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ENS Physique PSI 2020, épreuve USujet et corrigé

Micromagnétisme et Mémoires MRAM

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Faisable en sup ?

Faisable en partie en PCSI : 9 questions sur 59. Autres questions faisables en PCSI

Autres premières années : PTSI 7 · MP2I 5 · TSI1 5 · BCPST1 4 questions.

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59 questions
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59 questions corrigées une à une : un indice, puis la stratégie, puis le corrigé complet avec le résultat encadré. Chaque question est vérifiée avant publication.

  1. Q1Donner les unités d'un moment magnétique et de l'aimantation spontanée dans les unités de base du système…
  2. Q2Cette interaction favorise-t-elle l'alignement ou l'anti-alignement des moments magnétiques ?
  3. Q3Exprimer, la densité volumique des moments magnétiques, en termes de.
  4. Q4Lorsque les atomes et sont "plus proches voisins", en introduisant, montrer que au premier ordre non-nul en.
  5. Q5En remarquant que dans le cas d'une structure cristalline cubique prend les valeurs [voir Fig. 1(a)], passer…
  6. Q6À l'aide du formulaire, montrer que l'expression (4) peut finalement s'écrire
  7. Q7Quelles configurations de l'aimantation minimisent ? (Une démonstration n'est pas requise.)
  8. Q8Quelles configurations de l'aimantation sont favorisées par ? (Une démonstration n'est pas requise.)
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  1. Q9En l'absence de courant de charges libres,, montrer que dérive d'un potentiel tel que, et que le problème se…
  2. Q10En sélectionnant soigneusement une surface fermée à l'interface des milieux 1 et 2, démontrer la relation de…
  3. Q11En utilisant cette analogie et à l'aide du formulaire, montrer que l'énergie magnétique correspondante, dite…
  4. Q12Donner et dans le cas d'un échantillon sphérique.
  5. Q13Quelle configuration de l'aimantation est favorisée par ? (Une démonstration n'est pas requise.)
  6. Q14Montrer, en calculant au premier ordre en, que la norme constante de l'aimantation impose de considérer…
  7. Q15Calculer la variation et montrer que
  8. Q16Montrer que
  9. Q17Montrer que
  10. Q18Montrer que pour un échantillon magnétique ellipsoïdal
  11. Q19Montrer que peut s'écrire sous la forme et donner l'expression du champ magnétique effectif.
  12. Q20Justifier que les états d'équilibre sont ainsi donnés par les équations suivantes, dites équations de Brown,
  13. Q21En admettant que la solution (11),, est encore valable dans cette géométrie (et), utiliser une équation de…
  14. Q22En utilisant la valeur de obtenue à la Question 21, refaire le schéma de la Fig. 2 en projection dans le…
  15. Q23Réécrire la première équation de Brown (19) dans le repère sphérique local, et montrer que l'angle obéit à…
  16. Q24En ramenant au préalable l'équation précédente à une équation différentielle du premier ordre, calculer…
  17. Q25Donner les unités d'un moment cinétique dans les unités de base du système international (m, kg, s, A, K).
  18. Q26En négligeant pour un temps le caractère quantique de l'électron, c'est-à-dire son spin, et en considérant…
  19. Q27En partant de l'équation de Larmor, donner sans autre forme de justification l'équation d'évolution de…
  20. Q28Vérifier que cette équation conserve la norme de l'aimantation.
  21. Q29Montrer que les états stationnaires de l'aimantation correspondent aux états d'équilibre solutions de la…
  22. Q30Dans le cas simple où le champ magnétique effectif est statique, soit avec, montrer que l'énergie est…
  23. Q31Comment se transforme un champ magnétique si l'on renverse la flèche du temps ? (On pourra s'aider du fait…
  24. Q32Comment se transforment et par renversement du temps ? Comment se transforme l'équation de Larmor après un…
  25. Q33Vérifier que l'équation de LLG conserve la norme de l'aimantation.
  26. Q34Montrer que l'équation de LLG peut se mettre sous la forme suivante, dite de Landau-Lifshitz (LL), où sera…
  27. Q35Représenter les deux moments de l'équation de Landau-Lifshitz agissant sur sur le schéma de la Fig. 2 qui…
  28. Q36Dans le cas simple où le champ effectif est statique, soit avec, montrer que l'énergie est une fonction…
  29. Q37Dans le cas où l'on applique un champ magnétique dépendant du temps, c'est-à-dire, la variation donne lieu à…
  30. Q38Donner la forme de l'équation de LLG après un renversement du temps. Quelle est l'influence du terme…
  31. Q39Montrer, à l'ordre le plus bas en et, que obéit à l'équation
  32. Q40En utilisant le résultat de la Question 14 pour la perturbation initiale et l'équation ci-dessus pour les…
  33. Q41Montrer que la susceptibilité longitudinale et la susceptibilité transverse sont données par où la fréquence…
  34. Q42En prenant maintenant en compte la dissipation telle qu'introduite à l'équation (23), soit, montrer que…
  35. Q43Donner la relation de proportionalité entre et, à l'ordre 0 en.
  36. Q44En utilisant les réponses aux deux dernières questions et en repassant en notation réelle, calculer et dans…
  37. Q45Calculer la norme de, et justifier que est la quantité maximale de moment cinétique absorbée par la couche…
  38. Q46Discuter l'action du moment sur sur le schéma de la Fig. 2 qui aura été préalablement recopié en projection…
  39. Q47En supposant que le transfert de spin a lieu pour chacun des électrons qui traversent F2, exprimer en termes…
  40. Q48En utilisant l'équation (28), donner l'expression de pour laquelle l'effet de la dissipation est exactement…
  41. Q49Donner l'expression du courant critique pour laquelle l'effet de la dissipation est exactement compensé par…
  42. Q50On rappelle que l'énergie s'écrit. Exprimer la variation temporelle de l'énergie,, en fonction de,,, et des…
  43. Q51Quel est l'état stationnaire de l'aimantation lorsque, et lorsque ?
  44. Q52En se référant à la Partie 1, exprimer l'énergie de la couche de stockage F2 seule,.
  45. Q53Tracer en fonction des valeurs possibles de. Identifier les états d'équilibre de l'aimantation, et…
  46. Q54Exprimer la barrière d'énergie, définie comme la différence d'énergie entre état instable et état stable.
  47. Q55Donner la probabilité qu'un bit ait subit au moins une commutation accidentelle pendant un temps.
  48. Q56Pour un ensemble de bits, donner la probabilité qu'il y ait eu au moins une commutation accidentelle d'un…
  49. Q57Pour un ensemble de bits, donner l'expression du rapport nécessaire pour que la probabilité qu'au moins une…
  50. Q58Application numérique: pour une MRAM avec une capacité de 1 Gbit conservée à la température ambiante de 300…
  51. Q59Application numérique: estimer le rayon minimal d'une couche de stockage F2 cylindrique d'épaisseur qui est…

Description

Ce sujet d'une durée de 6 heures constitue une fresque magistrale et moderne de micromagnétisme, reliant l'interaction d'échange quantique discrète à l'ingénierie contemporaine des mémoires vives magnétiques (STT-MRAM).

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JEUDI 23 AVRIL 2020-08h00-14h00 FILIÈRE PSI

ÉPREUVE DE PHYSIQUE(U)

Durée : 6 heures
L'utilisation des calculatrices n'est pas autorisée pour cette épreuve
Si le (la) candidat(e) repère ce qui lui semble être une erreur d'énoncé, il (elle) le signale lisiblement sur sa copie, propose la correction, et poursuit l'épreuve en conséquence.
Les applications numériques seront données avec un chiffre significatif.
Le sujet comporte 13 pages numérotées de 1 à 13.

Début du sujet

Notations

  • Dans le sujet, on note en gras un vecteur a, sa norme est notée ‖a‖
  • sur sa copie, le (la) candidat(e) pourra utiliser la notation a⃗
  • dans le repère cartésien ( u_x, u_y, u_z ), on décompose a = a_x u_x + a_y u_y + a_z u_z
  • on écrit le vecteur position x = xu_x + yu_y + zu_z
  • a ⋅ b dénote le produit scalaire de a et b
  • a ∧ b dénote le produit vectoriel de a et b
  • on note ∇ l'opérateur différentiel nabla qui, en coordonnées cartésiennes, s'écrit ∇ = ∂/(∂x)u_x + ∂/(∂y)u_y + ∂/(∂z)u_z
  • ∇G dénote le gradient gradG, ∇ ⋅ F dénote la divergence div F, ∇^2 G représente le Laplacien scalaire div(gradG), ∇ ∧ F dénote le rotationnel rotF
  • on note i l'unité imaginaire, telle que i^2 = − 1

Identités mathématiques

  • Identité de Taylor-Young pour F : ℝ^3 → ℝ^3 suffisamment différentiable en x :
F(x + b) = F(x) + (b ⋅ ∇)F(x) + 1/2(b ⋅ ∇)^2 F(x) + o(‖b‖^2)
  • intégration par partie sur un volume V délimité par une surface fermée S :
∫_V d^3 xF ⋅ ∇G = ∫_S d^2 S ⋅ FG − ∫_V d^3 x(∇ ⋅ F)G
avec d^2 S = d^2 xn où n est le vecteur unitaire perpendiculaire à la surface S en x, d^2 x et d^3 x sont les éléments de surface et de volume
— pour G = cste : ∫_V d^3 x∇ ⋅ F = ∫_S d^2 S ⋅ F (théorème de Green-Ostrogradski)
− ∇^2(G^2) = 2(∇G)^2 + 2G∇^2 G
− a ∧ (b ∧ c) = b(a ⋅ c) − c(a ⋅ b)
− (a ∧ b) ⋅ c = a ⋅ (b ∧ c)

Constantes mathématiques

− ln2 ≈ 0, 69
− ln10 ≈ 2, 3

Grandeurs physiques

  • Charge du proton : e ≈ 1, 6 × 10^(− 19) A s
  • masse de l'électron : m_e ≈ 9, 1 × 10^(− 31) kg
  • perméabilité magnétique du vide : μ_0 = 4π × 10^(− 7) kg m A^(− 2) s^(− 2)
  • constante de Boltzmann k_B ≈ 1, 4 × 10^(− 23) kg m^2 s^(− 2) K^(− 1)

Valeurs typiques pour des alliages de fer

  • Distance inter-atomique : a ≈ 5 × 10^(− 10) m
  • énergie d'échange : JM_s^2 ≈ 1 × 10^(− 20) kg m^2 s^(− 2)
  • constante d'anisotropie : K_a M_s^2 ≈ 1 × 10^6 kg m^(− 1) s^(− 2)
  • coefficient de dissipation magnétique : α ≈ 2 × 10^(− 3)

Micromagnétisme

Figure 1 - Un échantillon ferromagnétique de volume V délimité par une surface fermée S. (a) Zoom : les atomes composant l'échantillon portent des moments magnétiques, μ_i(t). Ici, les atomes sont arrangés dans une structure cristalline cubique; chaque atome a six "plus proches voisins" à une distance a. (b) Plutôt que de décrire chaque moment individuel, le micromagnétisme consiste à décrire le moment magnétique moyen par unité de volume, appelé aimantation M(x, t).
Les matériaux ferromagnétiques, comme le fer, le nickel ou le cobalt, présentent une aimantation spontanée M_s > 0 lorsque leur température est inférieure à une température critique, dite de Curie, T_c ( T_c^(fer) ≈ 1043 K ). Les électrons autour de chaque noyau atomique à la position x_i sont à l'origine d'un moment magnétique qui est décrit par un vecteur μ_i(t) de norme constante, voir Fig. 1(a). La théorie du micromagnétisme consiste à remplacer cette description discrète en termes des moments magnétiques localisés sur chaque atome par une description en termes d'une fonction continue de l'espace et du temps : le moment magnétique moyen par unité de volume, appelé vecteur aimantation, M(x, t); voir Fig. 1(b). Un matériau ferromagnétique est rarement uniformément aimanté : M(x, t) peut varier en direction dans l'espace et le temps, mais conserve une norme uniforme et constante, c'est-à-dire ‖M(x, t)‖ = M_s.
Figure 2 - L'aimantation M est un vecteur de norme constante M_s dont la direction est paramétrée par les angles θ ∈ [0, π] et φ ∈ [0, 2π[. On a représenté le repère sphérique local ( u_r, u_θ, u_φ ) avec u_r = M/M_s.
Le sujet est constitué de trois parties très largement indépendantes. Les aspects statiques de l'aimantation, c'est-à-dire avec M(x, t) = M(x), seront étudiés dans une première partie. La seconde partie étudiera la dynamique de l'aimantation dans les cas où l'aimantation est uniforme dans l'espace, c'est-à-dire avec M(x, t) = M(t). Enfin, la troisième partie abordera une application du micromagnétisme aux mémoires informatiques.
Question 1. Donner les unités d'un moment magnétique ‖μ‖ et de l'aimantation spontanée M_s dans les unités de base du système international (m, kg, s, A, K).

Première partie

Statique

1.1 Énergie d'un échantillon magnétique

L'énergie d'un échantillon magnétique de volume V sous l'influence d'un champ magnétique externe est composée de : l'énergie d'échange, l'énergie d'anisotropie, l'énergie de démagnétisation, et l'énergie de Zeeman :
E_(tot) = E_(ech) + E_(ani) + E_(dem) + E_(ext).
Ces termes sont étudiés un par un ci-dessous.

1.1.1 Énergie d'échange

L'interaction d'échange est une interaction à courte portée entre deux moments magnétiques voisins. L'énergie d'échange entre deux moments magnétiques μ_i et μ_j, portés par des atomes i et j situés en x_i et x_j respectivement, est donnée par
E_(ij) = {− 2Jρ^2 μ_i ⋅ μ_j si i et j sont "plus proches voisins" [voir Fig. 1(a) ],; 0 sinon,
avec la constante J > 0 et ρ est la densité volumique des moments magnétiques dans le matériau (supposée uniforme et constante).
Question 2. Cette interaction favorise-t-elle l'alignement ou l'anti-alignement des moments magnétiques?
L'énergie d'échange entre tous les moments magnétiques de l'échantillon est donc
E_(ech) = − 2Jρ^2∑_((i, j))μ_i ⋅ μ_j,
où la somme s'effectue sur toutes les paires de "plus proches voisins", notées (i, j). On se placera dans le cas où les atomes magnétiques sont disposés dans une structure cristalline cubique, comme representée sur la Fig. 1(a). Deux atomes "plus proches voisins" sont séparés par une distance a.
Question 3. Exprimer ρ, la densité volumique des moments magnétiques, en termes de a.
Pour passer de l'ensemble discret des μ_i à la fonction continue M(x), on écrit M(x_i) = ρμ_i où x_i est la position de l'atome, et on fait l'hypothèse que les variations de la fonction M(x) s'opèrent sur des distances beaucoup plus grandes que la distance a entre deux "plus proches voisins".
Question 4. Lorsque les atomes i et j sont "plus proches voisins", en introduisant x_(ij) = x_i − x_j, montrer que ρ^2 μ_i ⋅ μ_j ≃ M_s^2 + 1/2M(x_i) ⋅ [(x_(ij) ⋅ ∇)^2 M(x_i)] au premier ordre non-nul en x_(ij).
La somme sur toutes les paires de "plus proches voisins" peut être formellement réécrite ∑_((i, j))… = 1/2∑_i∑_(x_(ij))…, où la présence du facteur 1/2 dans le terme de droite permet de ne pas comptabiliser deux fois chaque paire.
Question 5. En remarquant que dans le cas d'une structure cristalline cubique x_(ij) prend les valeurs ± au_x, ± au_y, ± au_z [voir Fig. 1(a)], passer à la limite du continu, c'est-à-dire échanger ∑_i… par ∫_V d^3 xρ…, et montrer que l'énergie d'échange peut s'écrire, à une constante additive près, comme
E_(ech) = − A_(ech)∫_V d^3 xM_x(x)∇^2 M_x(x) + M_y(x)∇^2 M_y(x) + M_z(x)∇^2 M_z(x)
où A_(ech) = J/a et V est le volume de l'échantillon.
Question 6. À l'aide du formulaire, montrer que l'expression (4) peut finalement s'écrire
E_(ech) = A_(ech)∫_V d^3 x[∇M_x(x)]^2 + [∇M_y(x)]^2 + [∇M_z(x)]^2
Question 7. Quelles configurations de l'aimantation M(x) minimisent E_(ech) ? (Une démonstration n'est pas requise.)

1.1.2 Énergie d'anisotropie

L'environnement direct d'un moment magnétique, comme par exemple le champ électrostatique créé par les ions qui forment la structure cristalline, agit sur sa direction en favorisant certaines directions dans l'espace. Le cas le plus courant est celui de l'anisotropie uniaxiale pour laquelle l'énergie correspondante a pour expression
E_(ani) = − K_a∫_V d^3 x[u_a ⋅ M(x)]^2
où u_a est un vecteur unitaire et K_a ≥ 0 est une contante qui dépendent tous deux du matériau considéré.
Question 8. Quelles configurations de l'aimantation M(x) sont favorisées par E_(ani) ? (Une démonstration n'est pas requise.)

1.1.3 Énergie de démagnétisation

Dans un matériau ferromagnétique, on distingue les densités de courants électrique des charges libres et liées : j = j_(libres) + j_(liées). Les courants liés sont responsables de l'aimantation : j_(liées) = ∇ ∧ M. De plus, chacun de ces courants liés produit un champ ressenti par les autres moments magnétiques. Le champ magnétique B(x) en un point de l'échantillon est donc la somme du champ dû à l'aimantation locale et du champ créé par tous les autres moments magnétiques présents dans l'ensemble de l'échantillon. On introduit le vecteur d'excitation magnétique (parfois appelé champ démagnétisant) H_m tel que B = μ_0(M + H_m).
Question 9. En l'absence de courant de charges libres, j_(libres) = 0, montrer que H_m dérive d'un potentiel tel que μ_0 H_m = − ∇φ_m, et que le problème se ramène à l'équation de Poisson suivante
∇^2 φ_m = μ_0∇ ⋅ M
À l'interface de deux milieux magnétiques 1 et 2 , le potentiel φ_m(x) est continu, c'est-à-dire φ_m(x_1) = φ_m(x_2) où x_1 et x_2 sont infiniment proches et de part et d'autre de l'interface, mais sa dérivée dans la direction normale à l'interface est discontinue.
Question 10. En sélectionnant soigneusement une surface fermée à l'interface des milieux 1 et 2 , démontrer la relation de passage
n ⋅ ∇(φ_m(x_1) − φ_m(x_2)) = μ_0(M(x_1) − M(x_2)) ⋅ n,
où n est le vecteur unitaire normal à l'interface, orienté de 1 vers 2 .
Par analogie avec l'équation de Poisson électrostatique, la quantité ρ_m = − ∇ ⋅ M peut être interprétée comme une densité volumique de charge magnétique et σ_m = M ⋅ n comme sa densité surfacique. L'énergie associée à des densités de charge électrique ρ_e et σ_e dans un potentiel électrostatique φ_e est donnée par
E_(elec) = 1/2∫_V d^3 xρ_e(x)φ_e(x) + 1/2∫_S d^2 xσ_e(x)φ_e(x)
où S est la surface fermée délimitant le volume V.
Question 11. En utilisant cette analogie et à l'aide du formulaire, montrer que l'énergie magnétique correspondante, dite énergie de démagnétisation, s'écrit
E_(dem) = − 1/2μ_0∫_V d^3 xM(x) ⋅ H_m(x)
Figure 3 - Échantillon magnétique ellipsoïdal.
L'équation de Poisson (7) révèle que le vecteur d'excitation magnétique H_m dépend de l'aimantation M. On ne résoudra pas cette équation dans le cas général, mais on se placera dans le cas d'un échantillon ellipsoïdal dont les axes principaux de l'ellipsoïde coïncident avec le repère cartésien ( u_x, u_y, u_z ), voir Fig. 3. On admettra que la solution est donnée par
H_m = − N_x M_x u_x − N_y M_y u_y − N_z M_z u_z,
où N_x, N_y, et N_z sont des coefficients positifs qui dépendent de la géométrie précise de l'échantillon mais vérifient nécessairement N_x + N_y + N_z = 1.
Question 12. Donner N_x, N_y, et N_z dans le cas d'un échantillon sphérique.

1.1.4 Énergie de Zeeman

Si un champ magnétique externe B_(ext)(x) est appliqué, il contribue à l'énergie (plus précisément à l'enthalpie) totale via le terme
E_(ext) = − ∫_V d^3 xM(x) ⋅ B_(ext)(x)
Question 13. Quelle configuration de l'aimantation M(x) est favorisée par E_(ext) ? (Une démonstration n'est pas requise.)

1.2 Équilibre magnétique

On cherche à déterminer les états d'équilibre de l'aimantation en identifiant les extrema de l'énergie E_(tot)(M), c'est-à-dire les configurations de l'aimantation M_0(x) pour lesquelles
δE_(tot)(M_0) = 0
où la variation δE_(tot)(M) = E_(tot)(M + δM) − E_(tot)(M) est calculée au premier ordre en δM, une variation arbitraire infinitésimale de l'aimantation : ‖δM‖≪M_s. Pour alléger les notations, on omet ici et dans ce qui suit d'écrire les dépendences explicites en x de M, M_0, B_(ext), H_m, n, et δM.
Question 14. Montrer, en calculant δ(‖M‖^2) = ‖M + δM‖^2 − ‖M‖^2 au premier ordre en δM, que la norme constante de l'aimantation impose de considérer uniquement des variations transverses de l'aimantation, c'est-à-dire δM perpendiculaire à M.
On remarquera qu'on peut donc écrire la variation δM = M ∧ δμ avec δμ un vecteur de direction arbitraire en tout point x de l'espace et ‖δμ‖≪1.
Question 15. Calculer la variation δE_(ext)(M) = E_(ext)(M + δM) − E_(ext)(M) et montrer que
δE_(ext)(M) = − ∫_V d^3 x(B_(ext) ∧ M) ⋅ δμ
Question 16. Montrer que
δE_(ani)(M) = − 2K_a∫_V d^3 x(u_a ⋅ M)(u_a ∧ M) ⋅ δμ
Question 17. Montrer que
δE_(ech)(M) = 2A_(ech){∫_S d^2 x[(n ⋅ ∇)M ∧ M] ⋅ δμ − ∫_V d^3 x[∇^2 M ∧ M] ⋅ δμ}.
Question 18. Montrer que pour un échantillon magnétique ellipsoïdal
δE_(dem)(M) = − μ_0∫_V d^3 x(H_m ∧ M) ⋅ δμ
Question 19. Montrer que δE_(tot)(M) peut s'écrire sous la forme
δE_(tot)(M) = − ∫_V d^3 x(B_(eff) ∧ M) ⋅ δμ + 2A_(ech)∫_S d^2 x[(n ⋅ ∇)M ∧ M] ⋅ δμ,
et donner l'expression du champ magnétique effectif B_(eff).
B_(eff) rassemble les contributions des interactions d'échange, d'anisotropie, de démagnétisation et du champ externe. On notera que, dans le cas général, il dépend de l'aimantation.
Question 20. Justifier que les états d'équilibre sont ainsi donnés par les équations suivantes, dites équations de Brown,
M_0, ∧ B_(eff) = 0 pour tout x ∈ V,; (n ⋅ ∇)M_0, ∧ M_0 = 0 pour tout x ∈ S.

1.3 Paroi de domaine magnétique

Figure 4 - Paroi entre deux domaines magnétiques.
Dans la plupart des cas, comme pour le fer, un matériau ferromagnétique est constitué de multiples domaines à l'intérieur de chacun desquels le vecteur aimantation est uniforme. Ces domaines sont séparés par des régions de transition, appelées parois de domaines magnétiques, où la direction de l'aimantation varie spatialement.
On cherche à estimer l'épaisseur typique λ_B de ces parois, c'est-à-dire la longueur typique sur laquelle l'aimantation M_0(x) change de direction entre deux domaines. Pour cela, on considère deux domaines magnétiques semi-infinis comme représentés sur la Fig. 4, avec les conditions aux limites lim_(z → − ∞)M_0(x) = M_s u_x et lim_(z → + ∞)M_0(x) = − M_s u_x. La paroi de domaine est ainsi parallèle au plan (x, y) et on détermine son épaisseur λ_B dans la direction z. On cherche donc une solution à la première équation de Brown (19) qui est invariante par translation selon x et y : M_0(z).
Question 21. En admettant que la solution (11), H_m = − N_x M_(0x)u_x − N_y M_(0y)u_y − N_z M_(0z)u_z, est encore valable dans cette géométrie (et N_z < 1 ), utiliser une équation de Maxwell pour montrer que l'angle θ entre M_0 et u_z est une constante que l'on précisera.
La solution M_0(z) est donc uniquement déterminée par la donnée de l'angle φ(z) entre M_0 et u_x. On peut donc chercher une solution sous la forme M_0(φ(z)). Pour simplifier, on négligera l'énergie de démagnétisation devant celle d'anisotropie en prenant H_m = 0, on prendra l'anisotropie selon u_a = u_x, et aucun champ externe appliqué, c'est-à-dire B_(ext) = 0.
Question 22. En utilisant la valeur de θ obtenue à la Question 21, refaire le schéma de la Fig. 2 en projection dans le plan ( x, y ). Exprimer B_(eff θ) et B_(eff)φ, les composantes de B_(eff) dans le repère sphérique local, en termes de φ(z) et de sa dérivée seconde.
Question 23. Réécrire la première équation de Brown (19) dans le repère sphérique local, et montrer que l'angle φ(z) obéit à l'équation
2A_(ech)(d^2 φ(z))/(dz^2) − (dε_(ani)(φ))/(dφ) = 0,
où l'on donnera l'expression de ε_(ani)(φ).
Question 24. En ramenant au préalable l'équation précédente à une équation différentielle du premier ordre, calculer explicitement φ(z). On rappelle la primitive ∫^x dt1/sint = ln tan(x/2) + cste pour 0 < x < π et on pourra prendre φ = π/2 à z = 0. Identifier la longueur typique λ_B qui sépare les deux domaines magnétiques. Évaluer numériquement λ_B.

Deuxième partie Dynamique

Les équations de Brown (19) permettent de calculer les états d'équilibre de l'aimantation, mais ne renseignent ni sur leur stabilité ni sur la manière dont ces états sont formés. Dans ce qui suit, on étudie la dynamique de l'aimantation. Pour simplifier, on se placera dans le cas où l'échantillon de volume V n'est composé que d'un seul domaine magnétique où l'aimantation est uniforme : M(x, t) = M(t). Cette situation est attendue pour les échantillons de petite taille devant λ_B, si la condition initiale et si B_(eff)(x, t) sont eux-même uniformes.

2.1 Précession de Larmor

On rappelle le principe fondamental de la dynamique en rotation :
(dJ)/(dt) = T,
où J est le moment cinétique et T est le moment des forces appliquées. Les électrons dans les atomes ont deux types de moments cinétiques : orbital L et de spin S. Le moment cinétique orbital est dû au mouvement de l'électron autour du noyau atomique. Le spin, quant à lui, prend son origine dans la mécanique quantique; il n'a pas d'analogue classique. Le moment cinétique total est simplement la somme J = L + S.
Question 25. Donner les unités d'un moment cinétique J dans les unités de base du système international (m, kg, s, A, K).
Question 26. En négligeant pour un temps le caractère quantique de l'électron, c'est-àdire son spin, et en considérant un électron de charge − e et de masse m_e sur une trajectoire circulaire uniforme autour d'un noyau atomique, montrer que son moment magnétique μ est proportionnel à son moment cinétique orbital, c'est-à-dire μ = − γ_L L. Pour cela, on pourra exprimer tour à tour μ et L en termes du rayon r de l'orbite de l'électron et de sa période de révolution T, ainsi que des autres données du problème. Donner l'expression du rapport gyromagnétique γ_L > 0. Évaluer numériquement γ_L.
En prenant maintenant en compte le spin de l'électron, on admettra que μ = − γJ avec un rapport gyromagnétique γ ≈ 2 × γ_L. La dynamique d'un moment magnétique en présence d'un champ magnétique B est donc donnée par l'équation de Larmor
(dμ)/(dt) = − γμ ∧ B.
On rappelle que dans un matériau magnétique, on définit le moment magnétique moyen par unité de volume, appelé vecteur aimantation, qui est ici supposée uniforme : M(t). L'aimantation subit l'action d'un champ magnétique effectif B_(eff), décrit dans la Partie 1.
Question 27. En partant de l'équation de Larmor, donner sans autre forme de justification l'équation d'évolution de l'aimantation M(t) dans son champ magnétique effectif B_(eff).
Question 28. Vérifier que cette équation conserve la norme de l'aimantation.
La dynamique de l'aimantation M(t) décrit donc des trajectoires sur la surface d'une sphère de rayon M_s, voir Fig. 2.
Question 29. Montrer que les états stationnaires de l'aimantation correspondent aux états d'équilibre solutions de la première équation de Brown (19).
Question 30. Dans le cas simple où le champ magnétique effectif est statique, soit B_(eff) = B_0 avec dB_0/dt = 0, montrer que l'énergie E_(tot) = − VM ⋅ B_0 est constante. Pour une condition initiale quelconque, l'équation de Larmor (22) permet-elle de rendre compte de la relaxation de l'aimantation vers un état d'équilibre stable?
Par "renversement du temps", on désigne l'opération qui consiste à renverser le déroulé du film d'une action. Ainsi, une particule se déplaçant à une vitesse v = dx/dt et une accélération a = d^2 x/dt^2 apparaît se déplacer à la vitesse − v et une accélération + a après renversement du temps.
Question 31. Comment se transforme un champ magnétique B si l'on renverse la flèche du temps? (On pourra s'aider du fait qu'un champ magnétique peut être vu comme résultant d'une charge électrique en rotation.)
Question 32. Comment se transforment μ et M par renversement du temps? Comment se transforme l'équation de Larmor après un renversement du temps?

2.2 Dissipation

Pour expliquer la relaxation du système magnétique vers son état d'équilibre stable, on doit prendre en compte le phénomène de friction magnétique dû à l'environnement magnétique (l'aimantation résiduelle des noyaux atomiques, des autres atomes non-magnétiques, etc). Cela se traduit par l'équation de Landau-Lifshitz-Gilbert (LLG) :
(dM)/(dt) = − γM ∧ B_(eff) + αM/(M_s) ∧ (dM)/(dt),
où α est une petite constante sans dimension qui depend du matériau, 0 < α≪1.
Question 33. Vérifier que l'équation de LLG conserve la norme de l'aimantation.
Question 34. Montrer que l'équation de LLG peut se mettre sous la forme suivante, dite de Landau-Lifshitz (LL),
(dM)/(dt) = − γ_(LL)M ∧ B_(eff) − αγ_(LL)M ∧ (M/(M_s) ∧ B_(eff)),
où γ_(LL) sera donné en termes de γ et α. Justifier que γ_(LL) ≈ γ.
Question 35. Représenter les deux moments de l'équation de Landau-Lifshitz agissant sur M sur le schéma de la Fig. 2 qui aura été préalablement recopié en projection dans le plan (y, z) dans le cas φ = π/2 (on choisira B_(eff) orienté selon u_z ).
Question 36. Dans le cas simple où le champ effectif est statique, soit B_(eff) = B_0 avec dB_0/dt = 0, montrer que l'énergie E_(tot) = − VM ⋅ B_0 est une fonction décroissante du temps, permettant ainsi la relaxation de l'aimantation vers un état d'équilibre stable quelle que soit sa condition initiale.
Question 37. Dans le cas où l'on applique un champ magnétique dépendant du temps, c'est-à-dire dB_(eff)/dt ≠ 0, la variation dE_(tot)/dt donne lieu à deux termes distincts. En argumentant succintement, identifier le terme qui peut être interprété comme un travail par unité de temps, noté W˙, et celui qui peut être interprété comme une chaleur échangée avec l'environnement par unité de temps, noté Q˙.
Question 38. Donner la forme de l'équation de LLG après un renversement du temps. Quelle est l'influence du terme proportionnel à α sur cette dynamique?

2.3 Susceptibilité

On s'intéresse à la dynamique des perturbations de l'aimantation autour de sa valeur d'équilibre M_0 lorsqu'on varie infinitésimalement le champ magnétique externe autour de sa valeur statique B_0. On pose M(t) = M_0 + m(t) et B_(ext)(t) = B_0 + b(t), avec ‖m(t)‖≪‖M_0‖ = M_s et ‖b(t)‖≪‖B_0‖. Pour simplifier, on considère un matériau isotrope, c'est-à-dire K_a = 0, et on néglige la démagnétisation en prenant H_m = 0. On commence l'étude en négligeant aussi la dissipation, c'est-à-dire en prenant α = 0, de telle sorte que seul B_(ext)(t) contribue à B_(eff)(t).
Question 39. Montrer, à l'ordre le plus bas en m(t) et b(t), que m(t) obéit à l'équation
(dm(t))/(dt) = − γ[m(t) ∧ B_0 + M_0 ∧ b(t)].
Question 40. En utilisant le résultat de la Question 14 pour la perturbation initiale m(t = 0) et l'équation ci-dessus pour les temps t > 0, montrer que la perturbation m(t) est perpendiculaire à M_0 à tout temps t ≥ 0.
L'équation différentielle ci-dessus est linéaire, à coefficients constants, et on peut chercher des solutions à des perturbations harmoniques à la fréquence ω en passant en représentation de Fourier. Pour cela, on remplace m(t) et b(t) par m_–e^(iωt) et b_–e^(iωt), respectivement, où m_– et b_– sont des amplitudes complexes. Pour simplifier, on prendra B_0 = B_0 u_z, M_0 = M_s u_z, et b(t) = b_x(t)u_x.
Question 41. Montrer que la susceptibilité longitudinale χ_–_‖ = μ_0 m_–_x/b_–_x et la susceptibilité transverse χ_–_⊥ = μ_0 m_–_y/b_–_x sont données par
χ_–_‖(ω) = (ω_0 ω_M)/(ω_0^2 − ω^2), χ_–_⊥(ω) = − i(ωω_M)/(ω_0^2 − ω^2),
où la fréquence ω_M et la fréquence de résonance ω_0 seront exprimées en termes des données du problème.
Question 42. En prenant maintenant en compte la dissipation telle qu'introduite à l'équation (23), soit α > 0, montrer que m_–_x obéit à l'équation d'un oscillateur harmonique amorti forcé avec pour équation (puisque α≪1, on négligera le terme d'ordre α^2 et la correction d'ordre α au terme de forçage)
− ω^2 m_–_x + 2ηiωm_–_x + ω_0^2 m_–_x = (ω_0 ω_M)/(μ_0)b_–_x.
Exprimer η en termes des données du problème.
Question 43. Donner la relation de proportionalité entre m_–_y et m_–_x, à l'ordre 0 en α.
Question 44. En utilisant les réponses aux deux dernières questions et en repassant en notation réelle, calculer m_x(t) et m_y(t) dans le cas où la variation du champ magnétique b(t) est nulle et la perturbation initiale de l'aimantation est orientée selon u_y, c'est-à-dire m(t = 0) = m_0 u_y. Tracer la solution dans le plan ( m_x, m_y ), paramétriquement en t.

Troisième partie Magnetoresistive Random-Access Memory

Les ordinateurs modernes font appel à plusieurs types de mémoires. La mémoire cache, positionnée au plus près du processeur central, doit être rapide quitte à être relativement coûteuse. La mémoire principale est généralement une mémoire vive dynamique (DRAM) à base de semi-conducteurs; elle est volatile en cela qu'elle nécessite un apport constant d'énergie pour conserver l'information entreposée. Le stockage de masse, non-volatile, est lui typiquement assuré par la mémoire flash ou les disques durs magnétiques.
Ici, on s'intéresse à une nouvelle alternative à la DRAM : la MRAM, pour Magnetoresistive Random-Access Memory. C'est une mémoire vive basée sur les principes du micromagnétisme étudiés dans les deux premières parties. La MRAM promet de combiner robustesse, non-volatilité, grande vitesse de lecture et d'écriture, faible consommation électrique, le tout à un coût modéré.

3.1 Écriture par transfert de spin

On dit qu'un courant électrique est polarisé en spin lorsque les électrons participant au courant portent un moment cinétique de spin orienté selon un même vecteur unitaire u_p. Lorsqu'un courant polarisé en spin traverse un domaine magnétique, il y a un échange de moment cinétique entre les électrons qui participent au courant et ceux qui gravitent autour des atomes de l'échantillon magnétique (selon la conservation du moment cinétique total). Cela se traduit par un transfert de moment magnétique entre le courant polarisé en spin et l'aimantation de l'échantillon. Ce phénomène, appelé transfert de spin (TS), peut être utilisé pour manipuler l'aimantation qui encode les bits d'information dans une MRAM. On étudie le dispositif représenté sur la Fig. 5. Les électrons se déplacent selon − u_z. Conventionnellement, cela se traduit par un courant électrique I ≤ 0. Le courant est d'abord polarisé en spin en le faisant passer à travers une première couche ferromagnétique F 1 , dite de référence, aimantée uniformément selon M_1 = M_s u_z. On admet qu'elle est suffisament épaisse pour polariser tous les spins électroniques qui composent le courant dans la direction u_z sans que M_1 soit sensiblement affecté. Après avoir traversé une très fine couche non-magnétique, le courant pénètre dans une seconde couche ferromagmétique F2, dite de stockage. F2 est cylindrique de section S et d'épaisseur d. Son aimantation est supposée uniforme, c'est-à-dire M_2(x, t) = M_2(t), et de norme constante ‖M_2(t)‖ = M_s.
Figure 5 - Principe d'écriture magnétique par transfert de spin. Une couche de référence F1 est aimantée selon M_1 = M_s u_z. En la traversant, les électrons du courant I se polarisent en spin, puis viennent manipuler l'aimantation de la couche de stockage, M_2.
Le courant polarisé en spin exerce un moment − γT_(TS) sur M_2. On admettra donc que pour une faible dissipation et un faible courant, on peut simplement remplacer l'équation de Landau-Lifshitz (24) par
(dM_2)/(dt) = − γM_2 ∧ B_(eff) − αγM_2 ∧ ((M_2)/(M_s) ∧ B_(eff)) − γT_(TS),
où le champ magnétique effectif B_(eff) a été introduit et discuté dans la Partie 1 , où γ > 0 et α > 0 ont été introduits et discutés dans la Partie 2, et où
T_(TS) = − G(M_2)/(M_s) ∧ ((M_2)/(M_s) ∧ u_z),
avec G ≥ 0 une grandeur discutée ci-dessous.
Question 45. Calculer la norme de T_(TS), et justifier que G est la quantité maximale de moment cinétique absorbée par la couche F2 par unité de volume et de temps.
Question 46. Discuter l'action du moment − γT_(TS) sur M_2 sur le schéma de la Fig. 2 qui aura été préalablement recopié en projection dans le plan ( y, z ) dans le cas φ = π/2.
Question 47. En supposant que le transfert de spin a lieu pour chacun des électrons qui traversent F2, exprimer G en termes du courant I, de la charge électrique d'un electron − e, du moment cinétique échangé par chaque électron, noté σ, et des autres données du problème.
On considérera le cas où le champ effectif est statique et orienté dans la même direction que M_1 : B_(eff) = B_0 = B_0 u_z avec B_0 > 0.
Question 48. En utilisant l'équation (28), donner l'expression G_c de G pour laquelle l'effet de la dissipation est exactement compensé par le transfert de spin.
Question 49. Donner l'expression du courant critique I_c ≤ 0 pour laquelle l'effet de la dissipation est exactement compensé par le transfert de spin.
Question 50. On rappelle que l'énergie s'écrit E_(tot) = − VM_2 ⋅ B_0. Exprimer la variation temporelle de l'énergie, dE_(tot)/dt, en fonction de M_(2z) = M_2 ⋅ u_z, G − G_c, B_0, et des autres données du problème.
Le transfert de spin peut donc être utilisé pour manipuler la direction d'un moment magnétique, c'est-à-dire écrire un bit d'information (0 ou 1).
Question 51. Quel est l'état stationnaire de l'aimantation lorsque 0 ≥ I > I_c, et lorsque I < I_c ?

3.2 Stabilité thermique

Pour les applications à la mémoire numérique, une caractéristique clef est la durée pendant laquelle les informations qui y ont été écrites peuvent être conservées sans altération.
On considère la situation où une fois le bit d'information écrit, on laisse le dispositif au repos à la température T, sans appliquer de champ magnétique externe, ni de courant électrique. Le matériau de la couche F2 est choisi pour exhiber une forte anisotropie selon u_a = u_z avec K_a > 1/2μ_0. On admettra que le vecteur d'excitation magnétique H_m est donné par la relation (11) avec N_x = N_y = 0 et N_z = 1.
Question 52. En se référant à la Partie 1, exprimer l'énergie de la couche de stockage F2 seule, E_(tot)(M_2).
Question 53. Tracer E_(tot) en fonction des valeurs possibles de M_(2z) = M_2 ⋅ u_z. Identifier les états d'équilibre de l'aimantation, et distinguer les équilibres stables et instables.
Question 54. Exprimer la barrière d'énergie ΔE > 0, définie comme la différence d'énergie entre état instable et état stable.
La loi de Arrhenius donne le temps typique de commutation accidentelle de l'aimantation dûe aux fluctuations thermiques à la température T :
τ = τ_0 exp((ΔE)/(k_B T)),
où τ_0 ≈ 1 ns. Pour un bit donné, la probabilité de ne pas avoir commuté accidentellement pendant un temps t est
P(t) = exp(− t/τ).
Question 55. Donner la probabilité P_(erreur)^((1))(t) qu'un bit ait subit au moins une commutation accidentelle pendant un temps t.
Question 56. Pour un ensemble de N bits, donner la probabilité P_(erreur)^((N))(t) qu'il y ait eu au moins une commutation accidentelle d'un des bits pendant un temps t.
Question 57. Pour un ensemble de N bits, donner l'expression du rapport ΔE/k_B T nécessaire pour que la probabilité qu'au moins une erreur survienne pendant un temps t soit inférieure à une certaine valeur p.
Question 58. Application numérique : pour une MRAM avec une capacité de 1 Gbit conservée à la température ambiante de 300 K pendant 10 ans , quelle doit être la valeur typique de ΔE pour assurer que la probabilité qu'une erreur survienne sur un des bits soit inférieure à p = 10^(− 4) ?
Question 59. Application numérique : estimer le rayon minimal r d'une couche de stockage F2 cylindrique d'épaisseur d ≈ 1 nm qui est ainsi nécessaire pour stocker un de ces bits.

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