WikiPrépaLivrets

Intégration par parties (IPP)

L'intégration par parties (IPP) transforme l'intégrale d'un produit u′vu'v en celle de uv′uv', au prix d'un terme tout intégré. Elle sert à calculer des intégrales, à établir des relations de récurrence et à étudier la convergence ou le comportement asymptotique d'intégrales généralisées.

Au programmePremière année (MPSI, MP2I, PCSI), puis deuxième année (MP, MPI, PSI) · Intégration sur un segment ; intégrales généralisées

Énoncé

Théorème (intégration par parties)

Sur un segment. Soit u,v:[a,b]→Ku, v : [a,b]\to\K de classe C1\mathcal{C}^1, avec K=R\K=\R ou C\C. Alors

∫abu′(t) v(t) dt=[u(t) v(t)]ab−∫abu(t) v′(t) dt.\int_a^b u'(t)\,v(t)\,\dd t = \big[u(t)\,v(t)\big]_a^b - \int_a^b u(t)\,v'(t)\,\dd t.

Sur un intervalle quelconque (deuxième année). Soit −∞≤a<b≤+∞-\infty\le a<b\le+\infty et u,v: ]a,b[ →Ku, v : \,]a,b[\,\to\K de classe C1\mathcal{C}^1. On suppose que le produit uvuv admet une limite finie en aa et en bb, et on note [uv]ab=lim⁡buv−lim⁡auv[uv]_a^b=\lim_{b}uv-\lim_{a}uv. Alors les intégrales ∫abu′v\int_a^b u'v et ∫abuv′\int_a^b uv' sont de même nature et, en cas de convergence,

∫abu′(t) v(t) dt=[uv]ab−∫abu(t) v′(t) dt.\int_a^b u'(t)\,v(t)\,\dd t = \big[uv\big]_a^b - \int_a^b u(t)\,v'(t)\,\dd t.

Même énoncé sur [a,b[[a,b[ ou ]a,b]]a,b], la limite n'étant alors demandée qu'à la borne ouverte.

Démonstration

Sur un segment. Le produit uvuv est de classe C1\mathcal{C}^1 sur [a,b][a,b] et (uv)′=u′v+uv′(uv)'=u'v+uv' est continue. Par le théorème fondamental de l'analyse,

∫ab(u′v+uv′)(t) dt=u(b)v(b)−u(a)v(a).\int_a^b \big(u'v+uv'\big)(t)\,\dd t = u(b)v(b)-u(a)v(a).

Les fonctions u′vu'v et uv′uv' étant continues sur le segment, leurs intégrales existent et la linéarité de l'intégrale donne la formule.

Sur ]a,b[]a,b[. Fixons c∈ ]a,b[c\in\,]a,b[. Pour y∈[c,b[y\in[c,b[, la formule sur le segment [c,y][c,y] donne

∫cyu′v=u(y)v(y)−u(c)v(c)−∫cyuv′.\int_c^y u'v = u(y)v(y)-u(c)v(c)-\int_c^y uv'.

Comme u(y)v(y)u(y)v(y) admet une limite finie quand y→by\to b, la fonction y↦∫cyu′vy\mapsto\int_c^y u'v a une limite finie en bb si et seulement si y↦∫cyuv′y\mapsto\int_c^y uv' en a une : les intégrales ∫cbu′v\int_c^b u'v et ∫cbuv′\int_c^b uv' sont de même nature. Le même raisonnement sur [x,c][x,c], avec x→ax\to a, traite la borne aa. En cas de convergence, on fait tendre xx vers aa et yy vers bb dans la formule écrite sur [x,y][x,y], ce qui donne l'égalité annoncée.

Méthode : quand et comment l'utiliser

  • Choix de u′u' et de vv : on dérive ce qui se simplifie en dérivant (ln⁡\ln, arctan⁡\arctan, polynômes) et on primitive ce qui se primitive sans difficulté (exponentielles, sin⁡\sin, cos⁡\cos, puissances).
  • Relation de récurrence : pour une suite d'intégrales InI_n, une IPP exprime souvent InI_n en fonction de In−1I_{n-1} ou de In−2I_{n-2} (intégrales de Wallis, fonction Gamma).
  • Double IPP : deux IPP successives font réapparaître l'intégrale de départ, d'où une équation dont elle est solution (produits eαtcos⁡(βt)e^{\alpha t}\cos(\beta t)).
  • Intégrale généralisée : si le crochet diverge, on travaille sur un segment [x,y][x,y] puis on passe à la limite, ou on change la constante d'intégration de la primitive choisie.

Exemples d'application

Double IPP : ∫0πetsin⁡t dt\int_0^{\pi} e^t\sin t\,\dd t

Notons I=∫0πetsin⁡t dtI=\int_0^{\pi}e^t\sin t\,\dd t et J=∫0πetcos⁡t dtJ=\int_0^{\pi}e^t\cos t\,\dd t. Une IPP avec u′(t)=etu'(t)=e^t et v(t)=sin⁡tv(t)=\sin t donne

I=[etsin⁡t]0π−∫0πetcos⁡t dt=−J.I=\big[e^t\sin t\big]_0^{\pi}-\int_0^{\pi}e^t\cos t\,\dd t = -J.

Une seconde IPP avec u′(t)=etu'(t)=e^t et v(t)=cos⁡tv(t)=\cos t donne

J=[etcos⁡t]0π+∫0πetsin⁡t dt=−eπ−1+I.J=\big[e^t\cos t\big]_0^{\pi}+\int_0^{\pi}e^t\sin t\,\dd t = -e^{\pi}-1+I.

Donc I=eπ+1−II=e^{\pi}+1-I, soit I=eπ+12I=\dfrac{e^{\pi}+1}{2}.

IPP généralisée : ∫0+∞tne−t dt=n!\int_0^{+\infty}t^n e^{-t}\,\dd t=n!

Soit In=∫0+∞tne−t dtI_n=\int_0^{+\infty}t^ne^{-t}\,\dd t. On a I0=1I_0=1. Pour n≥1n\ge1, on pose u(t)=tnu(t)=t^n et v(t)=−e−tv(t)=-e^{-t}, de classe C1\mathcal{C}^1 sur [0,+∞[[0,+\infty[. Le produit u(t)v(t)=−tne−tu(t)v(t)=-t^ne^{-t} est nul en 00 et tend vers 00 en +∞+\infty par croissances comparées. Les intégrales ∫0+∞tne−t dt\int_0^{+\infty}t^ne^{-t}\,\dd t et ∫0+∞n tn−1e−t dt\int_0^{+\infty}n\,t^{n-1}e^{-t}\,\dd t sont donc de même nature et, si In−1I_{n-1} converge,

In=[−tne−t]0+∞+n∫0+∞tn−1e−t dt=n In−1.I_n = \big[-t^n e^{-t}\big]_0^{+\infty}+n\int_0^{+\infty}t^{n-1}e^{-t}\,\dd t = n\,I_{n-1}.

Par récurrence, toutes les intégrales InI_n convergent et In=n!I_n=n!.

Erreurs classiques

  • Écrire directement la formule sur un intervalle non borné ou ouvert sans vérifier que le crochet a une limite finie : on obtient alors une différence de termes infinis, ou l'on conclut à tort à la convergence.

  • Garder une mauvaise constante d'intégration. Pour ∫0+∞sin⁡tt dt\int_0^{+\infty}\frac{\sin t}{t}\,\dd t, le choix v(t)=−cos⁡tv(t)=-\cos t fait diverger le crochet −cos⁡tt-\frac{\cos t}{t} en 00 ; avec v(t)=1−cos⁡tv(t)=1-\cos t, le crochet 1−cos⁡tt\frac{1-\cos t}{t} tend vers 00 en 00 et en +∞+\infty, et l'on se ramène à ∫0+∞1−cos⁡tt2 dt\int_0^{+\infty}\frac{1-\cos t}{t^2}\,\dd t, qui converge absolument.

  • Appliquer la formule sur un segment à des fonctions qui n'y sont pas de classe C1\mathcal{C}^1, par exemple u(t)=tu(t)=\sqrt t sur [0,1][0,1] : u′u' n'est pas définie en 00 et il faut utiliser la version généralisée sur ]0,1]]0,1].

  • Se tromper de signe : on retient ∫u′v=[uv]−∫uv′\int u'v=[uv]-\int uv', le signe moins portant sur l'intégrale où la dérivation a changé de facteur.

Place dans le programme

Première année (MPSI, MP2I, PCSI), puis deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Intégration sur un segment ; intégrales généralisées ».

La formule sur un segment est un résultat central de première année. La version pour une intégrale généralisée, avec la condition d'existence des limites du crochet, fait partie du chapitre de deuxième année sur l'intégration sur un intervalle quelconque.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Limites, continuité, dérivabilité et intégration (786 sujets), Intégrales généralisées (415 sujets).

Sujets où cette notion intervient explicitement :

Questions fréquentes

Quelle est la formule de l'IPP ?

Pour uu et vv de classe C1\mathcal{C}^1 sur [a,b][a,b] : ∫abu′v=[uv]ab−∫abuv′\int_a^b u'v=[uv]_a^b-\int_a^b uv'. Elle découle de la dérivée d'un produit, (uv)′=u′v+uv′(uv)'=u'v+uv'.

Qu'est-ce qu'une double IPP ?

C'est l'enchaînement de deux intégrations par parties. On l'utilise quand la seconde fait réapparaître l'intégrale de départ, comme pour ∫etsin⁡t dt\int e^t\sin t\,\dd t, ou pour abaisser deux fois le degré d'un polynôme multiplié par une exponentielle.

Peut-on faire une IPP sur une intégrale généralisée ?

Oui, si uu et vv sont de classe C1\mathcal{C}^1 sur l'intervalle ouvert et si uvuv a des limites finies aux bornes : les deux intégrales sont alors de même nature. Sinon, on fait l'IPP sur un segment [x,y][x,y] et on étudie la limite.

Exercices corrigés utilisant : Intégration par parties (IPP)

13 exercices

Limite d'une intégrale mélangeant puissances et exponentielles