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Centrale Physique Chimie 2 MP 2016Sujet, corrigé et rapport du jury

Pas encore noté
  • Thermodynamique : machines thermiques, changements d'état, diagramme (P, h)
  • Statique des fluides en référentiel non galiléen
  • Oxydoréduction et électrolyse
  • Cinétique chimique et thermodynamique chimique
  • Optique ondulatoire : interférences à deux ondes, interféromètre de Michelson

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Présentation du sujet

Difficulté moyenne
Étude d'une installation nucléaire à eau pressurisée (REP) : cycle de Rankine, centrifugation de l'uranium, électrolyse de l'eau tritiée et sismomètre interférentiel
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Le sujet étudie plusieurs aspects d'une centrale nucléaire REP en trois parties indépendantes. Il traite le cycle thermodynamique du circuit secondaire et l'enrichissement de l'uranium par centrifugation, puis le contrôle des effluents (électrolyse de l'eau tritiée, stabilité de RuO4), enfin un sismomètre optique fondé sur un interféromètre de Michelson. Plusieurs questions reposent sur l'exploitation de tables et de graphiques fournis.

  1. 1Partie I : circuit secondaire et enrichissement de l'uraniumpremière et deuxième annéeRendement de Carnot, cycle de Rankine simple puis à détente étagée avec un diagramme (P, h) de l'eau, puis équilibre d'un fluide dans une centrifugeuse en rotation et séparation des isotopes de l'uranium.
  2. 2Partie II : contrôle des effluents de la centralepremière et deuxième annéeÉlectrolyse de l'eau et enrichissement en tritium, caractéristique d'un électrolyseur, puis nature cristalline, stabilité thermodynamique et cinétique du tétraoxyde de ruthénium.
  3. 3Partie III : surveillance sismique d'un site nucléairedeuxième annéeInterféromètre de Michelson dont un miroir vibre, intensité reçue par un photodétecteur et détermination de l'amplitude de vibration à partir d'interférogrammes.

Difficulté moyenne. Le jury indique qu'aucune question ne demande d'ardus développements formels ni ne bloque la suite, mais la partie chimie a été fortement discriminante, beaucoup de candidats y obtenant très peu de points.

Ce qu'a observé le jury

6 erreurs relevées
Énergie interne et enthalpie confondues · Référentiel non galiléen et échelle mésoscopique · Conversion d'unités
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Grâce à des parties indépendantes et sans question bloquante, de nombreux candidats ont couvert une large part des thèmes du programme. Les erreurs sur des points élémentaires, les réponses ambiguës et l'absence de commentaire des résultats ont été fortement pénalisées. La partie chimie, minoritaire, a été très discriminante.

Les erreurs les plus sanctionnées

  1. 1
    Énergie interne et enthalpie confonduesI.A

    L'exploitation du cycle demande de maîtriser les outils usuels de la thermodynamique. Les commentaires des résultats numériques (rendements, corrosion, irréversibilité) comptaient beaucoup.

    « les candidats qui confondent énergie interne et enthalpie ou ne maitrisent pas le sens de la notation Δ se trouvent logiquement en difficulté »
  2. 2
    Référentiel non galiléen et échelle mésoscopiqueI.B.1, I.B.4

    Le caractère non galiléen du référentiel tournant est mal justifié, et la confusion entre échelles fait échouer la plupart des candidats à la question I.B.4.

    « Beaucoup de candidats ne distinguent pas clairement l'échelle microscopique de l'échelle mésoscopique à laquelle l'énoncé se situe. »
  3. 3
    Conversion d'unitésI.B.3

    Peu de réponses exactes au calcul de l'accélération d'entraînement, à cause de la conversion de la vitesse de rotation.

    « principalement à cause de la conversion des tours par minute aux radians par seconde »
  4. 4
    Bases d'oxydoréduction non maîtriséesII.A

    La partie sur l'électrolyse s'appuie sur des notions élémentaires de chimie ; sans elles, elle a été très coûteuse.

    « ne dominant pas les fondements de l'oxydoréduction en solution aqueuse, elle a pu s'avérer désastreuse »
  5. 5
    Thermodynamique et cinétique confonduesII.B.1, II.B.2

    Beaucoup pensent que les cristaux ioniques sont conducteurs, et l'enthalpie de réaction est souvent prise pour l'énergie d'activation.

    « une fréquente confusion entre le concept thermodynamique d'enthalpie de réaction et celui, d'ordre cinétique, d'énergie d'activation »
  6. 6
    Calculs inutiles sur les interférogrammesIII.D, III.E

    Raisonner directement sur les déphasages ou l'ordre d'interférence permettait d'exploiter rapidement les courbes, plutôt que de manipuler des fonctions trigonométriques.

    « beaucoup de candidats se sont lancés dans des calculs inutiles »

Ce qui a été bien réussi

  • La question I.A.2c, qui exige de lire un graphique complexe, a été assez bien réussie.
  • La question I.B.6, fondée sur l'exploitation de courbes fournies, était accessible à tous ; les réponses clairvoyantes sur le principe de séparation ont été récompensées.
  • La question III.A a été généralement bien traitée.

Conseils du jury

  • Commenter systématiquement les résultats numériques en les reliant à la situation concrète.
  • Pour citer la formule de Fresnel sans démonstration, préciser que les ondes sont cohérentes et de même intensité.
  • Rédiger des réponses franches et des argumentations sans détour, dans une copie lisible.
  • Viser une compréhension claire de tout le programme plutôt qu'une grande technicité sur quelques points.
  • S'entraîner à traiter en temps limité beaucoup d'informations présentées sous forme de graphiques.

Synthèse rédigée par WikiPrépa à partir du rapport officiel du jury (à télécharger en PDF). Les citations sont extraites du rapport.

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Lecture du sujet en ligne

L'énoncé complet, avec les formules et les figures, sans ouvrir le PDF.
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Étude d'une installation nucléaire REP
Ce sujet comporte un document réponse à rendre avec la copie. Les données numériques utiles sont fournies en fin d'énoncé.
La France compte 19 centrales nucléaires en exploitation, dans lesquelles tous les réacteurs ( 58 au total) sont des réacteurs à eau pressurisée. Actuellement, ces installations produisent près de 80% de l'électricité produite en France. Chaque centrale est soumise à un référentiel de normes de sureté et de sécurité évoluant en fonction des enseignements des incidents passés nationaux ou internationaux.
Le but de ce problème est d'étudier quelques aspects liés au fonctionnement d'une centrale nucléaire REP, ainsi que plusieurs dispositions prises en matière de sureté nucléaire : contrôle des rejets de la centrale et surveillance sismique d'un site nucléaire.

I Circuit secondaire et enrichissement de l'uranium

Figure 1 Schéma global d'une centrale nucléaire
Une centrale nucléaire est un site industriel destiné à la production d'électricité, qui utilise comme chaudière un réacteur nucléaire pour produire de la chaleur. Une centrale nucléaire REP (Réacteur à Eau Pressurisée) est constituée de deux grandes zones (voir figure 1):
  • une zone non nucléaire (salle des machines). Dans cette partie, semblable à celle utilisée dans les centrales thermiques classiques, s'écoule de l'eau dans un circuit secondaire. Cette eau est évaporée dans le Générateur de Vapeur (GV) par absorption de la chaleur produite dans la zone nucléaire, puis elle entraine une turbine (T) couplée à un alternateur produisant de l'électricité, ensuite elle est condensée au contact d'un refroidisseur (rivière ou mer ou atmosphère via une tour aéroréfrigérante) et enfin, elle est comprimée avant d'être renvoyée vers le générateur de vapeur ;
  • une zone nucléaire (dans le bâtiment réacteur), où ont lieu les réactions nucléaires de fission, qui produisent de l'énergie thermique et chauffent ainsi l'eau sous pression circulant dans le circuit primaire. Le transfert
    d'énergie thermique entre le circuit primaire et le circuit secondaire se fait dans le générateur de vapeur, où la surface d'échange entre les deux fluides peut atteindre près de 5000 m^2 (réseau de tubulures).

I.A - Description du circuit secondaire de la centrale

Considérons une centrale nucléaire REP produisant une puissance électrique P_e = 900MW. Le fluide circulant dans le circuit secondaire est de l'eau, dont l'écoulement est supposé stationnaire. Le cycle thermodynamique décrit par l'eau est un cycle ditherme moteur. L'eau liquide sera supposée incompressible et de capacité thermique massique isobare supposée constante. Le tableau en fin d'énoncé donne diverses données thermodynamiques relatives à l'équilibre liquide-vapeur de l'eau.

I.A.1) Cycle de Carnot

Dans une première approche simplifiée, on considère le moteur ditherme de Carnot fonctionnant de manière réversible entre deux sources de température T_(ch) et T_(fr)(T_(fr) < T_(ch)).
a) Donner, en la redémontrant, l'expression du rendement de Carnot associé à ce cycle.
b) Donner la valeur numérique de ce rendement en prenant T_(ch) = 543 K et T_(fr) = 303 K, les deux températures extrêmes de l'eau dans le circuit secondaire.
c) Sachant qu'un réacteur REP fournit à l'eau du circuit secondaire, via le générateur de vapeur, une puissance thermique P_t = 2785MW, que vaut le rendement thermodynamique réel de l'installation? On supposera que la puissance mécanique transmise à la turbine est intégralement convertie en puissance électrique. Commenter.

I.A.2) Cycle de Rankine

L'eau du circuit secondaire subit les transformations suivantes (représentées dans la figure 2)
  • de A à B : dans le générateur de vapeur, échauffement isobare du liquide à la pression P_2 = 55 bar jusqu'à un état de liquide saturant (état noté A^′ ), puis vaporisation totale isobare jusqu'à un état de vapeur saturante sèche (état B ) ;
  • de B à C : détente adiabatique réversible dans la turbine, de la pression P_2 à la pression P_1 = 43 mbar ;
  • en C, le fluide est diphasé ;
  • de C à D : liquéfaction totale isobare dans le condenseur, jusqu'à un état de liquide saturant ;
  • de D à A : compression adiabatique réversible, dans la pompe d'alimentation, de la pression P_1 à la pression P_2, du liquide saturant sortant du condenseur. On négligera le travail consommé par cette pompe devant les autres énergies mises en jeu.
Figure 2 Cycle de Rankine
a) Représenter dans le diagramme de Clapeyron ( P, v ) l'allure de la courbe de saturation de l'eau, ainsi que les isothermes T_B, T_D et T_(critique), cette dernière température étant celle du point critique de l'eau. Préciser les domaines du liquide, de la vapeur, de la vapeur saturante. Représenter sur ce même diagramme l'allure du cycle décrit par l'eau du circuit secondaire. Indiquer le sens de parcours du cycle et placer les points A, A^′, B, C et D.
b) D'après l'extrait de table thermodynamique donné en fin d'énoncé, quelles sont les valeurs des températures, des enthalpies massiques et des entropies massiques aux points A^′, B et D ? On pourra donner les valeurs sous forme de tableau.
c) Dans le document réponse figure le diagramme enthalpique ( P, h ) de l'eau. Placer, avec soin et à l'échelle, les points A^′, B, C, D du cycle. On explicitera la méthode.
d) Dans toute la suite, on négligera les variations d'énergie cinétique et potentielle dans les bilans énergétiques. Exprimer alors, sans démonstration, le premier principe de la thermodynamique pour un fluide en écoulement stationnaire recevant de manière algébrique le travail massique utile w_u et le transfert thermique massique q.
e) Exprimer le travail massique w_(BC) reçu par l'eau dans la turbine. Donner sa valeur numérique, en s'aidant du diagramme enthalpique.
f) Exprimer le transfert thermique massique q_(AA^′) reçu par l'eau liquide quand elle passe de manière isobare de la température T_A à la température T_(A^′) dans le générateur de vapeur. Donner sa valeur numérique : on considérera T_A ≈ T_D.
g) Exprimer le transfert thermique massique q_(A^′ B) reçu par l'eau quand elle se vaporise complètement dans le générateur de vapeur. Donner sa valeur numérique.
h) Calculer alors le rendement de Rankine de l'installation. Comparer au rendement de Carnot et commenter. Comparer au rendement réel et commenter.
i) Dans quel état se trouve l'eau à la fin de la détente de la turbine? Donner le titre massique en vapeur à l'aide du diagramme enthalpique. En quoi est-ce un inconvénient pour les parties mobiles de la turbine?

I.A.3) Cycle de Rankine avec détente étagée

Le cycle réel est plus compliqué que celui étudié précédemment (voir figure 3). En effet, d'une part, la détente est étagée : elle se fait d'abord dans une turbine «haute pression» puis dans une turbine «basse pression». D'autre part, entre les deux turbines, l'eau passe dans un «surchauffeur». Les transformations sont maintenant modélisées par
  • de A à B : dans le générateur de vapeur, échauffement isobare du liquide à la pression P_2 = 55 bar, jusqu'à un état de liquide saturant (état noté A^′ ), puis vaporisation totale isobare jusqu'à un état de vapeur saturante sèche (point B ) ;
  • de B à C^′ : détente adiabatique réversible dans la turbine «haute pression», de la pression P_2 à la pression P_3 = 10 bar ;
  • de C^′ à B^′ : échauffement isobare à la pression P_3, dans le surchauffeur, jusqu'à un état de vapeur saturante sèche (point B^′ );
  • de B^′ à C^(′′) : détente adiabatique réversible dans la turbine «basse pression», de la pression P_3 à la pression P_1 = 43mbar;
  • de C^(′′) à D : liquéfaction totale isobare dans le condenseur, jusqu'à un état de liquide saturant ;
  • de D à A : compression adiabatique réversible, dans la pompe d'alimentation, de la pression P_1 à la pression P_2, du liquide saturant sortant du condenseur. On négligera le travail consommé par cette pompe devant les autres énergies mises en jeu.
Figure 3 Cycle de Rankine avec une détente étagée
a) Placer les nouveaux points C^′, B^′, C^(′′) sur le diagramme enthalpique du document réponse.
b) Comparer les titres massiques en vapeur des points C^′ et C^(′′) au titre massique en vapeur du point C. Quel est l'intérêt de la surchauffe?
c) À l'aide du diagramme enthalpique, déterminer le nouveau rendement du cycle. Commenter.

I.B - Enrichissement de l'uranium par centrifugation

Certains noyaux sont susceptibles de fissionner sous l'effet d'un bombardement de neutrons «lents» (vitesse de 2, 2 km ⋅ s^(− 1) ) : on parle alors de noyaux fissiles. Le seul isotope fissile naturel est l'uranium-235. Dans les réacteurs REP, on privilégie cette fission par neutrons lents. Or l'uranium est un mélange naturel de deux isotopes principaux : l'uranium-238 ( 99, 28% ) et l'uranium-235 ( 0, 714% ). On améliore alors le rendement de la réaction de fission en enrichissant l'uranium naturel avec de l'uranium-235.
Une fois extrait du sol, le minerai d'uranium est transformé chimiquement en hexafluorure d'uranium UF_6. Dans le procédé d'enrichissement par centrifugation, l'hexafluorure d'uranium est chauffé pour être transformé en vapeur, puis le gaz passe par une série de centrifugeuses qui vont l'enrichir en jusqu'à la teneur souhaitée (de 3 à 5% ). Ensuite refroidi et solidifié, l'hexafluorure d'uranium sera transformé en combustible nucléaire prêt à l'emploi, sous forme de pastilles.
Une centrifugeuse est constituée d'un cylindre de rayon R = 10 cm et de hauteur h = 5 cm, tournant autour d'un axe vertical ( Oz ) à la vitesse angulaire constante ω = 50000tr ⋅ min^(− 1). Le gaz d'hexafluorure d'uranium UF_6 est introduit dans le cylindre. Les molécules ^(235)UF_6 et ^(238)UF_6 de masses différentes se répartissent alors différemment et il est possible de déterminer la distribution spatiale des molécules dans la centrifugeuse.
On note R_0 un référentiel lié au laboratoire, d'axe vertical ( Oz ). On suppose que R_0 est galiléen. On considère, dans un premier temps, que le cylindre est rempli d'un gaz, supposé parfait, constitué de molécules identiques de masse m. L'ensemble est à la température T = 353 K.
Soit un volume élémentaire de gaz d^3 τ autour d'un point M situé à la distance r de l'axe (Oz) de la centrifugeuse. On note P(M) = P(r) le champ de pression dans le gaz, ρ(r) la masse volumique du gaz et n^∗(r) sa densité particulaire.
I.B.1) Soit R_1 le référentiel lié au cylindre en rotation. Est-il galiléen ? Pourquoi ?
I.B.2) Faire un bilan des forces exercées sur la particule de fluide en équilibre dans le référentiel R_1. On exprimera la résultante élémentaire des forces de pression sous la forme de son équivalent volumique (sans démonstration).
I.B.3) Évaluer numériquement l'accélération d'entrainement subie par la particule de fluide en rotation. Justifier que, par la suite, on néglige le poids dans le bilan des forces.
I.B.4) Déduire de la condition d'équilibre relatif de la particule de fluide la répartition n^∗(r) des molécules dans le cylindre. On notera n^∗(0) la densité particulaire sur l'axe de rotation et on donnera l'expression de n^∗(r) en fonction de n^∗(0), m, T, k_B, r et ω.
I.B.5) Montrer que la répartition n^∗(r) ainsi trouvée obéit à une statistique de Maxwell-Boltzmann, avec une énergie potentielle E_p dont dérive la force d'inertie d'entrainement.
I.B.6) On donne, en figure 4, l'allure des densités particulaires n_1^∗(r) et n_2^∗(r) des molécules ^(235)UF_6 et ^(238)UF_6 en fonction de r. En déduire le principe de base de l'enrichissement de l'uranium : on explicitera le protocole qui permet d'obtenir le gaz enrichi en ^(235)U.
Figure 4 Densités particulaires des molécules ^(235)UF_6 et ^(238)UF_6 en fonction de r

II Contrôle des effluents de la centrale

II.A - Rejet de tritium

L'exploitation des centrales nucléaires entraine la production d'effluents liquides et gazeux radioactifs, provenant du circuit primaire et des circuits auxiliaires dont la gestion obéit à une réglementation très stricte. Parmi les radionucléides présents dans les effluents, le tritium ^3 H (que l'on notera T par la suite, tandis que H désignera l'isotope ^1 H de l'hydrogène) est un isotope «lourd» de l'hydrogène, β-émetteur. Une surveillance systématique
autour des centrales nucléaires permet de vérifier que l'activité radioactive dans l'environnement reste très largement inférieure aux normes réglementaires. La concentration en tritium des eaux dans les effluents est parfois trop faible pour les méthodes usuelles de détection (compteurs à scintillation liquide). Dans ce cas, un enrichissement isotopique permet d'atteindre un seuil de concentration mesurable. Nous étudierons dans cette partie l'enrichissement par électrolyse d'un échantillon liquide contenant du tritium sous forme d'eau tritiée HTO.

II.A.1) Électrolyse de l'eau

La figure 5 schématise la constitution d'un électrolyseur à électrolyte polymère solide pour l'électrolyse de l'eau : dans ce dispositif, l'électrolyte est une membrane polymère échangeuse de proton (Nafion ^® ), placée entre deux électrodes recouvertes de matériau catalytique.
Figure 5 Schéma d'un électrolyseur à électrolyte polymère solide
a) Écrire les demi-équations mises en jeu à l'anode et à la cathode lors de l'électrolyse de l'eau non tritiée H_2 O.
b) En déduire l'équation bilan de la réaction d'électrolyse.
c) Indiquer la nature des espèces 1 à 4 de la figure 5 et la nature des électrodes 5 et 6 . Préciser le sens de transfert des protons à travers la membrane de l'électrolyseur.
d) Sachant que l'électrolyse de l'eau tritiée conduit à la libération de HT_((g)), écrire l'équation de la réaction d'électrolyse correspondante.
e) Avant d'être introduit dans l'électrolyseur, l'échantillon d'effluent à enrichir doit préalablement subir un traitement visant à éliminer les particules en suspension, ions, bactéries, matière organique. Justifier la nécessité de ce traitement.

II.A.2) Enrichissement isotopique

Un échantillon d'eau de volume V_0 contient les isotopes H et T de l'hydrogène en quantités respectives n_(H, 0) et n_(T, 0). Après électrolyse, les quantités de matière de H et T sont notées n_H et n_T. Le procédé d'enrichissement isotopique repose sur la différence entre les vitesses d'électrolyse de l'eau non tritiée H_2 O et de l'eau tritiée HTO. On observe expérimentalement que l'eau non tritiée est réduite plus rapidement que l'eau tritiée au cours de l'électrolyse. Cette différence est traduite par le facteur de séparation β, défini comme le rapport entre l'abondance relative du tritium dans l'échantillon aqueux sur l'abondance relative du tritium dans la phase gazeuse produite par électrolyse :
β = ((n_T/n_H)_((aq)))/((n_T/n_H)_((g)))
L'efficacité du processus d'enrichissement isotopique est d'autant plus élevée que β est élevé. Dans les études réalisées sur la séparation isotopique hydrogène/tritium, les facteurs de séparation mesurés varient de l'ordre de 3 à 20 .
a) À la lumière des considérations cinétiques ci-dessus, expliquer en quoi la réaction cathodique est à l'origine de l'enrichissement de l'eau en tritium.
b) Proposer plusieurs facteurs qui peuvent influer sur la valeur de β. Une réponse soigneusement argumentée, en lien avec les connaissances sur l'électrochimie, est attendue.

II.A.3) Optimisation des performances de l'électrolyseur

L'efficacité énergétique des électrolyseurs à membrane échangeuse de cations repose principalement sur la nature des électrodes et de la membrane. On donne figure 6 l'allure de la caractéristique tension-densité de courant U_c = f(j) obtenue à 80^∘C pour une cellule d'électrolyse avec une membrane polymère Nafion ^® - 115 . L'anode est constituée d'un dépôt de platine sur composite de carbone Vulcan XC-72, la cathode est constituée d'oxyde de ruthénium. U_c est la tension aux bornes de l'électrolyseur et j la densité de courant parcourant les électrodes.
Figure 6 Caractéristique U_c = f(j) d'un électrolyseur
a) À partir de la courbe de la figure 6, représenter sur un même graphe l'allure des courbes densité de courantpotentiel j = f(E) anodique et cathodique de la cellule d'électrolyse. Légender les courbes et mettre soigneusement en évidence sur le schéma la tension minimale d'électrolyse, dont on donnera la valeur. On indique que le couple H^+/H_2 est rapide sur les électrodes considérées.
Sur la figure 7, la caractéristique U_c = f(j) a été tracée pour deux membranes polymères (Nafion ^® - 112 et Nafion ^((B))-117) d'épaisseur différente, à température ambiante.
Figure 7 Caractéristique U_c = f(j) pour 2 membranes polymères différentes
b) Montrer que ces courbes permettent de calculer la différence entre les résistances (exprimées en Ω ⋅ cm^2 ) des membranes Nafion ^®-112 et Nafion ^®-117 pour une valeur de j donnée. Calculer sa valeur pour j = 1 A ⋅ cm^(− 2).
c) Quelle membrane faut-il choisir pour optimiser les performances de l'électrolyseur ? Quel inconvénient cette membrane peut-elle cependant présenter ?

II.B - Risques associés à la libération de RuO_4 en cas d'un accident grave de centrale

L'accident de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, en mars 2011, a soulevé de nouvelles questions en matière de sécurité nucléaire. Dans une centrale, l'enceinte de confinement d'un réacteur est la dernière «barrière de sécurité » qui empêche la dissémination de produits radioactifs vers l'extérieur. À Fukushima, ces rejets n'ont pu être évités au lendemain de la fusion des cœurs de 3 réacteurs à eau bouillante et de l'endommagement des enceintes de confinement. Le comportement du ruthénium en cas d'accident grave de centrale REP a récemment été étudié par l'IRSN. Une entrée d'air dans la cuve du réacteur pourrait entrainer la formation d'oxydes de ruthénium RuO_2 et RuO_4. Le tableau 1 fournit quelques données relatives à ces oxydes.
Composé
Aspect sous 1,013 bar et à
20^∘C
Température de fusion sous
1,013 bar
Propriétés électriques Solubilité dans l'eau
RuO_4 solide cristallin jaune 25^∘C Isolant Faiblement soluble
RuO_2 solide cristallin noir 1300^∘C Conducteur Insoluble
Tableau 1
II.B.1) À quelle catégorie de solide cristallin (métallique, ionique, covalent, moléculaire) appartient RuO_4 ? Pourquoi est-il plus difficile de conclure dans le cas de RuO_2 ? Argumenter à l'aide des données du tableau 1 . La volatilité de RuO_4 et sa toxicité justifient les études relatives à la stabilité et à la réactivité de cet oxyde. RuO_4 est susceptible de se décomposer en RuO_2(s), qui peut se déposer sur les parois de l'enceinte de confinement. L'équation de la réaction modélisant la transformation, de constante d'équilibre K^∘, est :
RuO_(4(g)) = RuO_(2(s)) + O_(2(g))
Cette réaction suit une cinétique d'ordre 1.
La dangerosité de RuO_4(g) dépend notamment de sa stabilité et de sa vitesse de décomposition.
II.B.2) La figure 8 donne le tracé de ln(K^∘) = f(1/T) dans l'intervalle de température [ 50^∘C, 150^∘C ] et le tableau 2 les temps de demi-réaction déterminés à plusieurs températures. À partir des informations, déterminer l'enthalpie standard de réaction et l'énergie d'activation (supposées indépendantes de la température) associées à l'équation (II.1). On explicitera soigneusement la démarche suivie.
Figure 8 Tracé de ln(K^∘) = f(1/T) pour l'équation (II.1)
Température (^∘C) Temps de demi-réaction (h)
50 7220
100 12
150 9, 6 × 10^(− 2)
Tableau 2 Temps de
demi-réaction pour l'équation (II.1)
II.B.3) Discuter de l'influence d'une augmentation de la température sur la stabilité thermodynamique et cinétique de RuO_(4(g)).

III Surveillance sismique d'un site nucléaire

Un sismomètre est destiné à mesurer les mouvements du sol. Il est constitué d'un bâti fixé au sol dans lequel une masse peut osciller en cas de sollicitation sismique. Dans le cas d'un sismomètre classique une bobine solidaire de la masse mobile est plongée dans un champ magnétique ce qui permet de détecter ses mouvements et de mesurer leur vitesse. Pour améliorer la précision, des capteurs optiques peuvent être utilisés. Les plus précis sont les capteurs interférométriques, qui sont plutôt utilisés en laboratoire et servent aussi d'étalon pour les chaines de mesure de déplacement ou de vitesse d'un sismomètre mécanique plus classique. L'objet en mouvement ou le capteur à étalonner est muni d'un réflecteur qui est inclus dans un interféromètre (type Michelson). Le déplacement de l'objet est donc transformé en déplacement de franges d'interférence et un compteur de franges permet de connaitre le déplacement dû aux vibrations avec une très grande précision. Un schéma simplifié de ce genre de dispositif est représenté sur la figure 9 où O est un point fixe du laboratoire et O^′ est lié à la table.
Figure 9 Interféromètre de Michelson dans un sismomètre optique
La lame séparatrice (Sp) a un facteur de réflexion en énergie égal à 1/2 et un facteur de transmission en énergie égal à 1/2 également. Elle est supposée infiniment fine (compensée par une lame compensatrice adéquate). Le dispositif est éclairé par un laser hélium-néon : la lumière issue de ce laser est assimilée à une onde plane monochromatique de longueur d'onde λ, se propageant selon ( Ox ). L'interféromètre est fixé sur une table horizontale. Le miroir ( M_2 ) est fixe par rapport à cette table alors que le miroir ( M_1 ) est libre de se déplacer le long de l'axe ( Ox ). Les deux miroirs ( M_1 ) et ( M_2 ) forment un angle de π/2. On note ( M_2^′ ) le symétrique du miroir ( M_2 ) par rapport à la séparatrice ( Sp ).
La position de la table, suivant l'axe ( Ox ), par rapport au laboratoire est repérée par l'abscisse x(t) de ( M_2^′ ). Au repos, en l'absence de vibration de la table, cette abscisse vaut X_0 et le miroir ( M_1 ) est situé en A_0 (point fixe dans le référentiel de la table) à une distance d_0 de ( M_2^′ ).
On impose à la table une vibration sinusoïdale dans la direction ( Ox ), d'amplitude X_M et de pulsation ω. Cette vibration provoque un déplacement y(t) = Y_M cos(ωt) du miroir ( M_1 ) par rapport à la table. On admet que la connaissance de y(t) permet de déterminer x(t). L'objectif de cette partie est de déterminer Y_M (on ne cherchera pas à établir le lien entre Y_M et X_M ).
III. A - Exprimer la différence de marche δ(t) entre l'onde lumineuse reçue par le photodétecteur et ayant été réfléchie par le miroir ( M_2 ) et l'onde ayant été réfléchie par le miroir ( M_1 ).
III. B - Le photodétecteur délivre un courant d'intensité I(t) proportionnelle à la puissance lumineuse reçue. Montrer que I(t) = 1/2I_(max)(1 + cos(φ(t))), avec φ(t) = Φ_0 + (4π)/λy(t). Exprimer Φ_0.
III. C - La détermination de y(t) est liée à la mesure sans ambigüité et avec une bonne sensibilité de la phase Φ(t). La phase Φ(t) du signal reçu est composée d'un terme constant Φ_0 et d'un terme harmonique. Le terme continu rend compte de la configuration de l'interféromètre en l'absence de secousse sismique. La sensibilité de la détermination de y(t) sera liée à la valeur de Φ_0, comme le montre la figure 10, où figurent deux points particuliers Q et R (dont la position est liée à la valeur de Φ_0 ).
Figure 10
Pour quelle(s) valeur(s) de Φ_0 la sensibilité (dI)/(dφ) de la mesure sera-t-elle optimale ?
III. D - On choisit pour toute la suite un réglage tel que d_0 = λ/8. La figure 11 donne les enregistrements I(t)/I_(max) obtenus pour une vibration de la table de fréquence f. Les deux graphes correspondent à la même expérience, celui du bas présente un agrandissement d'une partie de celui du haut.
Dans cette sous-partie, on détaillera les raisonnements suivis.
III.D.1) Aux points A et B, le miroir mobile ( M_1 ) rebrousse chemin. De quelle quantité Δδ, en fonction de Y_M, a varié la différence de marche δ entre les instants t_A et t_B correspondant à ces deux points?
III.D.2) Déterminer la fréquence f de la vibration appliquée au système.
III.D.3) Exprimer Δδ en fonction de λ.
III.D.4) Donner alors la valeur de Y_M.
Figure 11
III. E - Les figures 12 et 13 donnent les enregistrements I(t)/I_(max) obtenus pour des vibrations de la table de fréquence f identique à la précédente, mais d'amplitudes légèrement différentes.
III.E.1) Donner la valeur de Y_M dans le cas de la figure 12.
III.E.2) Donner la valeur de Y_M dans le cas de la figure 13.
Figure 12
Figure 13

Données

Extrait de table thermodynamique relatif à l'équilibre liquide-vapeur de l'eau

θ(^∘C) P_(sat) (bar) Liquide saturant Vapeur saturante sèche
v_l(m^3 ⋅ kg^(− 1)) h_l(kJ ⋅ kg^(− 1)) s_l(J ⋅ K^(− 1) ⋅ kg^(− 1)) v_v(m^3 ⋅ kg^(− 1)) h_v(kJ ⋅ kg^(− 1)) s_v(J ⋅ K^(− 1) ⋅ kg^(− 1))
30 0,043 1,0047 125,22 0,4348 32,892 2555,92 8,4530
180 10 1,1276 763,18 2,1395 0,119404 2777,84 6,5854
270 55 1,3053 1190,10 2,9853 0,03505 2788,46 5,9226
θ température
P_(sat) pression de vapeur saturante
v_l volume massique du liquide saturant
h_l enthalpie massique du liquide saturant
s_l entropie massique du liquide saturant
v_v volume massique de la vapeur saturante sèche
h_v enthalpie massique de la vapeur saturante sèche
s_v entropie massique de la vapeur saturante sèche

Capacité thermique massique isobare de l'eau

c = 4, 18 kJ ⋅ K^(− 1) ⋅ kg^(− 1)

Potentiels standard d'oxydo-réduction (à 25^∘C )

E^∘(H^+/H_2) = 0, 00 V E^∘(O_2/H_2 O) = 1, 23 V

Masses atomiques

Atome F ^(235)U ^(238)U
Masses atomiques (u) 19,0 235,0 238,0

Constantes diverses

Unité de masse atomique unifiée 1u = 1, 66 × 10^(− 27) kg
Constante de Boltzmann k_B = 1, 38 × 10^(− 23) J ⋅ K^(− 1)
Constante des gaz parfaits R = 8, 314 J ⋅ K^(− 1) ⋅ mol^(− 1)
Constante de Faraday F = 96500C ⋅ mol^(− 1)
On prendra 0^∘C = 273 K

Formulaire

Expression du gradient d'une fonction scalaire f(r, θ, z) en coordonnées cylindriques
grad^(→−)f = (∂f)/(∂r)e⃗_r + 1/r(∂f)/(∂θ)e⃗_θ + (∂f)/(∂z)e⃗_z
Les températures sont exprimées en ^∘C

Questions fréquentes

4 questions
Sur quels chapitres porte le sujet Centrale physique-chimie 2 MP 2016 ?
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Sur quels chapitres porte le sujet Centrale physique-chimie 2 MP 2016 ?

Il mobilise la thermodynamique, l'équilibre d'un fluide en référentiel non galiléen, l'oxydoréduction, la cinétique et la thermodynamique chimique, et l'optique ondulatoire avec l'interféromètre de Michelson.

Quelles erreurs le jury a-t-il le plus relevées en physique-chimie 2 Centrale MP 2016 ?

Des confusions entre énergie interne et enthalpie, un référentiel non galiléen mal justifié, une conversion d'unités ratée, des bases d'oxydoréduction absentes, la confusion entre enthalpie de réaction et énergie d'activation, et des calculs inutiles en optique.

Le sujet Centrale physique-chimie 2 MP 2016 est-il faisable en première année ?

Seulement en partie : selon le jury, la thermodynamique, l'oxydoréduction, la cinétique et la thermodynamique chimique relèvent des deux années, mais l'équilibre d'un fluide en référentiel non galiléen et l'optique ondulatoire sont au programme de seconde année.

La chimie compte-t-elle beaucoup dans l'épreuve Centrale physique-chimie 2 MP 2016 ?

Le sujet portait surtout sur la physique, mais le jury souligne que la partie chimie a été fortement discriminante, beaucoup de candidats n'y ayant obtenu que très peu de points.

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