.
11. a. Soit f une fonction continue de J dans R telle que l'égalité (2) ait lieu pour tout P appartenant à R[X]. Montrer que ∫_J f(x)^2 w(x)dx = 0.
11. b. En déduire que w a la propriété (D_J).
12. Soient μ et α deux réels tels que μ ∈ ]0, 1[ et α ∈ ] − π/2, π/2[. Soit n un entier naturel.
12. a. Montrer que l'intégrale
I_n(μ, α) = ∫_0^(+ ∞)e^(− x^μ e^(iα))x^n dx
est convergente.
12. b. Montrer que I_n(μ, α) = 1/μe^(− i(n + 1)/μα)K_n(μ, α), où l'on a posé
K_n(μ, α) = e^(i(n + 1)/μα)∫_0^(+ ∞)e^(− ye^(iα))y^((n + 1)/μ − 1)dy.
On s'assurera en particulier que la définition de K_n(μ, α) a un sens.
12. c. Montrer que, n et μ étant fixés, la fonction α ↦ K_n(μ, α) est continue et dérivable sur l'intervalle ] - π/2, π/2 [.
12. d. Montrer que cette fonction est constante sur ] − π/2, π/2[.
12. e. On suppose μ < 1/2. Calculer la partie imaginaire de I_n(μ, πμ).
12. f. Soit J = [0, + ∞[. Toutes les fonctions de W_J ont-elles la propriété (D_J) ?

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